OSMANLI

OTTOMANS

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La prise de Constantinople provoqua une explosion d’émotions dans le monde chrétien. Le grand maître de Rhodes, Jean de Lastic, écrivant pour obtenir une aide indispensable, dépeint vivement sa « situation périlleuse et la menace ultime sur la civilisation chrétienne. » « Le Grand Turc, » écrivait-il, « … était une bête sauvage qui pratiquait toutes sortes de cruauté et impiété sur les chrétiens ; et sa sauvagerie augmentait toujours. Sa soif de sang humain était insatiable et si incontrôlable qu’il avait personnellement rejoint le carnage. Il permettait aux corps humains, nus et décapités, d’être mangés par les chiens dans la rue.[1] »

 

Bernard de Chios, l’archevêque catholique de Mytilène, après la prise de Constantinople envoya une lettre au pape Nicolas V à Rome. La lettre fut achevée le 16 août 1453. Dans cette lettre, l’archevêque amer ne décrit pas seulement la chute de la ville mais il réserve ses attaques plus virulentes contre les Grecs qui avaient refusé l’église catholique et étaient restés fidèles à leur foi orthodoxe. Afin de leur faire voir leur chute sous la domination turque comme le châtiment de Dieu pour leur refus de la foi catholique, comme l’ont fait ses contemporains (et futurs historiens) et aussi pour justifier l’attaque militaire occidentale contre les Turcs, il exagère les cruautés turques :

« Les croix qui avaient été placés sur les toits ou les murs des églises ont été arrachées et piétinées. Les femmes violées, les vierges déflorées et les jeunes forcés de prendre part à des obscénités honteuses. Les religieuses laissées derrière, même celles qui étaient manifestement telles, ont été déshonoré avec d’ignobles débauches. O Seigneur, combien Ta colère contre nous nous apparut maintenant, comment sans pitié Ton visage s’est détourné de Ton fidèle ! Que dois-je dire ? Devrais-je garder le silence, ou citer les insultes émises envers notre Sauveur et les images des Saints ? Pardonnez-moi, ô Seigneur, si je parle de ce crime abominable. Quel embarras attend les chrétiens, s’ils tardent à venger les blessures faites au Christ, leur Dieu ! Ils ont jeté les images consacrées des saints de Dieu sur le sol et ensuite ont satisfait sur eux non seulement leur ivresse mais aussi leur convoitise. Après cela, ils ont paradé le crucifix dans une procession moqueuse dans leur camp, battant des tambours devant lui, crucifiant le Christ à nouveau avec des crachats, des blasphèmes et des malédictions. Ils ont placé la coiffe turque qu’ils appellent une Zarchoula sur sa tête, et ont crié avec rage : « Ceci est le Dieu des chrétiens ! Oh, la patience de Dieu ! Eh bien Il semble que vous soyez en colère, béni Jésus, pour avoir à subir de telles blessures imméritée à cause de nous une seconde fois !

Lorsque leurs célébrations ivres ont été terminées, l’armée turque a été renvoyée et ils sont retournés dans leur pays, en prenant leurs captifs grecs, dont beaucoup ne verront jamais plus leur maison. O Grecs misérables et pitoyables ! Vous avez empêchés les Latins d’avoir des contacts avec votre religion, et d’adorer vos autels ; maintenant vous avez cédé ces mêmes autels à des païens profanes et souillés. Vous avez méprisés d’être unis en une seule foi ; maintenant comme une punition pour votre péché, vous êtes vous-mêmes dispersés et ne pouvez pas vous réunir de nouveau.

Pensez à cela, bienheureux Père, Vicaire du Christ sur la terre, dont le souci est de venger les blessures faites à notre Seigneur et à ses serviteurs fidèles. Que la compassion divine vous amène à avoir pitié de vos sujets chrétiens. Vous connaissez les circonstances, et il est en votre pouvoir d’agir ; à votre signe de tête, chaque prince chrétien sera bientôt prêt à venger les blessures faites à ses collègues chrétiens. Et si vous ne le faites pas, vous devez savoir que l’arrogance du Sultan a atteint de tels sommets, qu’il n’a pas honte de se vanter de son intention de pénétrer jusqu’à l’Adriatique, et d’atteindre Rome. Agitez-vous de nouveau, bienheureux Père, par votre foi et le siège de Pierre ; par le vêtement sans couture du Christ, l’éponge et l’épée qui ont été perdues ; par les reliques brisées des Saints, les sanctuaires sacrés renversées et les églises de Dieu profanés avec des immondices.[2] » Bien sûr, il n’y a pas la moindre once de vérité dans toutes les accusations gratuites de Bernard de Chios qui semble plutôt être lui-même un odieux pervers.

 

Le 30 septembre 1453, le pape Nicolas V adressa une bulle de croisade à toute la chrétienté. Dans celle-ci, il dénonça Muhammad II (le conquérant de Constantinople) comme suit :

« Le cruel persécuteur de l’église du Christ, fils de Satan, le fils de la perdition, le fils de la mort assoiffé du sang des chrétiens. Il déclara le Sultan être le grand dragon rouge avec sept têtes couronnées par sept diadèmes et dix cornes décrits par Saint Jean.[3] »

Pie II (le pape entre 1458-1464) représenta les Turcs comme les ennemis naturels de la foi chrétienne. « En tant que nation, » écrivait-il, « les Turcs sont les ennemis de la Trinité.[4] » Dans son premier discours devant le Congrès de Mantoue, il proclama son intention de protéger la foi, que les Turcs faisaient tout en leur pouvoir pour détruire.[5]

 

Lorsque William Caxton imprima en 1481 une traduction anglaise du roman Godefroy de Bouillon ou le siège et la conquête de Jérusalem, il était bien conscient du marché qui existait pour de telles œuvres, ainsi que son message : il prétendit qu’il avait décidé de publier les travaux en raison des leçons qu’il devait enseigner, dans un monde où « la puissance des Turcs était plus menaçante qu’elle ne l’avait été au XIe siècle.[6] »

 

Quand les nouvelles atteignirent l’Angleterre que le siège turc de Malte avait été levé en 1565, une forme d’action de grâces fut ordonnée par l’archevêque de Canterbury pour être lue dans toutes les églises tous les dimanches, mercredis et vendredis.[7] Cette commande spéciale des services se réfère à :

« Nos ennemis jurés et mortels, les Turcs, infidèles et scélérats … qui par toute la tyrannie et la cruauté travaillent non seulement pour éliminer la vraie religion mais aussi le nom même et la mémoire du Christ notre seul Sauveur et tout le christianisme.[8] »

 

Et quelques années plus tard en 1571, Don Juan d’Autriche battit la flotte turque à Lépante, la crainte d’une victoire turque était si aiguë et le soulagement de l’achèvement de sa victoire si grande que les Vénitiens se félicitèrent les uns les autres que le diable était mort et, le pape commémora le grand triomphe en prêchant par le texte « Il y avait un homme envoyé de Dieu dont le nom était Jean.[9]  »

 

L’association des monstrueuses cruautés turques infligées aux chrétiens et la nécessité de faire la guerre aux Turcs sont bien exprimés dans l’Inexpugnable defensorio de la fee etc., d’Arredondo Castillo[10] écrit pour Charles V (empereur entre 1500-1558), dont le titre français est le suivant :

Imprenable château, défenseur de la foi et discours admirable pour vaincre tous les ennemis, spirituels et corporels. Et un véritable récit de choses merveilleuses, anciennes et modernes. Et exhortation à poursuivre le Turc, de le vaincre, d’anéantir la secte de Muhammad et toute hérésie, et de reconquérir la Terre Sainte avec un grand et joyeux triomphe.[11]

 

 

Geary explique que d’Arredondo (l’auteur) épousa beaucoup des stéréotypes médiévaux classiques de l’Islam, tout comme de nombreux auteurs de la Renaissance, prenant exemple d’une longue liste de médiévaux, recourant à la caricature et la distorsion dans leurs récits d’idées religieuses islamiques.[12] Le Castillo poursuivit une tradition médiévale dans laquelle des perceptions particulières et des fausses déclarations au sujet du Prophète et du Coran sont enracinées dans la conception théologique de l’unité des chrétiens.[13]

Arredondo emprunta certainement à Antoninus quand, au chapitre 53, il expliqua pourquoi Dieu permis aux infidèles de posséder la ville de Jérusalem : « Dieu ne veut pas que les chrétiens pèchent dans la ville sainte où le fils de Dieu souffrit pour les péchés de l’humanité. » En même temps, Dieu ne s’offense pas de la présence des musulmans dans cette ville parce que, comme l’auteur dit lui-même, « ils sont des chiens » et ils ont été autorisés à garder les portes de la ville par un Dieu en colère qui n’était plus disposé à tolérer les péchés qui proliféraient au sein de son troupeau. »[14] Il conclut :

« Allez, allez défendre la sainte loi de votre Seigneur et de Dieu qui vous a donné les successions, les domaines et revenus que vous possédez. Maintenant, nous allons voir qui parmi vous est vraiment un chevalier catholique, combien de sincérité vous avez pour servir votre Dieu, votre roi et votre empereur, combien vous aimez votre pays, combien de charité vous avez pour votre frère chrétiens et quelle haine envers les mécréants malveillants. Armez-vous, ô nobles chevaliers, avec des armes spirituelles et matérielles afin que vous puissiez détruire l’ennemi, ces chiens, les Turcs.[15] »

 

 

 

[1] R. Schwoebel: The Shadow; op cit; pp.7-8:

[2] Bernard of Chios; in The Siege of Constantinople 1453: Seven Contemporary Accounts; Tr. By JR Melville Jones; AM Hakkert-Publisher; Amsterdam; 1972; pp. 39-41.

[3] L. Pastor: History of the Popes; ed and tr. F. Antrobus.; 276. Dans R. Schwoebel: The shadow; op cit. P 31.

[4] The Commentaries of Pius II; tr. and ed. LC Gabel and FA Gragg; Smith College Studies in History. (Northampton Mass., 1936-1957). Commentaries; II; 116.

[5] Pius II: Commentaries; III, 141.

[6] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 393.

[7] SC Chew: The Crescent and the Rose (Oxford University Press; 1937), p. 443.

[8] A Short form of Thanksgiving to God… ed by WK Clay (Cambridge; 1847), pp. 532-33.

[9] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; Longmans; London; 1903; p. 416.

[10] Published on June 23; 1528 by Juan de Junta; in JS Geary: Arredondo’s Castillo; op cit; p. 292.

[11] Dans JS Geary: Arredondo’s Castillo; op cit; pp. 293-4.

[12] JS Geary: Arredondo’s; p. 292.

[13] Geary 292.

[14] Geary; p. 303.

[15] Fol 61; in JS Geary: Arredondo’s Castillo; op cit; p. 305.

 

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