OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

La même impulsion pour la croisade prévalue dans les décennies suivantes. Pie V fit allusion à la position de Chypre comme « une voie d’approche » en Palestine quand il plaida pour la défense de l’île en 1570.[1]  Et après la victoire navale sur les Turcs à Lépante en 1571, l’humaniste français Marc-Antoine Muret prêcha un sermon à Rome où il déclara que le moment était venu pour libérer Jérusalem.[2] Dans l’atmosphère d’optimisme qui régna après Lépante, le lien entre la croisade et la prophétie fut renouvelée, ce qui encouragea la formulation de plans, et encouragea des préparatifs méticuleux pour la croisade.[3]

« Ces cas, qui, » note Housley, « pourraient facilement être multipliés, illustrent ce qui était clairement une impulsion importante pour voir au-delà de la croisade contre les Turcs (et parfois les Maures de Grenade ou d’Afrique du Nord) vers la libération de la Terre Sainte. Que doit-on faire ? De toute évidence, elle réfute l’idée que la libération de la Terre Sainte disparue lorsque la menace ottomane s’éleva, avant ou après la conquête de Constantinople. On ne peut pas s’entendre avec ceux qui affirment, avec Setton, qu’après 1453 « la reprise de Constantinople plutôt que de Jérusalem » est devenu l’idéal croissant de ces Européens qui furent déplacés pour contempler la guerre contre les infidèles. Et le pèlerin Felix Fabri était tout à fait erroné quand il remarqua tristement, à la fin du quinzième siècle, que « la Terre Sainte était tellement perdue pour nous que personne ne pense plus à la récupérer » : certains le firent clairement.[4]

 

L’idée d’« une croisade de récupération » fut, en fait, relancée tout au long des décennies et des siècles, et est resté l’un des thèmes centraux de la lutte entre la chrétienté occidentale et les Turcs. En 1609, par exemple, un résident chrétien au Caire soutint que les difficultés rencontrés par les Ottomans dans leurs guerres en Hongrie, en Perse et les rébellions en Anatolie, constituaient l’opportunité idéale pour prendre Alexandrie, saisir Chypre, ou coopérer avec l’émissaire mécontent de Sidon et ainsi récupérer les lieux saints.[5] L’occupation française de l’Egypte en 1798 fut détournée vers une campagne pour la conquête de la Terre Sainte, qui, cependant, finit dans le désastre pour les Français puisque les Turcs prirent le dessus sur les Français en 1801.[6] Ce n’était seulement qu’un revers et lorsque la puissance turque s’effondra, la confiance revint de même que l’espoir  chrétien pour la « récupération de la Terre Sainte. » Le Révérend Jean Dalton, le chapelain des deux fils du prince de Galles, lors de leur croisière mondiale entre 1879 et 1882, qui, après avoir commenté les options possibles pour la future gouvernance chrétienne de la Palestine, tint :

« Maintenant, le temps n’est peut-être pas éloigné quand la Syrie sera gouvernée une nouvelle fois par une puissance chrétienne. « Les Francs sont sur le point de revenir » est la ferme conviction tant des Fellahs que des Bédouins et si un tel retour, s’il était sous des arrangements équitables et raisonnables, serait chaleureusement accueilli par eux comme une délivrance du joug des Turcs ».[7]

 

L’aspiration pour la croisade la libération de la Terre sainte resta un sentiment très puissant dans la Première Guerre mondiale. Le poète Rupert Brooke, mort d’un empoisonnement sanguin en avril 1915, alors qu’il était en route vers Turquie et Gallipoli, vit l’expédition de la Mer Egée pour combattre les Turcs, écrivit à son ami Jacques Raverat :

« C’est probablement la première lettre que vous avez reçu d’un croisé. Les premiers croisés étaient des gens très joyeux. J’ai lu à propos d’eux. Ils partirent pour tuer les Turcs et ils le firent très admirablement quand ils les rencontrèrent.[8] »

 

Dans le sillage de la Première Guerre mondiale, lorsque la puissance turque fut finalement achevée, les puissances occidentales, réussirent enfin, à récupérer « la Terre Sainte ». La littérature de l’époque n’a pas manqué de saisir l’importance de l’événement. « L’épisode le plus pittoresque de la guerre au Proche Orient, » estime Miller, « fut la libération de Jérusalem des Turcs par le général anglais Allenby, le 9 décembre 1917 et la prise de la terre sainte des musulmans. [9] » « Rien ne suscita avec le même degré le sentiment du monde chrétien que cette reprise dramatique de l’œuvre des croisades, » conclut Miller.[10]

Allenby, le 11 Décembre 1917, lors de son entrée triomphale dans la ville sainte, déclara pour confirmer : « Aujourd’hui les guerres des croisades sont terminées. » Cependant, il se trompait puisque la véritable dernière guerre des croisades n’est pas encore arrivée.

 

Une caricature de Poinçon de décembre 1917, intitulée « La dernière croisade », avait Richard Cœur de Lion regardant vers le bas à Jérusalem avec le texte : « Enfin mon rêve est devenu réalité. » Et autre caricature dessinée en septembre 1919 intitulée « Le retour de la Croisade » montrait Allenby vêtu d’une armure et à cheval revenant vers sa femme aimée Britania.[11]

 

Sir Sykes, l’orientaliste qui rédigea le traité Sykes Picot en 1915, fut commémoré par la croix Sledmere comme un croisé moderne, avec un « Paynim, » un sarrasin sous ses pieds et en arrière-plan la ville de Jérusalem.[12]

 

Joseph Bowes publia The Aussie Crusaders, sous-titré avec Allenby en Palestine en 1920, où il décrit les Britanniques marchant sur Jérusalem comme les « croisés du XXe siècle » et écrit sur la capture de Bir Sab’a (Bersabée) : « Ils n’étaient pas des vieux soldats comptant des années qui gagnèrent la puissante forteresse turque. C’étaient des jeunes hommes, des jeunes gens dans lesquels l’esprit des anciens croisés habitait, les inspirant dans la bataille au point d’une audace splendide qui riait des impossibilités … Ils étaient les vrais successeurs de Richard Cœur de Lion. »[13]

 

La romance de la dernière croisade – avec Allenby à Jérusalem, fut publiée en 1923 par l’acteur Vivian Gilbert. Il commença par Gurnay, de sa première année à Oxford en 1914, en rêvant des exploits croisés de son ancêtre Sir Brian de Gurnay, qui faisait partie de la troisième croisade (1189). Le roi Richard fut découragé par le résultat de son expédition (troisième croisade), mais Sir Brian : « Rêva d’autre croisade qui finalement finirait couronnée de succès. Les années s’écoulèrent, croisades après croisades furent organisées, équipées et envoyées pour surmonter des difficultés presque inouïes et traverser des aventures qui faisaient courir le sang dans ses veines seulement pour lire, mais toutes ces croisades échouèrent dans leur objectif. La dernière croisade n’a jamais eu lieu.[14]

Maintenant, à la suite de la Première Guerre mondiale, il l’a fait. Gilbert écrivit sur la prise de Jérusalem :

« Sur les dix croisades organisées et équipées pour libérer la ville sainte seules deux furent couronnées de succès, la première sous Godfrey de Bouillon (1099) et la dernière sous Edmund Allenby (1917).[15]

 

Si tous les points précédents et d’autres aurait pu être ajoutés, prouvent une chose, c’est que ces « experts » de l’histoire turque, ou du Moyen Orient, qui prétendent que l’assaut contre la Turquie n’a rien à voir avec les croisades et que les croisades prirent fin au moyen âge, c’est qu’ils ne comprennent rien de l’histoire d’autant plus, contrairement à ce qu’Allenby affirma, les croisades ne sont pas finies puisque Georges Bush déclara une nouvelle croisade contre Saddam Hussein pratiquement un siècle plus tard et fit une visite privée à l’occasion en Mongolie pour commémorer l’évènement !

 

 

 

[1] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[2] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[3] M. Heath in N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 391.

[4] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; pp. 47-8.

[5] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 46.

[6] G.Hanotaux: (vol 5 written by H. Deherain): Histoire de la Nation Egyptienne; Paris; Librarie Plon; 1931; pp 406-8.

[7] In E. Siberry: The New Crusaders; Ashgate: Aldershot; 2000; p. 66.

[8] In E. Siberry: The New Crusaders; op cit; p. 92.

[9] W. Miller: The Ottoman Empire and its Successors; 1801-1927; Cambridge University Press; 1936; p. 538.

[10] Ibid.

[11] In E. Siberry: The New Crusaders; op cit; p. 95.

[12] In E. Siberry: The New Crusaders; op cit; p. 98.

[13] In E. Siberry: The New; op cit; p. 101.

[14] In E. Siberry: The New; op cit p. 96.

[15] In E. Siberry: The New; op cit; p. 96.

 

Upload Image...
Views: 0