OSMANLI

OTTOMANS

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Un tel enthousiasme, cependant, note Housley, était commune à une grande partie de la fin des treizième et quatorzième siècles : ce qui était unique à propos de cette époque fut le soutien soutenu et altruiste qui lui était donné par le gouvernement, en particulier dans les années qui suivirent la trêve de Leulingham (entre la France et l’Angleterre) en 1389.[1] Le zèle français pour la croisade pouvait maintenant expressément se manifester. Delaville Le Roulx, en tant que Français, écrit : 

« La France était au courant des progrès des Turcs. La France se soucia des malheurs des chrétiens d’Orient et soutint les efforts pour une ligue dirigée par le roi de Hongrie. Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, conscient du sentiment public, prit la tête de la croisade.[2] »

Bien sûr, nous devons nous rappeler la longue tradition française pour les croisades, la France, fut de très loin et toujours, le plus grand contributeur à toutes les croisades antimusulmanes et elle reste le fer de lance de la lutte contre l’Islam et les Musulmans jusqu’à ce jour. De plus, la vaste littérature croisée, déjà examinée dans le chapitre précédent, était largement d’origine française et cherchait à donner à la France la place de leader dans le nouveau royaume croisé établit en Orient. 

 

En dehors du zèle croisé, il y avait des raisons pratiques pour lancer la croisade contre les Turcs.

La paix entre les deux pays eut un impact sur la libération des chevaliers de France, d’Angleterre et de Bourgogne pour des « aventures » ailleurs.[3] Beaucoup de jeunes guerriers de France et de Bourgogne étaient maintenant avides de nouvelles aventures et nouvelles scènes de distinction.[4] En effet, alors que la paix fut signée entre la France et l’Angleterre, il est, comme le souligne Atiya, douteux que la paix fusse populaire auprès de la chevalerie d’une nation. Ils avaient combattu en Prusse, mais maintenant un meilleur champ sur le chemin de la Terre Sainte attira leur attention.[5] La croisade, donc, permit une sortie pour les soldats professionnels déchargés par les deux monarchies.[6]  Ce fut d’importance capitale car la sécurité même de la France et de l’Angleterre dépendait d’une telle croisade. On pouvait s’attendre à ce qu’une croisade débarrasse l’Occident des soldats sans emplois et ainsi réconcilie les militants des sujets des rois à une paix inaccoutumée.[7] Le dernier de ces facteurs aurait eu un attrait particulier en France, déchirée et ravagée comme elle l’était par les compagnies de « l’Anglais. » A peine la guerre prit-elle fin que Philippe de Mézières conseillait à son souverain de débarrasser la France de leur présence en organisant une croisade.[8] En fait, il semble que l’Angleterre en profita plus que la France. Bien que l’Angleterre n’ai jamais été à la merci des bandes itinérantes de mercenaires sans emploi comme son voisin, le nord-ouest du pays était périodiquement perturbé par les déprédations des petites bandes de désespérés qui étaient probablement composées principalement de soldats démobilisés.[9] Ces bandes devinrent une fois une sérieuse menace politique et en 1393, une rébellion dans le Cheshire et les comtés voisins fut provoquée par les rumeurs d’une paix permanente et déshonorante avec France et dirigée par un vétéran des guerres.[10] Selon Walsingham, après avoir supprimé l’essor, le duc de Lancaster prit la plus grande partie des rebelles à sa solde pour le service, son objectif étant d’accompagner Jean de Gaunt pour la croisade de Nicopolis, et la plupart de ces troupes contribuèrent finalement et moururent à Nicopolis.[11]

Ainsi se débarrassa-t-on de ceux qui avait lutté pour l’honneur de la patrie en les envoyant se faire tuer ailleurs pour éviter non seulement de les nourrir mis aussi leurs maux.

 

 

La situation idéale pour une croisade s’étendait au-delà des frontières franco-anglaises. Les relations entre la France et l’Allemagne étaient imperturbées puisqu’elle était généralement sous la maison de Luxembourg. Les princes allemands vivaient en harmonie avec leurs voisins Bourgeois.[12] Les royaumes d’Aragon et de Castille avaient considérablement réduit les territoires sous domination musulmane et satisfaits de leur réalisation, les rois aragonais et castillans étaient venus se réconcilier avec le prince musulman de Grenade. Dans l’ensemble, une atmosphère de tranquillité relative, interne et externe, enveloppait la majorité des royaumes occidentaux.[13] La paix signifiait de nouveaux débouchés pour les hommes de guerre et la nécessité de détourner ces hommes vers le champ de bataille du moment : le front turc, avant de terminer la campagne avec la reprise de la Terre Sainte.

 

Il y avait, bien sûr, l’ingrédient nécessaire habituel : attirer les hommes chrétiens occidentaux dans l’action et, la voie avait déjà été depuis longtemps préparé par d’innombrables prédicateurs qui soutinrent avec un zèle indéfectible la grande cause de la Récupération la Terre Sainte.[14] Des hommes de toutes sortes et classes avaient effectué des pèlerinages aux Lieux Saints en Egypte et en Palestine puis étaient revenus et avaient rapporté à leurs compatriotes les merveilles de l’Orient et non sans exagération, les misères et les persécutions « auxquelles leurs coreligionnaires occidentaux étaient soumis par les « Sarrasins incroyant, » et faisaient enfin appel à toutes les véhémences de piété pour une croisade pour récupérer la terre natale du Christ.[15] » Les accommodations pour ces prédicateurs étaient fournies en érigeant des chaires en bois dans les cimetières des villes et des villages et les gens affluèrent de toutes parts pour les écouter.[16]

Pour ajouter aux effets dramatiques et pour faire croire aux chrétiens que le temps d’agir était venu, la détresse de la Hongrie catholique était exagérée au maximum (ce qui me fait rappeler les fameuses couveuses du Koweït lamentées par la femme de l’ambassadeur koweitien devant les Nations Unies, un odieux mensonge pour lever les nations contre Saddam Hussein lors de la première guerre d’Irak dans les années 1980).[17] La nouvelles était que le pays avait été attaqué par un demi-million d’armée turque et que dans une seule bataille, la Hongrie avait perdu 40.000 hommes.[18]

Sigismond en personne, chercha l’alliance des autres princes indépendants du Balkans, et notamment le souverain de Valachie, tandis que les souverains occidentaux semblent avoir demandé de l’aide à ceux qui avaient quelque chose contre les Turcs en Orient.[19] Malheureusement, les éléments de preuve sur ce point sont rares cependant, Charles VI négocia certainement une alliance avec le roi de Chypre par 1395, et la correspondance vénitienne avec Constantinople à cette date, révèle que les alliés espéraient l’aide de Timour le Boiteux.[20]

 

Toutes les pièces étant en place, en l’an 1934, le pape Boniface IX (1389-1404) proclama une croisade contre les Ottomans, avec indulgence plénière pour tous les chrétiens qui devaient immédiatement partir au secours de la Hongrie et des royaumes voisins.[21] Le 3 Juin 1394, il publia une bulle « Cogimur ex debita charitate » ou il ordonna à l’archevêque Jean de Neopatras de proclamer la croisade en Bosnie, en Croatie, en Dalmatie et en Slavonie.[22]

Durant le même mois de juin 1394, il envoya le dominicain Giovanni de Montelupone pour appeler les Européens à s’unir dans une croisade contre les Turcs car « les Turcs ont torturés, tués leurs captifs chrétiens, les ont vendus en esclavage et les ont forcés d’abjurer leur foi « Horret animus Talia reininisci ! » »  

A savoir toujours le même baratin d’une religion bâtie sur des mensonges qui malheureusement marche depuis plus de mille quatre cent ans et un record de bourrage de crâne massif de nations entière qui devrait figurer dans le Livre Guinness des records.

 

Giovanni fut donc ordonné de prêcher la croisade contre les Turcs et d’offrir les habituelles récompenses d’indulgence à tous ceux qui accepté de ses mains le signe vénérable de la croix.[23]

 

Le mois suivant, le 15 et 30 octobre (1394), le pape Boniface IX émit de nouvelles bulles antiturcs, nomma un autre dominicain, Gian Domenico de Gubbio, pour prêcher la croisade sur le territoire vénitien ainsi qu’à l’Autriche, l’archevêché de Salzbourg, Trévise, et le patriarcat de Grado. Selon le pape, les Turcs avaient déjà occupé des parties de la Hongrie, et avaient imposé de telles charges quotidiennes sur les Hongrois qu’ils étaient maintenant moins bien lotis que les Israélites l’avaient été sous le joug de la servitude pharaonique.[24] Il y eut un large débat d’une ligue chrétienne contre les Turcs et Boniface fit tout ce qu’il put pour la promouvoir.[25]

 

 

 

[1] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 75.

[2] Delaville le Roulx: La France; p. 229.

[3] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 3.

[4] Froissart in ES Greasy: History of the Ottoman Turks; p. 35.

[5] AS Atiya: The Crusade of Nicopolis; Methuen & co. Ltd; London; 1934; p. 9.

[6] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 74.

[7] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 184.

[8] P. Mézièress: Songe du Vieil pelerin; op cit; ii; p. 409.

[9] JJN Palmer:Angleterre, France et chrétienté; Routledge; Londres; 1972; p. 184.

[10] JJN Palmer:Angleterre, France et chrétienté; Routledge; Londres; 1972; p. 184.

[11] JJN Palmer:Angleterre, France et chrétienté; Routledge; Londres; 1972; p. 184.

[12] Atiya: La croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 8.

[13] AS Atiya: La Croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 8.

[14] AS Atiya: La Croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 19.

[15] AS Atiya: La croisade de Nicopolis; Methuen & co. Ltd; Londres; 1934; p. 19.

[16] GR Owst: Prêcher dans l’Angleterre médiévale; Une introduction au sermon MSS. Sur la périod ec.1350-1450;p. 36; 61; et 199.

[17] Delaville Le Roulx  la France; p.223.

[18] L.Bellaguet, ed. 1839. Chronique du religieux de Saint-Denys, le règne de Contenant Charles VI, de 1380 1422, Paris,  ii; pp. 112-3.

[19] JJN Palmer:Angleterre, France et chrétienté; Routledge; Londres; 1972; p. 202.

[20] JJN Palmer:Angleterre, France et chrétienté; Routledge; Londres; 1972; p. 202.

[21] ES Creasy: Histoire des Turcsottomans;Khayats; Beyrouth; 1961; p. 35.

[22] C. Raynaldus: Annalesecclesiastici;Ed. Mansi; 34 volumes; Lucca; 1747-1756; XXVI; pp. 584-5.

[23] Raynaldus, Ann. Eccl., ad ann. 1394, n ° 20, 23, vol. VII (Lucca, 1752), pp 583, 584B-585. cf C. Eubel, Hierarchia catholica, 1 (1913, repr. 1960).

[24] Raynaldus, Ann. Eccl., ad ann. 1394, n °. 24-25, vol. VII (1752), pp. 585-86.

[25] K. Setton: La Croisade de Barbarie; p. 343.

 

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