OSMANLI

OTTOMANS

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Après plus d’une année de discussion, le principal obstacle à la croisade fut levé, lorsque le 6 juillet, 1439, le document énonçant les conditions d’union fut solennellement lu dans la cathédrale de Florence.[1] Enfin, lorsque les débats prirent fin, et un horos (définition doctrinale) formulé, des serments furent jurés et des anathèmes furent imposés de sorte qu’aucune contradiction ne soit jamais plus soulevée.[2] L’essence des horos était que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme d’un principe et d’une procession unique que les Grecs exprimaient dans les mots « du Père par le Fils. » Ils souscrivirent à cette confession et quittèrent Florence après avoir d’abord concélébrer la première Liturgie Divine, en communion ensemble et en s’embrassant les uns les autres.[3] Le grec avait fait des concessions sur les questions théologiques et également reconnu le pape en tant que chef des églises réunies.[4] Cet acte d’union, cependant, représentait un accord fondé sur une nécessité politique, qui fut acceptée par le clergé grec supérieur. Il ne prit pas en compte la haine naturelle des Latins par la population byzantine et le clergé régulier, qui s’uniraient pour empêcher sa mise en œuvre avec succès.[5] L’union, comme note Inalcik, était la décision de l’élite dirigeante. C’était cependant une étape décisive qui ouvrit une période critique qui se termina par la chute de Byzance comme nous le verrons.[6]

 

D’Italie, l’empereur revint dans sa capitale après une absence de près de deux ans, ayant obtenu par la soumission à Rome, la promesse du pape de le soutenir avec des navires, des hommes et d’appeler de nouveau pour une croisade.[7] Immédiatement après le retour de Jean, lui et d’autres dirigeants chrétiens européens commencèrent à faire des mouvements plus ou moins combinés contre Mourad.[8]

 

L’influence du pape Eugène fut énergiquement utilisée pour obtenir une alliance réussie.[9]  Eugène était maintenant en mesure de poursuivre une politique plus précise contre les Turcs. Il ne tarda pas à annoncer l’Union à l’Occident et le 1er août, il invoqua l’aide des fidèles pour contribuer à la guerre imminente avec les Ottomans.[10] Déjà en juin, le pape s’arrangea pour mettre des soldats et des navires à la disposition de l’empereur et désigna certaines banques à Venise, Gênes et Florence de préparer les fonds nécessaires pour l’entreprise.[11] Sur ce, le pape entreprit d’envoyer dix galères durant un an ou vingt-six mois, pour attaquer les Turcs et redonner du courage aux puissances chrétiennes.[12] Durant cette même époque, Eugène promit également de payer le voyage de retour des Grecs et demanda que certains navires prévus pour faire un pèlerinage à Jérusalem, de se rendent plutôt dans la capitale grecque.[13] 

 

 

Jean, estimant que Mourad s’était irrité des actions du pape, lui envoya pour lui déclarer que son voyage avait été seulement dans le but de régler des dogmes et n’avait eu aucun objet politique.[14]  Les ambassadeurs de l’empereur à Mourad exprimèrent leur gratitude et leur sincère amitié. Mourad était inquiet parce que l’empereur s’était rendu dans le royaume des Francs, qu’il avait conclu un pacte de concorde avec les Francs et qu’il était aussi devenu un Franc.[15] Mourad craignait qu’un accord avait été conclu pour que les nations occidentales l’attaquent par voie terrestre et maritime.[16] Bien que l’empereur tenta de dissimuler le véritable objectif politique de l’Union,[17] il ressort clairement des sources ottomanes contemporaines,[18] que les Ottomans étaient parfaitement au courant des négociations pour la préparation d’une croisade contre eux-mêmes, et à partir de ce moment, dans une grande majorité et principalement parmi les chefs militaires, affirmèrent qu’à moins que Byzance ne soit éliminée, il n’y aurait pas de sécurité et aucun avenir pour l’état ottoman.[19] Dans Ghazavãt-i Sultan, un récit récemment découvert et bien informé des événements entre 1439 et 1444, les croisades de 1443 et 1444 ainsi que les attaques karamanide en Anatolie, sont toutes attribuées à l’origine aux activités de la diplomatie byzantine.[20] Bien que reflétant essentiellement la vue du parti anti-byzantin, la revendication est largement confirmée par des sources occidentales, qui parlent des activités des diplomates byzantins à Rome, Venise et Buda au cours de ces années.[21]

 

Bien que Jean à son retour de Florence envoya une ambassade au Sultan pour protester qu’il était un vassal loyal, il attendait seulement les navires et l’aide promise par le pape et par les princes occidentaux afin de participer à une attaque combinée.[22] Bien que les navires promis mirent longtemps à arriver, l’Occident était connu être plein d’anxiété et les préparatifs en cours étaient précipités.[23] Les moyens de combattre les Turcs ne manquaient pas. La Hongrie se prépara, sous la direction du régent Jean Hunyadi, pour lancer une guerre décisive contre les Ottomans. Dans leurs efforts pour ce but, l’aristocratie hongroise accepta en 1440 d’avoir Ladislav (Vladislav III), roi de Pologne, comme leur roi (Lászlo IV), à condition qu’il poursuive vigoureusement la lutte contre les Ottomans.[24] Presque immédiatement après son accession, son armée réussie à vaincre un détachement turc en Hongrie.[25]

Dans la même année Skanderbeg, à savoir Alexander Bey, à la tête d’un grand corps d’Albanais, déclara la guerre à Mourad.[26] En attendant, le pape avait invité tous les princes chrétiens, y compris Henri VI d’Angleterre, pour fournir de l’aide contre les Turcs.[27] Le roi d’Aragon promit d’envoyer six galères. Ladislav répondit aussi et rejoignit George, le roi de Serbie, en 1441.[28]  Byzance était également intéressé par le lancement d’une croisade générale.

Dès février 1442, l’envoyé byzantin, Jean Torzello, était à Venise avec la mission de visiter Buda, Rome et d’autres capitales européennes pour la réalisation d’une telle croisade.[29]

 

Aucune croisade n’est évidemment complète sans les Français. Bien qu’ils ne se soient jamais remis de la catastrophe de Nicopolis, la ferveur croisée ne s’éteint jamais éteinte parmi eux. Philippe le Bon, le duc de Bourgogne n’avait aucun intérêt matériel évident dans la croisade proposée, mais comme idéologie, la croisade faisait partie de la culture littéraire et chevaleresque de la cour bourguignonne.[30] Les Bourguignons avaient participé, avec des conséquences désastreuses, à la croisade de Nicopolis en 1396, et le duc cherchait sans doute à se venger de cette défaite.[31] Depuis la croisade de Nicopolis en 1396, lorsque fut fait prisonnier Jean de Nevers, le père de Philippe, l’idée d’une expédition militaire contre les Turcs avait été un thème récurrent de la politique orientale bourguignonne.[32]

En 1421, Philippe et le duc de Bedford, Jean de Lancastre, avait envoyé Gilbert de Lannoy en Orient, et en 1432, Philippe avait envoyé Bertrandon de La Brocquière en Palestine, en Syrie et en Anatolie pour faire un rapport sur la situation militaire en préparation d’une croisade.[33]

En 1439, Jean VIII envoya son chambellan Jean Torcello au duc avec un plan pour une guerre contre Mourad et « la délivrance de la Terre Sainte. » Philip soutenait également les Chevaliers Hospitaliers dans la défense de Rhodes contre les Mamelouks d’Egypte.[34] De plus, en dehors des considérations idéalistes, une croisade augmenterait le propre statut du duc. Juridiquement, il dirigeait ses terres en tant que vassal du roi de France. La participation à une croisade victorieuse ouvrirait la possibilité de recevoir une couronne royale du pape.[35]

 

Eugenius, soucieux de retrouver pour la papauté son prestige antérieur en tant que chef de la croisade, se mit à lever un prélèvement spécial, et pour hâter les choses en Hongrie, envoya son légat, le cardinal Julian Cesarini avec une double commission : établir la paix entre les différentes factions et d’organiser la croisade contre les Turcs, sous la direction de Ladislas.[36] Après un effort pour obtenir le soutien vénitien pour la croisade planifiée et une tentative infructueuse de rencontrer Frédéric III à Vienne, Cesarini rejoignit le roi Ladislas à Buda le 27 mai et il devint rapidement le principal conseiller du jeune roi très influençable.[37] En août, il avait organisé une trêve de dix mois pour se terminer par une paix permanente.[38]

 

 

 

[1] TV Tuleja: Eugenius IV; op cit; p. 258.

[2] Doukas: Decline and Fall of Byzantium; op cit; p. 180.

[3] Doukas: Decline and Fall of Byzantium to the ottoman Turks; Wayne State Unniversity Press; 1975; p. 180.

[4] TV Tuleja: Eugenius IV; p. 258; Imber 8.

[5] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton Ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 282.

[6] G. Sphrantzes: Chronicon, ed. E. Bekker; Corpus Scriptorum Historiae Byzantinae (CSHB); Bonn; 1828-1897; p. 173; ed. Vasile Grecu (Bucharest, 1966), p. 178.

[7] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 52.

[8] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 158.

[9] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 158.

[10] Odericus Raynaldus, Anales ecciesiastici (Coloniae Agrippinae, Anno MDCXCIIII), 1439, n. 9.

[11] Cf. G. Hofmann, “Die Konzilsarbeit in Florenz” (1372-1422), Orientalia Christiana Periodica, IV (1938), 393-394.

[12] E. Pears: The Ottoman; p. 690.

[13] TV Tuleja: Eugenius IV; note 6; p. 258.

[14] E. Pears: The Ottomans; p. 691.

[15] Doukas: Decline and Fall; p. 181.

[16] Doukas; p. 181.

[17] Ducas, op. ci., tr. Magoulias, p. 181.

[18] Anonymous: Ghazavât-I Sultan Murad, édité by I. Inalcik and M. Oguz; Ankara: Turk Tarih Kurumu; 1989; pp. 2-4.

[19] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 269.

[20] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 269.

[21] See N. lorga, Notes et extraits pour server a l’Histoire des Croisades au XVem Siècle; 2 vols; Paris; Ernest Leroux; 1899. II , index, p.58O,

[22] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 159.

[23] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 159.

[24] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 269.

[25] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 158.

[26] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 158.

[27] E. Pears: The Ottomans; p. 691.

[28] Pears: Ottomans; p. 691.

[29] N. lorga, Notes et extraits, op cit; II, 83.

[30] C. Imber: the Crusade of Varna; 13.

[31] Imber 13.

[32] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 289.

[33] Deno Geanakoplos, “Byzantium and the Crusades, 1354—1453,” in volume III of the present work, p. 98.

[34] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 289.

[35] C. Imber: The Crusade of Varna; 13.

[36] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 56.

[37] See R. Mols: Julien Cesarini, in Dictionaire d’Histoire et de Geographie Ecclesiastiques; XII; 1953; cols; 220-49.

[38] M. Chasin: The Crusade of Varna; in KM Setton ed: A History of the Crusade; vol 6; pp. 276-310; p. 287.

 

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