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OTTOMANS

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Pierre Dubois

 

Pierre Dubois,[1] un « publiciste [2] radical » médiéval[3] et « pamphlétaire, » naquit dans le quartier de Coutances en Normandie entre 1250 et 1260 et étudia à l’Université de Paris.[4] En 1300, en tant qu’autorité juridique acceptée, il traita plusieurs affaires pour Philippe IV et Edward I. Il mourut probablement après 1321.[5]

En temps libre, il écrivit de nombreux mémoires sur les réformes sociales, ecclésiastiques, militaires et financières qu’il soumit, pour la plupart, au roi français, Philippe le Bel. Bien que n’ayant pas de haut rang dans l’administration de Philippe, il était en faveur du roi qui écoutait ses conseils.[6] Un fervent partisan de la monarchie française, il espérait que le roi de France pourrait être élu empereur et établir son autorité universelle, non seulement sur l’Occident mais aussi sur l’Orient.[7]

Cela attira son attention sur le projet de croisade pour récupérer la Terre Sainte, reconquérir l’empire de Constantinople et même envahir l’Egypte.[8] A cette fin, il écrivit deux traités importants et la plus importante de ses œuvres est De Recuperatione Terre Sancte,[9] achevée en 1306 et présentée aux rois de France, d’Angleterre et au Pape.[10]

Bien qu’il fût apparemment concerné par la reprise de la Terre Sainte, il s’agit d’un document préconisant une réforme générale dans toutes les branches de la société de l’époque.[11] Une ligne d’action principale des partisans de Dubois, est l’émigration vers et les colonisations des terres au-delà de la mer.[12] Il partagea avec ses contemporains leurs espoirs et leurs aspirations pour l’accomplissement de la croisade, bien que ses motifs diffèrent considérablement des leurs.

 

Vu de plus près, le De Recuperatione est divisé en deux sections distinctes. La première d’abord,[13] une circulaire initialement destinée à tous les princes d’Europe, et la seconde[14] composée spécialement pour son propre maître royal et pour personne d’autre.[15]

La première partie de ce travail, conçu comme des conseils à toute la chrétienté, fut consacré à Edouard Ier d’Angleterre, en raison de sa préoccupation connue pour la Terre Sainte. La première section portait sur l’organisation d’une croisade de récupération et traitait principalement des questions de financement et de recrutement militaire.[16]Abordant le problème depuis la fin de l’Europe, Dubois se penche sur le côté opposé de la théologie de la croisade en discutant des guerres injustes de l’Europe qui ne conduisent qu’à la damnation. La paix et la réforme sont les ressources de la croisade et la croisade est la voie de la paix et de la réforme. L’arbitrage devient un moyen de promouvoir l’autorité et la suzeraineté française.[17]

Dans la deuxième partie de ce travail adressée à Philippe IV, le propre roi de Dubois, il devient encore plus clair que la croisade, une fois poussée par la réforme, vise à créer un empire oriental pour la France, un projet commencé finalement par Napoléon près de cinq siècles plus tard (en 1798).[18]

 

Dans son choix des routes pour conquérir les musulmans, Dubois choisit la voie terrestre pour les croisés allemands, hongrois et d’Europe de l’Est pour éviter les difficultés de transport des nombreux chevaux.[19] Pendant ce temps, les Français, les Anglais, les Espagnols et les contingents italiens qui ne craignaient pas la mer pouvaient voyager par voie maritime vers la Terre Sainte.[20]

Il ne devrait y avoir aucune discorde parmi les nations représentées dans la croisade et le commandement de l’armée dans chaque section devrait être confié à un seul « dux belli » avec un certain nombre de centurions (centuriones) sous son commandement.[21]

Pour le financement de l’expédition, Dubois suggère plusieurs sources dont le roi pourrait tirer des fonds suffisants pour assurer la conquête permanente de l’Orient.[22]

 

Encore une fois, Dubois insiste sur la primauté du rôle français. Il suggère que le roi français devrait déployer tous les efforts possibles pour établir un empire oriental pour l’un de ses fils,[23] tandis qu’il pourrait rester lui-même chez lui pour veiller sur les intérêts plus larges de France.[24] Le nouveau royaume pourrait intégrer l’ensemble du Proche Orient, sans exclure l’Egypte, dont il considère que la conquête est une chose facile en raison de la vulnérabilité de la côte.[25]

 

Dubois soulève un point qui restera central dans les croisades à venir et aussi la future colonisation chrétienne de la terre musulmane, c’est la colonisation de ces mêmes terres avec des chrétiens et la conversion des musulmans au christianisme. Il soutient que ceux qui, au lieu de faire des croisades, font la guerre à d’autres catholiques et tous ceux qui leur fourniront une aide, seront punis ; « Quand la guerre est finie, les survivants, quel que soit leur âge, rang ou sexe seront perpétuellement exilés de leurs terres et de leurs biens dont ils seront privés, avec tout ce les descendants qu’ils pourraient avoir besoin , et devront être envoyés pour peupler la Terre Sainte; s’ils obéissent et se rendent librement dans la Terre Sainte, ils leur sera livrés les dépenses nécessaires pour leur voyage hors de leurs propriétés confisquées. »[26] À leur arrivée, on leur donnera des terres du côté de l’« ennemi. »

Ce concept de Botany Bay marque le début de l’intention européenne de longue date d’établir des colonies au Proche Orient, qui jusqu’à récemment domina la politique de la Méditerranée orientale, et ceux qui remettent en question toute continuité entre le concept propre des croisades et l’époque coloniale doivent au moins reconnaître un lien clair avec Dubois.[27]

Son intention de peupler l’Orient avec des chrétiens fut probablement stimulée par le rappel de la faiblesse des Francs des anciens états latins, isolés au milieu d’une population étrangère.[28] Dubois pensa à des méthodes dures pour répartir les terres aux colons et des idées plus détaillées pour l’organisation d’une milice locale. Après un débat sur les meilleurs itinéraires et méthodes d’attaques, il considère « des choses nécessaires pour le bien-être des colons [habitatores] » ; il prévoit d’abord la nécessité pour les confesseurs de parler la langue de chaque colon et que les médecins du corps ainsi que de l’âme devaient être prêt pour eux avant leur arrivée.[29]

 

Il est intéressant de noter que Dubois, probablement sous l’influence de Ramon Lull son contemporain, expose l’importance de l’étude des langues orientales et conseille la création d’écoles en Terre Sainte où la latin peut apprendre à maintenir l’usage du rite catholique parmi les futurs colons, et aussi du Grec et de l’Arabe afin de faciliter le mouvement pour la conversion des schismatique et des Sarrasins au catholicisme.[30] Il parle de son système d’éducation, principalement dans « les langues des Arabes et d’autres dialectes du monde », et la médecine et chirurgie (pour les hommes et les chevaux), auxquels, il attache une grande importance. Un réserve d’interprètes doit être disponible à l’avance et ils doivent comprendre les populations locales.[31] Les femmes devraient avoir un rôle important. Bien que considérées comme « inférieures » ; les filles devaient obtenir de l’influence par leurs pouvoirs et connaissances médicales, devaient se marier à des prêtres, qui petit à petit, amènerait tous les chrétiens dans le rite romain, ou bien se marier avec des musulmans, pour les convertir « à la foi du christianisme et de la monogamie.[32] »

 

 

 

[1] In Latin documents, Petrus de Bosco.

[2] Langlois (De Recuperatione), xv, l’appelle « le premier publiciste de son temps. »

[3] Powicke, in Historical Essays, I 69 et seq.

[4] In AS Atiya: The Crusade in the later Middle Ages; p. 49.

[5] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 49.

[6] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 49.

[7] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 49.

[8] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 50.

[9] P. Dubois: De Recuperatione Terrae Sanctae, (Ed. V. Langlois).Dubois: De recuperatione Terrae Sanctae, (ed. Angelo Diotti), pp. 117, 119—121 (iii, 2), 121—130 (iv, 3—xi, 24), 140—144, (xxiii, 40—xxvii, 46), 150—154 (xxiv, 57—xxxviii, 61), 158—159 (xlii, 67—xliii, 69), 189—192 (lxx, 111—112), 200—201 (lxxvi, 122—lxxvii, 123), 209—211 (lxxxiii, 139—142) (in Daniel).

[10] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 51.

[11] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 50.

[12] De Recuperatione (Langlois); 7 and 92.

[13] De Recuperatione (Langlois); 1-97.

[14] De Recuperatione (Langlois); 97-130.

[15] AS Atiya: The Crusade in the later Middle Ages; p. 51.

[16] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[17] N. Daniel: Crusade Propaganda; in KM Setton: A History of the Crusades; vol 6; pp. 39-97; p. 89.

[18] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 89.

[19] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 51.

[20] Cap. XIII. Cf. Delaville Le Roulx, France, I, 50; in Atiya; p. 51.

[21] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 51.

[22] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 51.

[23] De Recuperatione (Langlois); 107 et seq.

[24] AS Atiya: The Crusades in the later Middle Ages; p. 52.

[25] De Recuperatione (Langlois); 135-6 and 138-9.

[26] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 89.

[27] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 89.

[28] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 90.

[29] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 90.

[30] De Recuperatione (Langlois); 47.

[31] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 90.

[32] N. Daniel: Crusade Propaganda; p. 90.

 

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