LIVRES

HISTOIRE DE L’ISLAM

Marine et Marins Alger 1518-1830. M.Belhamissi

C’est par ses escadres qu’Alger se distingua dans l’épopée de la Méditerranée. Malgré de multiples difficultés et en dépit des nombreuses tentatives pour la contenir et l’écraser, la marine, avec des moyens modestes, sut imposer sur l’échiquier international et se rendre redoutable aux nations qui cherchaient sa perte. Et sa vitalité demeura jusqu’à la fin.

C’est vers la mer que le gouvernement de la Régence, devenu rapidement une puissance navale, tournait ses principales activités. Dès le XVIème siècle, le volume grandissant du commerce international, la succession de crises politiques menant aux conflits armés, les appétits territoriaux de certains états et les tendances à l’hégémonie en Méditerranée rendaient indispensable la constitution et l’entretien d’une marine agissante, capable de défendre une politique déterminée : la défense du territoire, notamment du littoral, l’appui aux Musulmans d’Espagne agressés par le fanatisme religieux de leurs vainqueurs, la présence aux côtés du Sultan ottoman face à ses adversaires, le contrôle de la navigation pour connaître les amis des ennemis et enfin la guerre de course.

Marine et Marins Alger 1518-1830

Édition Complète 3 Volumes

 

Catégorie: Livres.

Série: Histoire de l’Islam et des Musulmans.

Auteur: Moulay Belhamissi

Scan & Mise en Page: AbdelHakim Boutrif

Pages: 649

 

 

On peut s’étonner de la place qu’occupe la marine de la Régence à l’époque ottomane, dans de très nombreux écrits européens d’histoire, de littérature, de correspondance diplomatique ou de rapports militaires traitant de ce pays. Ce grand intérêt justifie amplement l’importance acquise par cette arme et le rôle qu’elle assuma durant trois siècles.
En effet, c’est par ses escadres qu’Alger se distingua dans l’épopée de la Méditerranée. Malgré de multiples difficultés et en dépit des nombreuses tentatives pour la contenir et l’écraser, la marine, avec des moyens modestes, sut imposer sur l’échiquier international et se rendre redoutable aux nations qui cherchaient sa perte. Et sa vitalité demeura jusqu’à la fin.
C’est vers la mer que le gouvernement de la Régence, devenu rapidement une puissance navale, tournait ses principales activités. Dès le XVIème siècle, le volume grandissant du commerce international, la succession de crises politiques menant aux conflits armés, les appétits territoriaux de certains Etats et les tendances à l’hégémonie en Méditerranée rendaient indispensable la constitution et l’entretien d’une marine agissante, capable de défendre une politique déterminée : la défense du territoire, notamment du littoral, l’appui aux Musulmans d’Espagne agressés par le fanatisme religieux de leurs vainqueurs, la présence aux côtés du Sultan ottoman face à ses adversaires, le contrôle de la navigation pour connaître les amis des ennemis et enfin la guerre de course.
Cette activité débordante distingue la marine d’Alger de celles de son temps. C’est elle qui a créé l’Etat, assuré sa force et son prestige à tel point que les puissances d’en face, frémissantes et désemparées, avouèrent leur impuissance à écraser cette organisation et en vinrent à acheter à prix d’or sa neutralité ou son alliance.
Les Barberousse et leurs successeurs à la tête du nouvel Etat avaient mis leur génie, leur courage, leur expérience et leur foi au service de cette arme qui devint très tôt la plus grande école militaire de l’Islam. Ils lui assurèrent, par une politique intelligente un rôle prépondérant en mer, le mordant dans les combats et de nombreux succès dans les tâches entreprises1, malgré des possibilités financières limitées, un manque de bases navales suffisamment sûres et un littoral inhospitalier ou constamment menacé. En dépit de ces aspects négatifs, le gouvernement d’Alger parvint à transformer la Méditerranée en une zone chaude et dangereuse pour la navigation. Aux marines européennes, les grosses unités, les grandes écoles, le savoir des états-majors ; aux galères d’Alger l’expérience des flots, l’audace des Raïs, la foi, la volonté et les prouesses légendaires. D’où ce souci compréhensible des gouvernements ennemis, de leurs diplomates, leurs agents, leurs marchands et leurs prêtres, de suivre les mouvements de cette marine, d’en étudier les forces, d’imaginer la riposte à ses actions, d’expérimenter « des choses » pour stopper l’activité soutenue de ces Raïs, nés pour la mer et se servant d’elle pour s’imposer.
Cependant, si en Europe on accordait beaucoup d’attention à cette marine, si on observait avec intérêt ou inquiétude ses mouvements, ce fit moins pour chanter ses exploits ou justifier son action que pour l’arroser d’injures et l’inonder de calomnies.
Sa vigueur et sa vitalité créèrent un climat d’algérophobie, nourri par des écrits tendancieux qui agissaient sur les sensibilités, remuaient « le zèle chancelant des croyants » afin de « mieux manoeuvrer les âmes » et transformer des préjugés en réalités. Et c’est ainsi que la conscience des lecteurs de l’époque fut souvent violée par des auteurs mal intentionnés, avec une mauvaise foi et une facilité déconcertantes.
Cette marine au grand renom, particulièrement aux XVIème – XVIIème siècles, n’a eu droit, à travers les milliers de textes européens, qu’à une histoire déformée et une étude partisane. En gonflant démesurément et en rabâchant tout le temps les problèmes de la Course, des captifs et de la cruauté des Algériens, on finit par tomber dans une monotonie fatigante et une hystérie inutile. L’histoire de l’Algérie, à partir de 1516 et jusqu’en 1830, n’est rien d’autre qu’un récit fleuve des esclaves chrétiens et de leurs malheurs, d’où ces développements rituels et ces clichés « passe-partout » pullulant de diatribes, d’injures et d’anathèmes.
Toute une littérature sur la marine algérienne, ses chefs et son action, reste à balayer sans regret, à enterrer à jamais, parce qu’elle est le fruit de passions mal contenues, de mensonges grossiers, de jalousies maladives et d’inimitiés haineuses.
Aussi, est-il grand temps de revoir sans parti pris le passé de notre histoire maritime, de réfuter ce qui la défigure, d’en chasser les idées préconçues, les mythes accumulés et les préjugés gratuits, savamment entretenus par des prêtres fanatiques, des prisonniers à la recherche d’une gloire à bon compte, des consuls peu scrupuleux ou des historiens au service d’une cause bien connue. L’histoire forgée doit céder la place à l’histoire vraie.
Le premier devoir de l’historien de la marine est de dépassionner les débats, de reprendre les recherches en s’armant de patience, d’interroger les nombreux documents d’archives dont une bonne partie fut, consciemment ou non, ignorée, de confronter les textes pour approcher la vérité, afin de mieux saisir et comprendre les événements, notamment l’action de ces Raïs qui « savaient rendre la monnaie » et pour pénétrer le sens de leur combat.
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