OSMANLI

OTTOMANS

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La bataille de Nicopolis

 

Bayazid avait arrêté son armée principale dans une plaine à une courte distance du camp chrétien. Il y avait quelques places élevées dans l’intervalle qui masquaient les Turcs de l’observation de l’ennemi.[1] Le Sultan envoya ses troupes irrégulières vers l’avant et les soutint par un corps de Janissaires et par une grande division de sa cavalerie mais réserva quarante mille de ses meilleures soldats disposés en ordre parfait sur la plaine et les garda prêt à agir.[2] Son plan de bataille consistait à diviser son armée en trois corps. L’avant-garde composée d’Akinjis ou une cavalerie irrégulière, voilée de l’ennemi sous une forêt de lances pointues[3] inclinées vers les chrétiens et assez haute pour atteindre le poitrail d’un cheval. Ces épieux furent densément plantés en rangées à la distance d’un trait d’arc. Derrière eux, le corps principal était varié[4] et principalement composée d’archers qui comprenaient probablement les Azebs et les Janissaires, qui étaient encore une force mineure dans l’armée ottomane. Les deux premiers corps furent placés dans une position défensive naturellement fortifiée sur la pente d’une colline au sud de Nicopolis et à la fin de la plaine ou l’armée chrétienne se présentait.[5] Au-delà de l’horizon, sur la pente de cette colline, Bayazid en personne avec la cavalerie spahi et le contingent serbe sous le commandement de Stephen Lazarevic, étaient cachés de la vue des chrétiens et de là, ils attendirent patiemment le résultat du premier choc afin de juger du moment opportun d’une charge pour une action décisive.[6]

 

L’armée chrétienne était disposée comme suit : les Français et les Chevaliers de Rhodes étaient à l’avant-garde. Froissart dit que les Anglais et les Allemands étaient en compagnie des Français dans l’avant-garde.[7] La deuxième ligne était formée par l’aile droite des troupes dirigées par Etienne Laczkovich, qui commandait l’armée transylvanienne ; le centre droit et gauche comprenait la division commandée par Nicola de Gara, le Grand Palatin de Hongrie, les contingents de Bohême menés par le Comte Cilly et les troupes allemandes dirigées par le comte de Nuremberg tandis qu’à l’aile gauche se trouvait les Valaques et leur voïvode Mircée.[8]

 

Lorsque la progression en discipline habituelle des soldats troupe turque fut remarquée, les jeunes nobles français, pleins de vin et de fatuité, insistèrent pour commencer la lutte.[9] Chaque chevalier de France était vêtu d’une armure si bien astiquée que tout homme semblait être un roi.[10] Selon la coutume occidentale, de nouveaux chevaliers furent adoubés sur le terrain.[11] Après avoir terminé leurs cérémonies pittoresques face au danger imminent, les contingents étrangers se précipitèrent à cheval contre les Turcs.[12] Les chevaliers de France et Rhodes chargèrent furieusement les Turcs avec les cris de guerre de « Vive Saint-Denis » et « Vive Saint-Georges ! »[13]  Le constable français mena la charge avec environ 700 chevaliers sous ses ordres, qu’il avait divisés en deux corps. Il prit le commandement de l’avant-garde tandis que le comte de Nevers et Coucy commandaient le centre.[14] Jean de Vienne déploya la bannière de la Vierge ; le Grand Maître de Rhodes, avec l’élite de ses chevaliers, était au milieu des forces françaises.[15] Les Français passèrent sur les irréguliers turcs comme des roseaux puis avec les lances chargèrent la division avancée des Janissaires.[16] La cavalerie légère des Turcs ne pouvait pas résister au grand choc du lourd cheval occidental.[17] On ne sait pas si les Akinjis avaient l’intention de maintenir leur position dans l’avant-garde turque. Leur but ultime était probablement d’attirer les chrétiens à portée des flèches de l’infanterie turque et ils réussirent.[18]  Dès leur premier contact avec les chrétiens, ils fuirent vers la droite et à gauche, non sans perte considérable, et finalement reformèrent leur ligne derrière les fantassins turcs, prêt pour un autre affrontement.[19] (Comment ont-ils put reformer leurs lignes si leur perte fut considérable ?) Cela inversa l’ordre du combat entre la cavalerie et l’infanterie des irréguliers turcs à la vue des chrétiens, un fait qui illustre la grande mobilité des lignes turques et l’importance de la cavalerie dans leurs tactiques.[20] En effet, les Turcs avaient caché aux croisés un rideau de pieux qu’ils avaient érigés pour briser la charge de la cavalerie chrétienne.[21] La cavalerie turque, toujours en mouvement, se distingue de la cavalerie française, qu’elle harcèle sur les ailes, retarde et brise son élan, avant de se retirer derrière la deuxième ligne turque, dévoilant ainsi l’infanterie musulmane protégée par la ligne de pieux.[22] Cette défense s’étendait devant et tout le long de l’armée turque.

Le biographe de Boucicault affirme que les Turcs se déployèrent dans un ordre élégant, leur avant-garde consistait en « une grande horde à cheval, » alors qu’il décrit les Akinjis ou la cavalerie légère comme des irréguliers. Au-delà, les croisés pouvaient voir une masse d’infanterie « et derrière ces gens à cheval, entre eux et ceux à pied, ils avaient planté une grande abondance de pieux pointus qu’ils avaient préparés à cet effet, enfoncés dans le sol dans un  angle, les pointes tournées vers nos hommes, si hauts qu’ils pouvaient pénétrer dans le ventre d’un cheval. » Bayazid avait placé ses archers derrière l’infanterie, nous dit-on, et il avait bien plus de « 30.000 » d’entre eux, ainsi que d’autres armées à cheval (les spahis) et à pieds (les Janissaires), qu’il tenait à l’arrière.[23]

La défense turque était assez espacée pour protéger l’armée musulmane des lances des chrétiens qui n’avaient pas franchi la ligne.[24] Retranchés derrière les rangs profonds des pieux, les archers turcs tiraient leurs flèches, volée après volée, sur les chrétiens désorientés.[25] Les Ottomans étaient si habiles en tirant leurs flèches et les pertes infligées aux chrétiens si considérable, que Boucicaut cria à ses compagnons d’armes de marcher dans les lignes de l’ennemi pour éviter la mort lâche d’une de leurs flèches et les chrétiens répondirent à l’appel du maréchal.[26] Mais s’ils pénétrèrent dans le rayon des pieux à cheval ou à pied reste un sujet de doute pour lequel les chroniqueurs sont en conflit et les opinions des historiens en désaccord.[27] Cependant, Setton soulève un très bon point, en effet :

« Les affrontements n’ont pas eu lieu dans un endroit particulier mais s’étendit sur un mile ou deux ou plus (de 1 à 2 km). Un témoin oculaire voyait ce qui lui arrivait et se passait dans son proche entourage mais guère plus pour le reste. Il est vraiment étonnant que les récits contemporains de Nicopolis sont en désaccord entre eux. »[28]

 

Disons plutôt qu’il n’est donc pas étonnant que les récits de la bataille de Nicopolis sont contradictoires les uns les autres quand on ment tout simplement sur le déroulement de la bataille et que l’on cherche à trouver des prétextes ridicules pour justifier la défaite, voir à la transformer la transformer en un acte glorieux comme chez Froissart, pour ne pas tout simplement reconnaitre la supériorité militaire de l’ennemi à cause de la rage et de la haine qui étouffe les historiens.

 

En tout état de cause, on  nous dit et c’est à vérifier comme tout ce qu’ils rapportent, que les chrétiens réussirent à franchir la ligne turque avec une grande perte d’hommes et de chevaux et la bataille fit bientôt rage.[29] Les chrétiens frappèrent vigoureusement avec des haches et des épées tandis que les Ottomans ripostèrent avec des sabres, des cimeterres et des masses si vaillamment, et resserrèrent si étroitement leurs lignes que le résultat resta d’abord indécis.[30] Mais comme les chrétiens étaient en armure et que les Ottomans se battaient sans, les porteurs de la croix, si l’on croit le Religieux,[31] massacrèrent 10.000 fantassins des défenseurs du Croissant qui commencèrent à vaciller et finalement se retirèrent pour se réformer derrière la cavalerie de la seconde ligne.[32]

 

Après avoir obtenu leur premier succès, les chrétiens rassemblèrent leurs lignes pour attaquer la cavalerie turque qui se trouvait à la portée d’une flèche. Les chrétiens se trouvèrent alors engagés dans un combat considérable avec les Turcs, dont les ailes essayaient d’encercler les croisés.[33] Les Hongrois, à la première vue des barrières de pieux, battirent en retraite à l’exception de Nicolas de Gara, le Grand palatin d’Hongrie, qui maintint ses troupes en ordre et marcha aux côtés des Français et les Chevaliers de Rhodes.[34] Les Français prirent conscience du danger de l’encerclement mais ils étaient beaucoup trop avancés pour changer leurs plans et se retirer en bon ordre vers une position assurée. Ils décidèrent alors de lancer un assaut audacieux qui seul pourrait leur assurer le succès.[35] Dans une violente poussée, ils se jetèrent vers l’avant. Les spahis turcs furent surpris et forcés de battre en retraite tandis que l’infanterie turque fut également sérieusement ébranlée.[36] Les Turcs, en dépit de leur courage considérable, ne purent résister à la forte poussée chrétienne. La deuxième ligne turque maintenant brisée, avec des pertes terribles qui s’élevèrent, selon le Religieux, à 5000 hommes se retirèrent de la scène de combat[37] et les Turcs battirent en retraite sur la colline.

 

 

 

[1] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 38.

[2] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 38.

[3] Histoire de Boucicaut; VI; pp. 456-7.

[4] AS Atiya: Nicopolis; p. 86.

[5] Atiya: Nicopolis; p. 86.

[6] Gen G. Kohler: Die Entwickelung; 2 vols; Breslau; 1886; p. 20.

[7] Froissart: oeuvres; XV; p. 316.

[8] Delaville Le Roulx: La France; p. 271.

[9] Lane Poole: Turkey; p 55.

[10] GC Macaulay: Chronicles of Froissart; Macmillan and Co; London; 1899; p. 444.

[11] A. Brauner: Die Schlacht; 42.

[12] Annales. Mediolanenses; in Muratori; XIV; p. 826; in Delaville le Roulx; la France; pp. 270-1.

[13] Annales. Mediolanenses; in Muratori; XIV; p. 826; in Delaville le Roulx; pp. 270-1..

[14] Delaville le Roulx; p. 270.

[15] Delaville le Roulx; p. 270.

[16] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 38.

[17] AS Atiya: Nicopolis; p. 87.

[18] Atiya: Nicopolis; p. 87.

[19] Atiya: Nicopolis; p. 87.

[20] Atiya: Nicopolis; p. 87.

[21] Delaville Le Roulx: la France; p. 272.

[22] Delaville Le Roulx; p. 272.

[23] Livre des faits, ed. Buchon, III, pt. I, chap. XXIV, pp. 593b—594a, and eds. Michaud and Poujoulat, II, pt. t, chap. xxv, pp. 239b—240a; in Setton; p. 353.

[24] Delaville Le Roulx: La France; p. 272.

[25] Religieux de St Denis; II; 504-7.

[26] Religieux; II; 504-7.

[27] AS Atiya: Nicopolis; p. 87.

[28] K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 355.

[29] Delaville Le Roulx: La France; p. 274.

[30] AS Atiya: Nicopolis; p. 90.

[31] Religieux de St Denis; 506-9.

[32] Delaville Le Roulx: La France; p. 274.

[33] Delaville le Roulx; p. 274.

[34] Delaville le Roulx; p. 275.

[35] Delaville le Roulx; p. 275.

[36] Delaville le Roulx; p. 275.

[37] Religieux de St Denis; 506-9.

 

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