OSMANLI

OTTOMANS

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Marino Sanudo

 

Marino Sanudo l’Ancien (1274-c.1343) était un homme d’affaire vénitien et un propagandiste des croisades. Son père Marco Sanudo de la famille Torsello, était un noble vénitien et un neveu du doge Enrico Dandolo de la quatrième croisade renommée.[1] Marino vécut pendant un certain temps dans le quartier vénitien d’Acre en 1286 et consacra sa vie adulte à écrire et à défendre une croisade pour « reconquérir » la Terre Sainte, ainsi que pour une défense plus efficace des états latins dans l’Égée.[2] Il combina la perspicacité des princes marchands avec une grande compréhension des nations au-delà de la mer. Il enrichit, en outre, ses connaissances personnelles et son expérience par des voyages dans la région du Levant, la Grèce, l’Arménie, la Syrie et l’Egypte.[3]

 

Son « Liber secretorum fideliurn Crucis (Le Livre des Secrets des fidèles de la Croix)[4] » dont la première édition fut consacrée au pape Clément V en 1309,[5] est sans doute le plus complet et pratique de tous les traités de récupération. Il affiche à la fois une connaissance de l’Orient et une appréciation des difficultés d’organisation des croisades.[6]  Son argument « Secreta fidelium Crucis, » était simple : si le Sultan d’Egypte devait être privé de sa principale source de revenus, qui était le commerce, il finirait par tomber dans un état de faillite matérielle et militaire, de sorte que les croisés pouvaient conquérir sans difficulté la Terre Sainte.[7]

 

Dans les trois principales divisions de son livre, il traite de ce qu’il considérait comme les trois étapes naturelles d’une croisade réussie. Il était nécessaire d’accélérer et d’affaiblir d’abord l’économie de l’Egypte.[8] Lorsque cela serait réalisé, l’invasion du territoire mamelouk, la deuxième étape pourrait suivre normalement sans difficulté. Dans la troisième et dernière section, il montre les possibilités et les moyens par lesquels la conquête pourrait être soutenue et la Terre Sainte conservé entre les mains des « fidèles. »[9]

 

Pour appauvrir le Sultan, Sanudo propose une interdiction du commerce avec les musulmans et un sévère blocus maritime sous la direction du pape jusqu’à ce que l’économie égyptienne soit détruite.[10] L’ensemble du premier livre du Secretorum Liber est consacré essentiellement au blocus économique de l’Égypte mamelouke. Pour Sanudo, comme pour pratiquement tous les théoriciens depuis 1270, c’était le corollaire indispensable de l’action militaire, et son approche de l’embargo était globalement conforme à la politique pontificale de l’époque.[11] La papauté, qui depuis le Troisième Conseil de Latran (1179) avait opposé son veto au commerce avec les musulmans en matériel de guerre, tenta sous le règne de Nicolas IV d’empêcher tout commerce avec les terres détenues par les Mamelouks.[12]  La première fonction de la puissance maritime devait être l’application du boycott du commerce qui, bien que principalement dirigée contre l’Egypte, devait englober tout le domaine des pays islamiques y compris les royaumes de Tunis et de Grenade ainsi que le Sultanat turc croissant en Asie Mineure.[13]

 

Comme Henri II de Chypre, Sanudo plaida pour un débarquement en Egypte, qui devait être effectué initialement par un passagium parvum de 15.000 fantassins et seulement 300 chevaliers, dont le travail serait de finaliser le passage général.[14] Le passagium parvum était le fer de lance de la croisade et dans de volumineux écrits et des rencontres personnelles avec ceux des cours française, papale, et des tribunaux napolitains qui participèrent à la croisade ou aux affaires de la Méditerranée orientale, Sanudo tenta d’apporter l’urgence et le réalisme à la planification des années 1321-34.[15] Dans la prédication de la croisade, et afin d’assurer une réponse générale en grand nombre, cela devrait être effectuée par le Grand Pontife lui-même. Les croisés profiteraient d’une alliance avec les chrétiens de Nubie qui étaient prêts à envahir l’Egypte du Sud et par un pacte avec les Tatars qui pourraient descendre sur la Syrie.[16] Mais l’Egypte restait la racine de tout le problème. Une fois la racine supprimée, le reste serait facile.[17]

A ce point cela démontre que des contacts avaient déjà été établis avec les Nubiens et les Tatars.

 

Sanudo insiste sur le fait de débuter les opérations en Egypte et s’opposa à la route terrestre à travers l’Europe et l’Asie Mineure pour la Terre Sainte. La diversité de ces pays et la difficulté d’obtenir des dispositions ont été des facteurs décisifs contre celle-ci. Les croisés devaient abord s’établir sur la côte égyptienne, puis étendre peu à peu leurs activités colonisatrices sur le continent.[18]

En outre, un détachement de 5000 fantassins et 150 chevaliers pourrait périodiquement prendre la mer entre les mois d’avril et octobre pour stopper l’approche des galères étrangères pour le commerce avec les Egyptiens.[19] Ces opérations, Sanudo conclut, n’étaient que le héraut du « passagium generale » qui, composé de 50.000 fantassins et 2000 cavaliers, pourrait débarquer à Rosette et compléter l’invasion chrétienne, si commencée favorablement par le « parvum passagium.[20] » Avec la chute des Mamelouks en Egypte, la suprématie militaire de l’Islam serait compromise et tous les autres pays musulmans se rendraient à l’armée du Christ sans difficulté.[21]

 

Sanudo non seulement développa et modifia ses idées au fur et à mesure des changements des circonstances politiques mais obtint aussi une large diffusion à travers plusieurs copies de ses écrits : Jean XXII, le roi Robert de Naples, Charles IV, Louis de Clermont, et d’autres reçurent des copies du Liber Secretorum.[22] Les idées de Sanudo incluses dans ce projet serviraient pleinement leur objectif au cours des décennies et des siècles à suivre.

 

 

D’autres auteurs et leurs traités seront examinés dans par la suite dans les sections appropriées. Il vaut la peine de terminer ici brièvement avec un autre auteur, un célèbre pèlerin du quatorzième siècle, Ludolf Von Suchem qui est l’auteur d’une Description de la Terre Sainte et le Chemin faisant (vers 1350),[23] où il décrit non seulement les routes vers la Terre Sainte, mais aussi le continent du Levant. La route terrestre habituellement suivie, dit-il, est fastidieuse à Constantinople et dangereuse par l’Asie Mineure. Pour ceux dont cette voie serait la plus pratique, la deuxième étape du voyage de Byzance par mer est préférable au passage risqué à travers l’Asie Mineure. Ludolphe mentionne également l’autre route terrestre à travers les royaumes de Grenade, du Maroc, de « Barbarie, » de « Bougia » (Algérie aujourd’hui) et d’Egypte ; mais il s’étend sur la route maritime d’une manière approfondie et fournit au voyageur, au pèlerin et au croisé des informations précieuses tirées de ses expériences personnelles. Les étapes possibles du voyage en Méditerranée, la quantité des provisions nécessaires pour le voyageur individuel, les dates les plus appropriées pour la voile et les périls de la mer, sont quelques-uns des sujets que Ludolphe traite dans le cadre de la route maritime.[24]

 

Les idées de Suchem comme celles de ses prédécesseurs devaient s’avérer d’un intérêt essentiel pour les attaques chrétiennes continues contre les côtes d’Egypte et d’Afrique du Nord. Deux croisades, la première contre Alexandrie d’Egypte et la seconde contre al-Mahdiya en Tunisie dépassèrent les autres par leur ampleur et effets. Elles sont donc examinées tour à tour dans le prochain chapitre.

 

A l’opposé, nous n’avons pas la moindre connaissance d’un quelconque auteur musulman, passé ou récent, ayant écrit un ou des livres sur les moyens de venir à bout des chrétiens, de leurs pays et de les islamiser de force ni ne connaissons le moindre livre à ce sujet. Cela parait être uniquement et typiquement propre à la mentalité occidentale.

 

 

 

[1] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 116.

[2] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 36.

[3] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 116.

[4] M. Sanudo: Liber secretorum…; Édité par Bongars; Gesta Dei per Francos; T II; Hanover; 1611.

[5] AS Atiya: Crusade; op cit; p. 98.

[6] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 36.

[7] AS Atiya: Crusade; op cit; p. 98.

[8] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 120.

[9] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 120.

[10]  Atiya. p. 99.

[11] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 37.

[12] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 37.

[13] Liber dans Bongars; II; op cit; pp. 27-9.

[14] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 36.

[15] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 36-7.

[16] Liber dans Bongars; op cit; p. 36.

[17] Bongars; II.

[18] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 122.

[19] Liber dans Bongars; op cit; p. 81-3.

[20] Bongars; pp. 90-1.

[21] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 122.

[22] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 37.

[23] Traduit par A. Stewart for the ‘Palestine Pilgrim Text Society’ Publications, London, 1895.

[24] All dans AS Atiya: the Crusade of Nicopolis; op cit; pp. 25-6.

 

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