OSMANLI

OTTOMANS

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Le lendemain matin, le duc Louis ordonna le début du siège par terre et par mer. Les Génois, sans qui beaucoup seraient retournés à leurs galères, bloquèrent la ville par mer tandis que les contingents français et étrangers gardaient les « trois » portes d’entrée et coupèrent toutes les communications entre al-Mahdiya et les renforts musulmans venant de l’intérieur du pays.[1]

Pendant trois jours, le siège fut rigoureusement maintenu sans une sortie depuis l’intérieur la ville ou une charge de l’armée musulmane extérieure.[2] Le soir du troisième jour, dit Cabaret d’Orville, les musulmans firent une sortie soudaine des trois portes dans l’espoir de surprendre les chrétiens hors de leur garde mais leur attaque échoua.[3]

 

Pendant que les opérations de siège étaient en cours, nous dit Cabaret,[4] deux galères génoises qui surveillaient la côte de Tunisie vinrent signaler l’approche des rois de Tunis, de Bougie et de Tlemcen avec une force de soixante mille cavaliers.[5] Les rois avaient apporté « tous leurs meilleurs guerriers » dit Froissart ; ils établirent leurs camps dans les champs et sur le rivage avec du bois épais (et les collines) dans leurs dos, tous à des distances sûres des quartiers étroits des croisés en dehors de Mahdiya.[6] Froissart pense qu’il y avait 30.000 fantassins musulmans pied et archers et 10.000 ou plus de cavaliers ; les chameaux et autres bêtes de somme leurs amenèrent des provisions fréquentes. Chaque jour, nuit et jour, ils assaillirent les chrétiens par des raids (attaque-retrait).[7] Les musulmans attaquèrent à cheval jusqu’à ce que l’ennemi fût épuisé. L’armée arriva sous les sons des trompettes, des tambours et des cymbales, des fifres et des clairons, attaquant avant de se retirer vers des positions fortifiées.[8]

 

Les chrétiens cherchèrent à rendre les attaques musulmanes inefficaces, voire impossible et à les faire sortir de leur camp retranché pour une bataille générale ouverte.[9] Les Génois qui connaissaient mieux la tactique des Nord-Africains que les autres conseillèrent au leader d’encercler le camp de la côte sud d’al-Mahdiya à celle du nord avec une ligne d’épieux de quatre pieds de haut pour empêcher les chevaux de sauter dans le camp chrétien et les harceler.[10] Cela ayant été fait, les Génois acheminèrent des rames de galère et lances sur cette ligne de démarcation pour permettre à leurs archers, ainsi protégés, de viser leurs cibles.[11] Des hommes armés furent également postés à intervalles réguliers le long de la ligne, et le duc en personne avec un millier de combattants et 500 arbalétriers s’engagèrent à empêcher toute sortie musulmane qui pourrait être tenté des principales portes d’entrée de la ville.[12]

 

Durant ce temps, le siège se poursuivait. Les chrétiens étaient nourris par les transports ancrés au large, et ils reçurent du vin de Candie ainsi que des provisions de Naples et de Sicile mais chaque jour apportait de nouvelles difficultés.[13] Les musulmans continuèrent à harceler l’ennemi tous les jours et parfois dans la nuit pendant toute la période de quarante-deux jours.[14] Tout au long de la succession d’escarmouches, les chrétiens réussirent à garder al-Mahdiya totalement isolée et sans accès au continent.[15]

 

Dans un conseil chrétien de guerre, cependant, les Génois proposèrent finalement l’emploi d’un testudo ou d’un penthouse sur roues (eschaffault sur petites roues), pour lesquels, déclarèrent-ils, ils avaient les composants à bord de leurs transports.[16] Assemblé, il atteindrait trois étages de haut. Ils le rouleraient jusqu’à la tour du port, que les marchands latins alors dans al-Mahdiya les avaient informés qu’elle était le point faible dans les murs.[17] Il fut également considéré que les porteurs de ce front domineraient le reste de la ville et briserait toute résistance.[18] Les Génois avaient également apporté avec eux deux énormes grappins appelés « becs de faucon » qu’ils pourraient attacher aux toits de deux structures en bois avec des parois latérales pour protéger les flancs de quinze hommes d’armes et dix arbalétriers alors qu’ils monteraient les échelles de la tour.[19] Ils construisirent ces structures sur quatre galères qui les transporteraient à la tour du port en face de leur ancrage, et il ne fallait que seulement huit jours pour construire ces appareils.[20] La suggestion fut considérée comme excellente et une autre décision fut également prise par le conseil qu’une partie de l’armée devrait assaillir les portes afin d’attirer la garnison du mur face à la mer pour assurer l’utilisation complète des nouvelles structures, tandis qu’un autre corps de gardes surveillerait l’arrière contre les attaques des rois Magrébins.[21]

 

Tous les Génois se mirent à travailler et l’armée se réjouit, chacun pensa que la chute d’al-Mahdiya était certaine.[22] Observant jour après jour la construction de de la tour de trois étages ou penthouse, les autorités dans Mahdiya confinèrent les marchands latins dans leurs logements.[23]

 

L’amertume du désenchantement des croisés était cependant aussi grand que l’espoir de leur espérance. Ni la tour élaborée, ni l’ingénieuse adaptation des « becs de faucon » aux circonstances du siège, ni même l’assaut farouche des portes ne furent d’aucune utilité, [24] ni n’apportèrent de résultat. La vigilance des citoyens tunisiens était inébranlable. Dès qu’ils prirent conscience de l’activité génoise, ils renforcèrent la garnison de tous les côtés. Il semblerait même qu’ils devinèrent le but de la tour en bois car ils apportèrent leur artillerie lourde à l’endroit où l’action fut menée.[25] La tour sur roues fut tirée par des hommes en direction du mur face à la mer. La lenteur de sa progression donna amplement aux musulmans l’occasion de la bombarder pendant toute une journée et une nuit jusqu’à ce qu’ils la réduisent à un tas de cendres brûlantes avant d’atteindre son objectif.[26] Les musulmans concentrèrent leurs bombardes à la tour du port, et se défendirent (dit Ibn Khaldoun) avec la certitude d’une récompense glorieuse dans le monde suivant.[27] Ils lancèrent des pierres et des flèches sur les assiégeants et lancèrent des poudres et du naphte sur le grand penthouse, le brûlant complètement en une nuit et un jour, alors que les Génois le dirigeaient vers la tour.[28]

 

Le duc de Bourbon ordonna un grand assaut sur les trois portes pour détourner une partie de la garnison de la tour, de sorte que les becs de faucon, au sommet des fortifications sur les galères, pourraient être utilisés avec quelque espoir de succès.[29] Les marins génois qui réussirent à atteindre les remparts après un effort prodigieux, furent cependant déjoués par une invention musulmane pour contrer l’utilisation des becs de faucon. Une structure fermée en bois fut construite à la hâte sur la tour susceptible d’être attaqué par les Génois.[30] Des fissures furent laissées ouvertes dans son toit pour l’utilisation des armes, et l’intérieur fut rempli de soldats. Les marins déchaussés qui tentèrent de traverser cette zone eurent leurs pieds gravement blessé par les épées et les flèches musulmanes de l’endroit le plus inattendu.[31] Les attaquants chrétiens ne pouvaient ni voir ni atteindre leurs assaillants au-dessous d’eux, et de nombreux génois sautèrent de la tour haute dans la mer. « Ainsi, » dit Cabaret, « l’assaut avec les becs de faucon pris fin. »[32]

 

Pendant ce temps, le duc de Bourbon, les nobles et les hommes d’armes assaillirent les murs « si violemment qu’une des portes fut incendiée mais la défense était si forte que les hommes du duc ne purent aller plus loin.[33] Leur seule succès dans ce combat fut l’empêchement des rois de Bejaia (Bougie et autres orthographes), de Tlemcen et de Tunis qui vinrent avec leurs armées combinées, réduite à quarante-six mille hommes, de pénétrer dans le camp des croisés alors que la principale bataille faisait rage aux portes.[34]

 

La bravoure de la population de la ville se révéla maintenant plus qu’un casse-tête pour les forces chrétiennes alliées. Après près de dix semaines d’assauts incessants, les croisés échouèrent à prendre la ville d’assaut ou d’anéantir l’armée Magrébine, ce qui eut un effet très décourageant sur l’esprit de l’armée.[35] L’objet de la campagne resta inachevé, et il n’y avait aucun signe pour indiquer que son accomplissement était plus proche que lors du premier débarquement sur le sol infidèle.[36] Chaque jour, les combats devinrent de plus en plus lourds et la lourde armure occidentale, adaptée pour la guerre dans les climats plus frais et conçu principalement pour le combat à cheval, devint un sérieux handicap.[37] L’armure chrétienne se compare mal avec les protections musulmanes en cuir[38] qui, bien qu’offrant moins de protection que les manteaux en maille d’acier porté par les chevaliers et hommes d’armes, leur  donnaient l’avantage d’un mouvement plus libre, et leur destriers arabes légers assurait une action plus rapide.[39]

 

 

 

[1] Cabaret d’Orville; pp. 230-1.

[2] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; pp. 416-7.

[3] Cabaret d’Orville, chap. Lxxv, pp. 229—31; Froissart, XIV, 223—26.

[4] Cabaret d’orville; p. 232.

[5] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 417.

[6] KM Setton: Crusade; p. 335.

[7] Froissart, XIV, 227—29; Religieux de Saint-Denys, I, 660; V. Foglietta, Dell’ Istorie di Genova (1597), p. 349.

[8] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 417.

[9] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 419.

[10] KM Setton: Crusade; p. 335.

[11] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 419.

[12] KM Setton: Crusade; p. 335.

[13] KM Setton: Papacy and the Levant; … vol2; p. 335.

[14] Cabaret d’Orville: Chronique, chap. Lxxvi, pp. 235—8.

[15] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 422.

[16] KM Setton: Crusade; p. 336.

[17] KM Setton: Papacy and the Levant; … vol2; p. 336.

[18] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; pp. 422-3.

[19] KM Setton: Crusade; p. 336.

[20] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 422.

[21] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; pp. 422-3.

[22] Cabaret d’Orville: Chronique; p. 240.

[23] KM Setton: Crusade; p. 336.

[24] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 423.

[25] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 423.

[26] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 423.

[27] Ibn Khaldun; Kitab al-Ibar; VI; p. 400; Keneth Setton 336.

[28] KM Setton: Crusade; p. 336.

[29] KM Setton: p. 336.

[30] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 423.

[31] Cabaret d’Orville; Chronique; p. 241.

[32] KM Setton: Crusade; p. 336.

[33] Cabaret d’Orville: Chronique; p. 241.

[34] Cabaret d’Orville; pp. 241-2.

[35] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 424,

[36] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 424,

[37] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 424.

[38] Froissart: Oeuvres; XIV; p. 230.

[39] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 425.

 

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