OSMANLI

OTTOMANS

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L’état des Turcs avant la croisade

 

Edward Said note :

« Pour l’Occident, l’Asie représentait déjà une distance et une aliénation silencieuse ; L’Islam était une hostilité militante envers le christianisme européen. Pour surmonter ces constantes redoutables, l’Orient devait d’abord être connu ensuite envahi et possédé puis, recréé par des savants, des soldats et des juges qui exhumeraient des langues, des histoires, des races et des cultures oubliées afin de les soutenir, au-delà du savoir oriental moderne, comme le véritable Orient classique qui pourrait être utilisé pour juger et gouverner l’Orient moderne. L’obscurité disparue, pourrait être remplacé par des entités éducatives ; l’Orient était la parole d’un savant signifiant ce que l’Europe moderne avait récemment fait de l’Orient encore singulier.[1] »

Lorsque Sire William Jones, un servant de la Compagnie des Indes Orientales, inaugura, il y a des siècles, les études de l’Orient, c’était dans le but « d’augmenter la connaissance de l’Europe avec les peuples sur lesquels, il exercerait le contrôle.[2] »

 

Finalement, l’Angleterre régna sur l’Inde grâce à cette connaissance préalable, qui l’aida à dresser un groupe ethnique contre un autre jusqu’à ce que le sous-continent soit conquis et une pareille attitude fut exercée par les Français en Algérie.

 

Il est peu surprenant que suite à l’écrasement des croisés à Nicopolis en 1396, les pays occidentaux, et en premier la France, cherchèrent à se familiariser avec des connaissances très spécifiques de l’ennemi, pas seulement les théories habituelles sur les invasions mais des informations précises sur les Turcs, leurs armées, leur système d’administration, leurs faiblesses, etc. Il était également nécessaire de collecter des informations sur les mécontentements dans le domaine, les moyens et les manières d’aggraver ces derniers et d’accentuer les divisions.

 

Dans les années 1430, avant la croisade de Varna, cette connaissance fut fournie par des « voyageurs » occidentaux, en particulier le Français De La Brocquière. De La Brocquière avait été expressément envoyé pour mesurer la force de l’ennemi des croisés.[3] De ses observations et de ses connaissances des échecs précédents, le Bourguignon tira des leçons pour l’armée chrétienne : les inconvénients de leur armure lourde et leurs chevaux, la nécessité impérieuse d’une meilleure discipline, de l’abstinence du pillage au moins sur le territoire chrétien, etc.[4]

Cette dernière faiblesse est bien illustrée dans un plan de croisade[5] établi à Florence en 1439 par un des fonctionnaires de l’empereur byzantin Jean VIII, qui parvint au duc de Bourgogne et qui passa par lui à La Brocquière pour commentaires. C’était un morceau de stratégie de fauteuil qui prévoyait la conquête de la Turquie européenne en un mois et celui de la Terre Sainte en un second, la première avec l’aide précieuse des sujets chrétiens qui croissaient dans le corps (par conséquent la Turquie).[6]

La Brocquière connaissait trop bien les Turcs et leurs dominions pour partager cette illusion ; ses commentaires furent polis mais recherchés.[7] Mais plus loin, son zèle pour la croisade se brise en particulier dans sa liste des personnes avec lesquelles la conquête des Turcs devraient être entreprise : autant de Français que possible, dix mille archers anglais (plus tard, il ajoutera aussi les archers écossais) et, le plus grand nombre possible de « nobles personnes d’Allemagne. » « Et je souhaite que Dieu m’ai donné la grâce de pouvoir combattre parmi eux. » Pour les guerriers de ces nations « tous ensemble unis en bon nombre, nous pourrions tous atteindre et conquérir Jérusalem.[8] »

 

 

Extraits de son propre travail, De La Brocquière nous dit plus :

« Comme j’ai vécu avec les Turcs, je connais leur manière de vivre et de combattre et j’ai fréquenté la compagnie de personnes sensibles qui les ont étroitement observés dans leurs grandes entreprises, je suis enhardi d’écrire quelque chose qui les concernent, selon le meilleur de mes capacités, sous la correction toutefois, de ceux qui sont mieux informés et de montrer comment, il peut être possible de reconquérir les territoires qu’ils ont gagné et de les vaincre dans le champ de bataille. Je commencerai par ce qui concerne leurs personnes, et dire qu’ils sont une assez belle race, avec de longues barbes mais de taille moyenne et de force modérée. Je sais bien que c’est une expression commune que de dire « fort comme un Turc » ; cependant, j’ai vu une infinité de chrétiens, quand la force était nécessaire, les exceller, et moi-même, qui n’est pas des plus fort, a, lorsque les circonstances nécessite l’effort, trouvé de beaucoup plus faible que moi.

Ils sont diligents, se lèvent volontiers tôt et vivent peu, se contente de pain mal cuit, de chair crue séchée au soleil, de lait caillé ou non, de miel, de fromage, de raisins, de fruits, d’herbes et même une poignée de farine, avec laquelle ils font un potage suffisant pour nourrir six ou huit pour un jour. »[9]

 

Sur le sujet d’intérêt, la préparation turque pour la guerre, il écrit :

« En ce qui concerne leurs habitudes et leurs accoutrements pour la guerre, j’ai eu l’occasion de les voir deux fois, à l’occasion des renégats grecs qui, renonçant à eux-mêmes, embrassèrent la religion mahométane. Les Turcs célèbrent ces événements avec beaucoup de fête. Ils se parent de leurs meilleures armes et traversent la ville avec autant de procession que possible. Lors de l’une de ces occasions, je les ai vu porter de très beaux hauberts (longue cotte de mailles) comme les nôtres, sauf que les liens de mailles étaient plus petits ; les brassards étaient les mêmes. En un mot, ils ressemblaient à ces images qui représentent les figures de l’époque de Jules César. Leur armure descend presqu’à mi-cuisse, mais un morceau de soie est fixé circulairement en bas de celle-ci, qui tombe sur le mollet de la jambe. Sur leur tête, ils portent un capuchon rond blanc, d’un demi-pied de haut, terminé en pointe. Il est orné de plaques de fer sur tous les côtés, pour écarter du visage, du cou et des joues, les coups d’épée et, est comme les casques en France, appelés salades (une sorte de casque léger alors en usage, n’ayant pas de visières ni de pièce pour la gorge qui avait besoin de plaques de fer pour protéger le visage).[10] »

 

 

 

[1] E.Said: Orientalism, in J. Sweetman: The Oriental Obsession: (Cambridge University Press, 1987); p, 8.

[2] Z. Sardar and MW Davies: Distorted Imaginations; Grey Seal Books; London, 1990; p. 43.

[3] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 52.

[4] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 52.

[5] Bertrandon de la Broquière: Voyage d’Outremer; ed. C. Schefer; Paris; 1892.

[6] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 53.

[7] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 53.

[8] DM Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool at the University Press; 1954; p. 53.

[9] De la Broquiere: Le Voyage d’Outemere de Bertrandon the la Broquière..; English version in T. Wright: Early Travels to Palestine; London; 1848; p. 362.

[10] De la Broquière: Le Voyage (Wright) pp. 363-4.

 

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