BANU UMAYYAH

La bataille de Djis Dzoujahil

 

Al-Hajjaj envoya trois-mille soldats de Syrie sous le commandement de Habib Ibn ‘AbderRahmane al-Hakami al-Madhaji à la poursuite des khawarije en lui demandant d’observer la plus stricte prudence pour ne pas tomber dans un piège préparé par Shabib et ceux qui étaient avec lui.

Habib Ibn ‘AbderRahmane descendit à Anbar ou il fit annoncer aux khawarije que ceux d’entre eux qui se rendraient se verrait accorder la sécurité. Cette proposition divisa les khawarije entre eux et un grand nombre d’entre eux abandonnèrent Shabib et ne resta avec lui que les chiens des gens de l’enfer.

Shabib essaya de piéger l’armée de Syrie, mais ces derniers s’attendaient à toutes traitrises de leur part et une nouvelle bataille eut lieu ou trente d’entre eux trouvèrent la mort.

Shabib fut incapable de provoquer la moindre fissure dans l’armée de Syrie et les khawarije durement éprouvés durent s’enfuir une nouvelle fois à Kirmân pour n’avoir jamais connu auparavant des gens combattant si farouchement.    

 

Al-Hajjaj Ibn Youssouf honora à juste titre et grandement tous les chefs et les soldats qui avaient participés à la bataille contre les khawarije pour leurs volontés et leurs courages. Puis il prépara une nouvelle armée pour rattraper Shabib et le combattre à la tête de qui il nomma Soufyan Ibn al-Abraz al-Kalbi.

Ensuite, il écrivit à son émir à Basra, Hakam Ibn Ayyoub Ibn abi ‘Aqil ath-Thaqafi, et lui demanda d’envoyer un renfort de quatre-mille hommes de Basra à Soufyan Ibn al-Abraz al-Kalbi. Hakam Ibn Ayyoub lui envoya une armée commandée par Ziyad Ibn ‘Amr al- ‘Ataki al-Azdi.    

L’armée de Syrie commandée par Soufyan rencontra l’armée de Shabib à Djis Dzoujahil qui traversa le pont avec ceux qui étaient avec lui. Soufyan et ses hommes descendirent de leur cheval pour l’affrontement et Shabib donna l’assaut successivement plus de trente fois mais l’armée de Syrie resta inébranlable.    

Puis Soufyan et ses soldats repoussèrent les khawarije vers le pont. Le combat dura jusqu’à la nuit et dès la tombée de l’obscurité les khawarije en profitèrent pour se sauver sous le couvert du manteau de la nuit. Quant à Shabib, il glissa sur le pont, tomba dans l’eau et mourut noyé.

 

Il est aussi rapporté qu’un groupe des khawarije coupa le pont et Shabib tomba dans l’eau ou il se noya. Ils firent cela parce qu’il avait tué beaucoup de gens de leurs peuple et pour les venger. Lorsqu’il tomba dans l’eau, il était vêtu d’une lourde armure de combat et il ne put pas nager pour retourner sur la rive et il se noya.

Au matin les gens de l’armée de Syrie récupérèrent le corps de Shabib Ibn Yazid, l’infâme khariji qui mourut alors qu’il était âgé de 52 ans. Sa mère qui était une captive romaine devint musulmane après sa mort.  

Ainsi prit fin l’histoire de la révolte des khawarije menée par Shabib Ibn Yazid Ash-Shaybani.

 

 

En l’an 77 de l’Hégire (696), al-Hajjaj nomma Moutarif Ibn Moughirah Ibn Shou’bah émir de Mada’in mais il se rebella contre ‘Abdel Malik Ibn Marwan et al-Hajjaj Ibn Youssouf parce qu’ils étaient deux tyrans qui tuaient par colère et levaient des impôts de force.

Moutarif Ibn Moughirah Ibn Shou’bah n’était pas un khariji qui suivait la doctrine des khawarije mais tout simplement un rebelle contre l’état, qui a quitté le groupe de la communauté.

Al-Hajjaj envoya ‘Ali Ibn Wattad à la tête de six-mille hommes pour le combattre alors que Mouqaris et ses partisans descendirent au environ de Qom, de Qashan et d’Ispahan. Il eut lieu une grande bataille et Moutarif Ibn Moughirah Ibn Shou’bah fut tué par ‘Omar Ibn Houbayrah al-Fazari.    

‘Omar Ibn Houbayrah al-Fazari allait jouer un rôle important dans le règne des Omeyyades comme nous allons le voir par la suite.

 

La division des khawarije

 

Cette même année, les Musulmans combattirent les khawarije al-azariqah, les partisans de Qatari Ibn Fouja’a al-Madini at-Tamimi qui contrôlaient Kirmân et qui étaient assiégés et harcelés par al-Mouhallab qui les empêchaient de s’étendre.

Il eut lieu entre les deux groupe une écrasante bataille mais qui ne fut pas décisive. Al-Mouhallab les combattit aussi à Jiraft, la capitale de Kirmân pendant plus d’une année.

Al-Hajjaj lui envoya par la suite par Bara Ibn Qabissah pour le sermonner de n’avoir pas combattu comme il l’aurait voulu les khawarije et pour le presser d’en finir avec eux. Mais quand il assista lui-même au combat entre al-Mouhallab et les khawarije, il retourna chez al-Hajjaj et l’informa qu’il faisait de son mieux pour venir à bout d’eux.

 

Il arriva qu’un homme des Bani Dabbah du nom d’al-Mouqarta’ tua l’un des azariqah. Ils allèrent voir al-Qatari Ibn Fouja’a et lui demandèrent de leur remettre l’assassin mais il refusa et leur répondit qu’il avait juste fait une erreur.

Les khawarije sont bien connus pour leur avis juridiques instantanés. Al-Qatari ne pouvait pas nier que l’assassin était parmi eux donc, il devait trouver une rapide solution pour éviter au khariji d’être tué.

Et à cause de cela les khawarije se divisèrent en deux groupes. Le deuxième groupe porta allégeance à un homme du nom de ‘Abdou Rabbih al-Kabir, des Banou Tamim Ibn ‘Awf Ibn Ka’b Ibn Sa’d. Et il ne resta avec al-Qatari qu’un quart des hommes.

Puis les deux groupes de khawarije s’entretuèrent entre eux durant pratiquement un mois et al-Qatari Ibn Fouja’a dut partir avec ses partisans au Tabaristan.      

Al-Mouhallab profita de cette opportunité pour attaquer et tuer ‘Abdou Rabbih al-Kabir et quatre-mille de ses partisans. Al-Mouhallab Ibn Abi Soufrah ordonna que leurs femmes soient violées pour venger les femmes musulmanes qui avaient été violées par les khawarije.

Ceci est un des résultats de la sédition des khawarije qui jetaient l’anathème sur les Musulmans rendaient leur sang, leurs biens et leurs familles licites pour eux ! Il n’y a de force et de puissance qu’en Allah !

 

Après cela, al-Hajjaj envoya une autre armée sous le commandement de Soufyan Ibn Abrad al-Kalbi, un grand général, à la poursuite d’al-Qatari Ibn Fouja’a au Tabaristan. Il envoya avec lui Ishaq Ibn Muhammad Ibn Ash’at qui devint commandant général de l’armée lorsqu’ils arrivèrent au Tabaristan ou ils pourchassèrent al-Qatari Ibn Fouja’a et ceux qui étaient avec lui.

Une bataille s’ensuivit entre les khawarije et l’armée d’al-Hajjaj. Une partie des khawarije abandonnèrent leur chef et s’enfuirent. Il est dit qu’al-Qatari tomba de sa monture et qu’il fut rattrapé et tué. Il y a plusieurs versions sur sa mort mais nous nous contenterons de celle-ci.

Ils tranchèrent sa tête et l’envoyèrent à al-Hajjaj qui l’envoya à ‘Abdel Malik Ibn Marwan.

Soufyan Ibn Abrad continua sa route et rattrapa ‘Oubaydah Ibn Hilal qui s’était fortifié dans un fort de la ville de Homs. Puis il assiégea le fort tant et si bien qu’ils n’eurent d’autres solutions que de tenter une sortie. Soufyan les massacra et envoya leurs têtes à al-Hajjaj.

 

Après ces pénibles événements, qu’il fut aussi difficile de vous rapporter et que vous avez peut-être trouvé extrêmement dérageant comme moi, il est clair que les séditions des khawarije furent un fléau tant pour les Musulmans en général que pour l’état qui dû employer de grands moyens tant en hommes qu’en logistique pour en venir à bout.

Certes, on pourrait se poser certaines questions sur le pourquoi et le comment de certains hommes mais l’histoire est passée et s’il nous est facile d’être critique qu’en aurait-il été de nos réactions et de nos engagements si nous avions vécu à cette époque ?

Que chacun garde au fond de soi ce qu’il pense, bien que parfois, il fut difficile de rester impassible au regard de certains évènements. Quant aux khawarije, il ne fait aucun doute que l’on ne peut que les détester.

Ils causèrent de grands tords tant en vie qu’en bien mais aussi en sécurité et en mal au jeune état islamique. D’ailleurs leur mal allait s’étendre même en Afrique ou ils allaient fuir par la suite.    

 

Après être venu à bout de ces séditions la paix revint chez les Musulmans et tant que l’état omeyyade resta fort, les khawarije allaient rester silencieux. Hélas l’histoire des khawarije n’allait pas s’arrêter ici.

 

Et à la fin, le cinquième calife des Musulmans ‘Abdel Malik Ibn Marwan réussit à ramener la paix et la sécurité dans tout l’empire musulman.

                    

 

 

 

[1] ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui) fut surnommé ainsi par le Messager d’Allah (saluts et bénédictions d’Allah sur lui) car suite à une dispute conjugale avec Fatimah (qu’Allah soit satisfait d’elle), la fille du Messager d’Allah (saluts et bénédictions d’Allah sur lui), il alla à la mosquée ou il s’endormit. Et lorsque le Messager d’Allah (saluts et bénédictions d’Allah sur lui) le trouva dans la mosquée, il lui essuya la terre qui était collée sur son visage et lui dit : Assis-toi ô Abou Tourab (père de la terre) !

[2] Bien souvent dans le texte, il y a des tournures de phrases qui sont intraduisibles en langue française. Il faudrait être un Arabe pour comprendre l’exact sens. Il y a dans la lettre du calife, de graves insultes qui pourraient être incompréhensibles par des européens si elles étaient traduites. Nous essayons à chaque fois d’être le plus proche du sens mais dans le cas présent, nous ne pouvons pas reproduire totalement les insultes et les menaces sous-entendu dans cette lettre. Par exemple, il est sous-entendu : Nous « allons te frapper si violemment que tu vas retourner dans l’orifice duquel tu es sorti.      

[3] Jurisprudence.

[4] Appel pour la prière.

[5] Sourate al-A’raf (7), verset 175.

 

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