OSMANLI

OTTOMANS

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Les années dramatiques et critiques : 1402-1442

 

Après la déroute à Ankara (Angora), en 1402 (aux mains de Timour), l’état ottoman, dit Inalcik, aurait bien pu se désintégrer complètement mais par 1415, les Ottomans étaient déjà en mesure de rétablir leur ancienne position en Roumélie et en Anatolie.[1] Comme Lane Poole écrit aussi :

« Au moment où les armées de Timour ravageaient la rive sud du Bosphore et que l’empire grec s’était presque réveillé de son long sommeil et reprenait ses provinces perdues en Europe, la puissance turque pourrait-on dire, serait anéantie ; cependant, en une douzaine d’années, les provinces perdues furent réunies sous le règne fort et compétent de Muhammad I, et l’Empire ottoman, loin d’être affaibli par le coup accablant apparent qu’il avait reçu en 1402, devint plus fort et plus vigoureuse après sa chute et , « comme un géant rafraîchi se prépara pour de nouveaux et plus audacieux exploits de conquête.[2] »

 

Encore une fois, comme l’a noté Inalcik :

« Le problème historique central de la période entre 1402 et 1453 est d’expliquer comment l’empire ottoman fit cette incroyable reprise, à une époque où la guerre civile, les invasions des croisés et d’autres crises menaçaient de le détruire complètement.[3] »

Ceci est en effet la question centrale exigeant une réponse immédiate. Comment est-il possible que, depuis la destruction totale de l’entité ottomane-turque en 1402, un royaume en lambeaux, entouré d’ennemis dédiés à sa destruction totale, pourrait se relever en l’espace de seulement quelques dizaines d’années, de nouveau au statut de grande puissance et gagner bientôt, l’une des plus grandes batailles de l’histoire, la bataille de Varna, suivie d’autres grandes victoires. Aucun autre empire de l’histoire n’a  pu récupérer d’une destruction totale similaire à celle de 1402 et les années suivantes devenir de nouveau, la plus grande puissance sur terre si rapidement. Cette phase incroyable témoigne du statut unique turc dans l’histoire et mérite attention.

 

 

Après la catastrophe de 1402, les chances de survie de la Turquie étaient minces ; Timour (appelé par Pears et d’autres historiens occidentaux, le Grand Envahisseur)[4] venait de ravager le royaume au-delà de toute récupération. La destruction et les horreurs qu’il infligea ont déjà été examinées, pour noter brièvement comment, après la bataille d’Angora, Brusa la capitale turque, tomba dans l’attaque de Timour et ses habitants subirent les mêmes horreurs brutales que les autres endroits.[5] La ville, après un pillage soigneusement organisé, fut incendiée. Les femmes, les filles de Bayazid et son trésor devinrent la propriété de Timour. Nicée et Gemlik furent également pillées et leurs habitants pris comme esclaves.[6] De Marmara à la Caramanie, de nombreuses villes qui avaient été capturés par les Ottomans leur furent enlevées. L’Asie Mineure était dans de désarroi.[7]

 

Alors que le royaume ottoman était au bord de l’effondrement, la progression de la horde de Timour créa une profonde impression en Europe occidentale.[8] Quand les nouvelles de la défaite à Angora ainsi que la prise de Brusa, de Smyrne et de toutes les autres villes que Timour et ses hordes avaient assiégées, arrivèrent en Hongrie, la Serbie et les états d’Italie, il sembla que l’Occident était sur le point d’être submergé par une nouvelle invasion de l’Asie.[9] Puis, quand les nouvelles du départ soudain de Timour et de la rupture de la puissance ottomane, l’espoir se raviva une fois de plus et il sembla possible au pape et aux peuples chrétiens d’achever les travaux que Timour avait commencé en offrant maintenant une opposition unie à l’établissement d’un empire ottoman.[10] Leur tâche semblait d’autant plus facile. Le royaume ottoman semblait tomber en morceaux dans chaque partie, Timour (tout comme le monde chrétien) apprirent avec satisfaction que les fils de Bayazid se disputaient entre eux pour la possession de ces parties de l’empire de leur père, toujours inexpugnable.[11]

 

A peine Timour quitta l’Orient, les fils du vaincu Bayazid se disputèrent la possession de ce qui restait.[12] Entre 1402 et 1413, les fils de Bayazid, Souleyman (à Andrinople), Mehmed (à Amasya), et ‘Issa (à Bursa) s’affrontèrent pour la succession. Le plus jeune fils de Bayazid, Celebi Mehmed, établit son règne en Anatolie, d’abord à Amasya puis à Bursa en vue d’apporter Roumélie et Edirne (Andrinople) sous son contrôle. Son frère aîné, Souleyman Celebi (1402-1411) à Edirne, tenta d’étendre sa domination en Anatolie.[13] Tous deux se rendirent compte qu’un état ottoman limité en Roumélie ou en Anatolie ne pouvait pas survivre. Pour aggraver les choses, la plupart des chefs de l’armée ottomane, les vizirs, les gouverneurs et Sheikhs, avaient été soit capturés ou tués par Timour, et par conséquent les fils de Bayazid qui s’affrontèrent en Asie Mineure se retrouvèrent dépourvus de fonctionnaires efficaces pour l’organisation du gouvernement dans les territoires qu’ils saisirent après le départ de Timour.[14]

 

Les états locaux et les souverains dans les Balkans et l’Anatolie jouèrent un rôle négatif dans cette lutte, en essayant de préserver le statu quo établi en 1402. Tout comme les principautés indépendantes d’Anatolie avaient été rétablies après 1402, de même en Roumélie les souverains de Byzance, de Serbie, d’Albanie et de Valachie reprirent une partie de leurs terres et commencèrent à agir de manière indépendante.[15] Souleyman en 1405, chercha à s’allier avec l’empereur et offrit de céder Salonique et tout le pays de la péninsule des Balkans au sud-ouest de cette ville ainsi que les villes de Marmara à Manuel et son neveu Jean, coempereur, et d’envoyer son frère et sa sœur en otage à Constantinople. L’arrangement fut accepté.[16] Souleyman attaqua son frère ‘Issa en 1405 et le tua. Un autre frère, Moussa, fut attaqué l’année suivante par les troupes combinées de Souleyman et de Manuel en Thrace mais les Serbes et les Bulgares désertèrent le frère cadet et sur-ce, Souleyman occupa Andrinople.[17] Manuel consentit à donner sa petite-fille en mariage à Souleyman, qui en retour, renonça non seulement à Salonique mais aussi de nombreux ports maritimes en Asie Mineure, un cadeau qui était plutôt une  promesse qu’une livraison, puisqu’ils n’étaient pas en sa possession.[18]

 

Souleyman se consacra à l’ivresse et la débauche[19] ce qui provoqua une désaffection parmi les Turcs ; et Moussa, tirant parti de cela, conduisit en 1409 une armée composée de Turcs et de Valaques contre lui. Les Janissaires, qui étaient mécontents de l’absence d’énergie affichée par leur Sultan, l’adonnèrent et se rangèrent du côté de Moussa. Souleyman s’enfuit avec l’intention d’échapper à Constantinople, mais fut capturé alors qu’il dormait suite à une ivresse et tué.[20]

 

Cependant, afin de préserver l’équilibre, pendant l’interrègne l’empereur byzantin soutenait toujours le plus faibles des princes ottomans contre les forts.[21] Lorsque la puissance de Moussa (1411-1413) en Roumélie devint trop grande, les Byzantins aidèrent Mehmed à traverser les Balkans.[22] Le despote de Serbie fit aussi une alliance avec Mehmed et l’aida dans sa dernière victoire contre son frère Moussa. Moussa fut exécuté et, en 1413, Mehmed fut proclamé grand Sultan des Ottomans.[23] Il était maintenant le seul survivant des six fils de Bayazid, à l’exception de Moustafa, le plus jeune, qui vivait encore avec Manuel en otage.[24]

 

 

 

[1] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 17.

[2] Lane Poole; Turkey; op cit; p. 75.

[3] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 17.

[4] E. Pears: The Ottoman; p. 685.

[5] E. Pears: The Ottoman Turks; p. 683.

[6] E. Pears: … p. 683.

[7] E. Pears: … p. 683.

[8] E. Pears: … p. 685.

[9] E. Pears: … p. 685.

[10] E. Pears: … p. 685.

[11] E. Pears: … p. 683.

[12] E. Pears: … p. 685.

[13] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 17.

[14] E. Pears: The Ottoman … p. 685.

[15] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 17.

[16] E. Pears: The Ottomans; p. 685.

[17] Pears: the Ottomans; p. 685.

[18] Pears: the Ottomans; p. 685.

[19] Pears: the Ottomans; p. 685.

[20] Pears: the Ottomans; p. 686.

[21] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 17.

[22] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 17.

[23] E. Pears: The Ottomans; p. 686.

[24] Pears: the Ottomans; p. 686.

 

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