BANU UMAYYAH

La mort de Houjr Ibn ‘Adiyy Ibn Jaballah al-Kindi

 

Toujours en l’an 51 de l’Hégire (670) fut tué Houjr Ibn ‘Adiyy Ibn Jaballah al-Kindi. Houjr Ibn ‘Adiyy comme certains l’ont dit était un respectable Compagnon (qu’Allah soit satisfait de lui) mais la plupart des rapporteurs de Hadith, comme l’a signalé al-Hafiz Ibn Kathir, ne lui reconnaissent pas de mérite.

Houjr Ibn ‘Adiyy était un adorateur ascète, un général héros qui prit le parti de ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui). Il était à l’époque de Moughirah Ibn Shou’bah (qu’Allah soit satisfait de lui), émir de Koufa et un de ceux qui le critiquèrent. Moughirah qui était un homme lucide le mit plusieurs fois en garde contre les conséquences néfastes de tels propos alors que l’obéissance et le respect sont dus au Sultan.

Un jour Moughirah lui dit : « O Houjr, soit perdu, crains le Seigneur ! O Houjr, soit perdu, crains le sultan ! Crains sa colère, crains son rang car parfois la colère du sultan met fin à des individus tels que toi ! »

Moughirah le mettait en garde mais il l’excusait et lui pardonnait.

 

L’Imam Tabari a rapporté dans son livre d’Histoire que Moughirah, alors qu’il approchait de sa fin, implora le pardon pour ‘Uthman Ibn ‘Affan (qu’Allah soit satisfait d’eux). Il dit : « O Seigneur pardonne à ‘Uthman Ibn ‘Affan et récompense le des meilleurs récompenses pour ses actions. Il appliqua Tes Lois et suivit la Sounnah de Ton Messager (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Il nous unifia, nous protégea et fut tué injustement. O grand Seigneur pardonne à ses partisans, à ses amis, à ceux qui l’aiment et le protégèrent et à ceux qui cherchèrent à le venger puis il implora contre ceux qui l’avait tué ».

 

Houjr se leva un jour dans la mosquée et se mit à crier en mal contre Moughirah si bien que tous ceux qui étaient présents et à l’extérieur l’entendirent. Il dit : « Tu ne fais pas attention à ceux à qui tu portes préjudices par tes actes. Ou sont nos bien que tu as arrêté de nous donner. Viens nous voir et distribuent nous les car ils ne t’appartiennent pas. Tu es devenu renommé avec la mort de l’Emir des Croyants (sous-entendu ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui)) et un support pour les criminels (sous-entendu les partisans de Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait d’eux) ».

At-Tabari a rapporté qu’un tiers de l’assistance s’est levé avec lui et se mirent à scander : « Houjr a dit la vérité ».

Al-Moughirah descendit du Minbar et rentra chez lui. Ses gens le rejoignirent et le critiquèrent à propos des sa réaction aux propos de Houjr. Cela allait conduire à deux évènements :

– Le premier, l’habitude des gens à se rebeller contre les dirigeants et l’autre la colère du calife à Damas contre Moughirah. Les gens lui demandèrent :

– « Après qui tu en as ? » Il répondit :

– « Moughirah ! Car je l’ai tué. Comment l’ai-je tué ? Il viendra un émir après moi et il le considérera comme moi et il lui fera comme il a fait avec moi. Il le tuera à sa première remarque. Ma fin approche et je ne veux pas pousser les gens de Syrie à tuer les meilleurs d’entre eux et à faire couler leur sang. Eux seront content tandis que moi je serais perdu. Afin que dans ce monde Mou’awiyah en tire de l’honneur tandis que Moughirah sera humilié le jour de Qiyamah ».    

 

Lorsque Ziyad Ibn Abi Soufyan prit en charge son poste, il mit en garde Houjr Ibn ‘Adiyy et lui conseilla de ne pas répéter ce qu’il faisait lors du vivant de Moughirah. Ziyad lui dit : « Sache que je te connais, j’étais en compagnie de ton père pour une affaire que tu connais (sous-entendu qu’ils étaient des partisans de ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui). Si ton sang venait à couler une seule goutte, sache alors que je te viderais de tout ton sang. Retiens ta langue et reste à l’écart des problèmes afin que les ignorants ne te suivent pas ». Et Houjr qui connaissait Ziyad comprit bien ses paroles menaçantes.

 

Ziyad partageait son temps entre Koufa et Basra ou il restait six mois dans chacune des villes pour gérer les affaires des Musulmans.

Lorsqu’il partit pour Basra, les shiites de Koufa vinrent trouver Houjr et ils se réunirent régulièrement chez lui ou ils insultaient Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait de lui) et le reniaient.

Le secrétaire de Ziyad à Koufa, ‘Amr Ibn Hourayth, le mit en garde contre ses activités et lui envoya un messager qui lui dit :

– « Qui sont ces gens qui se réunissent chez toi alors que l’émir t’a mis en garde ? » Houjr Ibn ‘Adiyy lui répondit :

– « Ils critiquent ce que vous faites. Maintenant va-t’en ! »     Et il le renvoya durement en lui disant :

– « Fait attention à toi et surveille ton dos ! »

Lorsque l’homme revint à ‘Amr et l’informa, celui-ci fit envoyer un messager à Ziyad lui demandant de revenir sur le champ à Koufa à cause de la gravité de la situation pouvant engendrer rapidement une révolte.

Lorsque Ziyad entendu le messager et les graves nouvelles, il revint sur le champ et dit : « Par Allah je vais couper le fil du coup du traitre obtus ».

Puis il envoya à Houjr trois compagnons du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) : ‘Adiyy Ibn Hatim at-Tahi, Jarir Ibn ‘Abdillah al-Bajali et Khalid Ibn ‘Ourfouta al-Leythi, Leythi des Bani Bakr Ibn ‘Abdel Manaf Ibn Kinanah, (qu’Allah soit satisfait d’eux).

D’autres ont dit que c’était Khalid Ibn ‘Ourfouta Ibn Sou’ayr al- ‘Oudri : Hanif Ibn Zouhra (qu’Allah soit satisfait d’eux) et cela n’a pas d’importance.

Lorsqu’ils rencontrèrent Houjr, ils parlèrent avec lui mais il ne leur répondit pas. Plutôt, il dit à son serviteur :

– « O ghoulam, as-tu attaché le chamelon ? » ‘Adiyy Ibn Hatim lui dit :

– « Es-tu possédé ? Nous te parlons de choses sérieuses et tu nous dit : « O ghoulam, as-tu attaché le chamelon ? »

Puis, ils retournèrent à Ziyad et ne l’informèrent que de choses légères pour qu’il ne se mette pas en colère contre eux et lui demandèrent d’avoir pitié de lui.

 

Et il lui arriva ce que personne des Arabes n’attendait ni même Moughirah. Ziyad envoya la police mettre de nouveau en garde Houjr et son clan ne lui fut d’aucune utilité comme l’a rapporté Ibn Kathir. La police le ramena à Ziyad qui l’emprisonna dix jours.

Lorsque Houjr sortit, il rejoignit ses amis. Ziyad les envoya à Mou’awiyah en Syrie, en compagnie de soixante-dix personnes qui témoigneraient que :

Houjr et ses partisans encourageaient les gens à la désobéissance, à la révolte et à la guerre contre l’émir,

– Qu’ils avaient rompu le pacte d’obéissance à l’émir,

– Qu’ils s’étaient mis à l’écart de la communauté,

– Qu’ils cherchaient à semer la division parmi les Musulmans,

– Qu’ils insultaient le calife, et chacune de ces accusations était passible de la peine de mort !

 

Houjr Ibn ‘Adiyy fut emmené en Syrie avec treize de ses compagnons à Mardj Adra près de Damas. Le motif d’accusation de Ziyad fut lue à Mou’awiyah puis les gens témoignèrent. Lorsqu’ils eurent finit, Mou’awiyah étonné de leur comportement leur demanda :

– « Que pensez-vous de ces accusations des vôtres ? »

Puis il écrivit à Ziyad et lui dit : « Parfois je pense que leur mise à mort est meilleure que leur libération et parfois, je pense que leur pardon est meilleur que leur mise à mort ».

Lorsque le message parvint à Ziyad, il lui répondit : « Je reste perplexe des choix qui se sont imposés à toi. Si tu penses qu’ils ont un quelconque intérêt ne me renvoie pas Houjr et ses compagnons ».

Les gens du peuple de Syrie de la famille de certains des accusés se levèrent pour intercéder en leur faveur. Mou’awiyah pardonna à six d’entre eux mais il refusa l’intercession de Malik Ibn Houbayrah as-Sakouni al-Kindi en faveur de Houjr, Houjr al-Kindi.

Mou’awiyah lui dit je ne peux accepter ton intercession parce que ce membre de ta tribu est leur chef et j’ai peur que la ville de Koufa échappe à mon contrôle à cause de ses agissements. Mou’awiyah ordonna que les six soient relâchés et que tous les autres soient exécutés.

Les tombes furent creusées et les linceuls préparés. Houjr demanda à faire ses ablutions puis pria deux unités de prières tandis que Houdbah Ibn Khayad se présenta avec son sabre pour l’exécuter. On lui dit :

– « Peut-être n’es-tu pas encore prêt ». Houjr répondit :

– « Comment ne serais-je pas encore prêt alors que je vois la tombe creusée, le linceul et le sabre affûté (sous-entendu la mort) ».

 

Lorsque la mère des croyants Saydah ‘Ayshah (qu’Allah soit satisfait d’elle), qui se trouvait à Médine l’Illuminée, entendit parler de ces révoltes orchestrés par Houjr et son transfert en Syrie, elle envoya ‘AbderRahmane Ibn al-Harith al-Makhzoumi (qu’Allah soit satisfait de lui) à Mou’awiyah pour lui demander de libérer Houjr. Mais ‘AbderRahmane Ibn al-Harith arriva trop tard et ‘Ayshah fut très fâchée par la mort de Houjr.

Lorsque Mou’awiyah vint à Médine et demanda à entrer pour saluer la Mère des croyants, ‘Ayshah refusa de le recevoir alors qu’il était le calife des Musulmans. Et elle dit : « Il ne rentrera jamais chez moi. »    

Ibn Kathir (puisse Allah lui faire miséricorde) a dit dans « al-Bidayah wal Nihayah » que Mou’awiyah se justifia longuement et réussit à rentrer chez elle et que ‘Ayshah (qu’Allah soit satisfait d’elle) lui pardonna.

Il est aussi rapporté que Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait de lui) lui dit qu’il avait tué cet homme pour l’intérêt général des gens et que c’était préférable à leur corruption.

 

Il est aussi rapporté que ‘AbdAllah Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux) se trouvait assit au marché lorsqu’il entendit les nouvelles de la mort de Houjr, il pleura et sanglota longuement.

 

Lorsque ‘AbderRahmane Ibn al-Harith al-Makhzoumi rencontra Mou’awiyah, il lui demanda :

– « As-tu tué Houjr Ibn al-Abdar ? » Mou’awiyah lui répondit :

– « Sa mort m’est préférable que je tue avec lui des gens que tu ne connais pas (sous-entendu : il vaut mieux tuer un seul homme que d’en tuer des milliers) ».

La mort de Houjr fut aussi un des évènements douloureux du règne des Omeyyades.

 

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