BANU UMAYYAH

La terrible vengeance contre Tha’lab

 

Ce n’était certainement pas la fin de ces guerres tribales !

Une chose particulièrement détestée chez les Arabes est de se moquer de leur hospitalité. Et ces moqueries peuvent entrainer de lourdes représailles.

La guerre de Bassous qui eut lieu entre les Bani Bakr et les Taghlib Ibn Wahil, que nous avons mentionné au début du livre dans la généalogie des Arabes, dura quarante années et ne cessa qu’avec l’arrivée de Harith Ibn ‘Oubad Ibn Doubay’ah, des Bani Qays Ibn Tha’labah et les Banou Qays Ibn Tha’labah sont de la tribu     Ibn Bakr Ibn Wahil.

 

Harith Ibn ‘Oubad s’était tenu à l’écart de cette guerre mais quand les Bani Taghlib tuèrent Jassas Ibn Mourah, les Bani Bakr allèrent le voir et lui dirent :

– « Ton peuple a été anéanti ! »

Harith Ibn ‘Oubad envoya son fils Boujayr à Mouhalhillah Ibn Rabi’ah at-Taghlibi pour lui demander d’arrêter le combat mais Mouhalhillah tua le fils de Harith.

Suite à cela, Harith n’eut d’autre choix que de s’engager lui-même dans le combat jusqu’à ce que Mouhalhillah fût battu et ceci est une longue histoire que nous ne pouvons pas développer ici.

Al-Jahhaf Ibn Houkaym Ibn ‘Assim Ibn Qays Ibn Thouba’ Ibn Khouza’i Ibn Mouharib Ibn Hilal as-Soulami fait partie des nobles des Bani Soulaym. Il était connu pour être un homme courageux et un des plus proches des Bani Soulaym de ‘Oumayr Ibn Houbab as-Soulami. Mais comme l’a dit Abou ‘Oubaydah Ma’ma’ Ibn Mouthannah at-Taymi, le domestique Taymi des Qouraysh, il ne participa pas à la guerre qui eut lieu entre les Bani Qays et les Bani Taghlib.

 

Après la première guerre de Tharthar ou les Bani Taghlib, alors qu’ils étaient pour la majorité des Chrétiens, furent vainqueurs sur les Qays, le grand poète chrétien Riah Ibn Ghawth at-Taghlibi connu sous le nom d’Akhtal récita ces vers avec fierté :

« Lorsqu’ils nous virent avec la croix surélevée, montés sur nos chevaux armés de notre foi tranchante, la mort faisant ravage,     ils nous abandonnèrent leurs champs, leurs biens et leurs vignes ».

Puis, le jour de Shar ‘Abiyah, ou ils furent de nouveau vainqueurs, Akhtal dit :

« Al-Jahhaf pleura le jour de Shar ‘Abiyah. Lorsqu’il vit la mort faucher les Soulaym et les ‘Amir ».

Il avait l’habitude de répéter ces vers en toutes circonstances, lors des réunions entre les chefs de tribus ou chez le calife.    

Lorsque ‘Abdel Malik Ibn Marwan conclut un arrangement avec Zoufar Ibn Harith, comme nous le verrons plus tard, et que les gens se réunifièrent sous le califat, al-Akhtar, rappelant les évènements ou fut tué ‘Oumayr Ibn Houbab, récita de nouveau vers se moquant une nouvelles fois des Qays et des Bani Oumayyah.

Al-Jahhaf ne répondit à aucune de ses attaques verbales et resta silencieux.

Un jour alors qu’al-Jahhaf siégeait avec ‘Abdel Malik Ibn Marwan au conseil, al-Akhtar rentra et quand il vit al-Jahhaf, il répéta les vers de Shar ‘Abiyah. Al-Jahhaf qui mangeait des dattes fraiches, fut si en colère, que les dattes tombèrent de ses mains. Il lui dit :

– « Mais pas du tout ! Nous allons les venger avec toute notre force ! O fils de la chrétienne ! Je ne pensais pas que tu allais me harceler autant. Al-Akhtar fut pétrifié par sa réponse et il se rapprocha du calife pour éviter une éventuelle action ».

Le calife lui dit alors :

– « Je vois que tu n’as attiré sur toi et ton peuple que le mal ! »

Al-Akhtar était un poète et ses vers se propageait partout et il n’y restait à al-Jahhaf d’autre solution que de laver l’affront.

 

Al-Jahhaf lui prépara un piège avec l’aide de certains scribes du calife. Ils fabriquèrent un faux document qui stipulait que le calife l’avait nommé pour la collecte de la Zakat des Bani Bakr et des Bani Taghlib. Il a aussi été rapporté qu’il annonça faussement que le calife l’avait nommé gouverneur d’al-Jazirah.[1]

Puis il remplit un sac de terre et alla voir son peuple et leur dit :

– Le calife m’a nommé gouverneur d’al-Jazirah et ceci est un sac plein d’argent !

Son peuple le crut, intéressé par l’aspect financier, et un grand nombre de cavalier le suivirent et ils marchèrent sur les Bani Taghlib et lorsqu’ils furent à proximité, Al-Jahhaf vida le sac de terre, déchira ses documents et leur dit :

– « Je n’ai argent et ni lettre de créance, je vous ai menti ! » Puis, il leur raconta ce qui était arrivé précédemment alors que le conseil était réuni chez le calife.

– « Quiconque ne désire pas venger son peuple qu’il se retire car j’ai juré de ne pas me laver la tête avant d’avoir pris mon dû des Bani Taghlib ».    

Une     partie de ceux qui l’avait accompagné rebroussèrent chemin tandis qu’al-Jahhaf avec le reste des cavaliers se mirent en route jusqu’à parvenir à un endroit nommé Bish ou ils attaquèrent, à l’aube ou la nuit selon certaines versions, un groupe des Bani Taghlib près d’un puits des Bani Joushan Ibn Bakr des Banou Taghlib.

Il s’ensuivit un des pires massacres de l’histoire des Arabes à cause d’un poète idiot qui tirait fierté à se moquer des autres. Un des hommes d’al-Jahhaf fit prisonnier al-Akhtar sans le reconnaitre car il était vêtu d’un vêtement qui lui couvrait la tête. Il lui dit :

– « Qui es-tu ? »

– « Je suis un esclave des Bani Taghlib » répondit-il ! Et l’homme le relâcha. Al-Akhtar partit et alla se cacher dans un puits jusqu’à ce que tous fussent partis. Puis, il sortit de sa cachette et alla voir ‘Abdel Malik Ibn Marwan et lui dit :

– « Al-Jahhaf a commis à Bish des crimes dont nous nous plaignons à Allah et si Qouraysh refuse de dépenser ses biens pour le punir alors qu’ils tremblent ! Si le calife ne fait rien alors il verra ce qui va s’ensuivre », ce qui était une menace directe contre lui.    

 

 

Al-Jahhaf s’enfuit chez les Romains

 

Si l’état restait passif alors de plus graves événements pourraient suivre. Une sédition tribale aux graves répercussions qui entraineraient d’autres tribus dans la spirale de la guerre. Plusieurs guerres avaient déjà eu lieu sans que l’état n’intervienne du fait de la grande distance les séparant des zones de conflits qui avaient bien souvent lieu loin des villes.

L’état Omeyyades était déjà occupé à ramener à l’ordre ceux qui s’étaient rebellés contre l’état et ces guerres tribales supplémentaires d’un autre coté arrangeaient ses affaires car elles le débarrassaient de ses ennemis sans qu’il ait besoin d’envoyer des troupes pour les combattre. D’ailleurs c’est pour cela qu’il avait ressenti une immense joie lorsqu’on lui avait amené la tête de ‘Oumayr Ibn Houbab as-Soulami qui fut tué lors de la bataille de Hashak.

Lorsque ‘Abdel Malik vit que les choses étaient parvenu à un si grand seuil d’instabilité, il décida d’agir. Il ordonna qu’al-Jahhaf soit capturé pour le châtier mais al-Jahhaf s’enfuit chez les Romains.

Le roi des Romains l’accueillit avec pompe et l’honora avant de lui demander de se christianiser en lui promettant de lui donner en échange tout ce qu’il désirerait. Al-Jahhaf lui dit :

– « Je ne suis pas venu chez toi craignant l’Islam ».

Il     ne fit pas comme al-Jabalah Ibn Hayham, le roi des Assari, qui s’enfuit devant ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) chez les Romains et se christianisa. Jabalah avait violemment frappé et fendu la lèvre d’un homme des Bani Fazarah qui avait involontairement marché sur son vêtement qui s’était ouvert durant le Tawaf à la Ka’bah.

Cet homme était allé se plaindre à ‘Omar Ibn al-Khattab al-Farouk (qu’Allah soit satisfait de lui) qui avait demandé à Jabalah de lui raconter ce qui était arrivé. Puis ‘Omar lui dit :

– « Sois-tu lui donne son dû ou soit il te rend la pareil, choisit l’un des deux ! »

Jabalah orgueilleux répondit à ‘Omar :

– « Je croyais qu’en rentrant dans l’Islam j’aurais plus de considération que je n’en avais avant l’Islam ! »

– « Mais l’Islam vous a rendu égaux ! »

– « Alors je vais me christianiser ! » C’est-à-dire je vais apostasier !

Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) lui dit :

– « Par Celui qui a différencié le bien et le mal, je te frapperais le cou ! »

Jabalah lui demanda de lui laisser le choix jusqu’au lendemain et Omar accepta. Jabalah en profita pour se sauver avec ses partisans chez les Romains ou ils se christianisèrent et profitèrent largement de la vie de ce monde comme il a été mentionné dans les livres d’histoires.

Après être resté longtemps chez les Romains, ce roi arabe des Banou Ghassan réfléchit sur ce qu’il avait fait, regretta et dit :

« Puisse ma mère ne m’avoir jamais donné naissance si j’avais seulement patienté,

Si j’avais seulement opté, pour ce que ‘Omar m’avait proposé ».

 

Views: 0