OSMANLI

OTTOMANS

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Mourad II 

 

Trois années de crise suivirent la mort de Mehmed I en 1421. Sa mort offrit à l’empereur byzantin l’occasion de saper la puissance ottomane, encore une fois en fomentant des conflits au sein de la dynastie.[1] Lorsque le fils de Mehmed, Mourad, fut déclaré Sultan le 25 juin 1421, Manuel II libéra Moustafa, l’oncle de Mourad, dans les Balkans. Là, il fut rejoint par de nombreux chefs des forces ottomanes, y compris les puissants Begs frontaliers.[2] Toute la Roumélie le reconnut comme Sultan, tandis que les Janissaires, les savants musulmans et les ‘Oulémas soutinrent Mourad.[3]

En échange du soutien de l’empereur, Moustafa accepta de céder à l’empereur Gallipoli, les riches plaines côtières de Thrace, de Thessalie et les rives de la Mer Noire.[4] Pour aggraver les choses pour Mourad, âgé seulement de 17 ans à son avènement, les dynasties en Anatolie, qui Timour avait restauré dans leurs principautés, se rebellèrent également contre Mourad II. Le jeune Sultan dut reconnaître l’occupation de Hamidili par les Karamanides.[5] Jounayd, un prétendant à la principauté de Smyrne, rejoignit Moustafa en Roumélie. L’état ottoman était de nouveau en danger de dissolution.[6]

 

Cependant, Mourad, devait se révéler autant résilient que capable. Après une série de rencontres militaires, dans la dernière de celles-ci près de Bursa (fin janvier ou début février 1422), Moustafa perdu le jour suite à la défection des Begs frontaliers et de Jounayd que Mourad reconnut comme souverain à Smyrne. Avec les navires génois, Mourad pu traverser les Dardanelles et capturer et exécuter son oncle à Andrinople.[7]  En guise de représailles pour le rôle byzantin dans la guerre civile, le Sultan victorieux assiégea Constantinople en Septembre 1422. Les Byzantins n’étaient pas restés inactifs. Alors que Mourad combattait son oncle, ils s’engagèrent dans des démarches diplomatiques, à la recherche d’alliés parmi les dirigeants d’Anatolie occidentale dont les principautés avaient été restaurées par Timour en 1402[8] et qui incluait la principauté de Karaman. Ensemble, les Karamanides, les Germiyan et les Jandarides répondirent favorablement à la diplomatie byzantine et convinrent d’une attaque contre les territoires ottomans en Anatolie. Pour exacerber les guerres dynastiques, les Byzantins soutinrent un autre prétendant âgé de 13 ans du nom de Moustafa.[9] Profitant des conflits turcs, le pape Martin V (1417-1431) envoya des messages et des demandes à divers leaders occidentaux pour aider Byzance, tandis que son légat arriva à Constantinople le 10 septembre 1422, pour négocier l’union de l’église.[10] Les ambitions vénitiennes furent également agitées par les difficultés ottomanes et une guerre de sept ans s’ensuivie entre la république et les Ottomans. La république essaya aussitôt d’inciter une croisade contre les Ottomans tout en recourant aux émirs aux émirs habituels dans les provinces asiatiques de Turquie, Jounayd en particulier.[11] Ce ne fut qu’en 1425 que les Ottomans réussirent à éliminer Jounayd et donc, priver Venise d’un allié principal.[12]

 

Pendant les guerres civiles ottomanes, l’influence hongroise augmenta en Valachie et en Serbie, et en 1427 le conflit sur la succession serbe éclata entre la Hongrie et les Ottomans.[13] Le conflit entre les Ottomans et les Hongrois prit encore une fois la forme d’une entreprise croisée. Sigismond, le roi de Hongrie, planifia son couronnement en tant qu’empereur à Rome, déclarant son intention de parvenir à un accord avec le pape pour obtenir la paix et l’unité dans le but ultime de lutter contre les Ottomans et délivrer la Terre Sainte.[14] Après une campagne sanglante en 1428, les deux parties étaient prêtes pour poursuivre une trêve de trois ans.

 

À la fin de la décennie, Mourad avait éliminé les dynasties rivales dans l’Anatolie occidentale, ne laissant que Karaman comme une menace pour son territoire en Anatolie.[15] Mourad ne renouvela pas le siège de Constantinople mais accepta un traité par lequel l’empereur grec en personne s’obligea à payer un tribut annuel de 30.000 ducats au Sultan et, rendit la ville de Zeïtoun (Lysimachie) et tous les autres villes grecques restantes sur la rivière Strania (Styrmon) et la mer noire, à l’exception de Selymbria et de Derkos.[16]

En 1430, Mourad assiégea et captura la ville importante de Salonique, qui avait rejeté son allégeance à l’empereur et s’était placée sous la protection des Vénitiens, qui étaient à l’époque, ennemis du Sultan.[17]

 

Alors que le royaume ottoman semblait se reprendre, ses ennemis avaient aussi été actifs. Les Hongrois, que le souvenir de la terrible défaite à Nicopolis avait gardé inactifs pendant le démembrement temporaire et la faiblesse de la puissance qui les avait frappé, ressentirent maintenant de nouveau leur confiance martiale dans leurs propres prouesses et leur jalousie de la croissance de la domination turque se raviva.[18]

Lorsque le traité de paix de trois ans expira en 1431, l’ambassadeur de Sigismond demanda au Sultan de reconnaître la suzeraineté du roi de Hongrie sur la Bosnie, la Serbie et la Bulgarie danubienne.[19] De plus, d’autres états balkaniques étaient également favorablement disposés à agir contre l’ennemi commun turc.[20] Par coïncidence ou dessein, la haine insolente des Karamanides envers les Ottomans rendait facile aux antagonistes chrétiens du Sultan en Europe de distraire ses armes en excitant la guerre et l’insurrection contre lui en Asie.[21]  Les attaques karamanide contre les Ottomans en 1435 furent très encourageantes pour le roi hongrois.[22] Deux ans plus tard, cependant, le roi mourut et la Hongrie plongea dans une période d’agitation, qui ne cessa qu’avec la montée de ce qui allait devenir le « héros » hongrois, Hunyadi.

 

Hunyadi réorganisa l’armée hongroise ruinée d’abord en 1441 puis en 1442. Il planifia habilement ses mouvements et à Hermanstadt, aidé par une sortie opportune de la garnison, il vaincu complètement Mezid Bey le général turc, tua 20.000 de ses soldats et fit prisonnier Mezid Bey en personne, son fils, et beaucoup d’autres.[23] Le champ de bataille était jonché de cadavres turcs.[24]  Mezid Bey et son fils furent coupés en morceaux en présence de Hunyadi et l’un des principaux divertissements lors des fêtes triomphales des Hongrois victorieux était de voir des Turcs captifs abattus pendant les banquets.[25] Un wagon si lourdement chargé de butin et de prises de guerre que dix chevaux pouvaient à peine tirer fut envoyé à George Brankovitch, l’allié de Hongrie. Il était surmonté des têtes empalées de Mezid Bey et son fils et porté par un vieux turc qui fut contraint de prononcer un discours en présentant le trophée au despote.[26]

 

Irrité par ce revers, Mourad envoya Schehad Eddin Pasha avec une armée de 80.000 hommes contre Hunyadi pour venger cette disgrâce. Mais le « chevalier blanc, » comme les chrétiens appelaient Hunyadi, de la couleur de son armure, rencontra Schehad Eddin à Vasag, et, bien qu’en nombre bien inférieur, dérouta complètement les Turcs avec encore des plus lourdes pertes qu’ils avaient subies avant Hermanstadt.[27] Les Ottomans perdirent des milliers de morts, y compris des membres des familles nobles illustres ; de nombreux prisonniers et quelque 200 bannières furent prises. Le butin, qu’Hunyadi distribua parmi ses troupes comme une récompense pour leur bravoure, auraient été énormes.[28] Les nouvelles de cette victoire atteignirent la cour du roi Hongrois à Buda (pest) peu après l’arrivée d’une délégation de Mourad, qui exigèrent la reddition de Belgrade ou au moins un tribut annuel en gage d’un projet alliance.[29] Confiant dans leur supériorité militaire, les Hongrois renvoyèrent de la main les envoyés ottomans.[30] En Hongrie, la  dissension politique avait été sensiblement amoindrie par la mort inattendue de la reine douairière, Elizabeth (24 décembre, 1442). Enthousiasmé par le succès des armes hongroises, les forces morcelées de la nation commencèrent à s’unir. Tout le monde parlait de faire la guerre aux infidèles et de les chasser d’Europe.[31] Jean Hunyadi fut honoré comme héro et sauveur national. Les bannières capturées et les insignes des Ottomans furent répartis entre les églises du pays et les chrétiens se rassemblèrent dans la prière et les actions de grâce d’où, ils tirèrent leur force pour leur grande entreprise.[32]

 

Bientôt les nouvelles des grandes victoires de Hunyadi se répandirent partout.[33] Les nouvelles déclenchèrent des vibrations à travers l’Europe chrétienne et renforcèrent l’esprit croisé en Occident.[34] A travers toute la chrétienté occidentale, l’enthousiasme pour la guerre contre les païens semblait augmenter. La Guerre Sainte, un projet favori du pape Eugène IV (1431-1447), avait d’abord été proposé au Conseil de Florence (1431).[35] Eugenius célébra les victoires de Hunyadi impliquant un immense massacre des infidèles comme des signes de la clémence de Dieu envers les chrétiens.[36] Puis, afin de pousser les chrétiens à l’action, le pape recourut au stratagème habituel en envoyant des lettres aux leaders de la chrétienté ou, il décrivait la situation pitoyable de leurs coreligionnaires en Orient.[37]

 

Maintenant, il semblait que le moment propice était arrivé. La chrétienté avait trouvé son leader naturel pour la conduire dans une croisade contre les Turcs. Cette croisade était déjà en préparation depuis un certain temps. Une forme de préparation consista à recueillir des informations sur l’état des Turcs avant l’invasion. En cela, le Français, De la Brocquière joua un rôle crucial.

 

 

 

[1] C. Imber: The Crusade of Varna; p. 5.

[2] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 254.

[3] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 19.

[4] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 254.

[5] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 254.

[6] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 255.

[7] H. Inalcik: Murad II; in Islam Ansiklopedisi; VIII; Istanbul; 1960; p. 60.

[8] C. Imber: The Crusade of Varna; op cit; 5.

[9] See O. Turan: Tarihi Takvimler; Ankara; 1954; esp pp. 20; 60; N. Iorga: Sur les deux prétendants Mustafa; Revue Historique du sud Est Européen; X; 1933; pp. 12-3.

[10] Inalcik; Ottomans and Crusades; p 256.

[11] Inalcik; Ottomans and Crusades; p 256-7.

[12] Inalcik; Ottomans and Crusades; p 257.

[13] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 19.

[14] See G. Beckmann: Der Kampf Kaiser Sigismund; 1392-1437; Gotha; 1902; p. 92.

[15] C. Imber: The Crusade of Varna; 5.

[16] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 62.

[17] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 62.

[18] Ranke: Servia; p.27; in Greasy; p. 62.

[19] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 20.

[20] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 63.

[21] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 63.

[22] N. Iorga: Geschichte des Osmanischen Reiches; 2 vols; Gotha; 1908-9; I; p. 417.

[23] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 64.

[24] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; tr. from German by R. Manheim; Bollingen Series XCVI; Princeton University Press; 1978; p. 20.

[25] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; op cit; p. 64.

[26] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; op cit; p. 21.

[27] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 64.

[28] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

[29] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

[30] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

[31] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

[32] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

[33] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 20.

[34] H. Inalcik: The Ottomans and crusades; p. 267.

[35] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

[36] KM Setton: Papacy and the Levant; op cit; vol2; p. 68.

[37] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 21.

 

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