OSMANLI

OTTOMANS

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D’abord, en ce qui concerne l’union des églises orientales et occidentales, il faut rappeler que dans l’Occident chrétien, l’église orthodoxe orientale sous l’influence catholique était comme un objectif central tout comme la défaite des musulmans. La formation d’une union entre les deux églises pour la défaite de l’ennemi commun musulman était la pièce centrale du projet. Le 13 novembre, 1372, le pape Grégoire (pape entre 1370-1378) convoqua l’empereur byzantin Jean V et tous les seigneurs latin du Levant pour se réunir le 1er octobre suivant dans un grand congrès suivant à Thèbes, la capitale du duché Catalan d’Athènes, pour former une union pour une action offensive sur terre et mer contre les Turcs.[1]

Quelques mois plus tard, Grégoire écrivit de nouveau à l’empereur byzantin, en répétant la proposition antérieure d’action contre les Turcs, mais bien sûr elle devait être précédée par l’union religieuse, que les célèbres Jean Lascaris Calopherus et Demetrius Kydones étaient prêts à négocier avec l’assistance de l’empereur. Grégoire pensait que le temps était venu pour cette union des galères et des églises, « parce que, » comme il déclara, « les villes de Constantinople, de Salonique et d’autres territoires que vous possédez maintenant, sont en péril continu, presque cernée par ces mêmes Turcs.[2] »

 

En 1373, Grégoire organisa un congrès à Thèbes pour planifier une croisade. Il invita l’empereur titulaire latin, les Vénitiens, les Génois, les Hospitaliers de Rhodes, le vicaire du Duché d’Athènes, les rois de Chypre, d’Hongrie, de Sicile et l’empereur byzantin.[3]

Suite à cela, il semble que peu de chose se passèrent en ce qui concerne le projet de l’union des deux églises. Cependant, l’idée ne fut jamais éloignée et, comme on verra dans les deux chapitres suivants, bien qu’en surface elle semble n’avoir que peu de relation avec la croisade de Nicopolis, les événements relatifs à la croisade de Varna (1444) et la capture de Constantinople (1453), montrent qu’en fait, elle était d’une grande importance dans les actions militaires de l’Occident chrétien.

 

Très certainement, l’une des principales raisons pour le lancement de la croisade de Nicopolis fut le retour de la paix dans la chrétienté occidentale particulièrement entre la France et l’Angleterre. En effet, comme nous l’avons vu dans la dernière rubrique du dernier chapitre, des croisades antiturques et des croisades pour la récupération de la Terre Sainte étaient constamment préparées et certaines furent même lancées mais ce qui freina et ralentit voir stoppa l’envoi des croisades fut sans conteste, les conflits au sein de la chrétienté. Il y eut un conflit constant en France, où entre autres, les comtes Jean d’Armagnac et Gaston de Foix recoururent souvent aux armes.[4] Pire encore, il y avait les guerres entre la France et l’Angleterre. Le pape Grégoire en était naturellement bien conscient, comme il eut l’occasion d’écrire au duc Philippe le Téméraire (le 18 mai 1375), que tant que les guerres étaient menées en France et les autres royaumes chrétiens, il y avait peu à gagner par la « planification de la croisade (Tractatus passagii), mais la panification de la paix trouverait « d’innombrables hommes d’armes » prêts à s’engager dans une telle entreprise, puis avec l’orientation divine, la planification constructive pour le passagium pourrait commencer.[5] »

Plus tard dans l’année, Grégoire retarda son retour en Italie dans l’espoir que la paix pourrait être rétablie entre la France et l’Angleterre.[6] La résolution de cette guerre rendrait une croisade réussie ; le lancement d’une croisade contre l’ennemi commun musulman aiderait à résoudre ce conflit. C’est précisément comme l’on vu beaucoup des principaux propagandistes occidentaux et particulièrement Dubois, qui voyait que la paix e la réforme étaient les moyens de la croisade et la croisade, la voie vers la paix et la réforme.[7]

En d’autre terme, puisque nous ne pouvons pas nous passer de tuerie, pour notre propre survie, allons plutôt tuer les musulmans que de nous entretuer entre nous.

 

Le chemin de la paix entre la France et l’Angleterre était difficile mais d’immenses énergies furent déployées pour y aboutir. En 1384, les appels de croisades reçurent un nouvel élan du roi expatrié Léo d’Arménie, qui apparut pour la première fois devant la cour française. Leo devait jouer un rôle actif dans les relations anglo-françaises dans les années suivantes, un rôle qu’il utilisa pour faire avancer la cause d’une croisade en Asie Mineure.[8]

Cette paix entre les deux pays fut plus fortement préconisée par la figure française derrière une grande partie de l’effort de la croisade durant seconde moitié du quatorzième siècle, Philippe Mézières. Philippe rédigea son premier ouvrage prônant une paix anglo-française comme condition essentielle pour restaurer l’unité de l’église catholique et l’organisation d’une croisade contre les Turcs.[9] Son premier essai sur le thème de la coopération anglo-française, le thème central de tous ses travaux ultérieurs, peut être pris pour marquer la naissance d’une idée qui était de relever l’esprit des souverains d’Angleterre et de France jusqu’à ce que cela arriva mais fut détruit sur le champ de bataille de Nicopolis une douzaine d’années plus tard.[10] Tout au long de toutes les œuvres de Mézières, il y a un ou deux fils communs et le plus fort d’entre eux est son insistance que la paix et la coopération entre l’Angleterre et la France devait être la condition sine qua none de toute tentative de guérir le Schisme et de secourir l’Orient.[11]  Mézières soutint qu’aucune tentative ne pouvait être faite pour améliorer la situation pénible dans la chrétienté alors que l’Angleterre et la France étaient en guerre, et que la première priorité était donc de favoriser la paix et la compréhension entre les deux principales nations chrétiennes. A moins que cela fût accompli, tous les efforts pour réunifier l’église et pour expulser les Turcs étaient voués à l’échec.[12]

 

La paix revint entre la France et l’Angleterre en 1389 par la Trêve de Leulingham, une paix qui, finalement, en 1395, sera couronnée par le mariage entre Richard II d’Angleterre et Isabelle, la fille de Charles VI de France, officialisant la trêve entre la France et l’Angleterre.[13] La paix, fut-il dit, était souhaitable non seulement pour le bien de l’Angleterre et de la France mais aussi pour celui de « tout le christianisme, au profit et à l’union de l’église universelle et à la confusion des infidèles et des ennemis de la foi catholique.[14] » Comme Charles VI de France, le mit par écrit dans une lettre très importante à Richard II mai 1395 :

« Par vos travaux saints, beau-frère, et par nous-mêmes, les ennemis du christianisme dans tous les pays seront convertis en une véritable paix et en vertu de cette paix entre nous descendue du ciel … notre mère, la sainte église, écrasée et divisée cette longue période par le schisme damné, sera relancé dans toute sa gloire à travers les prières de la Vierge Marie, la plus douce. Puis, beau-frère, ce sera un bon moment … que vous et moi, pour la propitiation des péchés de nos ancêtres, d’entreprendre une croisade pour secourir nos frères chrétiens et libérer la Terre Sainte. Ainsi, par la puissance de la croix, nous répandrons la sainte foi catholique dans toutes les régions d’Orient, démontrant la bravoure de la chevalerie d’Angleterre et de France et de nos autres frères chrétiens.[15] »

 

Comme le remarque Palmer, le plan de trois points pour la paix, l’unité et une croisade avait été élaboré au cours de la précédente décennie et avait déjà été mis en œuvre en partie lorsque cette lettre fut écrite.[16] Durant quelques années, avant 1396, Philippe le Hardi avait tenté l’idée d’une croisade. Son enthousiasme pour la croisade remontait à près de trente ans.[17] En 1391, il envoya Guy de la Trémoille à Venise et en Hongrie sur questions importantes qu’il avait proche de son cœur dans le cadre d’une croisade projetée.[18] En 1393, une petite force anglo-française, dirigée par le comte d’Eu, fut envoyée en Hongrie et en 1394, Richard II, Philippe le Hardi, et Louis d’Orléans envoyèrent des ambassades séparées à la cour de Sigismond.[19] En 1394, un schéma défini vit le jour sous la forme d’une croisade conjointe dirigée par les Ducs de Bourgogne, de Lancaster et d’Orléans, mais à cette époque, aucune décision n’avait été prise quant à son but.[20] La correspondance entre les deux rois de France et d’Angleterre en mai 1395 révèle qu’ils avaient accepté la responsabilité commune de conduire une croisade en Terre Sainte. « Toi et moi », avait dit Charles : « devrions entreprendre une croisade pour secourir nos frères chrétiens et pour libérer la Terre Sainte, » et Richard avait applaudi sa proposition.[21] Après le mois de mars, à la veille du départ de la première croisade, les deux rois réitérèrent leur détermination à préserver la chrétienté « de la malveillance et du vil assaut des infidèles.[22]

 

 

 

[1] In G. Mollat ed: Letrres secretes et curiales du pape Gregoire XI… interessant les pays autre que la France; 3 fascicules; Paris; 1962-65; fasc. 1; nos 1172-4; p. 162.

[2] In G. Mollat ed: Letrres secretes; fasc.1, no 1933; pp. 269-70 dated 21 June 1373.

[3] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 79.

[4] Mirot and Jassemin; fasc 2; no 1898; cols; 613-4; In K. Setton: The Crusade of Barbary; p. 329.

[5] Mirot and Jassemin; fasc 2; no 1898; cols; 613-4; In Setton; p. 329.

[6] Mirot and Jassemin; fasc 2; no 1943; dated 3 Aug 1375; In Setton; p. 329.

[7] In N. Daniel: Crusade Propaganda; in KM Setton: A History of the Crusades; op cit; vol 6; pp. 39-97; p. 89.

[8] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 181.

[9] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 181.

[10] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 181.

[11] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 187.

[12] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 187.

[13] C. Imber: The Crusade of Varna 1443-5; Ashgate; 2006; p. 3.

[14] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 182.

[15] JJN. Palmer, England, France and Christendom, 1377—99 (London, 1972), 180.

[16] JJN. Palmer, England, France and Christendom, 1377—99 (London, 1972), 181.

[17] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 75.

[18] J. Pot: Histoire de Renier Pot; Paris; 1929; p. 33.

[19] Delaville le Roulx: La France; p. 224; N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 75.

[20] R. Vaughan: Philip the Bold; Longmans; 1962; p. 62.

[21] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[22] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

 

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