OSMANLI

OTTOMANS

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Si les prélèvements (impôts, taxes) pour la croisade furent exorbitants, les dépenses furent prodigues.[1] Des équipements de toutes sortes furent achetés sans égard pour le coût car la croisade était aménagée comme si elle était destinée à l’un de ces défilés colorés dans les rues de Paris qui normalement accompagnait les festivités chevaleresques de l’époque, et Philippe n’épargna aucune peine pour que le cortège de son fils surpasse ceux de ses partisans dans la splendeur de ses accoutrements.[2] Des articles des plus somptueux furent soit achetés ou fabriqués

Les tentes, les pavillons, les bannières, les normes, les couvertures de chevaux étaient tous fait de riche velours vert et lourdement brodés avec les armes de Nevers en fil d’or cypriote. Seules les tentes coûteuses et les pavillons comptaient vingt-quatre cargaisons.[3] Les selles et les équipements de chevaux ornés d’or, d’argent, d’ivoire et de pierres précieuses, ne manquèrent pas en grand nombre.[4] Des centaines de penons plus petits furent fournis pour décorer les tentes, et douze trompettistes furent richement équipés en costume héraldique pour se tenir debout devant la propre tente de Jean. Tout était brodé, blasonné et poli d’or et d’argent.[5] Quatre énormes bannières, peintes par l’un des plus grands artistes de France, Colart de Laon, montraient la figure de la Vierge Marie entourée des bras de France et du comte, tous travaillé en fils d’or et entouré d’écussons de fleurs de lys tandis que d’autres portaient le nom et l’emblème du comte.[6] Froissart dit que « rien ne fut épargné, que ce soit en ce qui concerne les montures, les armures, les tentes, les vêtements, les plaques d’argent ou d’or … »[7]

Une gamme complète d’équipements de cuisine fut spécialement conçue pour l’expédition, ainsi que quarante douzaine de bols et trente douzaines d’assiettes en étain.[8]

 

Alors que le duc et la noblesse française étaient occupés par ces préparatifs, le conseil du roi d’une part et le conseil du duc de Bourgogne de l’autre, se réunirent à Paris pour décider du nombre et des divers éléments de l’armée franco-bourguignonne ainsi que de la répartition des postes élevés.[9] La Bourgogne, qui était à ce moment-là la personne la plus influente de la cour de France, obtint sans difficulté le commandement suprême pour son fils aîné, Jean, le comte de Nevers, un jeune homme de vingt-quatre ans.[10] Il avait déjà participé à diverses campagnes mais n’était pas encore un chevalier. Etre anoblit chevalier en luttant contre les « mécréants, était pour un prince de la noblesse française de son sang une heureuse occasion.[11] »

La prochaine étape importante prise par le duc fut la proclamation officielle de la croisade dans l’ensemble des territoires ducaux et dans tout le royaume de France.[12] On dit que même le fils du duc de Nevers en personne, fut envoyé en Flandre pour exiger une aide contre Mourad, et que ce pays lui accorda un grand réconfort, une aide financière et un soutien militaire.[13] D’autres questions importantes en plus des finances durent être résolues avant que la croisade ne commence. Des bulles furent obtenues auprès du pape Benoît XIII permettant à Jean de nommer son confesseur, de communiquer avec les infidèles lui conférant l’absolution plénière en cas de décès lors de l’expédition.[14]

 

Le caractère bourguignon de l’expédition de Nicopolis fut soigneusement souligné par Philippe le Hardi dans les modalités de son départ. Le 5 avril 1396, il accompagna son fils à l’abbaye royale française de Saint-Denis à l’extérieur de Paris à des fins de dévotion et le lendemain, Jean fit ses adieux au roi à Paris.[15] L’armée franco-bourguignonne qui se dirigea vers l’Orient, sous le commandement direct de Jean de Nevers, devait se rassembler à Dijon, la capitale de Bourgogne, pour être payée pour la prochaine campagne. Par la suite, ils devaient se rendre au comté de Montbéliard pour partir le trentième.[16] A Dijon, à partir du 13 avril, un certain nombre de nobles, y compris le comte de Savoie et tous les membres de la famille de Jean se réunirent à la cour ducale.[17] Ici aussi, le connétable Philippe d’Artois, Jacques de Bourbon, Henri de Bar et Enguerrand de Coucy se rassemblèrent[18] sans doute avec leurs propres suivants et, il semble probable que la plupart des autres chevaliers français, outre la compagnie de Jean, fit de même. A la veille du départ, Philippe, sa femme Margaret et Jean de Nevers assistèrent à une messe solennelle dans l’église abbatiale de Saint Bénigne et les bannières de France et de Bourgogne furent paradées autour de la ville.[19]

 

Dans toute la chrétienté l’atmosphère était chargée d’excitation, et la population entretenait des espoirs exaltés. Après avoir vaincu Bayazid et débarrasser la Hongrie des infidèles, dit Froissart, « les chrétiens iront à Constantinople, passeront au-delà du « bras de St-George » et entreront en Syrie ; ils libéreront la Terre Sainte et délivreront Jérusalem et le Saint-Sépulcre des païens (qui ont pourtant toujours entretenus durant des siècles le soit disant tombeau bien qu’il ne contienne pas le véritable Messie) de soumission et à la solde des ennemis de notre Seigneur.[20] »

 

 

La marche des croisés vers la Hongrie puis sur Nicopolis  

 

Le fort contingent français, qui allait jouer un rôle essentiel dans la croisade de Nicopolis, fut dirigé par Jean de Nevers. Dans l’après-midi du 30 avril, avec sa propre compagnie et famille, il quitta Dijon pour le rendez-vous final à Montbéliard pour y rejoindre les troupes.[21] De Montbéliard, l’armée atteignit la Haute Alsace, franchit le Rhin à proximité de Strasbourg, et par Brisgau arriva dans la vallée du Danube supérieur.[22] Leur itinéraire les mena à Ratisbonne à Straubing où Jean fut fêté par son beau-frère Albrecht II de Bavière, et de là par Passau et Linz arriva à Vienne où il était attendu par Léopold IV d’Autriche, un autre beau-frère.[23] Ses alliances familiales s’avérèrent aussi utiles à Jean que le cours du Danube, facilitant sa marche vers le sud-est.[24] Ce fut une caractéristique remarquable de la première partie de la campagne que chaque fois que le contingent français arrivait dans l’une des principales villes d’Allemagne, ils trouvèrent de larges bandes de nobles et de bourgeois bien équipés et armés qui attendaient de joindre la croisade.[25] Les Français furent rejoints par Frédéric, le comte de Hohenzollern, le grand prince de l’ordre teutonique.[26]

 

L’armée franco-bourguignonne était divisée en deux groupes : la plus petite division de l’armée avait l’intention de traverser la Lombardie et la plus grande de passer par l’Allemagne. Enguerrand VII de Coucy, son beau-fils Henri de Bar et un petit contingent quittèrent Paris quelque part vers la fin d’avril.[27] Ils se rendirent à Milan où Charles VI envoya Coucy pour dissuader Gian Galeazzo Visconti d’interférer avec l’acquisition française de Gênes.[28] De Segna, Coucy et Henri de Bar avec leur petit contingent se rendirent probablement par voie terrestre à Karlstadt (Karlovac), Agram (Zagreb), Warasdin (Varazdin) et autour du lac Balaton à Buda où Sigismond était occupé à organiser ses propres forces.[29]

En attendant Philippe d’Artois, le constable de France, était arrivé à l’avant-garde des forces chrétiennes à Vienne lors de la fête de la Pentecôte (21 mai 1396) et un mois plus tard Jean de Nevers apparut avec l’armée principale dans cette ville (Vienne), le jour de la St. Jean, le 24 juin.[30]

 

Les différentes armées convergèrent à Buda (pest), la capitale hongroise, le lieu de rendez-vous. Les croisés étaient cependant (comme d’habitude) une horde téméraire et indisciplinée, qui pillèrent tout au long de leur route jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à Buda.[31] Les ecclésiastiques mirent alors en garde les leaders de l’armée pour chasser les accompagnatrices du camp féminin (fatuae et leves mulierculae) et de mettre fin à l’adultère et toutes sortes de fornication, à l’ivresse, aux paris, aux serments blasphématoires, et aux autres terribles excès qui avait été jusqu’ici monnaie courante, sinon ils encourraient la colère de Dieu sur eux-mêmes.[32] « Mais ce fut inutile » dit le chroniqueur de St-Denis « c’est comme si on avait raconté un grand conte à un âne sourd.[33] »

(Et pour cause, je vous rappelle que tous ces gens en s’engageant pour les croisades reçurent l’absolution pour tous leurs péchés, leurs et le paradis garanti ! Dès lors les menaces des ecclésiastiques n’avaient aucun sens puisque tous les crimes étaient désormais licites puisque déjà pardonnés !)

 

Il est très difficile de fixer une date précise de l’arrivée des auxiliaires étrangers à Buda mais puisqu’ils marchèrent durant trois mois,[34] ils durent apparaitre dans les environs de la capitale hongroise à fin de juillet 1396. Kohler fixe la date comme étant vers le milieu de juin.[35]

 

 

 

[1] Atiya: La croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 40.

[2] R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; pp. 64-5.

[3] R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; p. 65; AS Atiya: La croisade de Nicopolis; op cit; p. 40.

[4] P. Mémoire du voyage Bavyn:…. nat Bibl, Coll. De Bourgogne; 20. Mme Rois et ducs. MS.f. 348 ro.-349 ro.

[5] R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; p. 65.

[6] D. Plancher: Histoire générale et PARTICULIERE d eBourgogne;4 vol; Dijon; 1739-1781, III, 149; R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; p. 65.

[7] Froissart: Œuvres; XV; 224.

[8] H. David: Philippe le Hardi; Dijon;1947, 37-8.

[9] AS Atiya: La croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 40.

[10] Froissart: Oeuvres; XV; 218.

[11] Delaville Le Roulx la France; p. 234.

[12] Froissart: Oeuvres; XV; p. 220.

[13] Kervyn de Lettenhove (ed): Histoire et de Flandre, Chroniques;Vol 2; Bruxelles; 1880 ;. P. 414.

[14] R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; p. 64.

[15] R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; p. 68.

[16] K. Setton: La Croisade de Barbarie; pp347.

[17] R. Vaughan: Philippe le Hardi; Longman; 1962; p. 68.

[18] ACO B1503 bis, fos. 97-100b.

[19] JL Bazin; la Bourgogne sous les ducs de la Maison de Valois; Mémoires de la Société Eduenne; (Ns) xxx (1902); pp 82-160 à 120.Setton.

[20] K.  La Croisade de Barbarie; p. 345.

[21] Delaville le Roulx: La France; p. 246.

[22] Delaville Le Roulx; p. 246.

[23] A. Brauner, Schacht bei Nikopolis, pp 23-24.

[24] K. Setton: La Croisade de Barbary; p. 347.

[25] Atiya: La croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 39.

[26] ES Creasy: Histoire des Ottomans Turcs; Khayats; Beyrouth; 1961; p. 36.

[27] Delaville le Roulx: La France; p. 247.

[28] Denys de St Religieux; II; p. 428; 430; 438; ff.

[29] K. Setton: La Croisade de Barbarie; pp347.

[30] K. Setton: La Croisade; p. 348.

[31] J. Juvenal: Histoire de Charles VI, Roy de France (1382-1422); Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’Histoire de la France; Vol II; Paris; 1857; p. 408a.

[32] K. Setton: La Croisade de Barbary; p. 348.

[33] De Saint-Denys Religieux, II, 484.

[34] Jean Juvenal: Histoire de Charles VI; p. 408;

[35] Gen G. Kohler: Die Entwickelung; op cit; Dans AS Atiya: Nicopolis; p. 54.

 

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