OSMANLI

OTTOMANS

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Chapitre Neuf

 

La Croisade de Varna (1444)

 

Comme écrivit l’historien catholique Tuleja, la croisade de Varna fut « un effort militaire chrétien qui pourrait accomplir ce que la croisade de Nicopolis en 1396 n’avait pas réussi à faire.[1] » Elle visait principalement à rien d’autre que l’élimination des Turcs d’Europe, suivie par d’autres progrès chrétiens en Asie Mineure et plus loin. La croisade chrétienne conduisit à la fin d’une des plus grandes et décisives batailles de l’histoire dans le champ de Varna. Elle fut remportée par les Turcs, qui encore une fois écrasèrent les armées chrétiennes combinées.

 

Ce succès est remarquable en considérant que suite à la destruction totale du royaume par Timour et suite à la catastrophe d’Angora, en 1402, les chances de survie turque étaient faibles et encore plus dans le domaine de la guerre. Pourtant, des cendres d’un empire brûlant, et en moins de quatre décennies plus tard, les Turcs gagnèrent une fois de plus, l’une des grandes batailles de l’histoire. Ce qui la rend encore plus remarquable c’est qu’après la défaite d’Angora, le royaume ottoman était non seulement brisé en morceaux, mais ce qui restait de celui-ci était en proie à des guerres civiles attisées par les chrétiens, aggravées par diverses calamités, y compris la destruction de la flotte turque.[2] Que les Turcs aient pu se relever, reconstruire leur état et remporter la victoire est tout simplement surprenant.

 

La victoire de Varna, elle-même, fut accomplie contre un nombre formidable d’armées chrétiennes coalisées. L’armée réunie sous Hunyadi de Hongrie et le roi Ladislas de Pologne, représentait toute la force que le Pape et l’Europe occidentale pouvaient rassembler, et la présence du cardinal Julian Cesarini, le légat du pape, lui donna l’approbation d’une armée internationale représentant la chrétienté.[3] De plus, les soldats avaient rarement plus confiance dans leur chef, Hunyadi, et la confiance était apparemment bien accordée.[4] Hunyadi, en effet, était l’un des plus grands officiers militaires du quinzième siècle, l’un des très rares à avoir vaincu les Turcs à plusieurs reprises avant Varna.[5]

 

Cette victoire par les Turcs fut aussi extraordinaire pour un certain nombre d’autres raisons. Tout d’abord, les Turcs durent faire face à l’attaque habituelle sur ses arrières de l’allié musulman, désormais traditionnel, de l’Occident, et dans le cas présent, les Karamanides. Le succès de la croisade, en effet, dépendait des armées karamanide et chrétienne envahissant en même temps les royaumes de Mourad, les Karamanide à l’Est (Asie) et les chrétiens en Europe. Au fur et à mesure du déroulement de ces invasions, une autre partie du plan était de bloquer le Sultan turc Mourad II (qui avait succédé à Bayazid) en Asie pour l’empêcher de retourner en Europe tandis que les armées chrétiennes s’occupaient des Turcs dans cette partie. Pour cette raison, une flotte alliée placée dans les Dardanelles bloqua le détroit, empêchant ainsi Mourad de passer en Europe.[6] Ne laissant rien au hasard et pour donner une fausse impression de confiance aux Turcs, un traité de paix fut signé avec eux. Suite au traité, Mourad abdiqua son trône en faveur de son jeune fils.[7] Alors que les Turcs célébraient la paix et la tranquillité retrouvée, les armées croisées avancèrent, certain que la violation du traité, une ruse de guerre dans leur esprit, assurerait la victoire finale contre ce qu’ils voyaient comme un faible royaume dans les mains d’un enfant. Cependant, comme remarque Creasy, l’esprit de trahison reçut rapidement sa juste récompense.[8] « Les nouvelles de la guerre renouvelées par les puissances chrétiennes réveillèrent bientôt l’audacieux Paynim, comme le Cymochles de Spenser, de sa Tour de Bliss, ajoute Creasy.[9] »

La reprise turque à la tournure des événements, pour réassembler leurs armées pour traverser en Europe, cette traversée en dépit d’un sévère blocus, qu’un témoignage chrétien ne put aider à admettre : « De la manière que cela c’est passé est tout simplement diabolique. »[10] Les Turcs n’ont pas fait seulement cela mais ils atteignirent Varna et écrasèrent la plus puissante armée chrétienne assemblée depuis Nicopolis dans un autre exemple de prouesse militaire turque.

 

Ainsi, lorsque les savants modernes sur la Turquie, comme Imber, qui termina ses derniers travaux sur cette croisade, déclara : « que Mourad (le Sultan turc) dû sa victoire en 1444 (Varna) à un allié génois,[11] » ils ne font pas simplement que diminuer le rôle des Turcs comme Imber mais ils affirment aussi des faits improbables, en d’autres mots, ils mentent tout simplement et inventent.

 

 

Il y avait plus pour cette croisade que le bref aperçu que nous venons de faire. Cette croisade avait été préparée bien avant, tirant parti des nombreuses leçons de la catastrophe chrétienne de Nicopolis.[12] Il s’agissait d’une étude approfondie des Turcs et de leur puissance militaire avant la croisade elle-même, en particulier, par le Français de la Brocquière, destiné à fournir de telles informations.[13]

 

La croisade de Varna a également été l’aboutissement d’efforts soutenus pour allier les églises orientales et occidentales contre les Turcs.[14] Les Byzantins jouèrent en fait un rôle crucial à différents stades des préparatifs des armées européennes. Ils jouèrent également un rôle décisif dans les turbulences dans le royaume turc en Asie juste au moment où les croisés allaient marcher contre les Turcs en Europe.[15] Cette marche en automne 1444 eu lieu précisément au moment où les nouvelles furent reçues que la flotte chrétienne avait bloqué les Dardanelles pour arrêter un éventuel retour de Mourad en Europe.[16] Et même quand Mourad le fit, l’attendait avec une puissante armée peut-être le plus grand général chrétien du siècle : Hunyadi. Les chances de succès de la croisade étaient ainsi à leur plus haut niveau. Et pourtant, elle fut complètement détruite par les Turcs. Ceci est un puissant accomplissement lorsque l’on considère que seulement quelques décennies auparavant, après la catastrophe de 1402, le royaume turc était au bord de l’extinction totale, comme nous allons le voir.

 

 

 

[1] TV Tuleja: Eugenius IV and the Crusade of Varna: The Catholic Historical Review; Vol xxxv; 1949; pp. 257-73; at p. 257.

[2] See for good outline on the civil wars in particular, H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. in KM Setton Ed: a History of the Crusades; op cit; vol 6; pp. 222-75.

[3] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 159.

[4] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 159.

[5] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 62; ff.

[6] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 15.

[7] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; op cit; p. 161.

[8] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 67.

[9] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 67.

[10] Jehan de Wavrin, edited by N. Jorga, La Campagne des Croisades sur le Danube (1445,1 (Paris: J. Gamber, 1927). Excerpt from the Anciennes Chroniques d’Angleterre by the Burgundian chronicler Jehan de Wavrin (d. c. 1474); p. 35.

[11] C. Imber: The Crusade of Varna; op cit; p. 5.

[12] N. Iorga: Notes et extraits pour server a l’histoire des croisades au XVem siècle; Paris; Ernest Leroux; 1899; and 1902.

[13] De la Broquiere: Le Voyage d’Outemere de Bertrandon de la Broquiere..; English version in T. Wright: Early Travels to Palestine; London; 1848; pp. 283-382; at p. 362.

[14] Doukas: Decline and Fall of Byzantium to the Ottoman Turks; Wayne State University Press; 1975.

[15] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 269.

[16] E. Pears: The Destruction; p. 162.

 

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