OSMANLI

OTTOMANS

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La contribution centrale française à l’idéologie des croisades

 

Comme nous l’avons mentionné dans nos précédents ouvrages, ce fut un pape français, Urbain II, dans une ville française, Clermont, qui en 1095, lanca les croisades de 1095-1291.[1] Les Français, bien sûr, restèrent des croisés fervents tout au long du Moyen Age, que ce soit contre les musulmans en Espagne ou dans l’Orient musulman.[2] Nous avons aussi largement mentionné le rôle du croisé fervent Louis IX.[3] Les Français jouèrent aussi un rôle central dans les croisades du quatorzième siècle comme déjà stipulé pour celles d’Alexandrie et surtout celle d’al-Mahdiya.[4]

En ce qui concerne les croisades antiturcs considérées dans ce volume, les Français furent de nouveau en tête, et les papes et monarques français jouèrent un rôle central dans ce mouvement de croisade. Il fait, il ne fallut que la destruction de pratiquement la totalité de leurs forces, de leurs chevaliers et noblesse à Nicopolis, en 1396, pour voir le rôle français diminuer légèrement.[5] Compte tenu de ce rôle central français dans le mouvement des croisades, il est peu surprenant de constater que les auteurs français furent les plus influents dans l’élaboration d’une idéologie de croisades et de plans pour la « libération de la terre sainte » et une action militaire contre les Turcs.  

 

Avant d’examiner la littérature française croisée, il convient d’examiner le rôle pris par les monarques et les papes français. L’enthousiasme du pape Clément V (1305-1314) pour la croisade fut en grande partie agité par le renouveau significatif de l’intérêt pour la croisade à la cour de Philippe le Bel de France (gouverna jusqu’en 1314).[6] Certes, la reprise fut accélérée par le culte florissant de Saint-Louis, que le pape Boniface VIII canonisa en 1297. Un extraordinaire complexe d’idées et de sentiments, que l’on appelait une « théologie politique, » fut en vogue sous Philippe le Bel.[7] Centrée sur les thèmes que les Français et leurs rois avaient gagné un mérite particulier et la sainteté par leurs services pour la chrétienté dans le passé, qui justifiaient l’autorité et l’influence de la France en Europe, et que l’expansion continue de la monarchie capétienne profiterait au chrétien, la foi et l’église.[8] Une conséquence de cette théologie fut que Philippe le Bel revendiqua le leadership et l’ambition de diriger sans entrave le mouvement des croisades. Les projets de croisades, pas seulement ceux liés à la récupération de la Terre Sainte mais aussi les projets du frère cadet de Philippe, Charles de Valois, pour reconquérir Constantinople, furent salués de nouveau avec sympathie devant la cour.[9] 

 

En reconnaissance du zèle croisé français, la plupart, sinon tous les traités écrits à la fin du treizième siècle et au début du quatorzième traitant des croisades en Orient furent consacrée aux rois français et furent reçus par eux avec le plus grand enthousiasme.[10] Quand Marino Sanudo se rendit en France en 1321, le roi et le comte de Clermont manifestèrent envers ses plans le zèle le plus enthousiaste et rencontrèrent Sanudo à maintes reprises pour discuter de ses projets.[11] Le comte Guillaume de Hainaut conçu de même avec lui les bases pour un passage à l’étranger.[12]

 

En 1451, soit deux ans avant que les Turcs ne capturent Constantinople, un nouveau Sultan Ottoman pris le pouvoir. Muhammad II, observé par son expérience précédente par de nombreux observateurs et particulièrement les Byzantins, il fut jugé comme un souverain incapable et immature et sa faiblesse allait donc être le motif utilisé pour lever une croisade pour détruire le royaume turc.[13]

 

Francesco Filelfo (1398-1481) de Tolentino, un humaniste avec des ambitions politiques imposantes, pensa que le temps était encore mûr.[14] Le 20 mars, 1451, il écrivit sa fameuse lettre au roi Charles VII de France, attaquant violemment le jeune Sultan Mehmed. La lettre doit avoir été écrite immédiatement après que les nouvelles de la mort de Mourad atteignirent l’Italie et son but visible était de gagner le roi de France pour sa participation personnelle dans une guerre contre les Turcs.[15] Les Ottomans, il déclara :

« N’étaient pas mesure de mettre plus de 60.000 hommes sur le terrain. Un autre argument était l’incompétence du dirigeant actuel, un garçon faible et simple, qui n’avait jamais porté d’arme, qui manquait de connaissance et d’expérience et qui menait une vie dissipée au milieu du vin et des femmes. Jamais le temps et les circonstances n’ont été plus favorables pour porter un coup décisif contre les Turcs ; de tous les pays occidentaux, la France était dans la meilleure position pour lancer une campagne. L’armée avancerait sans obstacle jusqu’à Constantinople, unirait ses forces avec l’empereur byzantin et chasserait ainsi les Turcs d’Europe pour toujours. Bien plus, il traverserait en Asie et briserait le pouvoir des Sarrasins pour toujours. « En avant, roi Charles, » concluait la lettre, « prenez le Christ lui-même comme votre guide et champion et comme commandant de votre piété et votre bienveillance, mettez toutes vos pensées dans cette guerre si nécessaire, si honorable et si glorieuse. Vous avez seulement un peuple primitif et sans instruction à combattre, une bande de voleurs, une foule d’esclaves vénaux et corrompus qui, malgré tout le dédain et mépris que nous éprouvons pour eux, ont cependant, comme des animaux vils et rusés, assombrit la lumière de la chrétienté, par notre seule faute.[16] »

 

Pendant des décennies, en fait, la croisade fut sur le point de devenir la chasse gardée des Français.[17] La papauté, déjà dominé par la cour française, devait bientôt s’installer à Avignon, et pourtant quelques cardinaux non français, le considéraient que le coût de la réparation de la rupture provoquée par Boniface VIII et comme le seul moyen d’assurer la reprise du Terre Sainte.[18] Tel était le rôle français.

 

Pierre Dubois qui en 1306, terminé De Recuperatione Terre Sancte,[19] plaça la croisade dans le contexte de l’extension française en Occident. Pour lui, l’état pontifical devrait être confié au roi français, qui subordonnerait la papauté en assurant la création de plus de cardinaux français et qui étendrait l’influence française sur l’empire occidental.[20]

Dans son Directorium and Philippum regem,[21] composé en latin en 1332, le dominicain Burcard, faisant écho William Adam, écrivit :

« Les Sarrasins ont une prophétie que leur secte sera exterminée par un roi de France. Lorsque le Saint-Père, le pape Clément, prêchait la croisade et que les nouvelles atteignirent l’Orient, leurs cœurs furent glacés de frayeur. »[22]

Cette prophétie est bien évidemment inventée les auteurs ne sont pas à un mensonge près. Elle vaudra quand même à l’armée française d’être pulvérisée.

 

Prenant la parole « comme un véritable expert en jugement, » Burcard assure que « l’armée de France seule est capable de traiter avec les Turks, les Egyptiens, les Tatars, les Indiens et les Arabes. Le souverain seigneur Philippe, le nouveau David, marchera en avant, accablé d’honneurs et de triomphes aux portes même de Jérusalem.[23] »

 

L’association de la croisade avec les Français est bien évidente dans les pamphlets de nombreux auteurs français exprimant à la fois leur zèle croisé et le rôle de premier plan à jouer par la France pour massacrer les musulmans et « reconquérir la Terre Sainte. » Cela peut être brièvement décrit dans les éléments suivants en examinant certains de leurs travaux et idées.

 

 

 

[1] DC Munro, “Urban and the Crusaders”, Traductions et Réimpressions de Original Sources of European History, Vol 1:2, 1895, pp. 5-8.

[2] See De Toulouse à Tripoli, Colloque tenu entre le 6 et 8 décembre 1995, Université de Toulouse; AMAM, Toulouse, 1997.

[3] Memoirs of the Crusades by Villehardouin and de Joinville Traduit par Sir Frank Marzials; Publié par JM Dent; London and Toronto; 1908.

[4] Religieux de Saint-Denys, I, 654. Mirot: “Une Expédition francaise en Tunisie,” Revue des études historiques, XCVII (1931).

[5] Kervyn de Lettenhove, ed, Oeuvres de Froissart, XIV (Brussels, 1872).

Jean Cabaret d’ Orville, La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, ed. AM Chazaud, Paris, 1876.

[6] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 25.

[7] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 25.

[8] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 25.

[9] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[10] See Delaville Le Roulx: La France.

[11] Delaville Le Roulx: la France; p. 33.

[12] Delaville Le Roulx: la France; p. 33.

[13] S. Lane Poole: Turkey; Khayats; Beirut; 1966; p. 107; ES Creasy: History of the Ottoman Turks; Khayats; Beirut; 1961; p. 76.

[14] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; tr. de German by R. Manheim; Bollingen Series XCVI; Princeton University Press; 1978; p. 67.

[15] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 67.

[16] F. Babinger: Mehmed the Conqueror; p. 68.

[17] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[18] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[19] P. Dubois: De Recuperatione Terrae Sanctae, Ed. V. Langlois; in Collection de textes pour servir a l’étude de l’enseignement de l’histoire; Paris; 1891.

  1. Dubois: De recuperatione Terrae Sanctae, ed. Angelo Diotti (Testi medievali di interesse dantesco, I; Florence, 1977).

[20] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 26.

[21] See Fr Tr. By J. Mielot of Lille; BN fr. 5593 and 9087.

[22] Baron de Reiffenberg edition of Burcard; vol iv; pp. 227-312; at p. 310.

[23] Reiffenberg; pp. 311-2.

 

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