OSMANLI

OTTOMANS

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Le 9 Janvier, 1397, le roi décréta le respect dans toutes les églises de Paris des derniers rites pour tous ceux qui ont perdu la vie sur la croisade, et d’autres églises suivirent bientôt l’exemple de ceux de la capitale.[1] Le nombre de morts varient beaucoup, et beaucoup parmi les survivants moururent plus tard en captivité; telles étaient donc les pertes, le triste appel nominal rallongé de ceux pour qui les grandes familles françaises pleuraient beaucoup.[2]

 

Ces lamentations pour les français morts à Nicopolis sont du contemporain Eustance Deschamps et dans la langue de l’époque :

« Las ou sont les hauts instruments,

Les draps d’or, les robes de soy

Les grands destriers, les parures,

Les jousteurs q’a veoir vouloie,

Les dames que dancer veoie

Des la nuit jusqu’au clair du jour ?

Las! Ou est d’orgeuil le sejour ?

Dieux l’a mis en partie a fin,

Je ne voix que Tristesse et plours

Et obseques soirs et matins. »

 

 

Philippe de Mézières vivait alors dans le couvent des Célestins de la rue Saint-Antoine. Immédiatement après avoir reçu les tristes nouvelles de l’Orient, il composa son dernier ouvrage (en janvier et février, 1397), L’Epistre lamentables et consolatoire sur le fait de la desconjiture lacrimable de Nicopoli, adressée à Philippe de Bourgogne « et à tous les rois, les princes, les barons, les chevaliers et les villes de la chrétienté catholique.[3] » Le coup que Philippe le Téméraire avait reçu dans la défaite et la capture de son fils avait été ressenti par tous les princes et les peuples chrétiens. Il n’était pas seul.[4] Mézières lui rappela les épreuves douloureuses de « Notre Mère la Sainte Eglise, » le naufrage des espoirs de Sigismond pour la croisade et la désolation de la Hongrie.[5] Mézières ne pouvait guère recommander de ne pas rançonner les prisonniers mais l’argent que recevrait Bayazid ainsi lui fournirait plus de moyens et de possibilités pour saisir plus de royaumes chrétiens.[6] En tout cas, ceux qui devaient négocier la rançon ne devrait pas être français mais Vénitiens ou marchands italiens. Il se méfiait des marchands à but lucratif dont certains étaient des « amis des Turcs et vendraient leurs propres pères pour un bon prix.[7] »

 

 

Ceux parmi les Français qui survécurent, le comte de Nevers et les autres seigneurs furent rachetés après une longue captivité, au cours de laquelle Bayazid les parada dans ses dominions comme trophées de sa puissance et de sa gloire.[8]

Bayazid et ses captifs étaient à Brusa, en 1397, quand l’argent pour leur rançon arriva. Froissart rapporte ainsi :

« Lorsque le comte de Nevers et les seigneurs de France qui avaient été faits prisonniers à la bataille de Nicopolis (exception du comte d’Eu et le seigneur de Courcy qui moururent) furent amusés un certain temps par le Sultan et virent une grande partie de son état, il consentit qu’ils devaient partir, ce qui leur fut transmis par ceux qui qui avaient reçu l’ordre de répondre à leurs besoins personnels. Le comte et ses compagnons attendirent en conséquence le Sultan, pour le remercier de sa gentillesse et de sa courtoisie. En prenant congé, le Sultan lui dit, au moyen d’un interprète :

« Jean, je suis bien informé que dans ton pays tu es un grand seigneur, et le fils d’un prince puissant. Tu es jeune, et tu as de nombreuses années à attendre et comme tu ne peux être blâmé pour le mauvais succès de ta première tentative d’armes, tu pourras peut-être te débarrasser de cette imputation et retrouver ton honneur, rassemble une puissante armée contre moi et offre moi une bataille. Si je te craignais, je te ferais jurer et même tes compagnons, sur ta foi et ton honneur, que ni toi ni eux ne porteront jamais d’armes contre moi. Mais non : je ne te demanderai pas un tel serment : au contraire, je serai heureux que lorsque tu seras revenu dans ton pays, il te plaira de rassembler une armée et l’amener ici. Tu me trouveras toujours préparé et prêt à te rencontrer dans le champ de bataille. Ce que je te dis maintenant, répète-le à toute personne à qui il te plaira de le répéter ; car je suis toujours prêt et désireux d’accomplir des faits d’armes ainsi que d’étendre mes conquêtes. »

« Le comte de Nevers et ses compagnons comprirent bien compris ces mots élevés et ne les oublièrent jamais aussi longtemps qu’ils vécurent. »[9]

 

 

Nicopolis et son impact

 

« Une catastrophe aussi grande que celle de Nicopolis est une chose rare dans les annales de l’histoire et mérite donc un arrêt dessus » dit Delaville le Roulx.  « Quelles sont les circonstances qui provoquèrent qu’une armée de 100.000 hommes, avec un équipement de guerre considérable, si pleine d’enthousiaste pour la cause pour laquelle elle combattait et prête à n’épargner ni son sang ni son courage pour faire triompher une telle cause, pour être anéantie à Nicopolis par les Turcs ? »[10]

Ensuite, en expliquant les erreurs des croisés, Le Roulx accuse à la fois l’enthousiasme excessif français et la prudence hongroise. Il ne manque pas cependant de reconnaître que les Turcs avaient non seulement un grand chef qui prit des décisions tactiques cruciales. En organisant son armée en trois lignes, sous une forme de croissant, avec la cavalerie sur les ailes, il fut toujours capable et en mesure d’encercler l’armée chrétienne, qui trouverait très difficile à défendre ses flancs.[11] « En face d’une telle tactique bien pensée, la victoire était certaine pour celui qui pouvait mettre toutes ses conjonctures de son côté et ne rien laisser à la chance. Cette victoire découla aux Turcs et ce résultat fut dû tant à leurs prouesses militaires qu’aux fautes de leurs ennemis. Cela ne devrait pas surprendre l’observateur impartial.[12] »

 

De même, Atiya admet :

« La destruction de la croisade devant les murs de Nicopolis, ne fut pas une simple question de hasard mais le résultat de causes qui doivent être recherchées dans un examen attentif de l’état des forces hostiles. La supériorité en nombre des troupes turques sur l’armée chrétienne, longtemps considérée comme l’une des principales causes de la catastrophe, est douteuse ; en effet, les forces concurrentes étaient presque égales. C’est la nature des éléments constitutifs des deux armées, combinés avec la tactique et le caractère des leaders des deux parties, qui remporta la victoire pour l’Orient et provoqua un désastre pour l’Occident. Un sentiment d’unité, une force de caractère, un véritable enthousiasme pour leur foi, une confiance suprême, si fataliste dans leurs armes : toutes ces qualités inspirèrent les envahisseurs ottomans et assurèrent leur triomphe. Une unité qui existait en théorie et disparaissait dans la pratique, l’amour du plaisir qui conduisait à la débauche et l’orgie, un zèle demi cœur pour une cause religieuse que le Grand Schisme avait beaucoup contribué à affaiblir ne sont, que quelques-uns des facteurs qui entraînèrent la défaite des chrétiens.[13] »

 

 

 

[1] L. Bellaguet, ed, Chronique du religieux de Saint-Denys, II [Paris, 1840], 523.

[2] D. Vaughan: Europe; op cit; p. 39.

[3] Philippe Méziéres: L’Epistre lamentable et consolatoire, ed. Kervyn de Lettenhove; Bruxelles; 1872.

[4] K. Setton: The Crusade of Barbary; pp. 366-7.

[5] Setton; pp. 366-7.

[6] Setton; pp. 366-7.

[7] L’Epistre lamentable et consolatoire, ed. Kervyn de Lettenhove. In Setton; pp. 366-7.

[8] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 41.

[9] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; pp. 42-3.

[10] Delaville Le Roulx: La France; p. 293.

[11] Delaville le Roulx: la France; p. 299.

[12] Delaville le Roulx: la France; p. 299.

[13] AS Atiya: Nicopolis; p. 66.

 

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