OSMANLI

OTTOMANS

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Froissart, contrairement aux autres chroniqueurs contemporains, dit que la première place que les chrétiens ont capturé fut Comette, qui fut prise d’assaut et sa population entièrement massacrée ; puis, de là, les croisés avancèrent sur La Qarie (Kaara, un quartier au sud-ouest de Vidin), qui tint durant quinze jours avant qu’il ne soit submergé et pillé par les croisés ainsi que le château de Brehappe (un arrondissement au sud-est de Vidin.)[1] Bien que la ville de Brehappe tomba, les croisés ne réussirent pas à prendre le château voisin qui fut vaillamment défendu par les Turcs.[2] Lorsque le château fut enfin relevé et les croisés partis pour Nicopolis, un messager fut envoyé sous le couvert de la nuit à Bayazid pour l’informer de l’approche de l’armée envahissante.[3]

 

Après la marche des croisés de Rahova ou ils laissèrent une garnison de deux cents hommes dans la ville, le haut commandement et l’armée poursuivit sa marche le long du Danube vers Nicopolis (Nikopol). Nicopolis avec Widin, Sistova et Silistra, formaient les quatre grandes forteresses frontalières sur le Danube.[4] Après l’expérience de Rahova, Sigismond aurait mis en garde « tous et individuellement » contre les dangers de l’action précipitée. Le chroniqueur de St Denis dit cependant que les Français n’écoutèrent pas et annoncèrent que les Turcs étaient trop effrayés pour venir à leur rencontre.[5] Nicopolis fut atteinte au environ des 8-10 septembre (1396) selon Setton,[6] ou quatre jours plus tard, le12 selon Delaville Roulx ou le 15 selon le hongrois Kiss.[7]

 

Nicopolis était une place forte sur la rive droite du Danube, dans une position très stratégique, commandant la vallée d’Aluta, donnant ainsi aux Turcs l’accès à la Valachie.[8] La situation stratégique de Nicopolis était particulièrement avantageuse pour ses occupants qu’Atiya décrit :

« Près de l’estuaire de l’Osma sur la rive droite du Danube et face à la vallée d’Aluta sur la rive gauche, cette ville commandait les deux artères principales qui s’étendaient jusqu’au cœur de la Bulgarie et de la Valachie. Sigismond était pleinement conscient de l’importance de la possession de Nicopolis, et il dirigea les forces de la coalition vers elle. Cependant, la ville était presque inattaquable. Elle était au sommet d’un petit plateau qui plongeait abruptement sur la plaine du côté sud et se dirigeait vers la rivière du côté nord. A l’est, elle commandait la gorge qui reliait la plaine sud avec la route le long du Danube et à l’ouest, le plateau se rétractait dans une crête qui s’étendait jusqu’à la rivière Osma et penchant dans la direction du sud-ouest, elle fusionnait avec les collines qui se tenaient au sud à l’extrémité de la plaine. La ville était entourée d’une double muraille et de hautes tours. Un témoin oculaire moderne dit : « La vue de Nicopolis est frappante, et le premier objet qui attire l’attention est le mur extérieur, qui grimpe en pente, presque perpendiculairement, et montre les armes protectrices de la ville, avec une audace et une intrépidité qui témoignent pleinement de l’importance attachée à sa possession par ses fondateurs et leurs successeurs. »[9] Il n’y a pas d’exagération dans cette description appliquée de la ville vue de loin du Danube. En l’approchant par la voie terrestre, que les croisés durent prendre, le visiteur peut se rendre compte comment la main de la nature, dans la sculpture d’une si noble forteresse de roche solide, prépara la ville fièrement pour défier un fier envahisseur.[10]

 

Pour cette raison, le Sultan l’avait fortement renforcée par une puissante armée commandée par un habile général, un vétéran de nombreuses campagnes, Dogan Bey, dont la vieillesse affectait ni son énergie et ni son courage.[11] « Les Turcs étaient très préoccupés par le maintien de cette place » dit le chroniqueur, « pensant que si elle tombait sous la domination des chrétiens, il ne resterait rien pour empêcher la poursuite de leur avance, et la perte turque serait immense.[12] » Ainsi Dogan Bey fit une vaillante et opiniâtre résistance, dans l’espoir que Bayazid ne souffrirait pas si une ville si importante tombait sans faire un effort pour la secourir.[13] Bayazid aurait envoyé aux défenseurs de Nicopolis un message qu’il était retardé à cause de la lenteur des fantassins mais que si c’était la volonté d’Allah, il viendrait les aider dans trois jours.[14] 

 

Bien que la ville couvrait une vaste zone, les croisés encerclèrent la plupart de la longue ligne de murs. Ils surveillèrent toutes les portes pour empêcher la garnison et les habitants de recevoir des provisions.[15] Jour et nuit, ils tirèrent au-delà des murs des flèches avec des arbalètes et des balistes ainsi que des pierres et des rocs avec des mangonneaux et des catapultes qu’ils avaient. Le chroniqueur de St. Denis dit qu’ils maintinrent ce bombardement pendant dix-sept jours. Jean Juvénal donne également dix-sept jours pour la durée du siège, mais selon l’auteur du Livre des Faits de Boucicaut, il était question de quinze jours.[16]  Sigismond eut deux grandes « excavations » creusées sous les murs de Nicopolis, mais l’effort n’aboutit à rien.[17]

 

Les chevaliers français, qui avaient d’abord demandé d’être en première ligne, néanmoins, ne furent pas troublés par l’obstination turque, qui fut de la plus grande valeur en retardant l’armée envahissante jusqu’à l’arrivée du Sultan.[18] Boucicaut savait que les Turcs n’oseraient pas risquer un engagement avec « le français héroïque » ; ceux qui répandirent des rumeurs contraires, eurent leurs oreilles coupées ou furent sévèrement battus.[19] Les premières victoires des Français d’une part et l’absence de nouvelles sur les mouvements de Bayazid et plans de l’autre, confirmèrent la croyance des croisés que le Sultan devait avoir été si alarmé par leur arrivée qu’il n’oserait pas se présenter sur le terrain devant eux. L’orgueil et la vanité remplissaient le cœur des Français en particulier.[20] « Ils ridiculisèrent la simple pensée de la marche de Bayazid et déclarèrent qu’il n’oserait pas franchir les Dardanelles puis se jetant sur le vin et les femmes qu’ils avaient apporté par cargaisons sur le Danube, ils se vantèrent dans leurs coupes que si le ciel tombait sur eux, ils le retiendraient avec leurs lances, » dit Lane Poole.[21]

Ainsi, selon le chroniqueur du Religieux de Saint-Denis, au lieu d’employer leur temps et leur occasion dans la préparation des béliers et des tours en bois pour entrer dans la ville, ils transformèrent le siège en blocus et se livrèrent à la gloutonnerie, les jeux , les réflexions et la débauche.[22] Les barons français divertirent les uns les autres dans de splendides banquets, passant d’un magnifique pavillon à l’autre, vêtus de nouveaux vêtements avec de riches broderies et avec des manches si longues qu’ils ne pouvaient guère trouver leurs mains.[23] Les transports apportèrent des vins délicieux et des mets par le Danube. Il n’y avait pas de discipline dans le camp. Les prostituées étaient bien occupées et les croisés passaient leur temps et leurs salaires dans la futilité du jeu.[24] Le chroniqueur austère de St Denis rapporte que Bayazid « qui craignant Dieu » pensait que ces guerriers sauvages « provoquaient la fureur de leur propre Dieu, de leur Christ » et qu’ils étaient plus dignes de répréhension que de victoire.[25]

 

Au fur et à mesure que le siège se poursuivait, les navires vénitiens et génois coupèrent  toutes les communications maritimes entre les assiégés et le monde extérieur.[26] Enfin la rumeur courut dans les camps chrétiens que les assiégés avaient atteint les profondeurs du découragement « et nous croyons vraiment » dit le chroniqueur, « qu’ils se seraient rendus si leurs prières n’avaient pas hâté Bayazid de venir à leur secours. » Les chrétiens dirent aussi des prières. Les prêtres organisèrent des processions autour des murs, et implorèrent Dieu pour aider leur entreprise et retenir le succès des « musulmans blasphémateurs. »[27]

 

 

 

[1] Froissart in Delaville le Roulx; p. 254-5.

[2] Froissart in Atiya: Nicopolis; p. 59.

[3] Froissart in Atiya: Nicopolis; p. 60.

[4] Lane Poole; Dinde; p. 52.

[5] Chronique du religieux de Saint-Denys, II in K. Setton: the Crusade of Barbary; p. 349.

[6] K. Setton: The Crusade of Barbary p. 349.

[7] Delaville Le Roulx: La France; p. 255; and note 6; p. 255.

[8] Delaville leroulx: la France; p. 255; and note 6; p. 256.

[9] W. Beattie: The Danube; its History… London; Sine anno; p. 224.

[10] AS Atiya: Nicopolis; p. 60.

[11] Delaville Leroulx: la France; p. 255; and note 6; p. 256.

[12] K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 349.

[13] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 37.

[14] K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 350.

[15] K. Setton; p. 350.

[16] K. Setton : p. 350.

[17] Selon l’aureur du Livre des faits, ed. Buchon, III, Pt. i, chap. xxiv, p. 593, and eds. Michaud and Poujoulat, II, pt. i, chap. xxv, Pp. 239—40.

[18] Lane Poole; Dinde; p. 52.

[19] Religieux de Saint-Denys, II, 500.

[20] AS Atiya: Nicopolis; p. 62.

[21] Lane Poole; Dinde; p. 52.

[22] Religieux; II; pp. 496-8.

[23] K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 350.

[24] K. Setton: p. 350.

[25] Re1igieux de Saint-Denys, II, 494, 496, 498; J. Juvénal, Hist. de Charles. VI, p. 408b; and cf. Johann Schiltberger: ed. KF Neumann: Reisen des Johannes Schiltberger; Munich 1859; p. 2, qui dit que le siège de Nicopolis dura seize jours.

[26] AS Atiya: Nicopolis, p. 61.

[27] K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 350.

 

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