OSMANLI

OTTOMANS

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Il ne fallut pas longtemps avant que le règne déclinant des Mourabitine ne laisse la place à celui des Mouwahhidine (Almohades). C’est dans les bases mêmes du pouvoir almoravide dans les montagnes Atlas du Maroc, qu’un nouveau chef, Ibn Toumart (ca 1078-ca 1130), de la tribu berbère des Masmouda, se souleva contre les Mourabitine.[1] Ibn Toumart mourut mais son disciple d’origine algérienne, ‘Abd al-Mou’min, dirigea la nouvelle puissance, et en 1147, il avait mis fin à la domination almoravide au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye.[2]

 

Lorsqu’ils vinrent en Espagne, les Mouwahhidine (Almohades) obtinrent la soumission des faibles dirigeants locaux qui craignaient un nouvel assaut chrétien du nord.

En 1145, les Almohades prirent Algésiras ; en 1146 Séville et Malaga, et les quatre années suivantes, Cordoue, Jaén et le reste du sud de l’Espagne s’unirent sous leur influence.[3] Peu après, ‘Abd al-Mou’min, et son fils, Abou Youssouf Ya’qoub conduisirent leurs armées et repoussèrent la menace chrétienne.

 

La victoire la plus décisive contre les chrétiens vint plus tard aux mains d’Abou Ya’qoub (gouverna de 1184 à 1199) qui comme le célèbre Ibn Abi ‘Amir, devait prendre le titre honorifique d’al-Mansour (le Victorieux).[4] Le 18 juillet 1196, il infligea une défaite écrasante à Alphonse VIII de Castille à Alarcos, ou l’armée chrétienne fut pratiquement exterminée.[5] Cette grande victoire endigua abord l’avance de la conquête chrétienne et domination prolongea la musulmane jusqu’au milieu 13ème siècle. Ya’qoub, fut finalement succédé en 1199 par son faible fils an-Nassir (1199-1213) qui se contenta de maintenir une trêve avec Alfonso, de sorte que le monarque castillan était relativement libre pour commencer les préparatifs d’une croisade internationale pour retrouver l’initiative perdue à Alarcos.[6] Au cours de la prochaine décennie,  Castille renforca ses forteresses frontalières, construit son armée, et resserra ses liens avec les autres royaumes péninsulaires. En 1210 ces préparations étaient en pleine maturité.[7]

 

Les Andalous et les Almohades étaient rarement vraiment unis dans la guerre contre les royaumes chrétiens; c’est le manque de coordination et d’unité qui conduisit à la catastrophe musulmane de Navas de la Tolosa en 1212.[8] Après la défaite, la puissance musulmane fut brisée dans la péninsule.[9] Elle accéléra la chute d’an-Nassir, et commença la désorganisation du royaume.[10] L’Espagne Almohade se morcela dans des petits états indépendants avec les guerres civiles qui s’ensuivirent entre eux.[11] Entre 1224 et 1236, il y avait six principaux prétendants au califat almohade, et, alors qu’ils se ruèrent pour le pouvoir et s’exécutèrent, l’empire s’effondra.[12] L’Andalousie fut divisée par Ibn Houd et Ibn Nasr, qui établirent des dynasties à Murcie (en 1228) et à Grenade (en 1232). Dès lors, à l’exception d’un bref retour en 1237, le pouvoir almohade ne sa propagea pas en Espagne.[13] L’agitation générale démoralisa les musulmans et invita l’invasion chrétienne.[14]

 

Entre 1229 et 1235, les îles Baléares tombèrent[15] et Cordoue, la capitale autrefois puissante de l’Espagne musulmane, également affaiblie par les luttes intestines, tomba facilement en 1236. Le roi Jacques d’Aragon marcha et pris Valence en 1238 initialement pour soutenir un côté d’une guerre civile islamique, qui faisait partie d’une lutte internationale musulmane plus générale.[16]

En 1246, Fernando III (1217-1252), le roi de Castille, occupa Murcie. Deux ans plus tard, Séville, la capitale almohade, tout comme Cordoue, fut victime de luttes intestines musulmane locale.[17] Pour prendre la ville, Fernando fut également largement aidé par l’aide militaire de Muhammad 1er de Grenade car les habitants musulmans de Séville livrèrent une résistance désespérée.[18] Le vainqueur Fernando III réunifia Léon et Castille, poussa la frontière catholique vers Grenade et fit de Séville sa capitale, de la Grande Mosquée sa cathédrale et de l’Alcazar sa résidence.[19]

Par la suite, Muhammad II de Grenade s’allia également aux forces chrétiennes pour se débarrasser de son coreligionnaire mérinide Abou Youssouf ; une alliance entre Castille et Grenade, entraina également la capture du dernier bastion musulman : Tarifa (1275-1276).[20] Maintenant toute l’Espagne, à l’exception de Grenade (qui devait tomber deux siècles plus tard en 1492), était aux mains des chrétiens.

 

En Octobre, 1340, Alfonso XI, avec le roi Afonso IV du Portugal (1325-1357), et soutenu en mer par un escadron naval aragonais-catalan-portugais, marcha sur Tarifa avec l’armée royale, qu’il réussit à lever avec la concession d’une bulle pontificale.[21] En arrivant près de la ville, le roi donna l’ordre à la garnison de Tarifa de sortir et d’attaquer les musulmans au cours de la bataille à venir.

Le 30 octobre, l’armée chrétienne, de taille beaucoup plus petite que celle des musulmans, se mirent en ordre de bataille sur la rive de la rivière Salado près de Tarifa et fut bientôt en combat rapproché avec l’armée mérinide-grenadine.[22] Au plus fort de la bataille, comme prévu, la garnison de Tarifa tomba sur l’arrière musulman et cela se révéla décisif pour les Castillans pour gagner la bataille de la rivière Salado, la plus grande telle livrée depuis Las Navas de Tolosa un siècle auparavant.[23] Cette victoire chrétienne mis fin aux interventions marocaines pour sauver l’Espagne musulmane, et scella le sort de la Grenade nasride, bien que les Nasride l’occupèrent encore pendant un siècle et demi (jusqu’en 1492, pour être précis).[24]

 

Les effets de la « reconquête » espagnole furent désastreux à tous égards pour les musulmans. Le conflit fut particulièrement sanglant. Les Chroniques de Alphonso VII disent :

« Les armées chrétiennes pillèrent tout le pays … incendièrent tous les villages qu’ils trouvèrent et détruisirent leurs mosquées ; et tous les hommes instruit en religion qu’ils trouvèrent furent passés par l’épée ; les vignes, les olives, les figuiers et tous les arbres, furent déracinés et, partout où leurs pieds se posèrent, fut laissé derrière eux dévasté. »[25]

Après la bataille de Las Navas en 1212, les musulmans de Baeza, qui cherchèrent refuge dans la mosquée furent brulés à mort.[26] La même année, la population des environs d’Ubeda, 70.000 musulmans, furent soit massacrés ou asservis.[27]

 

Le nettoyage ethnique des populations musulmanes fut également systématique, que ce soit dans les zones urbaines ou rurales.[28] En 1247, Jacques I ordonna l’expulsion des musulmans d’Aragon ; plus de 100.000 partirent.[29] Majorque perdu également la plus grande partie de ses musulmans par la fuite et l’expulsion.[30] Sur l’île de Minorque, tous les musulmans excepté une centaine, furent autorisés à rester, le reste de la population fut rassemblée et vendu en esclavage, inondant temporairement les marchés d’Ibiza, de Valence et de Barcelone.[31]

Au cours des négociations qui précédèrent la capitulation de Séville, Fernando se montra impitoyable, et pour être absolument sûr que Séville resterait aux mains des chrétiens, il ordonna à tous les musulmans de quitter la ville en prenant avec eux que les biens qu’ils pouvaient transporter, de sorte qu’elle pourrait être directement repeuplée par une population exclusivement chrétienne.[32] Quand le roi de Castille fit son entrée officielle le 22 décembre 1248, il trouva une ville fantôme vidée de ses habitants et les rues jonchées de cadavres de chiens et de chats qui n’avaient pas été mangés durant le siège parmi les baluchons qui s’étaient révélés trop lourds pour être transporter par les malnutris.[33]

Cordoue à sa chute était pleine de chasseurs de terres chrétiens avides qui s’emparèrent des fermes musulmanes dans l’arrière-pays et expulsèrent les habitants.[34]

A Valence, les musulmans durent d’abord abandonner la ville, perdant presque tout, tandis que les propriétaires ruraux dans le quartier de la ville durent alors détenir leurs fermes comme de simples métayers au gré des nouveaux propriétaires chrétiens.[35]

Dans les années 1260, la vallée du Guadalquivir commença à se vider des musulmans forcés ou pressés en exil ; comme dans Moreria, Carmona et Jerez, dans certaines concessions des maisons survivantes dans les villes, les noms des anciens occupants musulmans sont même précisés.[36] Le souverain de Castille, Alfonso X, intensifia cette politique d’expulsion, en 1262-63 expulsant les habitants d’Ecija ; et d’expulser les musulmans de Jerez, d’Arcos, de Lebrija et de Puerto Santa Maria pour assurer la sécurité de sa frontière.[37] Même les chroniqueurs les moins favorables aux musulmans, et qui étaient prêts à nier la véritable souveraineté aux musulmans, virent la sévérité de ces expulsions « ouvertement contraires aux préceptes de la charité. [38]  » Cependant, l’église vit les choses différemment. Ainsi lorsque les musulmans retrouvèrent leur chemin vers les îles d’Ibiza et de Formentera comme des hommes libres, le pape fut très furieux qu’ils devraient vivre aux côtés des chrétiens de cette manière.[39]

 

 

 

[1] Ibn Khaldun: Kitab al-Ibar; op cit; vol vi; p. 225; Ibn al-Athir: Kamil; op cit; vol x; p. 400.

[2] Al-Marrakushi: Kitab al-Mujib fi talkhis akhbar ahl al-Maghrib;2nd ed; R. Dozy; Leyden; 1881; pp. 145-6.

[3] S. Lane-Poole: The Moors in Spain; op cit. p. 214; A. Thomson; MA Rahim: Islam; op cit; p. 101.

[4] See Al-Marrakushi: Kitab al-Mujib; op cit; p. 189.

[5] J. Glubb: A Short History of the Arab Peoples; Hodder and Stoughton, 1969;  p.190.

[6] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest; at p. 422.

[7] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest, p. 422.

[8] A. Laroui: The History of the Maghrib; Princeton University Press; new Jersey; 1977; p. 190.

[9] B. Lewis: Cultures in Conflict (Oxford University Press; 1995), p. 19.

[10] ML de Mas Latrie: Traités de Paix. Op cit; p.72.

[11] RI Burns: Muslims in the Thirteenth Century Realms of Aragon: Interaction and Reaction, in Muslims under Latin Rule, (JM Powell ed); Princeton University Press, 1990 : pp 57-102; p.73.

[12] HW Hazard: Moslem North Africa; in KM Setton ed: A History of the Crusades; The University of Wisconsin Press; 1975; vol 3; pp. 457-85; p. 470.

[13] HW Hazard: Moslem North Africa; p. 470.

[14] RI Burns: Muslims in the Thirteenth Century; p.73.

[15] ML de Mas Latrie: Traites de paix; op cit; p.74.

[16] RI Burns: Muslims; 73.

[17] Felipe Fernandez Armesto: Before Columbus; op cit; p.52.

[18] Rodrigo de Zayas: Les Morisques: et le racisme d’etat; op cit; p.173.

[19] W. Durant: The Age of Faith, op cit; p.697.

[20] Rodrigo de Zayas: Les Morisques; op cit; p.174.

[21] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest, p. 437.

[22] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest, p. 437.

[23] Huici, Grandes batallas, pp. 331-387; In Bishko; p. 437.

[24] G. Sarton: Introduction; Volume III; op cit; p.38.

[25] In N. Daniel: The Arabs and Medieval Europe; Longman Librarie du Liban; 1975; p.85.

[26] JF O’Callaghan: The Mujedars of Castile and Portugal in the twelfth and thirteenth centuries in Muslims Uunder Latin Rule, (JM Powell, ed); pp 11-56; at p.15.

[27] A. Thomson; MA Rahim: Islam in Andalus; op cit; p. 107.

[28] On the significance of the capture of Baeza, Ubieto, Ciclos económicos, pp. 134-5; in T. Glick: Islamic and Christian Spain in the Early Middle Ages, Princeton University Press, New Jersey, 1979. p. 100.

[29] W. Durant: The Age of Faith, op cit; p.700.

[30] RI Burns: Muslims in the Thirteenth Century Realms of Aragon; op cit; p.67.

[31] FF Armesto: Before Columbus. p.36.

[32] R. Fletcher: Moorish Spain (Phoenix; London; 1992), p. 129.

[33] Fletcher 129.

[34] Felipe Fernandez Armesto, Before Columbus, op.cit. p.64.

[35] RI Burns, Muslims in the Thirteenth Century, op.cit. p.75.

[36] Felipe Fernandez Armesto: before Columbus,op.cit. p.59.

[37] Felipe Fernandez Armesto,, op.cit. p.59.

[38] J. Muldoon, Popes, lawyers and infidels, Liverpool, 1979, pp 111-19; Oldradus de Ponte, Consilia (Venice, 1571), folios 126-7.

[39] Felipe Fernandez Armesto, op.cit. p.33.

 

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