OSMANLI

OTTOMANS

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Nicopolis, à l’égal de toutes les croisades, celles qui les précédèrent, celles qui suivirent et celles qui viendront ont toujours bénéficié d’un ingrédient nécessaire : une propagande médiatique qui diabolise l’ennemi musulman (comme nous l’avons déjà vu dans les chapitres précédents), pour justifier la guerre et tout ce qui allait avec, le massacre des populations ennemis et le désistement de leurs biens.

Cette propagande, que nous avons déjà documentée, servie aussi à établir les moyens et les méthodes pour le succès d’une victoire finale contre l’Islam et les musulmans. Quelques œuvres, plus que d’autres, note Atiya, eurent une incidence directe sur la dernière grande bataille médiévale entre l’Orient et l’Occident.[1] D’autres croisades avant Nicopolis livrèrent également un grand nombre d’informations pratiques nécessaires de l’ennemi et les manières plus efficaces pour le vaincre.

La croisade de 1396, était donc non seulement une réponse, ou une expression d’une idée chrétienne occidentale chère, mais aussi l’aboutissement des plans théoriques et pratiques qui atteignirent leur pleine maturité à la fin du quatorzième siècle.

 

Bien sûr, la littérature que nous avons précédemment mentionnée était principalement destinée aux élites, ceux au sein de l’église et au plus haut échelons de l’état occidental (qui comprenait également les ecclésiastiques), toutefois, il existait une autre littérature populaire, destinée à une diffusion beaucoup plus large et destinée également à susciter à la fois, l’enthousiasme et le zèle chrétien : l’épopée des croisades.

Housley note comment les décennies au milieu du quatorzième siècle virent la production du deuxième cycle de la grande série des épopées des croisades ; ses quatre longs poèmes constituaient à la fois l’expression d’un intérêt continu pour la croisade et à son tour, un stimulant pour la relance de la préoccupation pour les lieux saints.[2]  L’art et la littérature furent surtout utilisés dans la première croisade. Cela s’explique en partie par le fait que, comme le firent Pie II et Benedict Accolti, ce fut le plus réussit et le plus inspirant, et en partie à cause de l’engouement pour Godefroy de Bouillon.[3] Tout au long de la fin du Moyen Age, les visiteurs de l’abbaye de Saint-Denis, près de Paris, furent rappelés à la première croisade par de magnifiques vitraux de croisade : on espérait qu’ils considéreraient également sa pertinence, selon le dicton de Suger, l’abbé du douzième siècle de Saint-Denis, qu’« en se rappelant des événements passés, nous portrayons les futurs.[4] »

Une représentation dramatique de la chute de Jérusalem lors de la première croisade, probablement organisée par Philippe de Mézières, fut réalisée à la cour de Charles V en 1378 en l’honneur de la visite de l’empereur Charles IV.[5] Palmer a montré qu’un rôle clé dans la promotion de ces idées fut joué par Philippe de Mézières, l’ancien chancelier de Pierre de Lusignan et tuteur du jeune Charles VI. Depuis le milieu des années 1380, Philippe rédigea une série de travaux relatifs à la croisade. Plus important, son ordre croisé, le Nova religio passionis (Nouvel ordre de la passion), servit de moyen formel à la noblesse chevaleresque d’Angleterre et de France pour exprimer leur engagement envers la croisade : La plupart des quelques quatre-vingts chevaliers qui s’y inscrivirent et promirent leur soutien, entre 1390 et 1395, venaient des deux monarchies, et ils incluaient un grand nombre des plus importants magnats anglais et français.[6]

 

 

La croisade de Nicopolis fut donc non seulement le point culminant de tout cela mais aussi le point culminant d’aboutissement d’événements qui furent construit sur le terrain et qui atteignirent leur apogée après la mort du Sultan turc, Mourad I.

 

 

Le contexte de la croisade de Nicopolis (1389 – 1396)

 

Lorsque le mot se répandit qu’un Serbe avait assassiné Mourad à la bataille de Kossovo, le 15 juin 1389, les souverains dynastiques se révoltèrent en Anatolie.[7] Bayazid, qui venait de succéder à son père, Mourad, était connu sous le nom l’« Eclair, » un titre qui lui avait été conféré en raison de la rapidité de ses mouvements dans la guerre.[8] Ayant conclu avec succès la guerre serbe, il se rendit rapidement dans ses dominions asiatiques pour réprimer le soulèvement.

 

En même temps, la mort de Mourad encouragea les Paléologues à Byzance et la Morée,[9] ainsi que d’autres puissances chrétiennes de s’unir contre les Turcs. En 1390 le Turc « l’Eclair » était de nouveau en Europe, face aux armées de Valachie, de Bosnie, d’Hongrie et de l’empire byzantin rassemblées contre lui.[10] Myrtche, le prince de Valachie, soumis à Bayazid en 1391, et la Valachie était depuis des siècles dans la liste des états tributaires de la Porte Ottomane.[11] Les Bosniaques, aidés par les Hongrois, offrirent une résistance plus opiniâtre. En 1392, Sigismond, le roi hongrois, marcha sur la Bulgarie et obtint plusieurs avantages mais dominé par les forces supérieures des Turcs, il s’enfuit dérouté et se retrancha dans son propre royaume.[12]

 

Bayazid fut détourné une fois de plus pour combattre ses ennemis sur ses arrières, un motif récurant durant les derniers siècles de l’histoire turque. Cette fois, les Ottomans durent faire face à l’attaque soudaine que le prince de Caramanie fit en 1392 dans leur royaume asiatique.[13] Les armées caramaniennes furent d’abord si triomphantes que les troupes ottomanes subirent un revers complet entre Angora et Brusa ; et Timourtash, le Vice-Roi de Bayazid en Asie, fut pris prisonnier. Mais à l’arrivée de Bayazid en personne en Asie, la fortune de la guerre fut rapidement modifiée. Le prince de Caramanie fut vaincu, capturé et exécuté.[14] La Caramanie devint soumise aux Ottomans et tout le sud de l’Asie Mineure reconnu Bayazid comme souverain qui ensuite, envoya ses troupes à l’Est et au Nord de ce pays et annexa Sivas (ex-Sébaste) Kastemouni, Samsoun et Amassia, avec leurs territoires à ses dominions.[15]

 

Alors que Bayazid était occupée en Anatolie, les ambitions de la Hongrie et la Valachie en Bulgarie danubienne et la Dobroudja mirent le royaume tronqué de Bulgarie dans une situation difficile.[16] Mircée, le prince de la Valachie, protégé par les Hongrois, avait occupé Dobroudja, et Silistra sur la rive droite du Danube inférieur, tandis que les Hongrois cherchaient à s’établir à Vidin.[17] Bayazid arriva dans les Balkans et en 1393 apporta la Bulgarie danubienne sous la domination ottomane directe, installa le roi bulgare en tant que prince vassal à Nicopolis et expulsa Mircée de Silistra et de Dobroudja.[18] Le despote de la Serbie rendit hommage au Sultan. Dans le Morée, l’influence vénitienne avait atteint son apogée.[19] Face à cette situation, Bayazid convoqua tous les princes vassaux dans les Balkans, y compris les Paléologues, à Verria en 1394, pour réaffirmer leurs liens de vassalité.[20] Suite à la fuite des Paléologues, il bloqua Constantinople, occupa Thessalie et procéda à des en raid en Morée. Une autre armée ottomane amena l’Albanie sous la domination ottomane directe et expulsa les seigneurs locaux.[21]

 

Bayazid, semble-t-il, était défié de tous les côtés, mais tous ces défis n’étaient rien comparés à celui venant en sens inverse, le défi de la croisade ultime, la croisade de Nicopolis. Dans cette croisade, les ambitions catholiques, représentés par Sigismond, le roi de Hongrie, jouèrent un rôle. Il faut se rappeler que les desseins hongrois sur les Balkans remontaient à Louis l’Angevin « le Grand » (1342-1382). Les plans croisés de la Hongrie comprenaient la conversion au catholicisme des peuples orthodoxes des Balkans et la prise de Constantinople.[22] Les Turcs étaient en quelque sorte non seulement le rempart face à cette expansion au détriment des orthodoxes mais aussi un ennemi puisque musulman.

 

L’ambition hongroise était, cependant, qu’un moindre élément dans l’image plus large, un objectif plus large qui comprenait non seulement la défaite des Turcs, mais aussi la « reprise de la Terre Sainte, » des objectifs qui faisaient partie du plan général visant à renverser l’Islam. Tous ces objectifs ont déjà examiné ainsi que la manière dont ils furent élaborés tout au long des décennies. Cependant, ce fut la croisade de Nicopolis, qui lancée en 1396, visait à atteindre ces objectifs. Cette croisade, nous le rappelons, consistait en deux phases : d’abord l’armée de Nicopolis était destinée à déblayer le terrain et établir une base avancée à partir de laquelle la seconde et plus grande des deux armées pourraient partir pour la Terre Sainte sous la direction de Charles VI de France et Richard II d’Angleterre.[23]

Il ne reste qu’à se demander pourquoi ils ne pouvaient coïncider qu’avec la croisade de Nicopolis.

 

La raison pour laquelle la croisade de Nicopolis fut considérée comme la dernière et ultime croisade est dû à un certain nombre de facteurs qui se réunirent à la fin du quatorzième siècle, plaçant ainsi cette croisade dans les conditions les plus favorables jamais réunies auparavant et depuis très longtemps.

Tout d’abord, les plans pour combattre et vaincre les Turcs, envahir l’Asie Mineure et progresser vers la Terre Sainte étaient en place depuis assez longtemps et avaient atteint leur stade de maturité.

Deuxièmement, les armées de la chrétienté occidentale avaient engagés les Turcs sur le champ de bataille, et ne semblaient pas avoir mal fait. Certaines des croisades comme celle de Smyrne réussirent plutôt bien. La confiance des chrétiens fut entravée par l’expulsion de la garnison turque stationnée à Nicopolis Mineure en 1393, qui encouragea les chrétiens de nombreux pays à participer à la prochaine campagne de 1396[24] Un plus grand succès pourrait sûrement être obtenu avec une attaque chrétienne plus soutenue.

Troisièmement, la croisade d’al-Mahdiya en Tunisie rassembla également un grand nombre d’armées chrétiennes et peut-être, la plus grande leçon fut que les armées chrétiennes occidentales pouvaient s’unir même lorsqu’elles étaient divisées sur leur loyauté envers les papes rivaux.

La quatrième et cinquième raison de Nicopolis qui sont en relation avec le projet d’union des églises orientales et occidentales et aux conditions politico-militaires en Europe sont les plus importants et méritent une plus grande attention.

 

 

 

[1] AS Atiya: The Crusade of Nicopolis; op cit; pp. 19-20.

[2] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 392.

[3] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 393.

[4] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 393.

[5] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 393.

[6] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 74.

[7] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 15.

[8] E. Pears: The Ottoman Turks to the fall of Constantinople; in The Cambridge Medieval History, Vol IV; Edited by JR Tanner et al. Cambridge University Press, 1923; pp 653-705; at p.674.

[9] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 15.

[10] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 33.

[11] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 33.

[12] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 33.

[13] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 33.

[14] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 33.

[15] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 33-4.

[16] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 15.

[17] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 15.

[18] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 15.

[19] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 15.

[20] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 16.

[21] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 16.

[22] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 241.

[23] JJN Palmer: England, France and Christendom; Routledge; London; 1972; p. 205.

[24] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; Methuen & Co. Ltd; London; 1938; p. 435.

 

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