OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

Les conséquences de cette victoire turque furent incommensurables. 

 

Selon Housley : « Nicopolis ne fut pas seulement l’une des plus cuisantes défaites en soi, mais figure également parmi les plus importantes en termes de ses répercussions à long terme. Si Cernomen et Kossovo montrèrent que les Ottomans pouvaient écraser le souverain des pays balkaniques dans une bataille rangée, partout où ils se battaient indépendamment ou en conjonction, Nicopolis représentait une alliance entre les croisés occidentaux et les troupes hongroises qui rencontrèrent le même sort.[1] »

 

Palmer observe aussi :

« La défaite chrétienne à Nicopolis prétend être l’une des plus décisives batailles de la fin du Moyen Age. Elle brisa l’unité chrétienne durement gagnée qui avait produit la croisade, le premier effort majeur occidental depuis plus d’un siècle ; elle ouvrit la voie à de graves dissensions internes en Angleterre, en France et dans l’empire, à la confusion supplémentaire de l’Europe catholique et par conséquent mis le sceau sur la puissance turque en Europe, avec des effets encore visibles aujourd’hui.[2] »

 

L’un des résultats le plus immédiat de la victoire turque à Nicopolis fut de mettre fin aux plans pour une seconde expédition, et encore plus grande, envisagées par Charles VI et Richard II. Bien que ce fait semble avoir échappé à l’observation, la force de Nicopolis était censée être seulement la première des deux grandes armées chrétiennes dont la destination finale devait être Jérusalem.[3] Conformément à la théorie de la croisade contemporaine, l’armée de Nicopolis devait déblayer le terrain et établir une base avancée à partir de laquelle la seconde et plus grande des deux armées pourraient partir pour la Terre Sainte sous la direction de Charles VI et Richard II en personnes. C’était la stratégie préconisée par Philippe de Mézières.[4] Philippe était maintenant en deuil des conséquences inévitables de la défaite à Nicopolis. Et inévitable devaient-elles être, dit-il, si l’Europe ne reprenait pas la croisade et, avec le roi de France à la tête d’une armée bien disciplinée, vengeait la catastrophe et effaçait la honte.[5] Selon Mézières, la croisade aurait pu être différente si les Hongrois catholiques, les Français, les Allemands, les Anglais, et « certains Italiens » n’avaient pas combattu aux côtés des Bosniaques, des Serbes schismatiques, des Valaques et des Bulgares. La division religieuse avait créé la désunion et répandue le désordre dans les rangs chrétiens.[6] Les schismatiques s’étaient déjà soumis à la « seignourie » du « tyran Bayazid, » et telle était leur haine des Latins « qui à mon avis, préfèrent être des sujets des Turcs plutôt que du roi de Hongrie.[7] »

Dans tous ses écrits postérieurs, de Mézières supposa que les deux rois de France et d’Angleterre finiraient par mener une croisade à la suite d’une expédition moindre (de préférence celle menée par son propre Ordre de la Passion), et il avait de bonnes raisons pour cette supposition.[8]

 

Le compte le plus détaillée survivant de la campagne de Nicopolis indique que les deux rois, en novembre 1396, avaient définitivement accepté au cours de leur entretien privé à Calais qu’« ils partiraient l’été suivant avec une grande force des hommes d’armes et d’archers à la conquête de la Terre Sainte.[9] »

 

Entre l’intention et la réalité, il y a cependant, un écart considérable. Le désastre de Nicopolis ruina la possibilité d’une expédition royale et sembla mettre fin à toute les activités de croisade pendant un certain temps. Sur le plan financier, les effets de la victoire turque se firent sentir au quinzième siècle.[10] La rançon de Jean de Nevers et ses compagnons, par exemple, aurait coûté à Philippe de Bourgogne bien plus de 100.000 livres sterling.[11] Atiya nous offre un aperçu général des sommes qui furent effectivement rassemblées :

Jean de Lusignan                                                                                              28.000 ducats

Les Chevaliers de Rhodes                                                                                30.000
Le roi de Chypre                                                                                               55.000
Les négociants génois de Péra                                                                          30.000
Prêt vénitien :                                                                                                    15.000
Prêt d’un dominicain de Capodistria                                                                15.000
Dino Rapondi, marchand Lombard de Paris, au nom du roi de Hongrie         100.000
Prêts de banquiers italiens                                                                                 53.000

 

Total :                                                                                                              286.000 ducats.[12]

En plus de ces dépenses, il y eut plus de dépenses en cadeaux pour le Sultan, les frais d’envoi de dépêches et d’ambassades en Orient, le voyage extravagant les prisonniers vers l’Occident et bien autres dépenses imprévues et inattendues.[13]

 

La catastrophe coûta très chèrement en termes militaires à la chrétienté. D’une puissante armée qui marcha à Nicopolis, il ne resta presque rien.[14] Les divisions valaque, bosniaque et serbe, ou ce qui restait d’entre eux, passèrent bientôt du côté ottoman.[15] Les Français avaient été soit massacrés en grand nombre ou faits prisonniers.[16]

 

Pour la France, ce fut l’un des pires coups de son histoire. Il n’y eut pas une seule noble famille française qui n’eut pas un membre qui ne prit part à l’expédition de Nicopolis.[17] Lorsque Jacques Heilly apporta les nouvelles de la catastrophe, tous avait un fils, un frère, un parent ou un ami. Ce fut une désolation totale, un deuil public qui s’étendit sur toute la France, toutes les dames étaient en pleurs et même le duc de Bourgogne, qui était heureux que son fils ait été retenu prisonnier, était encore en grand deuil après avoir perdu tous ses grands chevaliers.[18] Un service spécial fut célébré pour les morts français dans toutes les églises de Paris, et si grande était la congrégation venant de tout le pays, qu’elle ne pouvait signaler qu’une catastrophe sans précédent.[19] (Le nombre 100.000 ne représente que le plus petit nombre rapporté de l’armée qui partit mais qui aurait très bien pu s’élever à 200.000 voire plus, si l’on juge, le désastre !)

 

L’armée hongroise soit s’enfuit ou se noya en grand nombre dans le Danube.[20] L’armée hongroise fut tellement bouleversée par la défaite, qu’elle fut presque anéantie, et les maigres chiffres qui survécurent au massacre des forces chrétiennes furent dispersées sans aucun espoir immédiat de les rassembler de nouveau.[21] Sigismond ne fut donc pas en mesure d’organiser de résistance durant un certain temps tandis que la route de Buda était ouverte aux Turcs s’ils avaient choisi de le faire.[22] Bayazid, cependant, pour de raison de nombreuses raisons, y compris l’épuisement de son armée, ne se dirigea pas dans cette direction.[23]

Les Allemands et d’autres furent tués ou se noyèrent et ceux qui s’échappèrent se retrouvèrent dans le territoire ennemi et furent pillés par les Valaques, beaucoup ne purent atteindre leurs foyers qu’après des douleurs considérables, certains, comme le duc Robert de Bavière retourna si malade, qu’il mourut peu de temps après avoir atteint Amberg.[24]

 

Les conséquences politiques en Europe furent également négatives. Dans les années qui suivirent Nicopolis, il y eu de graves bouleversements politiques qui furent suivis par les révolutions en Angleterre, en France et en Allemagne.[25] Dans aucun de ces cas, on ne peut dire que la défaite chrétienne causa les problèmes, mais dans chacun d’entre eux, il facilita les conflits qui auraient pu être évités si la croisade avait réussi.[26] En France, par exemple, le conflit provint de la rivalité des ducs de Bourgogne et d’Orléans, qui avaient tous les deux été préparés pour diriger la première croisade et aurait donc vraisemblablement rejoint la seconde si la catastrophe n’était pas intervenue.[27] En Angleterre, Nicopolis fut un coup au prestige du roi, puisque la croisade faisait partie intégrale de toute sa politique d’amitié et de coopération avec la France.[28]

Selon Froissart, le duc de Gloucester à Nicopolis était d’exiger que le roi tire profit des pertes françaises en rouvrant la guerre ![29] En Allemagne, l’association de Sigismond avec la catastrophe de Nicopolis non seulement réduisit le prestige de toute la famille impériale mais encouragea aussi Sigismond à tourner le dos aux Balkans et à s’immiscer dans les affaires intérieures allemandes, à leur plus confusion.[30]

Une victoire chrétienne, note Palmer, aurait facilement pu transformer cette situation hors de toute reconnaissance.[31] Dans la plus grande partie des Balkans, la domination turque était encore très récente et encore non consolidée. La Serbie n’avait été éliminée que sept ans auparavant, la Bulgarie et la Thessalie seulement trois ans, et le sud de la Grèce une année simplement avant la bataille de Nicopolis.[32] C’est seulement en Thrace que les Turcs s’étaient retranchés pendant très longtemps, mais là-bas, la tradition grecque et la conscience de soi étaient certainement les plus ardents.[33] Dans ces circonstances, une seule défaite militaire retentissante aurait pu très facilement conduire à l’expulsion complète des Ottomans d’Europe ; et puisque leur base en Asie Mineure n’était ni très vaste ni très riche, ils auraient trouvé qu’il était loin d’être facile de revenir même après le retrait des forces croisées.[34]

 

 

 

[1] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 77.

[2] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 204.

[3] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[4] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[5] K. Setton: The Crusade of Barbary; pp. 366-7.

[6] L’Epistre lamentable et consolatoire, ed. Kervyn de Lettenhove. In Setton; pp. 366-7.

[7] L’Epistre lamentable et consolatoire, ed. Kervyn de Lettenhove. In Setton; pp. 366-7.

[8] In JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[9] Froissart: Oeuvres; XV; 450; 242-3.

[10] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[11] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[12] In AS Atiya: The Crusade of Nicopolis in The Crusade in the later Middle Ages; p. 459; note 4.

[13] Atiya: Nicopolis (Crusade in the later Middle Ages); p. 460.

[14] Delaville Le Roulx: la France; p. 282.

[15] Delaville le Roulx; p. 282.

[16] Delaville le Roulx; p. 283.

[17] Delaville le Roulx; pp. 289-90.

[18] Delaville le roulx; p. 292.

[19] Delaville le roulx; p. 292.

[20] Delaville le Roulx; p. 283.

[21] AS Atiya: The Crusade in the later Middle Ages; p. 463.

[22] AS Atiya: The Crusade in the later Middle Ages; p. 463.

[23] AS Atiya: The Crusade in the later Middle Ages; p. 463.

[24] Religieus de St Denis; n, 512.

[25] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205-6.

[26] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 206.

[27] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 206.

[28] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 206.

[29] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 206.

[30] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 206.

[31] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 207.

[32] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 207.

[33] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 207.

[34] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 207.

 

Upload Image...
Views: 0