OSMANLI

OTTOMANS

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Alors que le Maghreb se détruisait dans des luttes futiles, notes Laroui, Aragon, Castille et le Portugal, aidés par les villes italiennes, gagnèrent en force économique et militaire.[1] Les attaques chrétiennes sur les rivages de l’Afrique du Nord se poursuivirent avec une récurrence mortelle.

En 1284 et 1285, profitant de la lutte des prétendants au trône à Tunis, Roger Doria, l’amiral d’Aragon débarqua soudainement sur l’île de Gerba (Djerba) et la ravagea. Il rassembla un immense butin, et prit plus de 2000 prisonniers, qui il vendit en Europe.[2]

Entre 1284 et 1286, les îles tunisiennes de Gerba et Qarqannah (Kerkennah) furent ajoutés aux dominations d’Aragon ; les îles étaient convenablement qualifiés pour compter comme la première possession coloniale de l’Europe en Afrique.[3]

Les Catalans attaquèrent les principautés musulmanes, y compris celles sous la protection normande sicilienne, comme en 1307, quand ils ravagèrent Gerba et Pantelleria.[4] Des raids meurtriers furent conduits contre Gerba en 1310 et Tripoli en 1355, par Muntaner, Roger et Philipe Doria ou des musulmans furent capturés en grand nombre, puis revendus en Europe comme du « bétail vil.[5] »

 

Sur les mers, les chrétiens maintinrent la chasse des navires musulmans et dans le processus, des cruautés terribles furent infligées aux musulmans, « rappelant l’esprit des croisés et même les juifs, confondus avec des musulmans souffrirent beaucoup en raison de la haine envers les musulmans, » note Bresc.[6] Les Portugais maintinrent la Guerra do Corso, ou une activité corsaire incessante en Méditerranée[7] et dans les deux, la  Méditerranée et l’Atlantique, imités par les Espagnols et les Français.[8] Tout incident soit avec des fonctionnaires des douanes tunisiennes ou des chefs de tribus bédouines était une excuse pour reprendre les attaques contre les navires musulmans.[9] Confiant dans leur force et la faiblesse musulmane, les attaques en mer et sur la côte nord-africaine s’intensifièrent, pour aboutir à la grande croisade d’al-Mahdiya de 1390 dont le but était la capture de ce centre important, qui était considéré comme la clé du reste de l’Afrique du Nord.[10] Bien que cette croisade échoua particulièrement, elle marqua le début d’une vaste offensive chrétienne qui visait à « regagner l’Afrique du Nord pour le christianisme. »

 

Ibn Khaldoun (1332-1406), qui vécut durant cette époque, reconstruisit l’histoire antérieure du Maghreb à partir du 7e siècle.[11] Il tira de son travail, une théorie de l’histoire à la fois sociologique et critique. Il était donc à la fois la conscience et la victime de son temps.[12] Il lui semblait qu’il vivait la fin du monde. Il sentait cela et décrivit ses sentiments avec telle intensité poignante qu’aucun écrivain maghrébin n’a depuis été en mesure de se libérer d’un sentiment de catastrophe imminente.[13] Il semble avoir pensé que « la race arabe avait longtemps été épuisée et que par conséquent l’affaiblissement des Berbères signifiait la fin de toute civilisation, qu’il n’y avait aucune possibilité d’un renouvellement de l’intérieur, et que l’histoire du Maghreb approchait de sa un fin.[14] »

 

Parallèlement au déclin musulman (voir même la chute), la chrétienté occidentale était en proie aux mêmes féroces sentiments antimusulmans comme dévoilés au cours des siècles de croisades précédentes, un climat flamboyant de haine préparant le christianisme pour un autre coup, peut-être décisif, contre l’ennemi musulman, exactement comme celui qui se bâtit petit à petit actuellement en Europe de nos jours.

 

 

Attaques incessantes sur l’Islam et les Musulmans

Bref résumé

 

Une image sombre de l’Islam et des musulmans, les associent avec le paganisme, l’idolâtrie, l’agression et d’innombrables autres représentations désobligeantes, fut formé et maintenu à travers les siècles par la chrétienté occidentale. Cette image, bien que fondamentalement déformée et fondée sur des mensonges,[15] encore, par une simple répétition, et alimentée par une hostilité persistante enragée, et créditée par les bourses occidentales et l’église, servit non seulement pour justifier le meurtre massif des musulmans mais fit aussi de la chute de l’Islam et l’entité islamique, un but chrétien noble et fondamental.

 

Pendant les croisades (1095-1291), les musulmans furent présentés comme des païens et cruels persécuteurs des chrétiens, qui, ainsi, justifiaient leurs massacres par les croisés. Sweetman note que l’Islam était représenté à l’esprit populaire comme la religion des « Sarrasins païens » et ils étaient trop souvent considérés comme l’ennemi traditionnel, « contre qui il était un acte de piété et de pénitence que de prendre la bannière de la croix. »[16]

 

Selon le polémiste chrétien contemporain, Petrus Tudebodus, les musulmans étaient : « Notre ennemi et Dieu …disant des sons diaboliques dans je ne sais quelle langue.[17] » Les distinctions géographiques et ethniques entre ces ennemis sont confondues à un moment ou Tudebodus décrit un château « plein d’innombrables païens : Turcs, Sarrasins, Arabes, publicains et autres païens.[18] »

Beaucoup de noms de lieux sont familiers de la Bible ; Tudebodus et d’autres chroniqueurs associent les païens avec les endroits où l’antéchrist est né et élevé : Babylone et Corosan (Le Caire et le Khorasan).[19]

 

Alors que les croisés sont considérés comme les nouveaux apôtres, les musulmans jouent le rôle familier des persécuteurs romains païens ; leur paganisme et leur barbarie sont une contrepartie nécessaire à la dévotion inébranlable des croisés/apôtres.[20] La confrontation entre l’armée de Dieu et l’armée païenne, entre le crucifix et l’idole de « Machomet, » ne peut avoir qu’un seul résultat : la victoire chrétienne.

 

Les thèmes essentiels à l’histoire chrétienne : pèlerinage, martyre et la lutte contre l’idolâtrie, se combinent pour former des excuses puissantes pour la croisade.[21] Tolan note comment l’association de l’Islam avec le paganisme justifie les croisades comme une vengeance contre « ces païens.[22] » Pour de nombreux chrétiens du douzième siècle, les musulmans, ainsi que les juifs, « chiens refusant le Christ, »  méritèrent dûment tourment et mort.[23]

Dans son Éloge des Templiers à tuer les païens, St Bernard (1090-1153) estima qu’« il était préférable de les abattre pour que leurs épées ne restent pas suspendues au-dessus des têtes des légitimes »[24] et que la conversion ne serait d’aucune utilité face « au fanatisme musulman et qu’une exposition de l’Islam ne ferait qu’accroître le dégoût que les chrétiens ressentent pour une religion caractérisée par la sensualité et la violence.[25] »

 

Les mêmes représentations (diabolisation de l’Islam et des musulmans), et les objectifs (justifiant les attaques militaires et le meurtre des musulmans) furent poursuivis à partir du milieu et fin du treizième siècle et se poursuivent jusqu’à nos jours.

 

Au milieu du treizième siècle, parut une autre biographie du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) par l’écrivain français Vincent de Beauvais. Dans son Speculum historiale, il développe les détails de la vie de Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de telle sorte de manière à pouvoir discerner facilement la similitude de cette biographie de Muhammad avec le récit de la vie de l’Antichrist.[26] Conformément au mythe de l’Islam, comme religion de l’épée, Vincent de Beauvais nous dit que Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) convertit les gens à sa foi « avec l’épée, la force et la destruction.[27] » Il soutient que la principale méthode de conversion à l’Islam était par la force : Muhammad saisit les biens des faibles par la force et dévasta les terres des peuples voisins pour les obliger à se convertir à l’Islam. Vincent de Beauvais montre également un autre stéréotype traditionnel, selon lequel l’Islam est la religion de l’indulgence dans les passions.[28] Vincent de Beauvais crée une double image du monde islamique ; d’une part c’est le monde satanique de l’Antichrist et de l’autre, le monde des miracles.[29]

 

Humbert de Romans fait une collection de ses sermons croisés, et sa réputation dans ce domaine était si élevé qu’il écrivit son Triple travail pour informer les Pères au concile de Lyon en 1274.[30] Selon lui, l’Eglise brandit deux épées, contre les hérétiques et contre les rebelles ; mais les musulmans détruisirent le corps comme celui-ci et l’âme comme le précédent.[31] Selon lui, les musulmans sont « des méchants infidèles, des hommes extrêmement mauvais et des ennemis particuliers de la chrétienté. » Les musulmans « ont une soif insatiable de sang chrétien » et combattent pour une « cause injuste. » Étant donné que les musulmans sont très « hostiles aux chrétiens, » les croisés doivent « éliminer ces pires hommes » et « bannir leurs pratiques immondes. » Leurs péchés et grands crimes sont intolérables, comme leur loi qui leur interdit toujours d’entendre le Christ parler.[32] « Les Sarrasins sont comme des Sodomites, commettent des actes immondes et pensent qu’ils peuvent tous les laver le matin avec de l’eau. Dans leur Coran, parce qu’ils maudissent tous les croyants en trois dieux en un seul, ils persécutent le Christ et méritent donc la mort. »[33] Humbert, ainsi, se réjouit de « l’occasion splendide quand le sang des Arabes arriva jusqu’aux genoux des chevaux, lors de la prise de Jérusalem en 1099. »[34]

 

 

 

[1] A. Laroui: The History of the Maghrib; Princeton University Press; new Jersey; 1977; p. 232.

[2] ML de Mas Latrie: Traités de paix. Op cit; p.157.

[3] FF Armesto: Before Columbus; 131.

[4] Nicolaus de Sancta Oliva, de Valence, et Sarrer de Tarragone; ACA (Arxtiu de la Corona de Arago, Barcelona) Letras reales Jaime II 10 226 in H. Bresc: La Course Méditerranéene au Mirroir Sicilien (XII-XVem Siecle); in Politique et Société en Sicile; XII-XV em siecle (Variorum; Aldershot; 1990), pp. 91-110; p.93.

[5] ML de Mas Latrie: Traités de paix, op cit; .237.

[6] ACA Cancilleria 2824, f. 64 v in H. Bresc: La Course Méditerranéene at p. 97.

[7] S. Subrahmanyam: The Portuguese Empire in Asia 1500-1700 (Longman; London; 1993), p. 38.

[8] Subrahmanyam. p. 49.

[9] ASP (Archive di Stato Palermo); ND. A. Aprea 813, 3.06. 1457 in H. Bresc: La Course Méditerranéene; p. 97.

[10] Kervyn de Lettenhove, ed, Oeuvres de Froissart, XIV (Brussels, 1872), 151-53, 213; Jean Cabaret d’Orville, La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, ed. AM Chazaud, Paris, 1876, chap. Lxxii, pp. 218—20; L. Bellaguet, ed, Chronique du religieux de Saint-Denys, contenant le règne de Charles VI, de 1380 a 1422, I (Paris, 1839), 648, 650 (in the Docs. inédits sur L’hist. de France).

[11] The reader is referred to Lacoste, Ibn Khaldun; Nassar, La Pensée réaliste; Rabi, Political Theory; Lahbabi, Ibn Khaldun. Ces études récentes ne nuisent en rien à la valeur du Mahdi. Ibn Khaldun’s Philosophy of History.

[12] A. Laroui: The History of the Maghrib; Princeton University Press; new Jersey; 1977; p. 219.

[13] A. Laroui: The History of the Maghrib; Princeton University Press; new Jersey; 1977; p. 219.

[14] A. Laroui: The History of the Maghrib; Princeton University Press; new Jersey; 1977; p. 219.

[15] See J. Esposito: The Islamic Threat; Myth or Reality? Oxford University Press; 1992;

  1. Lueg: The Perception of Islam in Western Debate; in The Next Threat; edited by J. Hippler and A. Lueg; Pluto Press; London; 1995; pp. 7-31.

SE Djazairi: The Myth of Muslim Barbarism and its Aims; Bayt Al-Hikma; Manchester; 2007.

[16] JW Sweetman: Islam and Christian Theology; (Lutterworth Press; London; 1955); part two; p.57

[17] Petrus Tudebodus: Historia de Hierosolimitanorum; (edited by J and L. Hill; Paris; 1977); p. 51.

[18] P. Tudebodus; p. 128.

[19] P. Tubedos; p. 73; 77; 148; etc.

[20] JV Tolan: Muslims as pagan idolaters in Chronicles of the First Crusades; in DR Blanks, and M. Frassetto ed: Western Views of Islam in Medieval and Early Modern Europe; St. Martin’s Press; New York; 1999; pp. 97-117; at p. 101.

[21] JV Tolan: Muslims as pagan idolaters; op cit; p. 105.

[22] Tolan; p. 105.

[23] Ambroise: The Crusade of Richard Lion-Heart by Ambroise; tr. MJ Hubert, with notes by LL la Monte; Columbia University Press; 1941; reprinted 1976; p.248; p.301.

[24] St Bernard: De laude novae militiae, iii, 4-5, Patrologie Latine, 182; 921-940 in A.Vauchez: Saint Bernard un Prédicateur irresistible; in Les Croisades: R. Delort; Editions du Seuil; Paris; 1988; pp. 45-54; at p. 48.

[25] JW Sweetman: Islam and Christian Theology; Lutterworth Press; London; 1955; Vol I; Partie II. p. 76.

[26] S. Luchitskaja: The image of Muhammad in Latin chronography of the twelfth and thirteenth centuries; In Journal of Medieval History; Vol 26; 2000; pp. 115-26; at p. 123.

[27] Vincentii Bellovacensis, Speculum, Lib. XXIII, cap. LXII.

[28] Vincentis, cap. LX.

[29] S. Luchitskaja: The Image of Muhammad in Latin chronography of the twelfth and thirteenth centuries; In Journal of Medieval History; Vol 26; 2000; pp. 115-26; at p. 123.

[30] N. Daniel: The Arabs and Medieval Europe; p. 253.

[31] N. Daniel: The Arabs; op cit; 253.

[32] Humbert of Romans: Opus Tripartum; in J. Riley Smith: The Crusades: Idea and Reality; London; 1981; pp. 103-17.

[33] Ibid.

[34] N. Daniel: The Arabs; op cit; 253.

 

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