OSMANLI

OTTOMANS

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Burcard ne devait pas ignorer le potentiel d’une alliance renouvelée avec les Tatars. Il semble conclure qu’ils seraient enclins à prêter leur concours à l’armée croisée. Ils ont envahi la Perse et aboli le califat de Bagdad (en 1258).[1] Au cours des dernières années, le Grand Khan avait mis en déroute les forces de l’Egypte, tué 11000 de l’armée du Sultan, et envahit la Syrie jusqu’aux portes de Damas. Cette perte irréparable pour les Mamelouks est obligée de faire la conquête chrétienne de la Terre Sainte, une tâche très légère. Les Tatars peuvent également renforcer l’armée du roi. On sait que lorsque Saint-Louis était à Chypre, des ambassadeurs mongols se hâtèrent de lui offrir les services de leur maître et il n’y a aucune raison que l’offre d’aide et d’alliance ne devraient pas être reconduite à l’occasion actuelle.[2]

 

En ce concerne l’avancée chrétienne sur le terrain, il préconise que le roi et l’armée chrétienne traversent le Bosphore et prennent le terrain contre les Turcs en Asie Mineure. C’est le seul passage d’eau sur la route des croisés, et son exiguïté minimisera le péril auquel ils seront exposés lors de la traversée.[3] Un grand avantage de la marche à travers l’Asie Mineure est l’élimination du danger d’attaque sur l’arrière par les Turcs, en plus d’obtenir de nombreuses provisions et équipements.[4] Les graves revers qui furent subis avant par les rois de France et d’Angleterre après le débarquement à Acre et Tripoli, était lorsqu’ils attaquèrent les musulmans où leur puissance militaire était forte.[5] Alors qu’ils se battaient contre le Sultan d’Egypte, ils durent faire aussi face aux Turcs venus renforcer leurs coreligionnaires.[6] Si, maintenant, cependant, les Turcs sont traités séparément, la tâche de les vaincre sera facile, car la chance de tout secours leur venant d’Egypte est éloigné.[7]

Burcard explique qu’en envahissant les territoires musulmans du Nord (Asie Mineure), isolera d’abord les Turcs des Égyptiens et ne permettra pas au Sultan d’Egypte d’envoyer des renforts aux Turcs.[8] Dans le cas où il essaierait, les Mongols, ses ennemis jurés, l’arrêteront. Si les croisés, d’autre part, attaquait d’abord l’Egypte, les résultats seraient différents car les Turcs pourraient apporter un soutien efficace aux Egyptiens.[9] Ainsi, selon Burcard, l’objectif prioritaire d’une croisade chrétienne devrait être les Turcs.

 

Burcard ajoute que la Turquie pouvait être facilement conquise pour plusieurs raisons. « La malice de la race turque, sa perversité et ses péchés sont contre elle, alors que le Seigneur reste avec Son armée.[10] » Dans l’histoire de l’Ancien Testament, il est révélé que Dieu n’a jamais abandonné Son peuple à leurs ennemis sauf quand Il voulait les punir pour leurs péchés et leurs excès.[11] Les Turcs sont d’ailleurs, selon Burcard, divisés et n’ont pas de discipline militaire.[12] Ils ont délégué la défense de leurs lieux aux renégats grecs qu’ils ont libérés de l’esclavage en les mariant à leurs filles.[13] Ces Grecs se souviendront de leur descendance chrétienne pour livrer aux croisés les forteresses que les Turcs leur ont confiés. Les Turcs, après les Grecs, sont d’ailleurs, la nation la plus lâche dans l’ensemble de l’Orient.[14] Ils ont également des armes de qualité inférieure. En outre, ils ignorent l’art de la guerre. Ils n’ont pas d’armure pour les protéger sauf un haubert en cuir, et aucune arme autre que l’arc turc.[15] Chacun d’entre eux a, en effet, son propre cheval, mais il est si maigre et faible qu’il ne peut pas supporter le choc du cheval lourdement blindé du chevalier chrétien. Leurs tactiques sont basées sur le fait de ne pas avoir de prise de position ferme sur le terrain pour le vaillant combat du corps à corps (mains à mains) mais, en tournant autour de l’ennemi, en courant en avant et en arrière.[16] Et pour conclure brièvement, dit Burcard, « après les Grecs et les Égyptiens (Babyloniens), ils sont la nation la plus vile de l’Orient dans les faits d’armes.[17] »

 

Les pèlerins chrétiens de tous les pays, ont été invités par la piété ou l’amour de l’aventure pour visiter les Lieux Saints en très grand nombre. Les pèlerinages sont devenu, en effet, si fréquents à la fin du Moyen Age que la République de Venise jugea nécessaire et rentable d’établir un service d’expédition presque régulière pour les pèlerins pour le Levant.[18]  Une fois que ces pèlerins et ces voyageurs rentrèrent chez eux, ils parlèrent à leurs collègues villageois ou citadins sur la nécessité et la possibilité de « reprendre la Terre Sainte des bandes de ses usurpateurs incroyants.[19] »

 

De nombreux journaux et livres de voyage écrit par des pèlerins du  quatorzième siècle existe encore tant dans les manuscrits que la presse écrite. L’un des plus célèbres et plus populaire de ces œuvres est Le Livre de Sir Jean Mandeville  (1322-1356).[20] L’auteur lui-même dit : « J’ai mis ce livre en Latin en Français, et l’ai traduit encore du Français en Anglais, afin que chaque homme de toute nation puisse le comprendre. »[21] Dès le début de ce travail, le lecteur peut détecter le principal objectif de l’auteur. « Par conséquent tout bon chrétien, » dit Mandeville dans le prologue, « c’est de la puissance d’où doit travailler avec toutes ses forces pour conquérir notre patrimoine et chasser tous les hommes incroyants.[22] »  Pour la direction de ces bonnes gens, Sir Jean décrit les routes possibles d’Angleterre à la Terre Sainte : d’abord à Constantinople, de là par voie terrestre à travers la Turquie ou par la mer à Sour (Tyr) et Jaffa en Syrie, ainsi qu’à d’autres ports de la côte égyptienne. Puis il fait un compte rendu de l’armée du Sultan[23] d’Egypte ainsi que des ports de Damiette et d’Alexandrie[24] qui fourniraient aux croisés des lieux de débarquement appropriés.[25]

 

D’autres travaux, principalement en Français, que nous verrons, suivent tous les mêmes préceptes, les mêmes méthodologies et englobent les mêmes objectifs. Cependant, il convient de noter à ce stade, que les appels pour la « Récupération de la Terre Sainte » et la défaite des Turcs ne se limitaient pas au seul quatorzième siècle, ni à une élite de savants théoriciens chrétiens mais plutôt, ces appels restèrent élevés et continus au cours des siècles suivants et ont également impliqués tous les strates du leadership chrétien occidental sous toutes ses formes. Housley a habilement résumé une partie de ce large éventail d’appels.

Après l’extraordinaire victoire croisée sur Mehmed II à Belgrade en 1456, les deux leaders des croisés, Jean de Capistran, et le pape Calixte III crurent que le temps était venu pour récupérer la Terre Sainte, ainsi que Constantinople.[26] A Rome, en 1490, Peter Mansi, l’évêque de Cesena, appela les nations d’Europe non seulement pour vaincre les Turcs mais aussi pour « récupérer nous-même cette ville sainte de Jérusalem, le tombeau sacré de notre Sauveur. » Quatre ans plus tard, Charles VIII de France proposa de repousser les Ottomans et de récupérer la Terre Sainte.[27]

 

Forgeant un lien entre ce qui était, dans la pratique, deux types de croisade très différentes, continuèrent d’être monnaie courante au seizième siècle. L’humaniste grec Jean Lascaris écrivit en 1508 sur la reconquête de la Terre Sainte suivant celle de Constantinople.[28] Ferdinand d’Aragon considéra le but ultime de sa croisade tunisienne de 1510 comme la récupération de la Terre Sainte.[29] Dans un appel à l’aide au Cinquième Conseil de Latran V en 1513 l’hospitalier Giovanni Battista de Gargha exhorta les princes chrétiens pour récupérer à la fois Constantinople et Jérusalem.[30] En 1518, François Ier de France, offrit ses services « pour la reprise de la Terre Sainte et pour l’augmentation de la foi et religion chrétienne. » Lorsque le traité de Londres apporta, la même année, la paix entre Angleterre et la France, le pape Léon X le vit comme l’occasion de lancer une croisade pour reprendre Jérusalem : « Soyez heureux et réjouissez, ô Jérusalem, depuis que maintenant votre délivrance peut être espérée.[31] »

 

Au fil des temps, diverses prophéties inventées pour la circonstance circulèrent pour « la reprise de la Terre Sainte » par une croisade. Une prophétie majeure formulée pendant de nombreuses décennies vint en 516 de Silvestro Meuccio, qui  écrivit sur un conseil général qui organiserait « une croisade contre les infidèles et de récupérer la sainte Jérusalem », sous l’égide de François Ier.[32] Une prophétie relative à la reconquête de Jérusalem par un roi d’Angleterre circula en Angleterre vers 1531. La croyance en la prophétie ne faiblit pas à mesure que le siècle avançait.[33]

 

 

 

[1] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 107.

[2] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 107.

[3] Baron de Reiffenberg ed of Burcard; pp. 233; 301.

[4] Delaville Le Roulx: la France; p. 95ff.

[5] Delaville Le Roulx: la France; p. 96.

[6] Delaville Le Roulx; p. 96.

[7] Baron de Reiffenberg ed of Burcard; pp. 303-4.

[8] Delaville Le Roulx: La Fance; p. 96.

[9] Delaville Le Roulx; p. 96.

[10] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 108.

[11] Baron Reiffenberg ed of Burcard; p. 308.

[12] Delaville Le Roulx; p. 97.

[13] Delaville Le Roulx; p. 97.

[14] Delaville Le Roulx; p. 97.

[15] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 108.

[16] Baron Reiffenber ed of Burcard; pp. 309-10.

[17] Reiffenberg; p. 310.

[18] Pieces Relatives au passage a Venise de pelerins de Terre Sainte; ed. Riant; in Archives de l’Orient Latin; Vol II; pp. 237-49.

[19] AS Atiya: The Crusade of Nicopolis; Methuen & co. Ltd; London; 1934; pp. 24-5.

[20] Cf Jusserand: English Wayfaring Life; 8th ed; pp. 392-3.

[21] Cf Jusserand: English Wayfaring Life; 8th ed; pp. 394.

[22] Ed. Th. Wright; p. 129.

[23] Ed. Th. Wright; p. 130.

[24] Ed. Th. Wright; p. 131.

[25] In AS Atiya: the Crusade of Nicopolis; op cit; p. 25.

[26] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[27] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[28] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[29] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[30] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[31] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 47.

[32] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 391.

[33] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 391.

 

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