OSMANLI

OTTOMANS

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Au cours de l’année 1366 eu lieu une autre croisade anti turque, la croisade d’Amadée de Savoie.[1] Les conditions d’alors la rendirent possible. La paix de Brétigny, conclu en 1360 entre Jean II le Bon, roi de France (1350-1364), et Edouard III d’Angleterre (1327-1377), donnèrent à l’Europe occidentale un répit de la guerre de Cent Ans.[2] Un grand nombre d’entre ceux qui participèrent à ces batailles dévirent paresseux et furent privés de la perspective de s’enrichir par les pillages habituels auxquels les combats en France se prêtait facilement.[3] Ils furent alors contraints de chercher un autre champ et ils le trouvèrent dans la croisade. Amadée était un croisé juré depuis 1363 quand lui et le roi Pierre prirent la croix des mains d’Urbain à Avignon ; et son retard dans le suivi du roi de Chypre était principalement dû à des problèmes dans ses propres démarches.[4]

L’histoire de la croisade d’Amédée remonte donc à son origine en 1363, lorsqu’Urbain V prêcha la guerre contre les ennemis de la foi. Au cours de cette année, le pontife publia un certain nombre de bulles datées d’Avignon, le 1 avril[5] et le 5 mai[6] par lesquelles, il accordait à Amadée les privilèges financiers dus à un prince croisé. Ceux-ci comprenaient les aumônes, les dons, les subventions et les dîmes provenant du comté de Savoie et de tous les territoires sous sa juridiction.[7]

D’une manière particulière, l’expédition d’Amadée fut considéré par l’église, non pas seulement comme une tentative mineure d’assister l’Empire byzantin, mais surtout comme un « Passagium Generale » mené pour la récupération ultime de la Terre Sainte.[8] Le premier objectif des croisés était d’attaquer les Turcs à Gallipoli et donc couper les communications entre l’Asie et l’Europe. Le temps était venu pour une croisade assez puissante pour détruire l’empire naissant des Turcs en Europe, et aucun meilleur point stratégique n’aurait pu être choisi par l’armée croisée à cet effet que Gallipoli.[9]

 

Amadée arriva avec une flotte croisée de vingt galères (plus nombreuses que le pensèrent autrefois les historiens)[10] au Dardanelles.[11]  Au début de la troisième semaine d’août 1366, les croisés débarquèrent à Gallipoli et l’assiégèrent aussitôt. La ville n’était pas correctement défendue par une petite garnison stationnée dans ses forteresses et ne présentait donc par conséquent aucune résistance sérieuse aux chrétiens.[12] Une brèche faite dans ses murs fournit une entrée aux assiégeants pour le combat main à main avec les Turcs à l’intérieur des fortifications. Un chevalier anglais nommé Richard Moussard, qui agissait comme porte-étendard du comte, donna le signe pour l’assaut et les croisés se déversèrent dans la ville qui fut finalement saisie le 23 août.[13] L’étape suivante fut le massacre des musulmans qui survécurent à la bataille et qui ne réussirent pas à s’échapper.[14] Puis, en passant à la Mer Noire, les croisés prirent en octobre Anchialus et Mesembria des Bulgares pour les Byzantins et enfin assiégèrent Varna.[15]

 

En 1369, Jean V Paléologue, empereur de Byzance, finalement entreprit son voyage vers l’Occident. A Rome, Jean rencontra le pape qui venait d’Avignon et, en octobre 1369, Jean présenta sa confession de foi, abjura le schisme et assista à la messe à Saint-Pierre avec le pape et les cardinaux.[16] Par cet acte, il venait de se soumettre à l’église romaine. Urbain écrivit aussitôt au clergé grec et les exhorta à suivre l’exemple de leur empereur.[17] Cependant, alors que Jean renonçait à sa foi orthodoxe à Rome, le patriarche anti-unioniste Philothée prenait des mesures à Constantinople pour renforcer la cause de l’Orthodoxie. Il émit des lettres exhortatives non seulement à tous les orthodoxes de l’Empire mais aussi à ceux de Syrie, d’Egypte, des territoires slaves des Balkans, et même à la Russie.[18] Le pape, de son côté, publia une encyclique annonçant les bonnes nouvelles de la conversion de Jean aux princes d’Europe. Jubilant, le pape chargea l’empereur avec des cadeaux et encouragé Jean à négocier avec des mercenaires anglais puis en Italie pour le service à Byzance.[19] La voie semblait enfin ouverte pour une collaboration entre Jean V et les puissances occidentales pour une autre croisade commune anti turque.[20] Il avait déjà été prévu qu’Amadée de l’expédition de Savoie ne serait que le précurseur d’une vaste expédition pour suivre la conversion de Jean. Dès lors, le pape Urbain V prêcha une nouvelle croisade.[21] Au début de 1370, il écrivit à Venise, Gênes, et la Savoie non seulement pour les informer de l’abjuration de Jean mais aussi pour les exhorter à préparer une nouvelle expédition.[22] En outre, il demanda à la reine Jeanne de Naples d’accorder le libre passage aux troupes des différentes nations que Jean V, « le prince catholique, » devait conduire contre les Turcs.[23] En dépit de toutes les exhortations du pape, il y eut peu de réponse de l’Occident car la guerre de Cent Ans recommença après une courte pause, et pour couronner le tout, le pape en personne mourut peu de temps après.[24]

Le nouveau pape, Grégoire XI (pape entre 1370-1378), cependant, ne voulut pas perdre cette opportunité pour convertir les Grecs au catholicisme et  donc en 1373, organisa un congrès à Thèbes pour planifier une croisade et il invita l’empereur latin titulaire, les Vénitiens, les Génois, les Hospitaliers de Rhodes, le vicaire du duché d’Athènes, les rois de Chypre, d’Hongrie, de Sicile et l’empereur byzantin.[25]

 

Alors que les préparatifs étaient faits en Occident, les Turcs étaient déjà confrontés à d’autres armées chrétiennes coalisées. Une armée serbe sous Ugljesha et son frère Vukashin tentèrent d’enlever Andrinople en 1371.[26] Dans la bataille qui suivit, l’armée chrétienne, qui comprenait une forte alliance de Serbes, d’Hongrois, de Valaques et Napolitains fut écrasée à Cernomen (Orménio).[27] Après cette victoire, les Turcs se répandirent dans la vallée du Wardar et les sentiers des montagnes de Rhodopes. En 1375, traversant les Balkans, ils prirent Nissa, l’une des plus puissantes forteresses de l’Empire byzantin.[28] Après un siège de vingt-cinq jours, la ville capitula, et Lazare Tzar, le despote de Serbie, attaqué au cœur de son royaume, obtint la paix à condition de payer un tribut annuel de mille livres d’argent et de fournir mille cavaliers à l’armée ottomane.[29] Le Kral de Bulgarie n’attendit pas d’être vaincu mais demanda humblement grâce. Ainsi, la plus grande partie des régions Nord devinrent tributaire du Sultan.[30] L’empereur grec, Jean V Paléologue, qui n’eut pas de scrupule pour se convertir à l’Église latine pour (comme il espérait en vain) s’assurer l’aide du pape et des puissances catholiques, trouva les Ottomans irrésistible et se déclara vassal de Mourad.[31] Ainsi l’empereur, Kral et Tzar devinrent des sujets tributaires du Sultan.

 

Poursuivant leur avance, les Turcs capturèrent en 1380, Sofia et Nis, la capitale nord de la Serbie. En 1383, Mourad, traversa le détroit, établit son quartier général à Andrinople et envoya une armée sous le Grand Vizir Khayreddin Pacha et Evrenos à la conquête des riches plaines côtières et les villes de la Thrace occidentale entre la Basse Nestos (Mesta) et la Styrmon (Struma).[32] Les Ottomans utilisèrent leur flotte sous le commandement d’Azeb Bag pour couper l’aide maritime. Kavala (Christopolis), Drame, Zichne et Serres dans cette région, qui avaient été sous blocus durant de nombreuses années, se rendirent sur des termes.[33]

 

Beaucoup plus à l’Est, dans les provinces asiatiques, la situation était également instable. En 1387, Mourad fit face à l’attaque des Karamanides (qui s’alliaient régulièrement avec les puissances chrétiennes) et les vaincus décisivement.[34] Suite à cela, Mourad saisit l’opportunité d’une période de paix pour célébrer le mariage de son fils Bayazid avec la fille du prince de Kermiyan, l’un des dix états issus du royaume seldjouk.[35] La mariée apporta la plus grande partie des dominions de son père en dot au jeune turc et la province de Kermiyan avec ses principales villes furent ainsi pacifiquement ajoutés à l’Empire Ottoman. Le mariage fut célébré dans la capitale, Brusa, avec la plus grande pompe.[36] Des représentants venus du reste des dix états, les seigneurs d’Aydin, de Kastamouni, de Mentesha et Karaman, et le reste ainsi que des ambassadeurs arrivèrent du Sultan d’Egypte.[37] Des plats d’or remplis de pièces d’or, des plats d’argent remplis de pièces d’argent, des gobelets et des bassins de joyaux, étaient parmi les présents, tous offert par le Sultan à ses invités. Les clés des châteaux de Kermiyan, cependant, qu’il accepta de la mariée, ne faisait pas partie de ces cadeaux.[38] En même temps, Mourad acheta de son souverain le territoire d’Hamid, avec ses villes d’Akshehr, Begshehri, et d’autres et ainsi unifia sous son règne, quatre des dix états Seldjouks.[39] Sultanöni, Karasi, Kermiyan et Hamid faisaient maintenant partie du territoire ottoman.[40]

 

 

 

 

[1] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 241.

[2] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 381.

[3] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 381.

[4] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 381.

[5] Bollati di Saint-Pierre, Illustrazione della Spedizione in Oriente di Amedeo VI, documents nos. VI-XII, 344-67;

[6] Viaggio di Levante, Mazzo JO, no. 8; Bollati di Saint-Pierre, XIII, p. 368.

[7] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 381.

[8] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 388.

[9] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 388.

[10] K. Setton: The Papacy and the Levant. I, p. 294.

[11] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 241.

[12] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 388.

[13] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 388.

[14] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 388.

[15] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 241.

[16] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1354-1453; p. 78.

[17] Vasiliev, “II Viaggio dell imperatore bizantino Giovanni V Paleologo in Italia,” Studi Bizantini e neoellenici, III (1931), 151-93.

[18] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1354-1453; p. 78.

[19] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 78.

[20] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 78.

[21] E. Pears: The  Destruction of the Greek Empire, p. 92.

[22] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 79.

[23] Lecacheux: Lettres secrètes d’Urbain V. no. 3040, p. 524.

[24] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1354-1453; p. 79.

[25] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 79.

[26] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 242.

[27] D. Vaughan: Europe; op cit; p. 21.

[28] S. Lane Poole: Turkey; op cit; p. 40.

[29] S. Lane Poole: Turkey; op cit; p. 40.

[30] Lane Poole; 40.

[31] Lane Poole; 40.

[32] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 245.

[33] H. Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; p. 245.

[34] H. Inalcik: The Ottoman Empire; Phoenix Press; 1973; p. 14.

[35] S. Lane Poole: Turkey; p. 40.

[36] Lane Poole; p. 40.

[37] Lane Poole; p. 41.

[38] Lane Poole; p. 41.

[39] Lane Poole; p. 41.

[40] Lane Poole; p. 41.

 

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