OSMANLI

OTTOMANS

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Écrivant au roi de France de Venise, le 4 avril 1332, Sanudo rapporta la capture de Nicée par les Turcs (en 1329 par Orkhan, le successeur de ‘Othman) et mentionna à Venise, les rumeurs de l’époque qu’une nouvelle croisade se préparait.[1] Sanudo avait raison. Le roi Philippe VI, le 18 novembre 1331, demanda à la Signoria de recruter une flotte.[2] Cette nouvelle entreprise poussa à l’action Andronic III, alors le nouvel empereur, qui envoya une ambassade à la cour de Naples pour parler de paix aux deux papes.[3] L’une d’elle, composée de deux évêques dominicains qui traversaient Constantinople de la Crimée, exprimait son désir d’union tandis que l’autre demandait aux hommes savants d’effectuer la conversion de ses sujets à la foi romaine.[4]

 

De retour dans la même année (1327), des efforts furent entrepris en Occident pour former une ligue contre les Turcs qui réunirait les puissances latines avec les intérêts vitaux du Levant.[5] Cette proposition de front antiturc fut implémentée à Rhodes, le 6 septembre, 1332 et un accord fut signé par un représentant des Hospitaliers de Rhodes et par Pietro da Canale, le plénipotentiaire de Venise.[6] L’événement fut particulièrement significatif puisque c’était la première fois depuis la quatrième croisade (1204) que Byzance était associé à un projet de l’Europe occidentale pour une grande coalition.[7]

Les termes du traité étaient les suivants : l’empereur grec et cela est extraordinaire compte tenu de l’état précaire des finances byzantines, devait fournir dix galères pour une période de cinq ans ; Venise devait en fournir six et les Hospitaliers quatre.[8] La flotte devait se rassembler au port de Negroponte le 15 avril de l’année suivante (1333) et le commandant devait être un vénitien.[9]  L’objet de cette ligue était soi-disant « de clarifier la Mer Egée des pirates turcs, » cependant son but réel était de rendre les mers plus sûres pour le passage de la croisade projetée vers l’Orient. [10] L’objet immédiat était de détruire une grande flotte turque qui était massée dans le golfe d’Adramyttium.[11] La coalition ne fut fin prête pour prendre des mesures qu’en mai 1334, date à laquelle plusieurs signataires rejoignirent les trois autres puissances, le roi Hugues IV de Chypre, le roi Philippe VI de France et le pape Jean XXII, dont le rôle dans les coulisses fut décisif lors des précédentes négociations.[12] Les navires français, papaux, vénitiens, hospitaliers et chypriotes maintinrent la flotte turque immobile durant quelques mois et finalement la détruisirent dans une série d’engagements, le dernier d’entre eux dans le golfe d’Adramyttium en septembre 1334.[13]

La réaction turque sur le front naval ne tarda pas à se manifester. Orkhan captura Nicomédie en 1337 et l’année suivante, les Turcs s’établirent sur le Bosphore.[14]

 

La même action et réaction se produisit dans la décennie suivante, les années 1340, lorsque les croisés chrétiens furent contrariés par des gains territoriaux ottomans. Cela débuta en l’an 1343, lorsque le pape Clément VI (pape 1342-1352) autorisa la prédication dans toute l’Europe occidentale d’une croisade contre les Turcs.[15] L’objectif de cette croisade était Smyrne. La ville de Smyrne ou Izmir, dans la province d’Aïdin, située dans une large baie profonde, au pied d’une colline fortifiée, fournit aux Turcs un havre idéal d’où leurs navires se lançaient dans la Mer Egée. Le pape Clément VI encouragea le mouvement croisé dans une sainte ligue pour attaquer les Turcs.[16] Ce fut une croisade dans laquelle non seulement la papauté fut directement impliquée mais qui marqua également la nouvelle orientation au cours du mouvement de la « guerre sainte.[17] »

Les années 1343-1344 marquèrent en effet la tentative de Byzance et l’Occident d’agir ensemble contre leur ennemi commun.[18] Par la suite, une flotte de vingt galères fut levée par le pape, le roi de Chypre, les Chevaliers de Rhodes et Venise.[19] Le 16 Septembre, Clément VI donna au Génois, Martino Zaccharia, le commandement de ses galères et nomma le patriarche latin, Enrico d’Asti, leader de la flotte de la coalition, avec les ordres stricts de ne pas permettre aux forces de se détourner de leur d’action planifiée.[20] On dit qu’une bataille navale eu lieu le jour de l’Ascension de 1344, où les Turcs perdirent cinquante navires.[21]

Au début de l’été de la même année, des lettres du patriarche latin et du Grand Maître des Hospitaliers arrivèrent à Avignon indiquant le courage des Vénitiens, de Pietro Zeno et rapportant une victoire de leur flotte.[22] La flotte traversa ensuite la baie vers le port de Smyrne et, après avoir incendié la majeure partie de la flotte turque abritée, l’armée croisée débarqua en toute sécurité sur la bande étroite de terre longeant la côte au pied de la colline couronnée par un château, sur le site de l’ancienne Acropole.[23] Malgré la précarité de leur position, les envahisseurs restèrent maîtres du port et finalement saisirent la ville sur la colline avant de massacrer les musulmans parmi ses habitants le 28 octobre 1344.[24]

 

En 1345, les Turcs furent invités par Jean Cantacuzène à traverser le détroit et l’aider dans sa guerre civile contre l’enfant-empereur Jean V Paléologue et Anna de Savoie, sa mère, l’impératrice douairière.[25] Après une guerre civile prolongée Jean Cantacuzène réussit finalement à écraser le parti d’Anna et revenir victorieux à Constantinople le 3 février 1347 ou il s’établit lui-même et le jeune Jean V en tant que coempereur.[26] Ce fut l’aide d’Orkhan qui contribua au triomphe de Cantacuzène sur le parti pro-latin d’Anna. Cependant, après son entrée triomphale à Constantinople, Cantacuzène confia ses appréhensions à Barthélemy de Rome, l’ancien vicaire du patriarche latin.[27] Cantacuzène l’informa qu’il avait l’intention non seulement de rétablir l’union des églises mais même de se battre au côté de la papauté contre les Turcs.[28] Lors des réunions tenues à Constantinople (1 septembre au 9 octobre, 1347) Cantacuzène reconnu « la primauté et l’universalité de l’église romaine » et s’engagea à observer envers Rome la même obéissance que le roi de France.[29] Cantacuzène serait, selon cette affirmation, considéré comme un autre souverain inféodé (comme ceux de l’Occident) au pape. Afin de mettre fin au schisme, il proposa la convocation d’un conseil qui se tiendrait dans une ville maritime située mi-chemin entre Constantinople et Avignon.[30] Cantacuzène offrit de participer personnellement à une croisade contre les Turcs, manifestement même contre son propre allié, Unur, l’émir d’Aydin.[31] En réponse, le pape Clément envoya des représentants à Constantinople, avec des instructions pour entamer des négociations en faveur d’une union. Ce qui est important dans toutes ces négociations complexes est que Cantacuzène s’engagea secrètement et solennellement à se battre en personne avec toutes ses forces contre les Turcs.[32] La voie est désormais ouverte pour une croisade est-ouest à grande échelle pour non seulement rejeter l’ennemi commun d’Asie Mineure mais aussi pas moins important, pour la tenue d’un conseil œcuménique qui pourrait enfin et irrévocablement unir les églises séparées depuis longtemps.[33] Cependant, encore une fois, le temps ne fut pas propice. La situation perturbée en Orient, la crise en France et en Angleterre de la guerre de Cent Ans, et les troubles internes perpétuels de l’Italie, sans parler de la dévastation semée dans toute l’Europe en 1348 par la mort noire ou au moins un tiers de l’ensemble des populations de Byzance et l’Occident périrent de la de la peste, conspirèrent pour retarder une telle coopération.[34] Néanmoins, les négociations se poursuivirent entre la papauté et Byzance pour ne prendre fin qu’en 1352, avec la mort de Clément.[35]

 

Les négociations furent cependant renouvelées avec le pape Innocent VI (1352-1362), une fois de plus, pour une croisade contre les Turcs en échange de l’union des églises, une condition toujours préalable à une coopération papale.[36] L’aide immédiate militaire occidentale comprendrait cinq galères et quinze navires de transport avec cinq cents chevaux et mille fantassins dans les six mois et la préparation d’une croisade à grande échelle contre les Turcs.[37] Une fois de plus, les événements de Byzance retardèrent le projet.

En 1354, Jean V Paléologue réussit par un stratagème à entrer dans Constantinople et détrôner son beau-père, Cantacuzène. Sa première tâche consista à aborder avec le pape Innocent VI à Avignon, une série de propositions pour la réalisation de l’union.[38] Il promit de convertir ses sujets à la foi catholique en l’espace de six mois et parmi les moyens de le faire, il proposa de recevoir les légats du pape avec respect et de nommer aux bénéfices ecclésiastiques à Constantinople quiconque ils souhaitaient.[39] A ces propositions, le pape Innocent répondit avec beaucoup d’enthousiasme et loua les sentiments impériaux.[40]

 

 

 

[1] H. Kuntsmann: Studien uber Marino Sanudo der Alteren; In Abh. Der Hist der Kgl. Bayer. Akad. der Wiss., VII; 1855 (695-819).

[2] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 193.

[3] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 193.

[4] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 193.

[5] P. Lemerle: L’Emirat d’Aydin; Byzance et l’Occident; Paris; 1957; p. 54.

[6] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1261-1354; p. 50.

[7] Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 50.

[8] Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 51.

[9] Diplomatarium Veneto-Levantinum (1300-1454); ed. GM Thomas; I; Venice; 1880; repr. New York; 1965; no116; pp. 225-9.

[10] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 196.

[11] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 196.

[12] P. Lemerle: L’Emirat d’Aydin; p. 54.

[13] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 196.

[14] D. Vaughan: Europe and the Turk; Liverpool University Press; 1954; p. 10.

[15] N. Iorga: Latins et Grecs d’Orient; Byzantiniche Zeitschrift; XV; 1906; pp. 179-222; p. 189.

[16] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 291.

[17] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 290.

[18] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 290.

[19] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; pp. 292-3.

[20] J. Gay: Clément VI et les Affaires d’Orient; Paris; 1904; pp. 36-7.

[21] Hist Cortusiorum; in Muratori (Rer. It. Script); XII; 914.

[22] J. Gay: Clément VI; 39.

[23] AS Atiya: the Crusade of the Later Middle Ages; p. 294.

[24] P. Daru: Histoire de la République de Venise; 9 vols; 4th ed; Paris; 1853; I; p. 598.

[25] AS Atiya: The Crusade of Nicopolis; Methuen & co. Ltd; London; 1934; p. 2.

[26] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1261-1354; p. 63.

[27] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 63.

[28] Lemerle: l’Emirat d’Aydin; p. 224.

[29] RJ Loenertz: Ambassadeurs Grecs aupres du pape Clément VI (1348); Orientalia Christiana Periodica; XIX (1953); pp. 180-4.

[30] RJ Loenertz: 180-4.

[31] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; 1261-1354; p. 64.

[32] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 65.

[33] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 65.

[34] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 65.

[35] J. Gay: Clement VI; pp. 107 ff.

[36] Halecki: Un Empereur de Byzance à Rome; pp. 29-38; in H Inalcik: The Ottoman Turks and the Crusades; 1329-1451; in KM Setton ed: a History of the Crusades; vol 6; pp. 222-75; p. 235.

[37] Halecki: Un Empereur de Byzance à Rome; pp. 29-38; in Inalcik; The Ottoman Turks; p. 235.

[38] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades 1354-1453; in KM Setton; pp. 69-103; p. 69.

[39] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 69.

[40] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 70.

 

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