OSMANLI

OTTOMANS

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L’un des premiers actes que les croisés accomplirent fut de tuer leurs prisonniers musulmans (pris à Rahova) qui avaient vainement fait confiance à leur parole d’honneur (une des caractéristiques propres aux mécréants comme nous l’avons vu dans tous nos volumes).[1] Ce fut un acte de perfidie et de cruauté inutile, qui allait bientôt recevoir son châtiment, note Creasy.[2] Sur cet événement, Delaville Le Roulx dit :

« La nouvelle de l’approche turque doit être placée à la veille de la bataille (24 septembre). C’est aussi à ce moment-là que les croisés abattirent leurs prisonniers musulmans. Cet acte d’inhumanité par des hommes qui avaient pris la croix pour libérer l’église opprimée par les infidèles ne peut être expliqué que  par la panique soudaine qui suivit les nouvelles de l’arrivée turque et aussi par le fait, qu’il était difficile de garder, le lendemain, les prisonniers durant la bataille. Quand le bon sens revint, la chevalerie française ressentit l’horreur de son acte et ne chercha pas à le justifier mais plutôt à le minimiser, et cela est reconnu dans tous les comptes des contemporains (et le pardon pontifical pour l’éternité alors ? Ici c’est bien évidemment Le Roulx qui parle pour les croisés. Ca sent l’hypocrisie à pleine narines !).[3]

 

Plus tard, ce même jour, les nouvelles arrivèrent que l’armée de Bayazid était à seulement six miles (8 kms) de-là, et avant le lever du soleil du lundi (le vingt-cinq) Sigismond se rendit dans le camp français pour partager ses informations avec les barons.[4] Le roi de Hongrie proposa que l’avant-garde soit attribuée aux Valaques, commandé par Mircée. C’étaient des troupes légères qui connaissent bien le pays et très aptes à lutter contre les Turcs. De plus, comme peu de confiance était attribuée à Mircée, il valait mieux le placer à l’avant-garde, de cette façon, il y avait peu de chance pour lui de faire défaut une fois la bataille commencée.[5] Derrière les Valaques devrait venir les Hongrois, à qui, aussi on ne pouvait pas trop faire beaucoup confiance et donc, n’aurait pas d’autre choix que de se battre. La première ligne de bataille, bien définie, serait réservée aux Français, qui de là se trouveraient face aux Janissaires, un adversaire digne de combattre les Français. Derrière les Français serait le reste de l’armée hongroise, les Bosniaques et les autres nations pour soutenir l’attaque française, pour les couvrir en cas de retraite et aussi résister aux poussées de la cavalerie turque des Spahis qui suivent les tactiques turques et à qui est donner la charge d’harceler les ailes de leurs ennemis.[6]

Les Français rejetèrent totalement le plan. Leur orgueil, qui depuis la marche de Buda, n’avait pas manqué de se manifester, se manifesta plus rude que jamais. Un agent français, tinrent-ils, n’avait aucun autre endroit dans la bataille excepté à l’avant. Lui donner une autre commande ou position c’est l’offenser mortellement. La noblesse française ne peut être qu’à l’avant-garde et le roi hongrois en les plaçant dans la deuxième ligne, ne cherche que pour lui-même les honneurs du jour.[7]

Sur l’insistance française, le roi hongrois céda à leur demande pour prendre la tête dans la bataille.[8]

 

Le champ de bataille qui devait témoigner de la rencontre entre les deux armées s’étendait au sud-ouest de Nicopolis, dans une plaine bordée à l’ouest par les Balkans et à l’est par Osma, sur une longueur d’environ deux lieues ; quelque part au milieu de la plaine, un léger mouvement du sol signale une ligne qui sépare les eaux du Danube de celles de l’Osma.[9] C’est entre la ville assiégée et cette ligne qu’eut lieu le choc ; les croisés ayant dans leur dos la forteresse, marchèrent au-devant des Turcs qui descendaient les Balkans à la rescousse de Nicopolis.[10]

 

 

Les deux armées étaient sur le point de s’affronter pour ouvrir la route vers l’Asie Mineure puis vers la Terre Sainte. Froissart « établit » le total de l’armée de Bayazid à 200.000 et représente le Sultan évaluant ses adversaires chrétiens à 100.000,[11] qui est aussi le chiffre donné par le biographe de Boucicaut comme le total de l’armée croisés.[12] Selon l’historien hongrois, Kiss, l’armée des croisés était composée comme suit:

Armée hongroise :                                           36.000.

Hongrois irréguliers :                                       26.000.

Fantassins transylvaniens                             16.000.

Français                                                             14.000.

Allemands                                                           6000.

Allemands irréguliers et Bohémiens           12.000.

Valaques                                                           10.000.

 

Total                                                               120.000.[13]        

 

Point n’est la peine de vous rappeler la guerre des chiffres entre les pseudos-historiens.

 

 

Contrairement à l’armée des croisés, l’armée turque, notes Delaville Le Roulx, était unie dans sa composition. Elle était dans ses mots : « Une armée composée uniquement de musulmans, enflammés par fanatisme religieux (face à une armée enflammée par le vin), et que les nombreuses guerres asiatiques et européennes avait durcie au point extrême. De plus, le soldat turc était un soldat à vie et durant celle-ci, sa position était pleine de privilèges, et s’il mourait, Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui avait promis de nombreux délices qui augmentaient en taille selon les difficultés subies par le soldat. De ces soldats, beaucoup peut-être demandé. »[14]

Les Ottomans avait également une discipline supérieure, admet-il, qui « au fait du fanatisme musulman et du fatalisme, assure des victoires contre ses ennemis.[15] »

 

La stratégie de Bayazid était bien supérieure à la conduite militaire du côté des chrétiens, note Creasy.[16] Comme Atiya, dit aussi, si la tactique et l’armée des Ottomans étaient supérieures aux méthodes occidentales de guerre et aux armées de l’Occident, la supériorité turque était encore plus grande dans tout ce qui est répondait au terme moral.[17]

Kohler cite les paroles d’un certain vénitien appelé Trévisan qui écrivit, en 1554, que « Les Turcs sont libres de trois choses dans leur armée : le vin, les femmes et les paris. De plus, c’est leur coutume de ne jamais abuser du nom de Dieu ou de manquer leurs prières à une certaine heure et ils obéissent en plus  strictement.[18] »

 

Foglietta, l’historien du 16e siècle de Gênes et un contemporain des grands jours des Ottomans, dans un discours très intéressant sur ce sujet,[19] analyse avec beaucoup d’équité et de perspicacité les causes de la grandeur de l’empire turc. Leur puissance peut être « dignement attribuée à la discipline, » dit Foglietta « entre nous et les Turcs, la vérité est, à mon avis, qu’il n’y a aucune comparaison, tandis que la discipline est une chose chez eux de haute estime, chez nous elle ne compta pas ou peu… Cette discipline a un triple usage, dont le premier est la vraie connaissance des choses relatives aux guerres.[20] »

 

« Une autre commodité de la discipline est, qu’il prépare le corps à la dureté du travail et des désirs et permet à l’esprit une résolution invincible … Le troisième est le résultat de l’obéissance, de qui (sic) il n’y a pas une grande vertu dans l’exercice des armes. »[21]

 

« Associé à la supériorité de la discipline, de la stratégie et du moral du côté turc, il y avait une supériorité de leadership. Les meilleurs hommes, les plus sages et les plus habiles dans l’armée chrétienne furent poussés à l’arrière-plan par les jeunes moins expérimentés, étourdis, vains et de peu d’expérience alors que le commandement turc était concentrée chez Bayazid, un homme bien équilibré et sobre, un homme d’une vaste expérience militaire, » conclut Atiya.[22]

 

Dans la bataille qui suivit bientôt, le lundi 25 septembre 1396,[23] les Turcs donnèrent à l’Europe la première leçon de leurs prouesses[24]  à Nicopolis.[25]

 

 

 

[1] S. Lane Poole: Turkey; p 55.

[2] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; pp. 37-8.

[3] Delaville Le Roulx: la France; p. 261.

[4] K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 351.

[5] Delaville Le Roulx: La France; p. 261.

[6] Delaville Le Roulx: La France; p. 262.

[7] Delaville Le Roulx: La France; p. 262.

[8] Delaville Le Roulx: La France; p. 262.

[9] Delaville p. 271.

[10] Delaville p. 271.

[11] Froissart: Oeuvres, XV, 310—11, 315—16.

[12] Livre des faits, ed. Buchon, iii, pt. i, chap. xxii, p. 591a, and eds. Michaud and Poujoulat, II, pt. i, chap. xxiii, p. 237a.

[13] K. Kiss: A’ Nikapolyi; p 266; in Delaville le Roulx: La France; p. 265.

[14] Delaville Le Roulx: pp. 266-7.

[15] Delaville Le Roulx; p. 268-9.

[16] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 37.

[17] AS Atiya: Nicopolis; p. 75.

[18] Gen G. Kohler: Die Entwickelung des Kriegwesens… 2vols; Breslau; 1886; 21.

[19] R. Carr: The Mahumetane or Turkish Historie; London; 1600; ff. 110-23.

[20] In Atiya: Nicopolis; p. 76.

[21] R. Carr: The Mahumetane; folios; 117 ro-118ro.

[22] AS Atiya: Nicopolis; p. 76-7.

[23] Delaville le Roulx; p. 270; note 1.

[24] E. Pears: The Ottoman Turks; 675.

[25] For the battle of Nicopolis, see the following literature:  GC Macaulay: Chronicles of Froissart; Macmillan and Co; London; 1899. Delaville Le Roulx, La France en Orient; 220—320) as well as a collection of pertinent documents (II, nos. v ff, pp. 18 ff.). See also AS Atiya, The Crusade of Nicopolis. London. 1934, and Crusade in the Later Middle Ages (1938), pp. 435-62; K. Setton: The Crusade of Barbary and Nicopolis; pp. 328 ff; R. Rosetti, “Notes sur la Bataille de Nicopolis (1396),” The Slavonic (and East European) Review, XV (1936-37), 629-38. Alois Brauner, Die Schlacht bei Nikopolis (1396), Breslau, 1876;

The study of the Prussian general G. Köhler, Die Schlachten von Nicopoli und Warna, Breslau, 1882.

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