OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

Chapitre Huit

 

La puissance turque naissante, le rempart anti-croisé

 

Au milieu de l’établissement de projets chrétien occidentaux de croisades et de plus large alliance chrétiennes pour l’extinction définitive d’une puissance islamique maintenant affaiblie et même en déclin dans certains endroits, comme par exemple l’Afrique du Nord et l’Espagne, se leva la puissance turque ottomane. C’est encore un autre de ces miracles qui remplissent l’Histoire Islamique, qu’au moment où la nation musulmane se trouvait  dans le plus grand besoin, apparut une puissance pour défendre de royaume. Alors que les croisades précédentes (1095-1291) trouvèrent les Seldjouks prêt à combattre les croisés jusqu’à leur extinction et alors que l’alliance mongole chrétienne du treizième siècle s’effondrait face à la résilience Mamelouk et ses compétences militaires, les croisades tardives (à partir du quatorzième siècle) trouvèrent les Ottomans Turcs barrant la route aux nouveaux croisés. Il est révélateur, tout en regardant l’histoire ottomane, combien il devient clair alors que les croisés occidentaux levaient des campagnes de croisades, que les Turcs réagirent avec une plus grande force militaire, comme si les croisades occidentales elles-mêmes déclenchèrent la force et la puissance ottomane. D’une part, peuvent être vus les efforts chrétiens occidentaux pour « la reconquête » de la Terre Sainte et la suppression de l’ennemi musulman, et d’une autre, pouvons-nous également observer les Ottomans rassembler force après force, érigeant un puissant rempart pour la défense de l’Islam, crucial en cette période de déclin musulman généralisé.

 

 

La puissance ottomane est remarquablement le résultat d’un des pires épisodes de l’Histoire Islamique. C’est au cours de l’invasion dévastatrice de Gengis Khan de l’Islam Oriental Est en 1219-1220, qu’une petite tribu Turkmène, d’environ quatre cents familles, fuit le conquérant mongol et s’installa à Surgut, près de la frontière seldjouk-byzantine, sous la suzeraineté du Sultan Seldjouk.[1]

Le chef de ces familles, Orthogrul, devint soldat et sujet du Sultan Ala ad-Din de Roum et gouverna cinquante-deux ans, en temps de paix et de guerre.[2] Il fut le père de Thaman, ou Athman, dont le nom turc fut fondu dans l’appellation du Calife ‘Othman (Calife 644-56).[3] Orthogrul était un païen mais son fils, Othman, devint musulman. Curieusement, ‘Othman est né en 1258, l’année de la destruction de Bagdad par Hulagu. Les descendants de ‘Othman devaient prendre le nom d’Othmanlis (Osmanlis) ou Ottomans, le mot corrompu en Europe.[4] La tâche des Othmanlis, selon Glubb, était le Jihad (effort, traduit à tort et volontairement par « guerre sainte » par l’ensemble des écrivains mécréants et musulmans), pendant les nombreux siècles d’existence de leur empire, de leur religion et de leurs guerres : leurs étoiles directrices.[5] Les Ottomans possédaient également un grand système d’administration, des sciences prospères, une architecture accomplie et ils bâtirent l’un des plus puissants et premiers états modernes connus dans l’histoire.[6]

Ce sont les Ottomans Turcs, qui, pendant des siècles, se tinrent comme des redoutables défenseurs du royaume musulman, qui livrèrent des centaines de batailles et s’opposèrent à de puissantes forces disposées à renverser l’entité islamique.

 

Avant que ‘Othman ne prenne le pouvoir, le nombre de sa tribu augmenta largement cours du règne de son père par l’adhésion d’autres tribus turques et surtout de celle qui était en Paphlagonie.[7] Dès le début, les Turcs firent face à des attaques répétées de leurs voisins occidentaux qui cherchaient à réclamer l’Asie Mineure pour eux-mêmes. L’un des derniers actes de l’empereur Michel Paléologue (1269-1282) fut d’envoyer en 1282 son fils Andronic, alors un jeune homme de dix-huit ans, pour attaquer les Turcs devant Aïdin, mais le jeune homme échoua.[8]  Le conflit entre les Byzantins et les Turcs s’attarda et, deux décennies plus tard, en 1301, ‘Othman rencontra l’armée byzantine à Baphoeum et dans la bataille qui suivit, les Turcs furent victorieux.[9]

 

1303 vit l’arrivée à Byzance d’une armée occidentale, l’un parmi les nombreuses, à le faire tout au long de son époque. Cette armée était commandée par Roger de Flor, un soldat de fortune, avec une flotte, 8000 Catalans et d’autres Espagnols.[10] D’autres mercenaires occidentaux, Allemands et Siciliens, vinrent aussi rejoindre les armées de l’Empire, mais de grands espoirs furent bâtis sur l’avènement bien connu mais sans scrupules, de Roger.[11] Son armée portait le nom de la Grande Compagnie Catalane. L’une des premières rencontres de Roger en Anatolie fut avec ‘Othman. Roger vainquit les Turcs en 1304, avant que son armée indisciplinée ne conduise impartialement des raids contre les Turcs et les Grecs.[12] De Flor fut assassiné par les Grecs ce qui incita son armée à ravager toute la Thrace durant des années avant de débarquer pour désoler la Thessalie.[13]

 

L’arrivée de ces armées à Byzance à ce moment-là n’était pas fortuite. Les premières années du quatorzième siècle coïncidèrent avec la ferveur rampante de croisade dans la chrétienté occidentale et les appels incessants ainsi que les préparatifs pour la « récupération de la Terre Sainte » et le passage à travers l’Asie Mineure. Dans la même période, l’élection du pape Clément V dans les premières années du quatorzième siècle marqua le début d’une période de plus grande espérance. L’engagement de Nicolas IV et Boniface VIII au lancement d’une croisade pour récupérer la Terre Sainte fut probablement aussi forte que celle de Clément, mais le nouveau pape jouissait de circonstances politiques qui étaient beaucoup plus favorables auxquels se heurtèrent ses prédécesseurs.[14] La France en particulier, comme nous l’avons déjà mentionné, était un ferment de fièvre croisée. Au concile de Vienne de 1311, en raison du sentiment général de l’église que la Terre Sainte « ne devait pas être laissé dans les mains des infidèles, » les évêques acceptèrent de payer un dixième sur six ans, et cela fut solennellement décrété le 3 avril 1312. Le roi de France avec ses deux fils, le roi d’Angleterre et de nombreux chevaliers reçurent la croix aux mains du légat pontifical dans l’église de Notre-Dame.[15] Voici quelques-unes des étapes entreprises pour la traversée en Asie Mineure et l’invasion de l’Orient musulman.

 

Alors que la chrétienté occidentale passait en revue ses projets d’invasions, seulement pour être retardés par ses problèmes internes, les Turcs, quant à eux, rassemblèrent aussi leur force militaire aussi. C’est sous ‘Othman, qu’ils accomplirent, en 1326, leur plus grand succès à ce jour : la capture de ce qui allait devenir leur première capitale, Brusa (Bursa). Avec sa capture, les Ottomans venaient juste de gagner une position plus avantageuse.[16] Une fois entre leurs mains, alors qu’ils tenaient déjà le pays entre lui et les passes qui se concentraient près d’Eskisehir (iski shahr), sa situation la rendait sécurisée du sud.[17] L’Olympe bithynienne immédiatement à l’arrière la rendait inaccessible de ce côté, alors que sa position naturelle dominante sur le versant de la montagne la renforçait contre l’attaque de front d’une armée.[18] Tout en occupant une position naturelle exceptionnellement forte, aucun autre endroit n’était un aussi bon centre pour des opérations contre un ennemi sur le Marmara. Il dominait Cyzique et n’était pas très éloigné pour servir de base défensive contre un ennemi tentant de franchir le Gallipoli à Lampsaque. D’un autre côté, il dominait Nicée et facilita la prise d’Izimit.[19] Brusa fut embellie d’une mosquée, d’un collège, d’un hôpital, d’une fondation royale et les professeurs les plus habiles attirèrent des étudiants des anciennes écoles d’apprentissage oriental.[20]

 

La capture de Brusa eut lieu en temps opportun, puisque la croisade anti turque, en préparation depuis déjà des années, était maintenant dans sa phase finale. En 1323, lors d’une accalmie au milieu des conflits entre les Byzantins, l’empereur Andronic II prit contact avec l’Occident où, une croisade était en préparation.[21] Philippe V de France avait obtenu jusqu’à la mise en service d’une flotte de vingt navires destinés à secourir l’Arménie (1321).[22] Par l’évêque dominicain de Caffa, qui passait par Constantinople sur son chemin vers Avignon (un des deux sièges pontificaux), Andronic envoya des messages de bonne volonté, de paix et d’union d’église au pape et à Charles le Bel (1323).[23] Il avait un supporter capable en Marino Sanudo qui était bien connu à la fois du pape et du roi. Marino Sanudo comme déjà mentionné était un ardent promoteur de croisade, et il assura ses nombreux correspondants latins de la bonne volonté de l’empereur grec.[24] Un conflit interne retarda le projet d’invasion.

Quatre ans plus tard (1327),  Andronic II rouvrit une communication avec l’Occident, encore une fois. Il envoyé au Pape Jean XXII (pape 1316-1334) et le roi de France, Charles IV, des lettres par Simone Doria, la Génoise, indiquant que l’empereur voulait vivre en paix avec tous les chrétiens, en particulier avec les Français, ensemble avec un plan cherchant l’union des églises.[25] Le roi français, en accord avec le pape, envoya à Constantinople son envoyé, le professeur dominicain et bénédiction de la Sorbonne, Asinago de Côme avec les pleins pouvoirs pour conclure une union entre les deux églises.[26] Cependant, lorsque Benoît XVI arriva à Constantinople, il trouva Byzance, une fois de plus, au milieu d’une guerre civile, une guerre ayant éclaté entre l’ancien empereur Andronic II et son grand fils, Andronic III.[27] Ainsi, le pape, écrivant à Charles IV, conclut : « Nous avons constaté qu’il n’y avait absolument rien que nous pouvions faire pour promouvoir l’entreprise en question.[28] »

 

 

 

[1] J. Glubb: A Short History; op cit; p.220.

[2] E. Pears: The Ottoman Turks to the fall of Constantinople. In The Cambridge Medieval History, (Vol IV: Edited by JR Tanner et al.) pp. 653-705; p. 655.

[3] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; vol 7; p.23.

[4] J. Glubb: A Short History; op cit; p.220

[5] Glubb; p.230.

[6] See for instance:  O Aslanapa, Turkish Art and Architecture (1971);Lane Poole: Turkey; Khayats; Beirut; 1966 ed. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926;Rosenfeld and E. Ihsanoglu: Mathematicians, Astronomers and Other Scholars of Islamic Civilisation; Research Centre for Islamic History, art and Culture; Istanbul; 2003. KAC Creswell, Early Muslim Architecture, 2 vols. (1932-1940), Early Muslim Architecture, 2nd ed., I (1969); G Goodwin, A History of Ottoman Architecture (1971); E. Knobloch, Beyond the Oxus: Archaeology, Art, and Architecture of Central Asia (1972).

[7] E. Pears: The Ottoman Turks to the fall of Constantinople; p. 656.

[8] Pears; 656.

[9] G. Finlay: A History of Greece; Oxford; 1877; iii; p. 387, in S. Lane Poole: Turkey; Khayats; Beirut; 1966 ed; originally published in 1908; p. 19.

[10] E. Pears: The Ottoman; op cit; 657.

[11] Pears 657.

[12] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy 1198-1400; Rutgers University Press; new Jersey; 1979; p. 189.

[13] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy 1198-1400; Rutgers University Press; new Jersey; 1979; p. 189.

[14] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 25.

[15] SJ Gill: Byzantium and the Papacy; Rutgers University Press; New Jersey; 1979; p. 191.

[16] E. Pears: The Ottomans; 659.

[17] Pears 659.

[18] Pears 659.

[19] Pears 659.

[20] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; pp. 24-5. 

[21] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 192.

[22] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 192.

[23] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 192.

[24] SJ Joseph Gill: Byzantium and the Papacy; p. 192.

[25] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades 1261-1354; in A History of the Crusades; (ed KM Setton; vol 3); pp. 27-68; at p. 48.

[26] J. Bouquet: Byzance et les dernières offensives contre l’Islam; Congres de l’Ordre International Constantinien; Zurich; 1961; pp. 1-15; at p. 6.

[27] D. Geanakoplos: Byzantium and the Crusades; p. 48.

[28] H. Omont: Propjet de réunion des Eglises Grecque et Latine souls Charles le Bel en 1327; in B Chartes; 53; 1892; pp. 254-7.

 

Upload Image...
Views: 0