OSMANLI

OTTOMANS

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De La Brocquière poursuit sa description de l’armure turque puis, il dit :

« Leur obéissance aux supérieurs est sans bornes. Personne n’osera désobéir, même lorsque leur vie est en danger et cela résulte principalement de cette soumission constante que ces si grands exploits ont été accomplis et ces si vastes conquêtes acquises, comme les rendre maîtres d’un pays plus vaste et plus considérable que toute la France. Je me suis assuré, que chaque fois que les puissances chrétiennes ont pris les armes contre eux, ils ont toujours eu des informations en temps opportun. Dans ce cas, le Sultan à leur marche surveillée par des hommes affectés à cette fin et il les attend avec son armée à deux ou trois jours de marche à l’endroit où il se propose de les combattre. S’il croit l’opportunité favorable, il tombe brusquement sur eux et pour ces occasions, ils ont un type de marche particulière battue par un grand tambour. Lorsque ce signal est donné, ceux qui doivent conduire marche silencieusement, suivis par les autres avec la même discrétion, sans que la colonne ne soit jamais interrompue, des chevaux et des hommes formés à cette fin. Dix mille Turcs, dans cette occasion, ferait moins de bruit que cent hommes dans les armées chrétiennes. Dans leurs marches ordinaires, ils marchent simplement mais dans celle-ci, ils galopent toujours ; et comme ils sont légèrement armés, ils progresseront ainsi davantage, du soir au lever jour, que dans trois autres jours ; c’est la raison pour laquelle ils ne peuvent pas porter cette armure aussi complète que celle des Français et des Italiens. Ils choisissent aussi des chevaux mais pas trop rapide et galope pendant une longue période, alors que nous ne choisissons ceux qui galopent bien et facilement. C’est par ces marches forcées qu’ils ont réussi à surprendre et complètement vaincre les chrétiens dans leurs différentes guerres. C’est ainsi qu’ils ont conquis de duc Jean, dont l’âme à qui Dieu puisse pardonner ![1] Et, encore, (défirent) l’empereur Sigismond, si récemment avant Coulumbach, où Sire Advis, le chevalier polonais périt.[2]

 

Leur manière de combattre varie selon les circonstances. Lorsqu’ils trouvent une occasion favorable, ils se divisent en différentes troupes et attaquent ainsi de nombreuses parties d’une armée à la fois. Ce mode est particulièrement utilisé quand ils sont au milieu des bois ou des montagnes, de la grande facilité qu’ils ont de se regrouper de nouveau ensemble. Parfois, ils forment des embuscades et envoient des éclaireurs bien montés pour observer l’ennemi. Si leur rapport est qu’il n’est pas sur ses gardes, ils forment instantanément leur plan et profite de cette circonstance. S’ils trouvent l’armée bien établie, ils l’encerclent a porté de flèche et ainsi cabrés, tirent sur les hommes et chevaux, et continuer cette manœuvre si longtemps, qu’ils la jettent dans le désordre. Si l’armée tente de les poursuivre, ils fuient et se dispersent chacun séparément, même seulement si un quart de leur nombre est ordonné contre elle ; mais c’est dans leur fuite qu’ils sont redoutables et c’est presque toujours ainsi qu’ils ont vaincu les chrétiens. En fuyant, ils ont l’adresse de tirer leurs flèches tellement bien qu’ils ne manquent presque jamais de toucher un homme ou un cheval. Chaque cavalier a également sur le pommeau de sa selle un tabolcan. Lorsque le chef, ou un de ses officiers, voit que l’ennemi qui poursuit est en désordre, il donne trois coups sur cet instrument ; les autres en l’entendant font de même, et ils se regroupent immédiatement autour de leur chef comme tant de porcs autour du vieux ; puis, selon les circonstances, ils reçoivent soit la charge des assaillants ou tombent sur eux par groupes et les attaquent à différents endroits en même temps. Dans les batailles rangées, ils emploient un autre stratagème qui consiste à lancer des feux d’artifice parmi la cavalerie pour effrayer les chevaux. Ils postent souvent dans le front de leurs armées, un grand corps de dromadaires et de chameaux, qui sont audacieux et vicieux qui sont conduits devant eux sur la ligne de chevaux de l’ennemi qu’ils jettent dans la confusion.[3] »

 

De la Brocquière donne alors des conseils sur ce que les chrétiens doivent faire pour les vaincre :

« Tels sont les modes de lutte des Turcs qui ont adopté jusqu’ici contre les chrétiens. Je ne voudrais pas, pour sûr, les amoindrir ou les déprécier ; car je dois avouer que j’ai toujours trouvé, dans mes différentes relations, francs et loyaux, et quand il était nécessaire de faire preuve de courage, ils n’ont jamais manqué de le faire ; mais je ne suis pas moins convaincu qu’il ne serait pas difficile pour des troupes, bien montées et bien commandées, de les vaincre : et, en ce qui me concerne, je déclare qu’avec la moitié de leur nombre, je n’hésiterais jamais à les attaquer. Leurs armées, je sais, se composent généralement de deux cent mille hommes ; mais la plus grande partie est à pied et sans ressources, comme j’ai déjà dit, de tarquais, de casques, de maillets, ou d’épée ; peu en effet, sont complètement armés. Ils ont, en outre, parmi eux un grand nombre de chrétiens, qui servent par force, des Grecs, des Bulgares, des Macédoniens, des Albanais, des Esclavons, des Valaques, des Serbes, et d’autres sujets des despotes de ce pays. Toutes ces personnes détestent le Turc, parce qu’il les retient dans une captivité sévère ; et s’ils voyaient les chrétiens marcher en force contre lui, et surtout les Français, je n’ai pas le moindre doute qu’ils se retourneront contre lui et lui feront grand mal.
Les Turcs ne sont donc pas si terriblement redoutables comme j’ai entendu dire. Je dois reconnaitre cependant, s’il a lieu, qu’il sera nécessaire, si une tentative est faite contre eux, d’avoir un général bien obéi par ses troupes, et qui écouteraient particulièrement les conseils de ceux qui connaissent leur mode de guerre. Ce fut la faute, comme je suis informé, de l’empereur Sigismond, alors qu’il était vaincu par eux à Coulumbach. S’il avait assisté aux conseils que je lui avaient donné, il n’aurait pas été forcé de lever le siège puisqu’il avait de vingt-cinq à trente mille Hongrois …[4] »

 

De la Brocquière poursuit ses conseils militaires :

« Ils (les Turcs) ont une cavalerie plus nombreuse ; et leurs chevaux, bien qu’inférieur en force aux nôtres, sont incapable de supporter des poids si lourds, galopent mieux et s’affrontent plus longtemps sans perdre leur souffle. Ceci est une raison supplémentaire pour l’armée toujours en ordre et en bonne et due forme. Lorsque cette méthode est constamment suivie, ils seront obligés de combattre désavantageusement et, par conséquent, de tout risquer ou de battre en retraite devant l’armée. Dans le cas présent, la cavalerie doit être envoyée à la poursuite ; mais elle doit toujours marcher en bon ordre, et être toujours prête à se battre et les recevoir s’ils devaient faire demi-tour. Avec une telle conduite, il n’est pas douteux mais ils doivent toujours être vaincu ; et si le contraire est suivi, ils nous battront, comme cela s’est déjà produit.

Il peut, peut-être, être dit qu’il serait honteux ainsi de rester sur la défensive en présence de l’ennemi ; et qu’en vivant comme ils le font, ils nous affligeront, à moins que nous quittions notre retranchement pour nous battre avec eux, je répondrai qu’il n’est pas habituel qu’ils restent longtemps au même endroit ; qu’ils sont aujourd’hui à cet endroit et le lendemain à un jour et demi de marche ; ils réapparaissent aussi soudainement qu’ils disparaissent ; et que, si une armée n’est pas toujours sur ses gardes, elle encourra de grands risques. Le point important est d’être toujours vigilent dès qu’ils apparaissent et d’être prêt à monter pour le combat. Devrait-il avoir un passage difficile sur la ligne de marche, autant d’hommes d’armes et d’archers doivent être envoyés là où la situation permettra un combat, et ils doivent être continuellement en ordre de bataille jusqu’à ce que le tout soit passé. Aucun fourrageur ne doit jamais être envoyé, car ils seraient autant d’hommes perdus ; et d’ailleurs ils trouveront rien à l’étranger car en temps de guerre, les Turcs transportent tout dans les villes.[5] »

 

 

 

[1] Note Wright; p. 365.

[2] De la Broquière; pp. 364-5.

[3] De la Broquière: pp. 365-6.

[4] De la Broquière: Le Voyage; pp. 366-7.

[5] De la Broquière: Le Voyage; pp. 369-70.

 

 

 

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