OSMANLI

OTTOMANS

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Au fils des décennies, les sujets musulmans d’Espagne devinrent étroitement surveillés et soumis à toutes les indignités.[1]  Ils furent sommairement emprisonnés et torturés pour avoir refusé de manger du porc ou boire du vin ; et la vigilance fut introduite pour garder un œil sur quiconque avait l’air propre et soigné puisque cela montrait qu’ils effectuaient régulièrement leurs ablutions.[2]

 

Petit à petit, une série de règlements et d’édits furent adoptés pour formaliser l’élimination progressive des musulmans. Les règlementations sur la façon dont les musulmans devaient s’habiller furent introduites pour aider les chrétiens à reconnaître les musulmans à vue et ainsi garder leur distance d’eux.[3] En étendant davantage ces nouvelles restrictions, l’assemblée de Jerez en 1268 (art.30) interdit femmes chrétiennes de  vivre avec des musulmans ou des juifs ou de les servir de quelque façon, sous peine d’être réduites en esclavage.[4] Les femmes chrétiennes qui eurent des rapports sexuels avec les musulmans furent traitées avec une grande sévérité et son amant musulman était lapidé à mort.[5]

 

Une série d’articles de la Fuero Real (4.11.1) légiférèrent la peine de mort pour une femme chrétienne qui épouserait un musulman ou un juif.[6]  En revanche, toute personne qui violait une femme musulmane échappait à sa vie mais devait payer 10% de l’amende du même crime d’une victime chrétienne.[7] Le Leyes del Estilo, compilé à la fin 13et début du 14e siècle pour son utilisation dans la cour royale de Castille, stipulait que l’amende pour avoir tué un musulman devait être conforme à la coutume locale mais qu’elle ne devrait pas être aussi grande que l’amende pour l’assassinat d’un chrétien.[8]

Une indication de coutume locale est que le Fuero de Najera en 1076, fixa l’amende pour avoir tué un musulman à douze solidi et demi, la moitié du coût d’une vache et égale à celle d’un âne.[9]

 

En 1312, le Conseil de Vienne ordonna aux princes d’Espagne de donner aux musulmans l’alternative d’accepter le christianisme ou bien de « subir un châtiment qui ferait d’eux un terrible exemple. [10] »

En 1337, l’évêque de Tarragone demanda dans une lettre au pape Benoît XII d’habiliter les nobles à saisir et vendre la personne et les biens des musulmans car ils étaient des ennemis publics et des infidèles. Cette mesure fut approuvé et appliquée ultérieurement par l’église catholique romaine jusqu’au 18e siècle, jusqu’à ce qu’il ne resta plus de musulmans ou de juifs à persécuter.[11]

En 1385 et 1387, d’autres lois furent adoptées pour assurer l’esclavage des musulmans et pour accroitre les humiliations et les dégradations dont ils souffraient.[12]

 

Les quartiers des musulmans et des juifs dans les villes et villages furent également isolés ; des enceintes fortifiées furent établies « Juderias » pour les juifs et « Moreiras » pour les musulmans, qui étaient tous deux entourés par un grand mur et avait seulement une entrée.[13] Tout musulman qui ne s’établissait pas dans le Moreiras dans les huit jours avait sa propriété confisquée et était passible de tout châtiment que le roi jugerait bon et qui souvent pris la forme de torture et de mort. Les femmes chrétiennes furent interdites d’entrer dans les Moreiras (Moreria).[14] En Aragon, les chrétiens locaux firent leur fumier et construisirent leur maisons non seulement dans les cimetières musulmans qui avait existé aussi loin que la mémoire allait mais aussi dans leur mosquée, tandis que dans Saragosse, le cimetière musulman fut aussi été utilisé comme cloaque et même une maison close ouvrit ses portes dans le Moreria.[15]

Ceux parmi les musulmans qui cherchèrent à se convertir au christianisme pour améliorer leur état comprirent vite qu’il était inutile de le faire. Lors des émeutes de Valence en 1275, ils payèrent autant de leur sang que ceux qui étaient restés musulmans, démontrant ainsi que le musulman converti ou non au christianisme, était encore étranger.[16]

 

Les conditions des musulmans allaient continuer à se détériorer jusqu’à leur élimination finale en 1609.[17]

 

Que de similitudes avec ce que les Palestiniens endurent dans leurs propres terres depuis les années 1950, si ce n’est l’exacte réplique et à un moindre degré avec ce que les Musulmans endurent aujourd’hui en Europe et particulièrement en France.

 

 

L’Afrique du Nord

 

Un brève rappel des événements antérieurs est nécessaire ici.

 

A la suite de l’entrée musulmane dans les dernières décennies du septième siècle, l’Afrique du Nord devint une puissante entité, jouant un grand rôle important dans l’expansion de l’Islam que ce soit sur le plan politique, économique ou au niveau culturel et scientifique.[18] Toutefois, les ‘oubaydi étendirent leur pouvoir au dixième siècle, comme l’a noté Breckenbridge, provoquant non seulement un changement majeur dans la répartition du pouvoir mais jeta les germes de la destruction dans le monde islamique lui-même.[19] Près de deux siècles auparavant, lorsque les Aghlabides de Tunisie prirent la Sicile (827),  le monde musulman était remarquablement unifié. « Une chaîne de tours de guet le long de la côte nord-africaine pouvait flasher les nouvelles d’Alexandrie à Gibraltar en une seule journée » mais cette situation changea avec la montée des ‘oubaydi (ironiquement appelé les Fatimides).[20]

En 910, les ‘oubaydi expulsèrent les Aghlabides de Tunis[21] et prirent ensuite le pouvoir dans le Maghreb avant de se tourner vers l’Orient et la conquête de l’Egypte et, en 969, ils déplacèrent leur capital au Caire.[22] Un an plus tard, ils établirent leur contrôle sur Damas, divisant ainsi profondément le monde musulman. Quand les vassaux ‘oubaydi, les Zirides, retirèrent leur allégeance, les Fatimides déchaînèrent les Banou Hilal sur l’Afrique du Nord et en 1050, vague après vague, les envahisseurs balayèrent le Maghrib, pillant, brûlant et détruisant tout sur leur chemin.[23] Les envahisseurs répandirent le chaos, les villes et villages furent incendiées ; les campagnes dévastées ; l’ensemble de l’Ifriqiya (Tunisie actuelle) fut transformé en un vaste zone vide et aride tandis que la terre servit juste pour le bétail, les nomades et les bergers.[24] La population fut dispersée dans toutes les directions.[25]

 

Lorsque la puissance et l’unité du Maghreb volèrent en éclats, la région devint incapable de faire face aux attaques chrétiennes. Les pirates chrétiens commencèrent à débarquer en Afrique du Nord, provoquant de terribles destructions dans une série d’attaques meurtrières.[26] Les villes furent saccagées et incendiés et leurs populations massacrées.

En 1135, Roger de Sicile envoya de Sicile une force de chevaliers francs et musulmans à Gerba, en Tunisie. L’endroit fut ravagé, sa population égorgé en grand nombre, le reste réduit en servitude et mis sous la domination d’un musulman ‘Amil (fantoche).[27]

Sous le même Roger en 1146, une autre attaque avec une flotte de 200 navires sous le commandement de George d’Antioche réussit à capturer la ville de Tripoli après trois jours de combats, suivi de plusieurs jours de pillage.[28]

En 1148, al-Mahdiya tomba aux mains des Normands, et ainsi fit Susa, Sfax. La domination des Normands s’étendit de Tripoli aux frontières de Tunis et du Maghreb occidental à Qayrawan.[29] Roger chercha à étendre sa domination vers l’ouest aussi loin que Bejaïa, un autre terminal de la route transsaharienne, et peut-être à cette époque, un centre plus prospère qu’al-Mahdiya ou Tripoli.[30]

 

L’objectif normand n’était rien de moins que la domination chrétienne permanente de l’Afrique du Nord.[31] Ce n’est que le pouvoir des Almohades qui avaient succédés aux Almoravides qui mit fin à la domination normande de la région dans les années 1150 et l’Afrique du Nord sous domination islamique unifiée.[32]

 

 

 

[1] John P. Dolan, ‘Medieval Christian Tolerance and the Muslim World’, The Muslim World. Vol 51, 1961,p 284.

[2] TB Irving: Dates, Names and Places: The end of Islamic Spain; in  Revue d’Histoire Maghrebine; No 61-62; 1991; pp 77-93; p. 81.

[3] JF O’Callaghan: The Mujedars of Castile, p.30.

[4] O’Callaghan, p.31.

[5] JF O’Callaghan, op.cit, p.31.

[6]JF O’Callaghan, The Mujedars of Castile, p.32.

[7] FCuenca, art. 11.22-23, p.316, Fbaeza, art.246, p.105, Fbejar, art.316, p.85, FAlarcon, art.231, p.218, FAlcaraz, art.4.22-23, p.218.

[8] JF O’ Callaghan: The Mudejars, p.39.

[9]O’callghan p.39.

[10] A. Thomson and AM Rahim, Islam, op. cit. p. 115.

[11] A. Thomson and AM Rahim, Islam, op.cit. p. 116.

[12] A. Thomson and AM Rahim, Islam, op.cit. p. 116.

[13] A. Thomson and AM Rahim, Islam, op.cit. p. 116-7.

[14] Thomson Rahim 116-7.

[15] E. Lourie, ‘Anatomy of Ambivalence: Muslims under the crown of Aragon in the late thirteenth century’, in E. Lourie, Crusade and Colonisation, Muslims, Christians and Jews in Medieval Aragon, Variorum, Aldershot, 1990.p. 52.

[16] RI Burns, Muslims in the Thirteenth Century, op.cit.p.79.

[17] N. Daniel, The Arabs and Mediaeval Europe, op. cit. p.254.

[18] See SE Al-Djazairi: The Golden Age and Decline of Islamic Civilisation; Bayt al-Hikma; Manchester; 2006. 

SE Al-Djazairi: A Short History of Islam; the Institute of Islamic History; Manchester; 2006.

A Djebbar: Mathematics in Medieval Maghreb; AMUCHMA-Newsletter 15; Universidade Pedagógica (UP), Maputo (Mozambique), 15.9.1995.

[19] JD Breckenridge: The two Sicilies; in Islam and the Medieval West; S. Feber Editor; A Loan Exhibition at the University Art Gallery; State University of New York; April 6 – May 4, 1975; pp. 39-59; p.45.

[20] Ibid.

[21] Ibn al-Idhari: Al-Bayan al-Maghrib fi Akhbar al-Maghrib; ed R. Dozy; Leyden; 1848; vol 1; pp. 142-6.

[22] JD Breckenridge: The Two Sicilies; op cit.

[23] S and N. Ronart: Concise Encyclopaedia of Arabic Civilization; The Arab West; Djambatan; Amsterdam; 1966; p. 398.

[24] H. Saladin: Tunis et Kairouan; Librairie Renouard; Paris; 1908; p. 107.

[25] Abd al-Wahid al-Marrakushi: Al-Mu’djib fi Tarikh akhbar al-Maghrib; ed. R. Dozy; 2; p. 259.

[26] ML de Mas Latrie: Traites de paix; op cit; .p.7.

[27] H. Wieruszowski: The Norman Kingdom of Sicily and the Crusades; in Politics and Culture in Medieval Spain and Italy; ed H. Wieruszowski; Edizioni di Storia e Letteratura (Roma; 1971), p. 26.

[28] Wierusowski. p. 27.

[29] Ibn al-Athir; 121; and An-Nuwayri: 185; in D. Abulafia: The Norman Kingdom of Africa and the Norman Expeditions to Majorca and the Muslim Mediterranean; in D. Abulafia: Italy, Sicily and the Mediterranean 1100-1400 (Variorum Reprints; London; 1987), pp. 27-49. p. 34-5.

[30] Ibn Khaldun 202 for attacks on the coast of the state of Bougie in D. Abulafia: The Norman Kingdom of Africa. p. 36. 

[31] D. Abulafia: The Norman Kingdom of Africa. p. 47.

[32] M. Amari: La Storia dei Musulmani di Sicilia, 3 vols, (1933-9) Revised 2nd edition by CA Nallino, Rome; pp. 481-2. 

 

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