OSMANLI

OTTOMANS

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Pendant ce temps, la chrétienté occidentale mit définitivement au point des moyens et des manières pour mettre fin à la puissance musulmane en Orient par une combinaison de blocus économique et de croisade. Cette nouvelle stratégie était contenue dans un grand nombre d’œuvres de l’époque. Avec des motifs mixtes, dit Atiya :

« Des laïques tels que Pierre Dubois, Guillaume de Nogaret et d’autres formulèrent leurs plans pour la guerre sainte et exhortèrent les papes et les rois à prendre l’initiative en la matière. Le clergé de haut niveau, aussi, ne put pas rester passif envers l’une des questions brûlantes de l’époque, et un certain nombre d’entre eux présentèrent des conseils et des plans précis pour la récupération de la terre promise, alors aux mains des « incroyants. » Parmi ceux-ci étaient Hayton, Guillaume Adam et Guillaume Durant « le Jeune » qui figurait parmi les propagandistes du jour et laissèrent des dossiers dignes de leur point de vue sur la réalisation de la croisade.[1] »  L’Arménien Hayton, par exemple, estima que si une croisade était entreprise alors que des conditions défavorables régnaient dans le Levant, devrait se terminer par la victoire des chrétiens et la chute des « Sarrasins.[2] » Des envoyés pourraient être envoyés pour négocier une alliance avec les Tatars et les inviter à supprimer le commerce musulman sur leur territoire et harceler la frontière sud-est de la Syrie.[3]

 

Bientôt, après la chute d’Acre, la ruine délibérée du royaume islamique musulman s’intensifia, un bon exemple étant la croisade d’Alexandrie (1365), et d’autres attaques contre des navires et côtes musulmanes comme nous l’avons déjà vu dans les chapitres précédents.

 

 

Au côté occidental de l’Islam, profitant de l’effondrement de la puissance musulmane, la chrétienté occidentale saisi l’opportunité. Dans l’Espagne musulmane, après les guerres musulmanes intestines, et l’effondrement du pouvoir des Mouwahhidine (almohade) au treizième siècle, les chrétiens lancèrent une vaste offensive qui les attira dans presque l’ensemble du pays. Entre 1229 et 1235, les îles Baléares chutèrent sous Jacques d’Aragon.[4] Valence tomba en 1238, et Cordoue, l’autrefois puissante capitale de l’Espagne musulmane en proie à un conflit local, tomba facilement en 1236. En 1246, Fernando III (1217-1252), le roi de Castille, occupa Murcie. Deux ans plus tard, en 1248, à Séville, la capitale des Mouwahhidine, tout comme Cordoue tomba victime des jalousies de factions internes ; ainsi, comme Cordoue, une conquête opportuniste soudaine pour Fernando.[5] Le dernier bastion musulman (autre que Grenade) Tarif, tomba dans les années 1275-76.[6] Ainsi toute l’Espagne, à l’exception de Grenade était aux mains des chrétiens.

 

L’Afrique du Nord musulmane était également dans un état moribond. Au milieu du treizième siècle, l’empire des Mouwahhidine tomba en morceaux après la mode des empires.[7] Le long du littoral sud-ouest de la Méditerranée, le règne Mouwahhid fut pris en charge par trois mini-puissances distinctes :

– Les Bani Marine (Mérinides) du Maroc contrôlaient les centres importants de Marrakech et de Fès,

– Les Bani Ziyad (Ziyanides) de l’ouest de l’Algérie, dont la capitale à Tilimsen (Tlemcen) nécessitait une défense constante contre les Mérinides et,

– Les Bani Hafs (Hafsides) de l’est de l’Algérie, de Tunisie et de Tripolitaine, tenaient Bejaia (Bougie et autres orthographes), Tunis, al-Mahdiya et l’île de Djerba.[8]

 

L’histoire de ces dynasties pendant toute cette époque fut une campagne incessante de guerre entre petits chefs qui entraînèrent l’affaiblissement considérable de l’ensemble du Maghreb. Cela ne pouvait que ranimer l’esprit de croisade chrétienne. Et ainsi, les attaques chrétiennes continuèrent sans interruption sur tous les fronts maghrébins.

 

En 1260, par exemple, Alfonso X, envoya une flotte croisée pour attaquer le Maroc Atlantique. Il surprit le port de Salé et revint chargé de butin et de captifs.[9] Dix ans plus tard, ce fut le roi Louis IX de France qui montait sa croisade tunisienne de 1270. Ces attaques et d’autres concrétisèrent les espoirs castillans, forts tout au long du treizième siècle, de porter « la reconquête » dans la patrie de l’ennemi principal.[10] En fait, dès 1291, les forces naissantes de l’Espagne chrétienne avaient déjà mis au point un plan pour le partage de l’Afrique du Nord. Le roi Sancho de Castille conclut un nouvel accord de partage avec Jacques II d’Aragon, qui prévoyait la division de l’Afrique du Nord en zones castillanes et aragonaises, montrant avec quelle fermeté était enraciné le concept d’étendre l’avance chrétienne vers le sud au-delà de la péninsule vers le Maghreb lui-même.[11] Par le traité de Monteagudo (29 Novembre, 1291), la rivière Moulouya, qui entre dans la Méditerranée non loin de la frontière actuelle algéro-marocaine, fut prise comme ligne de démarcation ; tout à l’ouest tombant dans la sphère de pénétration de Castille et la future conquête possible, et tout l’Est en Aragon.[12]

 

Cet esprit de croisade, comme celui visé en Orient, et ensuite les Ottomans Turcs, fut agité par les propagandistes qui conçurent des plans et des théories pour l’invasion et la capture de l’Afrique du Nord pour la chrétienté. Comme nous l’avons vu, Raymond Lulle, entre autres, en 1305, publia son Liber de Fine qui élaborait ses idées et offrait un programme réalisable.[13] Il indiqua que lorsque la reprise de l’Espagne aura été achevée, il serait nécessaire de porter la guerre au-delà du détroit de Gibraltar, de l’autre côté.[14] Il suggéra que la croisade devrait chasser les Musulmans d’Espagne, puis traverser en Afrique et se déplacer le long du littoral jusqu’à Tunis et donc en Egypte.[15] Il proposa bien sûr, un programme soutenu pour gagner les musulmans au christianisme par la conversion massive des Nord Africains « à la vraie foi (catholique). »[16]

 

Dans l’ensemble, à l’aube du quatorzième siècle, il semblait que l’Occident chrétien ne devait que porter un coup final à l’état mamelouk maintenant vulnérable en Egypte, et éliminer les diverses dynasties divisées et moribondes d’Afrique du Nord pour accomplir ses objectifs de destruction complète et définitive de l’Islam. Sauf qu’à ce moment-là, du milieu de nulle part, des terres d’Asie Mineure, une tribu précédemment sans ressources et totalement isolée, qui s’étaient enfuie vers l’ouest pour échapper à l’assaut mongol du treizième siècle, montra une puissance, qui pour les siècles à venir prendrait le rôle central pour faire face, vaincre et contrôler l’assaut chrétien occidental : les Ottomans Turcs. Ceci est encore un autre de ces miracles de l’Islam (comme déjà amplement vu) quand la terre semble perdue, émerge soudainement une nouveau puissance qui prend les devants dans la lutte et la survie de la foi et de ses adhérents. Sans les Turcs, il n’y avait aucune puissance musulmane capable de faire face à la puissance chrétienne. Ainsi, les Ottomans Turcs, à partir du quatorzième siècle, constituèrent le rempart contre lequel les armées chrétiennes vinrent les unes après les autres s’écraser. Pendant des siècles, les Turcs constituèrent l’aimant qui attira les assauts chrétiens car la chrétienté était pleinement consciente que si les Turcs tombaient, la route vers la conquête de l’Islam serait ouverte.

 

Les principales croisades qui furent lancées contre les Turcs seront amplement vues dans ce volume et elles se terminèrent toutes par des victoires turques. Les victoires à Nicopolis en 1396 et à Varna 1444 ont été si décisives qu’ils sauvèrent l’Empire Ottoman et donc par conséquence les royaumes musulmans. Ces deux batailles décisives ainsi que la capture ottomane de Constantinople en 1453 seront particulièrement détaillées dans les chapitres qui suivent.

 

Cependant, avant de regarder ces affrontements militaires cruciaux, il est nécessaire d’attirer l’attention sur certaines questions primaires. L’assaut chrétien occidental sur l’Islam et les Turcs principalement, qui eut lieu du quatorzième siècle et après, n’eut pas lieu sans raison. Il fut lancé dans un contexte de déclin musulman, comme déjà souligné (et demandant d’être regardé plus en détail), et fut également accompagnée de la rhétorique désormais habituelle, de diaboliser l’Islam et les musulmans, une rhétorique où les Turcs prirent la place centrale. L’assaut rhétorique servit en quelque sorte de justification des guerres contre les Turcs tout comme le furent récemment les Algériens, les Talibans et tous les autres.

 

 

 

[1] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages;  Methuen & Co Ltd; London; 1938; p. 62.

[2] Hayton: Histoire Orientale ou des Tartares; tr by N.Falcon: dans Receuil des divers voyages curieux faits en Tartarie, en Perse et ailleurs; ed by M. Molther; 1529; Haguenau; (henceforth referred to as Hist. Orient. Falcon’s ed); p. 86.

[3] Hist. Orient. Falcon’s edition; p. 87-8.

[4] ML de Mas Latrie: Traités de Paix et de Commerce, Burt Franklin, New York, Originally Published dans Paris, 1866; p.74.

[5] Felipe Fernandez Armesto: Before Columbus; MaCMillan Education; London, 1987; p.52.

[6] Rodrigo de Zayas: Les Morisques et le Racisme d’Etat; Ed. Les Voies du Sud; Paris; 1992; p.174.

[7] KM Setton: Crusade of Barbary and Nicopolis; dans Papacy and the Levant; The American Philosophical Society; Philadelphia; 1976; vol 1; pp. 327-69; p. 330.

[8] KM Setton: Papacy and the Levant; p. 330.

[9] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest, 1095-1492; dans A History of the Crusades; KM Setton ed; The University of Wisconsin Press; 1975; vol3; pp. 396-456; at p. 434.

[10] A. Ballesteros, “La Toma de Salé en tiempos de Alfonso el Sabio,” Al-Andalus, VIII (1943), 89-196; Ch. E. Dufourcq, “Un Projet Castillan du XIIIe siècle: La ‘Croisade d’Afrique’,” Revue D’Histoire et de Civilisation du Maghreb, I (1966), 26-51.

[11] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest, p. 435.

[12] CH Bishko: The Spanish and Portuguese Reconquest, p. 435.

[13] S. Runciman: A History of the Crusades; Cambridge 1952; vol 3; p. 431.

[14] Cited dans D. Abulafia: Spain and 1492; London; 1992; p. 69.

[15] S. Runciman: A History; vol 3; p. 431.

[16] A. Gottron: Ramon Lulls. dans Ahbhandlungen zur Mittleren… ed. GW Below; H. Finke u; F. Meinecke, Heft 39; Berlin; 1912; pp. 66 ff.

 

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