OSMANLI

OTTOMANS

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En tant que précepteur du prince Charles, Mézières écrivit son œuvre célèbre, Le songe du vieux pèlerin, pour guider le jeune prince dans les sentiers de la droiture. Un chapitre entier du Songe traite longuement sur les préparatifs pratiques pour le Saint Passage outremer, où l’auteur résume ses point de vues sur ce sujet dans trente conclusions destinées à bénéficier son maître quand viendra le temps pour lui de prendre la croix.[1] Après avoir exposé les avantages de la paix en Occident comme mesure préliminaire pour la croisade, Mézières conseille au roi de condamner toutes les fêtes, les joutes, les assemblées vaines et les somptueuses cérémonies de mariage ainsi que, les jeux de hasard et toutes les habitudes extravagantes de l’époque.[2] L’argent économisé par suppression de ces dépenses non rentables sera utile dans l’équipement d’une croisade. Les schémas relatifs à la perception générale des hommes, de l’argent et de l’organisation de l’armée sont traités en totalité.

 

Les routes recommandées pour les croisés sont similaires à celles déjà décrites par d’autres propagandistes tels que Hayton et Ludolf Von Suchem. Les forces d’Europe centrale et orientale peuvent procéder au Levant par Byzance et la Turquie, où, en route pour rejoindre le reste de l’armée croisée, ils peuvent effectuer la soumission des « schismatiques » grecs à l’église catholique et reconquérir les territoires occupés par les Turcs hostiles.[3]

L’armée d’Aragon, d’Espagne, du Portugal et de Navarre peuvent d’abord entreprendre la conquête du royaume de Grenade puis, après avoir traversé le détroit, celle des trois royaumes berbères des Mérinides de Fès, des ‘Abd-al-Ouad de Tlemcen (Algérie) et des Hafsides de Tunis, fondés sur les ruines de l’empire des Almohades.[4] Pendant ce temps, le plus grand détachement de l’armée croisée composée des soldats anglais, écossais, irlandais, flamands, français et italiens peut naviguer dans deux flottes : la première destinée pour l’Égypte et la Syrie et la seconde, pour l’Arménie et la Turquie. Il est donc primordial que les contingents alliés recherchent la coopération des puissances maritimes vénitiennes et génoises.[5]

 

En ce qui concerne la nature de la flotte, Philippe de Mézières, pour des raisons d’économie et d’efficacité, recommande fortement l’utilisation de la « taforesse » à la place de l’habituelle galère. La « taforesse » peut transporter seize à vingt hommes d’armes montés avec leurs chevaux et leurs équipements et naviguer dans des eaux peu profondes sans subir de péril jusqu’à ce qu’elle s’ancre près d’une rive où les chevaliers montés peuvent charger aussitôt à cheval, prêts pour bataille et se retirer dans les aux navires en cas de pression. En l’an 1365, Mézières fut lui-même témoin du succès de ces tactiques adoptées par Pierre I Lusignan devant les portes d’Alexandrie.[6]

En conclusion, dit Philippe, il est également essentiel que l’armée de Dieu répudie toute « vile luxure » et que le respect des canons de fidélité conjugale soit favorisé en permettant aux femmes des chevaliers de les accompagner dans la campagne.[7]

 

Cependant, une croisade réussie et une victoire permanente sur les musulmans, n’est possible qu’avec une paix permanente entre l’Angleterre et la France, ainsi qu’un règlement permanent du Grand Schisme au sein de l’église de Rome. Pour la réalisation de cette fin, une occasion favorable se présenta à Mézières en l’an 1395. Des négociations étaient en cours pour le mariage entre Richard II et Isabelle de France, et Mézières, apparemment sur l’ordre de Charles VI,[8]  écrivit Une poure et simple épistre…, un pamphlet pour la vraie paix et l’amour fraternel entre les deux royaumes d’Angleterre et de France et leurs souverains respectifs.[9]

Mézières considère que la paix entre les deux frères royaux et la paix dans l’église sont deux conditions essentielles sans lesquelles aucune croisade réussie ne peut être encouragée ; et l’union entre les deux couronnes à cette fin, peut être scellée par la conclusion de l’alliance conjugale. Pour assurer la victoire pour les armées unies de la chrétienté quand le moment propice viendra pour la croisade, prescrit ce qu’il Mézières considère comme le seul instrument efficace pour la grande entreprise de la Chevalerie de la Passion du Christ.[10]

 

Dans le troisième et central « matere » de cette même épître concernant le Saint Passage à l’étranger, le vieux chevalier (Mézières lui-même) apparaît sur les lieux de l’exil, n’ayant cessé, pendant une période de quarante ans, de souffler dans sa trompette pour le réveil des rois chrétiens, tandis que les lieux saints sont toujours molestés et déshonoré par la « fausse génération de Muhammad. » Le chevalier présente au roi d’Angleterre le plan d’un nouvel ordre de chevalerie comme le seul remède possible pour les échecs passés et comme un remède pour la récupération de la Terre Sainte longtemps perdue et maltraitée, et pour la réforme des maux et des passions qui ont imprégné toute la structure de la chrétienté.

Le nouvel ordre devrait intégrer dans une seule unité les chevaliers et les hommes d’armes les plus vaillants de tous les pays catholiques. Ses devoirs principaux, l’auteur explique de nouveau au roi Richard, sera tout d’abord, de rassembler tous les bénévoles dispersés pour la cause de leurs compatriotes chrétiens et d’autre part, d’entreprendre l’expédition préliminaire en Orient et d’ouvrir la voie aux deux rois puis en troisième lieu, de reconquérir la Terre Sainte et enfin quatrièmement, pour répandre le catholicisme dans les pays d’Orient.[11]

Les chapitres restants de l’épitre traitent d’autres questions complémentaires pour la croisade mais chaque fois que cela est possible, Mézières soulève en relief sur tous les sujets ses projets de croisade. A la fin de la neuvième « matière, » il exprime l’opinion qu’une fois la Turquie, l’Egypte et la Syrie conquis, les deux rois tiendront les royaumes de l’Occident comme des petits compte tenu que ces royaumes sont si plein d’orgueil, d’avarice et de luxe.[12]

 

« Il est intéressant » note Atiya, « de remarquer que les deux, le prédicateur et le croisé visaient à la fin Jérusalem, la reine de tous les royaumes. La chevalerie française et les auxiliaires étrangers entreprirent la croisade de Nicopolis de 1396 avec l’idée qu’ils allaient, non seulement défendre la Hongrie et soulager Byzance, mais aussi pour écraser les Turcs dans leurs repaires asiatiques et sauver la Terre Sainte des griffes du Sultan d’Egypte. »[13]

 

 

Jean Germain

 

En 1451, l’évêque Jean Germain décrivit à Charles VII de France un plan de campagne qui aboutirait à la reprise de Jérusalem par la « reconquête » de l’Anatolie, de l’Arménie Cilicienne et d’Antioche ou encore par une invasion navale lancée de Constantinople.[14]

Vers la fin de 1452, seulement quelques mois avant la chute de Constantinople, l’évêque Jean Germain et d’autres furent désignés pour se rendre à la cour française pour exhorter le roi Charles VII à la croisade.[15] Ce fut à cette occasion que Jean Germain écrivit son Discours du Voyage d’Oultremer qu’il adressa au roi.[16]

 

Après un préambule de type classique, l’auteur cite Civitas Dei (Lib. XIX) de Saint Augustin sur les trois formes de politiques du gouvernement auquel le monde est confié (ad régimen monasticum, yconomicum et politicum) au milieu duquel l’église a été planté pour la préservation de la paix dans toute la chrétienté.[17] Cette paix divine avait gardé le monde pour Jésus-Christ jusqu’à l’apparition de la « religion de Muhammad » sept cents ans avant l’époque de Germain.[18] Il est vrai que « l’Empire de Rome, celui de Constantinople, les royaumes de France, de Castille, d’Espagne, d’Angleterre, de Sicile, de Dacia, du Danemark, d’Hongrie, de Bohême, d’Ecosse, de Chypre et d’Allemagne sont aujourd’hui par la grâce de Dieu soumis à Jésus Christ. »[19] D’autre part, poursuit l’évêque, Grenade est un bastion Muhammadien dans les limites de la chrétienté, l’Afrique n’est plus chrétienne, et l’Egypte et la Syrie appartiennent à Muhammad tandis que la Tartarie reste idolâtre.[20] L’auteur rappelle alors au roi de France, les nobles efforts des premiers croisés de Godefroy de Bouillon à Saint-Louis pour la récupération de la Terre Sainte.[21] De nos jours, le Sultan se targue d’être le seigneur de tous les chrétiens, pour qui l’humiliation, « comme un signe de sa présomption, ne supporterait pas que les Cordeliers du Mont Sion accomplissent un service divin à haute voix dans l’église du Saint-Sépulcre » alors que « les prières de Muhammad sont dite dans l’enceinte de ce sanctuaire.[22] »

 

En Europe elle-même, les Ottomans ont conquis les territoires de l’Empire de Constantinople et de la Grèce et les princes de la Bosnie, de la Valachie et de la Serbie sont devenus ses tributaires, bien que chacun d’entre eux doit hommage au roi de Hongrie.[23] Ce nouvel empire musulman s’est répandu sur l’ensemble de la péninsule des Balkans et des raids turcs ont été effectuées même en Hongrie depuis les vingt dernières années, et si les chrétiens restent aussi passif qu’ils le sont à l’heure actuelle, la ville de Constantinople finira par succomber aux Turcs et leurs conquêtes pourront être poursuivis jusqu’à Rome.[24]

Jean Germain prescrit alors les remèdes pour ces « maux. » Les seigneurs de Damas, dit-il, n’aiment pas le Sultan de « Babylone » (Egypte). Ceci est prouvé par leur comportement récent en s’alliant avec Timour contre lui, et ils lui porteront préjudice chaque fois que cela sera possible.[25] Pendant ce temps, les nations grecques et les autres pays des Balkans ne sont soumis au Turcs que par la force des armes. Les factions dans l’Empire d’ Egypte et l’instabilité de la domination ottomane sur les Balkans sont des facteurs qui faciliteront la tâche du christianisme occidental à l’Est.[26] Quant à la scission de l’église entre l’Orient et l’Occident, le pape Eugène IV l’a guéri lors du Conseil de Florence (1439). Cela apporte dans le giron de l’église romaine, les empires de Constantinople et de Trebizond, les Arméniens, les « Jacobites d’Ethiopie, » la Russie et le « Prestataire Jean d’Inde » ; et un front uni comprenant toutes les manières et les divisions des chrétiens a été créé pour faire face à l’ennemi.[27] À l’heure actuelle, 200.000 combattants d’Arménie et 50.000 de Géorgie peuvent marcher sur la Syrie sans délai, tandis que les contingents de l’Occident, en route vers l’Orient, envahissent les états des Turcs en Europe.[28]

 

Le Discours se termine par une exhortation personnelle à Charles le « Victorieux » que l’auteur décrit comme le « Nouveau David, » le « Nouveau Constantin » et le « Nouveau Charlemagne » pour apaiser la foi catholique par de nouvelles conquêtes qui seront associées à son nom dans des mémoires, des chroniques et des histoires pour tous les temps.[29]

 

Remarquablement, tout comme la chrétienté occidentale conçue des plans pour la conquête des terres musulmanes et la chute de l’Islam, en même temps du côté islamique, se leva la puissance pour contrer ces plans : les Ottomans Turcs.

 

 

 

[1] Bibl. Nat. Ms. Fr. 22542. cap. XV in Lb. III. Ff. 336 ro et seq.

[2] P. Mézièress: Le Songe du vieil pelerin; ed. GW Coopland; 2 vols; Cambridge; 1969; 336 vo; 337 ro; 337 vo etc.

[3] Mézières: le Songe; 338 ro.

[4] Mézières: le Songe; 338 ro.

[5] Mézières: le Songe; 338 vo.

[6] Mézières: le Songe; 338 vo.

[7] Mézières: le Songe; 240 ro.

[8] Brit Mus. MME. 20-B-VI. F. 8 vo.i

[9] See AS Atiya: Crusade of Nicopolis; pp 29 ff. Pour les détails.

[10] See AS Atiya (Nicopolis); 30.

[11] As. Atiya; pp. 31-2.

[12] Comme. Atiya; p. 32.

[13] As. Atiya; p. 32.

[14] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[15] Schefer in Revue de l’Orient Latin; 1891; pp. 311-2.

[16] Jean Germain: Le Discours du Voyage d’Oultremer… par Jean Germain; Evêque de Chalon; ed. Ch. Schefer; in ROL; 1891; 314-42.

[17] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 314-5.

[18] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 316-7.

[19] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 317.

[20] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 317-21.

[21] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 322-5.

[22] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 326.

[23] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 327.

[24] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 327-8.

[25] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 328-9.

[26] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 330.

[27] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 330.

[28] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 331.

[29] Jean Germain: Le Discours du Voyage; 342.

 

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