BANU UMAYYAH

La campagne de Qoutaybah contre Toumoushkath et Ramithanah

 

Qoutaybah fit campagne contre Toumoushkath en l’an 88 de l’Hégire (706), après avoir laissé son lieutenant Bashar Ibn Mouslim à Merv. Les gens vinrent le voir et il fit la paix avec eux. Alors il alla à Ramithanah et ses gens firent aussi la paix avec lui, et il les quitta.

À ce point, les Turcs, accompagnés par les Soughdians et les gens de Ferghana, marchèrent sur lui et tentèrent d’intercepter les Musulmans qui étaient sur leur chemin de retour. Ils rattrapèrent ‘AbderRahmane Ibn Mouslim al-Bahili, qui était en charge de l’arrière garde, séparé d’une distance d’un mile arabe[14] de Qoutaybah et du corps général de l’armée. Quand ils approchèrent, ‘AbderRahmane envoya un messager à Qoutaybah. Les Turcs affrontèrent l’arrière garde quand Qoutaybah arriva avec des renforts. Les Turcs furent sur le point de les écraser mais quand les Musulmans virent Qoutaybah Ibn Mouslim arriver, ils reprirent courage et combattirent les Turcs jusqu’à midi. Nizak qui était avec Qoutaybah montra sa valeur ce jour, et les Turcs furent dispersés par la volonté d’Allah Exalté. Puis Qoutaybah et les Musulmans traversèrent le fleuve at-Tirmid puis de Balkh et atteignirent Merv.

 

On a rapporté que Kourbaghanoun at-Tourki, le fils de la sœur du roi de Chine commandait deux-cents-mille Turcs lorsqu’ils engagèrent les Musulmans à qui Allah Exalté donna la victoire.

 

Cette même année le gouverneur de Médine, ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz ordonna l’agrandissement de la Mosquée du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) et des architectes lui furent envoyés de Syrie pour mener à bien cette mission.

 

 

En l’an 89 de l’Hégire (707), les Musulmans sous le commandement de Maslamah Ibn ‘Abdel Malik conquirent la forteresse de Souriyah.

Al-Waqidi a dit que Maslamah était accompagné d’al-‘Abbas Ibn al-Walid lors de sa campagne dans le territoire byzantin, mais qu’ils se sont séparés et que Maslamah conquit la forteresse de Souriyah tandis qu’al-‘Abbas conquit celle d’Adrouliyah après avoir rencontré un corps de soldats byzantins qu’il battit.

D’autres ont rapportés que Maslamah marcha sur ‘Ammouriyah où il rencontra un grand corps de Byzantins qu’il battit, par la grâce d’Allah Exalté, avant de conquérir Hiraqlah et Qamoudiyah. Al-‘Abbas marcha sur al-Boudandoun lors de sa campagne d’été.

 

Cette même année Qoutaybah fit campagne à Boukhara et conquit Ramithanah et tandis qu’il revenait à Balkh et qu’il était près d’al-Faryab, il reçut une lettre d’al-Hajjaj lettre lui ordonnant d’aller à Wardan Khoudhah. Qoutaybah revint par conséquence durant l’année 89 de l’Hégire (707). Il alla à Zamm, traversa le fleuve et rencontra sur une route désertique les Soughdians, les gens de Kish et de Nassaf. Ils le combattirent mais il les battit avant d’aller à Boukhara ou il s’arrêta à Kharqanah sur la rive droite de Wardan.     Un très grand nombre de Turcs l’engagea et Qoutaybah Ibn Mouslim les combattit durant deux jours et deux nuits, puis Allah Exalté leur accorda la victoire sur eux.

Qoutaybah fit campagne contre Wardan Khoudhah, le roi de Boukhara, sans pour autant marquer de décisives victoires ni même pouvoir conquérir une quelconque partie de leur territoire. Il revint à Merv et écrivit à al-Hajjaj pour l’informer de ses campagnes. Al-Hajjaj lui demanda : «  Décris-moi le terrain », et Qoutaybah lui envoya une représentation. Al-Hajjaj lui écrivit : « Retournes-y et repentez-vous à Allah Exalté pour ce que vous avez fait et fait ton approche de telle-et-telle place ». Il a aussi été dit qu’al-Hajjaj lui écrivit : « Leurre Kish, écrase Nassaf, et arrive à Wardan. Méfies toi des endroits sauvages et des raccourcis ».

 

Cette même année Maslamah Ibn ‘Abdel Malik fit campagne contre les Turcs jusqu’à ce qu’il parvint à al-Bab dans la région d’Azerbaïdjan (adarbayjan) ou il conquit des forteresses et des villes.

 

 

En l’an 90 de l’Hégire (708) Maslamah fit campagne dans le territoire byzantin dans la région de Souriyah et conquit cinq forteresses.

 

Cette même année, al-‘Abbas Ibn al-Walid fit campagne aussi loin qu’al-Arzan d’après quelques-uns, et aussi loin que Souriyah d’après d’autres. Muhammad Ibn ‘Umar a dit : « C’est plus sain de dire qu’il alla aussi loin que Souriyah ».

 

Cette année aussi, Muhammad Ibn al-Qassim ath-Thaqafi, à la tête d’une armée pour le compte d’al-Hajjaj, tua Dahir le fils de Shash (dahir ibn sassah), le roi du Sind.

 

Cette année les Byzantins capturèrent Khalid Ibn Kayssan, le commandant des expéditions navales et l’emmenèrent à leur roi qui le remit à al-Walid Ibn ‘Abdel Malik.

 

Durant cette année Qoutaybah conquit Boukhara et écrasa les armées de l’ennemi.

 

 

La conquête de Boukhara par Qoutaybah

 

Lorsque Qoutaybah Ibn Mouslim reçut la lettre d’al-Hajjaj lui demandant de se repentir d’avoir quitté Wardan Khoudhah, le roi de Boukhara, avant de l’avoir battu et lui ordonnant de retourner contre Wardan, Qoutaybah partit en campagne contre Boukhara durant l’année 90 de l’Hégire (708).

Wardan Khoudhah appela à l’aide ses voisins les Soughdians et les Turcs et ceux qui étaient proches de lui qui vinrent aussitôt. Cependant, Qoutaybah arriva le premier à Boukhara et l’assiégea, et, quand les renforcements arrivèrent, les Musulmans sortirent les combattre. Les Azd dirent : « Laissez-nous nous débrouiller seuls et laissez-nous les combattre ». Qoutaybah dit : « Allez en avant », et ils allèrent en avant, en les combattirent tandis que Qoutaybah vêtu d’une cotte de maille jaune (rida), brisant les épées s’assit. Ils montrèrent tous du courage durant un long moment puis les Musulmans furent désorientés et les polythéistes vinrent à eux, les brisèrent et traversèrent le camp de Qoutaybah jusqu’à ce que les femmes frappent les têtes des chevaux des polythéistes et pleurent. Alors les Musulmans revinrent à la charge, et les deux ailes des Musulmans se rapprochèrent des Turcs et les combattirent jusqu’à ce qu’ils les repoussent à leurs places initiale.

Les Turcs prirent position sur une place élevée et Qoutaybah Ibn Mouslim voulut allumer la passion (hamas) dans le cœur des Musulmans et il dit aux tribus[15] :

– « Qui d’entre vous les délogeras de leur position pour nous ? »

Mais personne ne s’avança pour le faire.

Alors Qoutaybah se dirigea vers les rangs des Bani Tamim et les harangua :

– « O Banou Tamim ! Un jour comme un de mes jours, puisse mon père être votre rançon (sous-entendu : j’ai besoin d’une bataille comme les glorieuse batailles de vos ancêtres) ! »

Le chef des Banou Tamim était ce jour Waki’ Ibn Hassan Ibn Abi Soud, des Bani Ghoudanah Ibn Yarbou’ Ibn Handalah Ibn Malik Ibn Zayd Ibn ‘Abdel Manat Ibn Tamim. Les Bani Yarbou’ étaient connus pour être les cavaliers des Bani Tamim.

Et le chef des cavaliers des Bani Tamim était  Houraym Ibn Abi Tahmah Ibn Haritha Ibn Sharid Ibn Yashim, des Bani Moujashi’ Ibn Dari Ibn Malik Ibn Handalah Ibn Zayd Ibn ‘Abdel Manat.    

 Lorsque Waki’ Ibn Hassan entendit l’appel de Qoutaybah, il prit l’étendard des Bani Tamim entre ses mains et dit :

– « Allez-vous m’abandonnez ? »

– « Non, ô Abou Moutarif » répondirent-ils, « nous ne t’abandonnerons point ».

– « Avance ô Houraym ».

Lorsque Houraym avança, il lui donna l’étendard et Houraym avança vers l’ennemi. Il s’arrêta au pied du mont ou se trouvait un large fleuve et Waki’ lui dit :

– « Avance ».

– « Comment ferais-je pour traverser cette eau ? »

 

La situation était extrêmement difficile pour les Musulmans. C’est pourquoi personne ne répondit au premier appel de Qoutaybah. La traversée de ce fleuve semblait périlleuse les turcs juchés sur les hauteurs, en position avantageuse, défendaient avec acharnement leur ville. Ils pouvaient à tout moment déferler sur les Musulmans alors que ceux-ci traversaient le fleuve et n’étaient pas en mesure de combattre. Personne donc ne pouvait blâmer celui qui avait décidé de traverser.

Waki’ et les chevaux des Bani Tamim traversèrent et Waki’ ordonna de fabriquer un petit pont pour que Houraym puisse traverser et seulement huit-cent personne traversèrent avec lui.

Lorsque la traversée prit fin, les Banou Tamim divisèrent leur force en deux ailes : l’aile droite et l’aile gauche puis ils donnèrent aussitôt l’assaut sur l’innombrable ennemi.

Il s’ensuivit une terrible bataille et Allah le Très Haut affermit ses serviteurs et les Musulmans réussirent à les déloger.

Alors, Qoutaybah Ibn Mouslim ordonna aux Musulmans de traverser le fleuve et de charger mais encore une fois personne ne bougeât. Ils attendirent que les turcs fuient pour traverser et pour les chasser. Lors de cette bataille Khaqan, le roi des turcs, et son fils furent blessés.

 

Après cette brillante victoire Qoutaybah retourna dans sa garnison à Merv ou il écrivit à al-Hajjaj Ibn Youssouf pour l’informer qu’il avait envoyé son frère ‘AbderRahmane Ibn Mouslim à la tête d’une armée combattre les turcs et qu’il avait été vainqueur.

Al-Hajjaj fut en colère après Qoutaybah parce qu’il avait attribué la victoire à son frère et non pas aux Banou Tamim.

Qoutaybah pour mettre fin à la brouille lui envoya un groupe des Bani Tamim qui attestèrent de la véracité de ses propos. Mais après cela, Qoutaybah sut qu’al-Hajjaj avait été informé par une autre personne de ce qui était arrivé lors de la bataille.

 

Cette même année Qoutaybah renouvela la paix avec le roi d’as-Soughd.

 

 

Le renouvellement de la paix entre Qoutaybah et les Soughdians

 

Quand Qoutaybah fondit sur les gens de Boukhara et les brisa, les gens de Soughd le craignirent. Tarkhoun, le roi de Soughd, accompagné par deux cavaliers parti à la rencontre de Qoutaybah jusqu’à ce qu’il arrive près de son camp séparé par le fleuve de Boukhara. Il demanda à Qoutaybah de lui envoyer un messager à qui il puisse parler et Qoutaybah lui envoya quelqu’un.

Certains ont dit que Tarkhoun appela Hayyan an-Nabati qui alla le trouver. Tarkhoun demanda la paix en échange d’un tribut et Qoutaybah agréa sa demande, fit la paix avec lui, prit des otages qui devaient rester avec lui jusqu’au paiement du tribut. Tarkhoun repartit dans son pays, et Qoutaybah revint à Merv accompagné par Nizak.

 

Cette année Nizak rompit le traité de paix avec les Musulmans. Il se réfugia dans sa forteresse et se prépara pour la guerre. Qoutaybah fit alors campagne contre lui.

 

 

 

 

[1] Sind : Le Pakistan de nos jours.

[2] Le Khwarezm (Xorazm en ouzbek er Khawarizn en arabe), également appelé Chorasmie antique, Khârezm, Khorezm, ou encore Khwarizm, est une région située au sud de la mer d’Aral, entre les actuels Ouzbékistan, Turkménistan et Iran.

[3] Avant Dandanaqan sur la route de Sarakhs à Merv.

[4] Au sud-est de Samarkand.

[5] Au Khorasan.

[6] Le célèbre compagnon (tabi’i) des Compagnons (ashab) du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

[7] Le mot empire lorsqu’il est utilisé pour les Musulmans n’est utilisé que dans son seul sens géographique.

[8] Qur’an Sourate 9, verset 33et Sourate 61, verset 9.

[9] Qur’an Sourate 9, versets 120, 121.

[10] Qur’an Sourate 3, versets 169, 170.

[11] L’ancêtre des Barmak (baramika), les célèbres gouverneurs de l’ère des Abbassides, voir notre volume quatre.

[12] L’affranchi.

[13] Un mithqal est approximativement 4.4 g.

[14] Le mile arabe est une unité de longueur historique. Sa longueur précise est incertaine et située entre 1.9 et 2.0 km. Il fut utilisé par géographes arabe médiévaux. Il y a 4.000 coudées dans un mile arabe.

[15] Il est connu que les Musulmans combattaient par clans et groupe tribal qui rivalisaient entre eux pour obtenir la gloire et les honneurs tant de cette vie que de l’au-delà. Cela leur permettait aussi de reconnaitre les leurs lors des mêlées.

 

Views: 0