BANU UMAYYAH

Définition et conditions de l’Imamat, du califat et du serment d’allégeance

 

Avec le désistement du calife al-Hassan Ibn ‘Ali (qu’Allah soit satisfait d’eux) en faveur de Mou’awiyah, a qui les gens portèrent allégeance, la sédition se calma et cette année fut appelée l’année de la réconciliation (du regroupement).

 

Avant de continuer avec l’histoire des Omeyyades nous allons marquer une parenthèse pour parler de l’Imamat ou du Califat et de l’allégeance chez les Gens de la Sounnah et de la Communauté (ahl sounnah wal jama’a).

 

Le grand Imam Shafi’i, ‘Ali Ibn Muhammad Ibn Habib, connu sous le nom d’al-Mawardi décédé en l’an 450 de l’Hijrah (1058) (puisse Allah le Très Haut lui faire miséricorde) a dit dans son livre « al-Ahkam as-Soultaniyah » à propos de l’Imamat : « L’institution de l’Imamat a pour raison d’être qu’il supplée le prophétisme (dont le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a été le dernier représentant) pour la sauvegarde de la religion et de l’administration des intérêts terrestres ».

 

Le Qadi Abou Ya’la Muhammad Ibn Houssayn al-Faraq al-Hanbali décédé en l’an 458 de l’Hégire (1065) a dit dans son livre, aussi connu sous le nom d’ « al-Ahkam as-Soultaniyah » : « L’Imamat peut être nommé de deux façons : soit par le choix des gens du pacte ou de l’état ou bien par celui qui l’a précédé.

En ce qui concerne la nomination du nouvel Imam par les gens de l’état ou du pacte, elle ne peut être exécutée que par la décision de la totalité de ces gens de vouloir nommer cet Imam. Quant à la possibilité du prédécesseur de laisser le choix de la nomination du calife, du sultan ou de l’émir à autre que lui est possible si les gens du pacte et de l’état sont d’accord avec cela et avec la présence du futur nominé lors de la prise du pacte ».

Quant à celui qui prendra ce poste, il ne peut le faire qu’avec des conditions (shourout) qu’il doit remplir, comme par exemple le fait qu’il doit être libre, adulte, sain d’esprit, juste, savant, brave, fort, déterminé, intelligent, non aveugle, non sourd (bien que tous les savants ne sont pas d’accord sur ce point particulier) et qu’il doit être de Qouraysh comme il est mentionné dans le Hadith rapporté par al-Boukhari de ‘AbdAllah Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux) du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) : « Cette affaire doit rester chez les Qouraysh tant que durerons les Qouraysh ».    

Et ce à propos de l’Imamat ou du califat.

 

Mais qu’en est-il à propos de l’allégeance à l’Imam ou au calife ?

L’allégeance (al-bay’ah) dans la langue vient de la racine du mot Bay’ et al-Moubaya’atou est al-Mou’ahadah (le renouvellement du pacte ou du traité) et de là, est venu le terme utilisé en droit al-Bay’atou qui veut dire le renouvellement du pacte d’une personne envers celui qui détient l’affaire (gouverneur, dirigeant, émir, calife etc.) de l’écouter et de lui obéir, de lui soumettre son point de vue en ce qui le concerne, les affaires des Musulmans et ne rien lui contester sur ces points. De lui obéir dans toutes les circonstances (même quand cela lui déplait) dans les affaires dont il a été chargé par lui.

Ce sont des choses essentielles à savoir en ce qui concerne l’allégeance. L’allégeance n’est pas un simple mot sans conséquence mais une action qui requiert d’autres actions. Et il est obligatoire au Musulman de porter allégeance à l’Imam (ou le calife, ou l’émir etc.) comme il lui est obligatoire de l’écouter et d’obéir à son Imam.

 

Dans le Hadith rapporté par l’Imam Mouslim d’Abou Hourayrah (qu’Allah soit satisfait de lui), le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Tu dois écouter et obéir dans l’aisance comme dans la difficulté, dans ton intérêt ou la contrainte et malgré ce que cela te cause ».    

 

Et dans le Hadith rapporté par l’Imam Boukhari de ‘AbdAllah Ibn ‘Abbas (qu’Allah soit satisfait d’eux) du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) qui a dit : « Quiconque voit quelque chose de son Amir qu’il déteste, qu’il patiente ! Nul ne quitte sa communauté d’un pas et qui meurt sans qu’il ne meurt d’une mort préislamique ».

Ce sont des conditions claires que l’on doit impérativement obéir et appliquer. Celui qui prête le serment d’allégeance doit obéir à l’Imam, sa désobéissance devient illicite sauf si l’Imam ordonne une désobéissance, de même qu’il est illégal d’annuler son allégeance sauf si l’ordre vient de l’Imam.

 

L’Imam Mouslim a rapporté dans son Sahih, d’Abou Hourayrah (qu’Allah soit satisfait de lui) du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) qui a dit : « Quiconque sort de l’obéissance et quitte le groupe et meurt, meurt d’une mort préislamique. Et quiconque combat sous l’étendard patriotique, se fâche pour son clan, appelle pour son clan ou qu’il aide un clan et meurt, meurt d’une mort préislamique. Quiconque quitte sa communauté et qu’il frappe ses innocents, ou ses libertins, ou qu’il ne respecte pas ses croyants et qu’il ne tient pas ses engagements, ne fait pas partie de moi et je n’ai rien à voir avec lui ». 

 

De même l’Imam Mouslim a rapporté de ‘AbdAllah Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux) que le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Quiconque se désengage du pacte (allégeance) n’aura aucun prétexte le jour du Qiyamah et quiconque meurt sans qu’il n’ait porté allégeance, meurt d’une mort préislamique ».

 

L’Imam Boukhari a rapporté d’Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux) que le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Tout traitre (perfide – trompeur) se verra attribuer sa trahison le Jour du Qiyamah ».

 

L’écoute et l’obéissance à l’Imam ne doit pas être dans la désobéissance. Mouslim a rapporté d’Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux) que le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Le Musulman doit écouter et obéir dans ce qu’il aime et ce qu’il déteste sauf s’il lui est ordonné une désobéissance. Et s’il lui est ordonné une désobéissance, il ne doit ni écouter ni obéir ».

 

Il est interdit à quiconque de disputer le pouvoir à un Imam nouvellement élu même des gens du pacte ou de l’état et les Musulmans doivent combattre tous ceux qui cherchent à lui disputer le pouvoir lorsqu’il a été élu. Le pacte d’allégeance qui peut légèrement changer en certaines circonstance reste néanmoins et de manière générale le même. Il consiste à dire : « Je porte allégeance sur le Livre d’Allah, la Sounnah de Son Messager (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), sur le combat dans la voie d’Allah Exalté (al-jihad fis-sabilillah ta’ala), sur l’écoute et l’obéissance dans la facilité et la contrainte, dans l’aisance et la difficulté, de tout ce dont je suis capable et de ne pas disputer aux gens leurs affaires ».

 

Une allégeance parfaitement claire en regard de tous les évènements qui ont précédé et qui vont suivre et tout ce dont nous avons mentionné jusqu’à présent, n’est que l’introduction à l’histoire des Omeyyades.

 

 

Ziyad Ibn Soumayah et Bousr Ibn Abi Artat

 

Nous allons maintenant faire mention de deux hommes qui jouèrent un grand rôle dans les événements de cette époque. Il s’agit de Ziyad Ibn Soumayah ou Ziyad Ibn Abi qui fut connu par la suite sous le nom de Ziyad Ibn Abi Soufyan. Il est né à Taif l’année de l’Hégire, ou selon certains autres une année avant l’Hégire, et devint Musulman sous le règne d’Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah soit satisfait de lui). Il y a des désaccords en ce qui concerne le nom de son père. Les historiens ont rapporté qu’il est Ziyad Ibn ‘Oubayd ath-Thaqafi et que son père était ‘Oubaydoun ‘Abdana (un esclave). Et ils l’appelèrent aussi Ziyad Ibn Soumayah. Sa mère est Soumayah Jariyatou al-Harith Ibn Qaladah ath-Thaqafi le docteur connu.

Ziyad racheta son père ‘Oubaydah et le libéra. Ziyad fut présenté à ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) qui lui annonça une future conquête. ‘Omar lui demanda de s’adresser aux gens et son discours fut dur.

Ziyad était un homme ferme, un prêcheur et un scribe. Il écrivit à Abou Moussa al-Ash’ari, à Moughirah Ibn Shou’bah et à ‘AbdAllah Ibn ‘Abbas (qu’Allah soit satisfait d’eux). Il était le frère d’Abi Bakra par la mère et il était un des partisans de ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui). ‘Ali l’envoya combattre des Kurdes qui s’était rebellé en Perse et Ziyad les écrasa et prit possession d’une forteresse qui prit son nom.

 

Lorsque les arrangements furent scellés entre al-Hassan et Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait d’eux), Mou’awiyah lui envoya son commandant Bousr Ibn Abi Artat des Bani Ma’is Ibn ‘Amir Ibn Louhay al-Qourayshiyine, nous se sommes pas sur s’il était un Compagnon ou non car nous n’avons pas cherché pour le confirmer.

L’Imam Ahmad et Yahya Ibn Ma’in ont dit qu’il n’a rien entendu du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait de lui) envoya Bousr Ibn Abi Artat à la tête d’une armée à Basra en lui demandant de capturer les Bani Ziyad afin de mettre aussi la main sur une somme importante d’argent du trésor public des Musulmans qu’il conservait alors qu’il était en service.

Bousr qui était un tyran captura ‘AbderRahmane Ibn Abi Bakra, ‘Oubaydillah et ‘Abad Ibn Ziyad et voulut les tuer mais Abou Bakra demanda un délai de deux semaines à Bousr pour lui laisser le temps de parvenir à Mou’awiyah à Damas. Bousr accepta mais promit que s’il ne se rendait pas, il tuerait les autres membres de sa famille. Abou Bakra se rendit en Syrie sans jamais s’accorder de repos et tua deux montures tant il voyagea rapidement. Il demanda à Mou’awiyah d’accorder à son frère Ziyad la sécurité et d’écrire un message à Bousr pour qu’il libère les membres de sa famille ce que fit Mou’awiyah. Mou’awiyah dit à Abou Bakra j’accorde la sécurité à ton frère à la condition qu’il me donne ce qu’il a comme argent chez lui. Et Abou Bakra fut de retour le septième jour à Basra avec la grâce d’Allah Exalté soit-Il, il put libérer sa famille prisonnière.

 

En l’an 41 de l’Hégire (661), Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait de lui) écrivit à Ziyad de tenir ses engagements puisque Abou Bakra avait demandé à son frère de rentrer sous les ordres du calife. Lorsque Ziyad rentra sous les ordres, Mou’awiyah lui demanda ce qu’il avait fait de l’argent qu’il avait ramassé alors qu’il était en campagne en Perse. Ziyad, lui répondit qu’il en avait envoyé une partie à ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui), qu’il avait utilisé une autre partie dans les besoins relatif à son poste et que le reste se trouvait protégé auprès de certains de ses aides et qu’il allait lui remettre la somme restante. Mou’awiyah (qu’Allah soit satisfait de lui) le crut ou bien il se contenta de ne pas le juger pour cela pour tirer parti de la force de Ziyad. Puis il l’envoya à Koufa sous la vigilance de Moughirah Ibn Shou’bah.

 

En l’an 42 de l’Hégire (662), les Musulmans firent une incursion dans le pays de Lan proche de l’Arménie actuelle[1]. Ils razzièrent aussi les Byzantins et leur infligèrent une terrible défaite ou plusieurs de leurs chefs furent tués. Ainsi nous pouvons remarquer que lorsque les Musulmans sont divisés, ils se combattent entre eux et laissent de côté le combat dans la voie d’Allah à Lui les Louanges et la Gloire et lorsqu’ils étaient de nouveau unifiés, ils reprenaient leurs conquêtes. Et en une seule année, leur empire s’accrut.

 

Cette même année naquit al-Hajjaj Ibn Youssouf ath-Thaqafi qui allait jouer aussi un rôle important dans l’Histoire des Omeyyades.

 

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