BANU UMAYYAH

La contrition d’al-Jahhaf

 

L’Arabe libre de l’époque, ne pouvait supporter de vivre à l’étranger loin de sa famille, de son clan et de son pays. Al-Jahhaf savait que s’il revenait les Banou Taghlib ne l’oublieraient pas et chercheraient à se venger mais ne supportant plus l’exil, il décida de rentrer même si cela devait lui coûter la vie.

Avant de retourner, il envoya un message à certains nobles des Qays qui occupaient des postes importants dans l’entourage du calife ou il leur demanda de lui garantir un sauf conduit de la part du calife qui accepta.

Les Qays avec l’aide du calife réunirent une somme importante d’argent pour lui permettre de payer le prix du sang à ses victimes.

Certains historiens ont rapporté que lorsque la nouvelle de la sécurité accordée par le calife lui parvint, il décida d’arranger son affaire avec les Banou Taghlib. Al-Jahhaf se vêtit d’un linceul, alla à Bish voir les Banou Taghlib et leur dit :

– « Je suis venu vous soumettre ma personne afin que vous preniez votre dû ».

Le fait qu’il se soit revêtu d’un linceul en se soumettant à leur jugement, malgré les crimes qu’il commit, lui valut le pardon pour ce geste noble qui signifiait : Je me considère comme mort faites ce que vous voulez !

Les jeunes des Banou Taghlib voulurent le tuer, mais les gens âgés les empêchèrent car ils connaissaient les traditions des Arabes. Son geste était suffisant pour eux et ils lui pardonnèrent.

Après cela al-Jahhaf, devint plus pieux et il regretta amèrement les crimes qu’il avait commis jusqu’à la fin de ses jours. Il alla en pèlerinage à La Mecque ou il s’accrocha au vêtement de la Ka’bah et implora :

– « O Grand Seigneur, pardonne moi et je ne pense pas que Tu le feras ».    

Il est dit que Muhammad al-Hanafiyah, Muhammad Ibn ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de son père) l’entendit et lui dit :

–     « O Sheikh, ton invocation est pire que ton péché ! »

 

Et il est aussi dit que c’est le respectable Compagnon ‘AbdAllah Ibn ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait d’eux) qui l’entendit et lui dit :

– « Si tu n’étais pas al-Jahhaf, tu n’aurais pas dit cela ! » Et al-Jahhaf lui répondit :

– « Je suis al-Jahhaf ! »

Il était connu partout à cause des grands crimes, dont il n’y eut nul précédent auparavant, qu’il commit envers les Bani Taghlib et dont les nouvelles se propagèrent dans tous les territoires islamiques. Des horribles crimes qui représentaient une telle somme, qu’il pensait qu’Allah ne lui pardonnerait pas.

Abou ‘Oubaydah Ma’mar Ibn Mouthannah Taymi a rapporté dans son livre « Maqahil » qu’al-Jahhaf tua vingt-trois-mille hommes, femmes et enfants des Bani Taghlib.

 

 

Après la bataille de Marj Rahib, que nous avons déjà mentionnée et qui eut lieu à la fin de l’année 64 de l’Hégire (683) sous le règne de Marwan Ibn Hakam le quatrième calife, ad-Dahhak Ibn Qays al-Fihri fut défait et tué tandis que Zoufar Ibn Harith al-Kilabi s’enfuit à Qalqissiyah ou il resta une menace contre le règne des Omeyyades.

 

 

Zoufar Ibn Harith al-Kilabi

 

‘Abdel Malik Ibn Marwan, après la mort de son père Marwan Ibn Hakam, se décida à se débarrasser de Zoufar. Il désista de son poste Abban Ibn ‘Ouqbah Ibn Abi Mou’ayt al-Amawi qui était gouverneur de Hims et lui ordonna d’aller combattre Zoufar.

Abban fit ce qu’on lui demanda et à la tête de son armée marcha sur Qalqissiyah et ‘Abdallah Ibn Zoumayt at-Tahi, le chef de l’avant-garde continua sa route sans attendre l’arrivée du reste de l’armée et attaqua az-Zoufar qui écrasa l’avant-garde et tua trois-cent cavaliers. Lorsque l’armée arriva, elle écrasa à son tour l’armée de Zoufar et tua son fils Waqi’ Ibn Zoufar.

Après cette victoire, ‘Abdel Malik Ibn Marwan conclut qu’il devait en finir définitivement avec la menace de Zoufar Ibn Harith et marcha de nouveau sur Qalqissiyah qu’il assiégea et bombarda avec ses trébuchets.

Zoufar leur dit :

– « Pourquoi pilonnez-vous la ville avec vos trébuchets ? Je vais sortir de la ville et nous allons combattre tout simplement. Si vous remportez la bataille la ville sera à vous ! »

Zoufar dit à son fils Houdayl Ibn Zoufar qui était aussi un intrépide guerrier :

– « Sort et combats-les et ne reviens pas avant d’avoir abattu la tente de ‘Abdel Malik et si tu reviens sans l’avoir fait je te tuerais ! »

Houdayl Ibn Zoufar sortit avec ses cavaliers et écrasa tout ce qui se tint devant lui jusqu’à ce qu’ils parviennent à la tente du calife qu’ils abattirent sur sa tête, avant de revenir. C’était un clair message pour le calife qui disait nous sommes parvenu jusqu’à toi mais nous t’avons épargné.

Lorsque Houdayl revint à son père, celui-ci l’embrassa sur la tête et lui dit :

– « Après ce jour, ‘Abdel Malik t’aimeras toujours ».    

Puis Zoufar sortit à son tour avec son armée et combattirent si farouchement que ‘Abdel Malik pensa à faire la paix avec eux. Il demanda à son frère Muhammad Ibn Marwan d’aller voir Zoufar et de conclure un traité de paix avec lui.

Zoufar accepta à condition qu’il n’ait pas à porter allégeance à ‘Abdel Malik tant que ‘Abdallah Ibn Zoubayr (qu’Allah soit satisfait de lui) serait en vie et parce qu’il lui avait déjà porté allégeance.    

Lorsque le traité fut conclu et que ‘Abdel Malik vit le petit de nombre de soldats dans les rangs de Zoufar, il dit :

– « Si j’avais su que son armée était si petite, je n’aurais jamais levé le siège jusqu’à ce qu’il se soumette à mon jugement ».

Ces paroles arrivèrent aux oreilles de Zoufar qui lui dit :

– « Si tu veux, on recommence ! » Mais le calife était un homme intelligent et il lui dit :

– « Sois en paix ô Abou Houdayl ! »

Et après la bataille, Maslamah Ibn ‘Abdel Malik se maria avec Ribab, la fille de Zoufar pour renforcer les liens d’amitiés.

 

 

Avec la fin de ce différend entre lui et Zoufar, ‘Abdel Malik Ibn Marwan put enfin se concentrer totalement sur l’Iraq et faire face à ‘Abdallah Ibn Zoubayr.

Pour l’affaiblir, ‘Abdel Malik Ibn Marwan devait concentrer tous ses efforts sur l’Iraq pour pouvoir enfin l’assiéger dans le Hijaz[2]

‘Abdel Malik Ibn Marwan consulta les gens pour connaitre leur avis et parmi eux, Yahya Ibn Hakam Ibn Abi ‘As, son oncle, et d’autres qui lui dirent :

– « Contente-toi de la Syrie et laisse tomber l’Iraq et Ibn Zoubayr ».

Et ‘AbdAllah Ibn Malik leur répondit :

– « La Syrie est un pays qui a peu d’argent tandis que beaucoup de nobles d’Iraq m’ont écrit pour m’inviter ».

Son frère Muhammad Ibn Marwan lui donna aussi son avis et lui dit :

– « Tu dois demander ta part et aller en Iraq et je vais prier pour qu’Allah t’assiste ».

D’autres aussi lui dirent de ne pas aller en personne en Iraq mais d’y envoyer quelqu’un de sa famille accompagné d’une armée.

‘Abdel Malik Ibn Marwan[3] leur répondit :

– « Nul ne peut s’occuper de cette affaire hormis un Qourayshi qui a de la détermination. Peut-être dois-je envoyer quelqu’un qui a du courage mais pas de résolution. Je suis un clairvoyant stratégiste et un redoutable sabreur si j’en ai besoin et Mous’ab est un homme valeureux d’une valeureuse maison qui n’a pas de connaissance en matière de guerre. Il aime le confort et il a en sa compagnie des gens qui ne sont pas toujours d’accord avec lui tandis que moi j’ai en ma compagnie des gens qui me conseillent ».

 

Il a été rapporté dans les livres de littératures et d’histoires, que lorsque ce roi omeyyade qourayshi voulut partir pour l’Iraq, il fit ses adieux à son épouse ‘Atikah Bint Yazid Ibn Mou’awiyah qui pleura si abondement qu’elle fit pleurer toutes ses servantes.

 

 

En l’an 71 de l’Hégire (690), ‘Abdel Malik conquit Césarée mais les Byzantins profitèrent du conflit entre les Omeyyades et Ibn az-Zoubayr (qu’Allah soit satisfait de lui) pour attaquer et endommager Césarée et Ascalon (qayssariyah wa ‘asqalan)[4]. Lorsque son pouvoir se raffermit, ‘Abdel Malik reconstruisit et fortifia plusieurs villes côtières dont Césarée, Ascalon, Acre et Tyr.

 

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