OSMANLI

OTTOMANS

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Guillaume de Nogaret

 

Guillaume de Nogaret, le conseiller principal du roi français Philippe le Bel, entre 1302 et 1313, rédigea un bref mémoire en 1310 qui insiste sur le fait que si Philippe IV devait mener la croisade, il lui fallait obtenir des fonds somptueux provenant de la rigueur de la fiscalité de l’église, argent qui devait être mis à sa disposition pour que les Français ne (comme, implicitement, dans le passé) ne soient pas confrontés à des dettes massives de croisade.[1] Nogaret préconise la suppression de l’Ordre du Temple et la saisie de leurs biens comme un moyen de recueillir des fonds pour la croisade, tandis que Dubois (comme d’autres avant lui) soutint l’idée d’unir les ordres militaires pour réduire les pertes. Ces idées révèlent un puissant facteur qui derrière l’arrestation, le procès et la suppression éventuelle de l’Ordre en 1307-1312, la richesse que l’on croyait qu’il détenait et l’espérance de l’utiliser plus efficacement pour le bien de la croisade.[2]

 

 

Guillaume d’Adam

 

William Adam, un missionnaire dominicain ayant connaissance approfondie de l’Orient, écrivit son traité De Modo sarracenos extirpandi (comment détruire la foi islamique des Sarrasins[3]). Adam est né vers 1275 quelque part dans le Languedoc et étudia la théologie à Condom en 1302.[4] Peu de temps après, il devint un Dominicain et fut choisi par le pape Clément V au cours de 1305 pour un travail de missionnaire en Orient. Il se rendit à Constantinople et de là, traversa l’Asie Mineure vers la Syrie.[5] Il passa sa vie à prêcher en Orient, y compris en Inde et en Ethiopie et fut même archevêque de Sultaniya.[6] Il dédia son mémoire à Raymond Guillaume de Farges, le cardinal de Sainte Marie Nouvelle (1310-1314).[7]

 

Le travail d’Adam est l’un des plus riches en détails pour la défaite et la conquête des musulmans.

En ce qui concerne la route à prendre par les croisés, au lieu d’aller par mer, cette croisade devrait suivre la voie terrestre à travers les Balkans, ce qui leur permettrait de conquérir Constantinople en route.[8]

L’idée révolutionnaire d’Adam, qui dérivait certainement de sa grande connaissance de l’Inde et de la corne de l’Afrique, était de placer une flotte dans le Golfe Arabe pour ruiner le commerce musulman entre l’Egypte et l’Inde. Cette flotte attaquerait tout simplement la navigation commerciale musulmane (ou les navires transportant des pèlerins) pour étouffer ainsi le commerce musulman. Ce projet sera réalisé avec succès deux siècles plus tard par les Portugais comme nous le verrons.[9] 

 

Guillaume d’Adam, qui dénigre les capacités de combat égyptien, insiste également sur le fait que les croisés seront victorieux sur les Egyptiens car une prophétie populaire affirme qu’un prince Franc détruira leur nation.[10] Tous ceux qui prendront la croix, Adam insiste pour compter sur l’aide du  roi (mongol) de Perse qui promit autrefois son aide à la chrétienté, attaquera les musulmans du nord, tandis que les chrétiens se concentreront au sud.[11]

Les Géorgiens, qui ont déjà plusieurs fois aidé les croisés contre les musulmans, leur donneront aussi leur soutien. Adam rappelle encore que la route des Balkans, puis par Constantinople, est la principale voie pour le succès des chrétiens.[12] Il insiste sur le fait que les femmes seront capables aussi de prendre Constantinople, car selon ses paroles, « même les Turcs, les gens les plus lâches d’Asie, vainquirent les Grecs. »[13] Il reconnait d’ailleurs que les Grecs sont dans une large mesure catholiques et qu’ils accueilleront l’arrivée des croisés. Une fois que les croisés seront maîtres de Constantinople, ils auront à la fois un port et l’accès à des provisions abondantes.[14] L’avance chrétienne procèdera à la fois Constantinople et aussi l’île de Chios, qui est dans les mains des Zaccaries. Cette position commande à la fois Smyrne et Ephese.[15] Les Turcs ne seront pas en mesure de prévaloir et les chrétiens pourront avancer, établir des fortifications et de conquérir l’Asie Mineure.[16] En face de cette péninsule, et où commence la baie de Smyrne (Izmir), à quelques lieues au nord, les Génois contrôlent une autre position, Phocea, dont le port est excellent ; et ils sont maîtres de Pera aux portes de Constantinople, dominant de là, le Bosphore.[17] Ce sont des conditions favorables à partir desquelles, la croisade profitera pour attaquer et capturer l’Anatolie, écraser les « pirates » turc et fin à leur « traite des esclaves. »[18]

 

 

Philippe de Mézières

 

Le plus grand de tous les propagandistes du 14e siècle fut cependant, Philippe de Mézières (1327-1405), un pèlerin et un rêveur selon son propre récit de lui-même, un associé des rois, fondateur d’un nouveau ordre religieux et l’un des écrivains les plus prolifiques de son âge.[19] L’idée centrale autour de laquelle tournaient les activités de la vie de Mézières fut la création d’un nouvel ordre de chevalerie et la promotion d’une croisade efficace. Dès l’âge de dix-neuf ans (1345) et jusqu’à sa mort, il était soit un croisé actif ou un prédicateur pour les croisades.[20] En 1346, il était avec Humbert, le Dauphin de Vienne, à la bataille de Smyrne et en 1347, fit un pèlerinage à Jérusalem. A son retour d’Orient, il fit la connaissance importante de Pierre de Lusignan et devint chancelier du royaume de Chypre après l’accession de Pierre au trône de cette île, un poste qu’il conserva jusqu’à la mort du roi en 1369. Il était dans la caravane de Pierre lors des voyages du roi à travers l’Europe, de la Norvège aux rives du Danube pour lever des recrues pour ses projets de croisade. Il combattit les batailles de la chrétienté avec Lusignan à Alexandrie, Tripoli et ailleurs. Enfin, quand son maître fut assassiné, Mézières chagriné quitta Chypre pour s’installer en Occident. Ses services ne furent plus requis par le nouveau roi. Néanmoins, il fut très honoré à la cour de France par Charles V. Mézières devint membre du Conseil du roi, effectua un certain nombre de services diplomatiques pour son nouveau maître, et fut finalement nommé tuteur du futur Charles VI. Après la mort de Charles V (1380), il se retira au couvent des Célestins à Paris. Cette date marque le début de ses activités littéraires qui ne prirent fin qu’avec sa mort le 29 mai 1405.

 

De la profondeur de son isolement, Philippe de Mézières concentra toute son énergie sur la prédication de ses idées et idéaux dans le monde, au moyen d’une série d’œuvres littéraires. Il tira librement du magasin d’apprentissage et d’expérience qu’il accumula durant un demi-siècle de service en Orient et en Occident et, dans ses rapports avec les papes, les rois, les princes et les hommes de toutes les classes de la société médiévale. Sa connaissance du Levant était peut-être supérieure à celle de ses contemporains.

Au début de sa carrière, l’année 1347, selon sa propre autorité dans l’Oratio Tragedica,[21] l’esprit de Philippe semble avoir été confronté au problème des causes de l’échec des croisades et le remède le plus sûr contre cet échec. Le séparatisme parmi les leaders de l’armée et l’insubordination dans les rangs furent les deux plus flagrants maux qui déshonorèrent la chevalerie de l’Occident dans ses batailles pour la croix.[22] Le seul remède était la mise en place d’un nouvel ordre religieux de Chevalerie « la Milice Passionis Jhesu Christi. » L’objet principal de cet ordre serait double pour sauver « la Terre Sainte » et de fournir à l’ensemble de l’humanité une image parfaite de vertu la « summa perfectio. »[23] Parmi les vœux anciens, l’obéissance, associée à la plus stricte discipline, était fortement recommandé ; la pauvreté devait être observée par l’utilisation des revenus de toutes les temporalités acquises pour la récupération des lieux saints et le célibat devait être imposé sous sa forme modifiée de fidélité conjugale.[24] Un certain nombre de personnalités distinguées de la chevalerie de nombreux pays seront facilement enrôlés en tant que Chevaliers de la Passion, tandis que les autres se virent nommés mécènes et partisans du nouvel ordre. [25]

 

 

 

[1] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[2] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[3] Ms in Bale; Ai, 28 f.232 vo-245 vo; Ed. Ch. Kohler, in Rec. des Hist. Crois. Doc. Armen, II.

[4] Atiya: The Crusade in the later middle Ages; p.65.

[5] Atiya: The Crusade in the later middle Ages; p.65;

[6] Delaville Leroulx; p. 62; pp. 62-3; and 70 ff.

[7] Delaville Leroulx; p. 62.

[8] Delaville leroulx; p. 63.

[9] Delaville leroulx; p. 63.

[10] Delaville leroulx; p. 73.

[11] Delaville leroulx; p. 73.

[12] Delaville leroulx; p. 73.

[13] Delaville leroulx; p. 74.

[14] Delaville leroulx; p. 74.

[15] Delaville leroulx; p. 74.

[16] Delaville leroulx; p. 74.

[17] Delaville leroulx; p. 74.

[18] Delaville leroulx; p. 74.

[19] For this outline, see AS Atiya: the Crusade of Nicopolis; op cit; pp. 26 ff.

[20] P. Mézièress diplomatic letters.Bibl de l’Arsenal MS. 490 D.. f. 134 ro-163 vo.

[21] Bibl. Mazarine MS. 1631, ff. 129 et seq.Jorga: Philippe Mézièress (1327-1403) et la croisade au XIVem siecle; Bibliotheque de l’Ecole des Hautes Etudes. Fasc 110. Paris; 1896; p. 71-6.

[22] Jorga; p. 74.

[23] Nova Relig. Pass. (Bodl. Ms.Ashmolene. 813). Ff. 4ro et seq.

[24] Description de deux MSS. Contenant la regle de la Militia Passionis Jhesu Christi. Portions ed. By Molinier. Archives de l’Orient Latin; T1; Paris; 1881. p. 340.

[25] Description de deux MSS. Contenant la regle. pp. 263-4.

 

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