OSMANLI

OTTOMANS

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Un écrivain du quatorzième siècle, l’auteur anonyme des Tracts Bodleian à qui des références ont déjà été faite, décrit le plus rapide «via ad terram sanctam »[1] de la France, l’Angleterre, l’Allemagne et d’autres pays européens. Son Tract commence par la lamenter la disgrâce d’abandonner la Terre Sainte à son sort sous le joug du « sarrasin mécréant » et en demandant une action combinée pour sa libération comme premier devoir de tous bons catholiques.[2] Ensuite, il donne une description géographique et nautique intéressante du Levant du point de vue des croisés. Alexandrie, Acre, Tripoli, ainsi que les ports de Chypre et Arménie sont tous des débarcadères appropriés pour les forces chrétiennes.[3] De l’un de ces points, une croisade peut être menée par voie terrestre aux lieux saints, et, pour guider les croisés, l’auteur décrit en détail les routes d’Egypte et de Syrie.[4]

 

La papauté ne tarda pas à mettre en application ces idées. Aussitôt après la chute d’Acre, le pape Nicolas IV (pape 1282-1292) décréta l’interdiction des approvisionnements au Sultan d’Egypte de tous les produits de guerre, des chevaux, du fer, du bois, des denrées alimentaires et d’autres articles ; menaçant d’excommunication quiconque défierait l’interdiction ; les infâmes coupables seraient perpétuellement privés de tous leurs droits civils et ne pourraient intervenir ni comme témoins ou hériter.[5] Pour appliquer la politique, Manuel Zaccaria fut chargé par les autorités de l’église d’assembler une flotte pour contrôler côte orientale.[6]

 

L’élection de Clément V en 1303, marqua le début d’une période de plus grande espérance. En juin 1306, le Pape signala ses intentions en convoquant les maîtres des Hospitaliers et du Temple d’Orient pour lui donner des conseils.[7] Le Maître des Templiers, Jacques de Molay, était quelque peu conservateur et préconisa « un passage général sans passage particulier préliminaire. » Une armée de 15.000 soldats montés et 50.000 fantassins devrait selon lui, être transporter par voie maritime et se reposer à Chypre avant d’attaquer la côte mamelouke.[8] 

 

En 1308, le pape Clément V publia un nouvel édit, interdisant les échanges avec l’Orient, et averti que tout commerçant pris serait directement livré à l’esclavage.[9]

Durant cette même année,  Clément accorda à l’Ordre de Saint-Jean, la mission de contrôler la côte Méditerranéenne orientale.[10]

En août de cette année, le même Clément V, annonça la convocation d’un conseil général qui se réunirait à Vienne en 1310 afin d’examiner non seulement la question des Templiers mais aussi des croisades et la réforme de l’Église.[11]

La suppression de l’Ordre, décrétée par la bulle pontificale « Vox in excelso » en avril 1312, finalement ouvrit la voie pour le lancement d’une croisade de récupération. Un dixième sur six ans fut prélevée sur l’église universelle pour réunir l’argent nécessaire pour le passage général.[12]  Comme Grégoire X, Clément appela à un mémorandum d’experts et de conseils détaillés sur la stratégie que la croisade poursuivrait qui suscita beaucoup d’attention à la fois au Conseil et à ses conséquences immédiates.[13] Le roi Henri II de Chypre envoya deux envoyés au Conseil pour présenter un mémoire dans lequel il plaida en faveur d’une application plus agressive de l’embargo commercial et pour une invasion ultérieure de Egypte par une armée de croisade opérant de Chypre.[14] 

 

Deux grandes croisades, une contre Alexandrie en Egypte en 1365, et une contre al-Mahdiya en Tunisie en 1390 (qui seront examinées plus loin en détail) furent lancées dans le cadre du nouveau plan de croisade. Ces deux croisades ne sont que les points culminants d’une attaque incessante de la chrétienté occidentale contre le commerce et les économies côtières musulmanes.

En l’an 1303, Marino Bulgaro, probablement d’origine génoise, naviguait dans les eaux autour de Crète et donnait la chasse à tout navire qui visait Alexandrie.[15]

En 1304, la flotte pisane, renforcée par des navires génois et des navires probablement provençaux, prit la ville de Bône (Algérie orientale), et ravagea la côte à Carthage.[16]

Suite à l’édit de 1308 du pape Clément V, interdisant les échanges avec l’Orient,[17]  dix croiseurs furent envoyés dans les eaux, principalement entre l’Asie Mineure et l’Egypte, pour attaquer tout bateau marchand naviguant sur la mer et les poursuivre jusqu’aux côtes et les ports.[18] Les littoraux syrien et égyptien furent dévastés par des raids répétés[19] en particulier les villes côtières de Beyrouth, Tripoli, Alexandrie, Rosette et Damiette. Pendant ce temps sur la côte nord-africaine, des milliers de paysans et propriétaires fonciers de toutes les conditions furent kidnappés à Djerba en 1310 et à Tripoli en 1355, par Muntaner, Roger et Philipe Doria, puis revendus en Europe comme « vil bétail. »[20]

Les Portugais maintinrent la Guerra do Corso, une activité corsaire incessante en Méditerranée[21] et furent imités dans la Méditerranée et l’Atlantique par les Espagnols et les Français.[22] Tout incident soit avec des fonctionnaires des douanes tunisiennes ou des chefs de tribus bédouines était une excuse pour reprendre les attaques contre les navires musulmans.[23] Le Maroc, fit face à l’alliance combinée des Castillans et des Portugais qui défirent le pouvoir Mérinides à Salado 1340,[24] tandis qu’une alliance Castillo-Génoise en 1344 détruit sa marine.[25]

De terribles cruautés furent infligés aux musulmans dans le processus « rappelant l’esprit des croisés et même les juifs confondus avec les musulmans souffrirent beaucoup en raison de la haine pour les musulmans » note Bresc.[26]

 

L’état tunisien hafside, trop faible, devint la proie des envahisseurs qui infestaient son littoral et paralysaient son activité maritime.[27] Les pillages et les asservissements massifs dévastèrent les économies côtières du Maghreb pendant des siècles jusqu’à ce que, en alliance avec les Turcs, le Maghreb forma une puissante alliance pour combattre.[28] Plus à l’est, il y eut une succession de raids par le roi de Chypre, entraînant l’incendie de Tripoli, de Tortose et de Lattaquié sur la côte syrienne.[29]  Puis en 1365, ce même roi conduisit la croisade d’Alexandrie, l’un des coups les plus dévastateurs contre le système économique des musulmans. D’autres assauts furent lancés contre les côtes et les expéditions musulmanes, comme on le verra plus en détails dans les chapitres suivants qui culminèrent au cours du quatorzième siècle avec la croisade d’al-Mahdiya en 1390. 

 

Ces attaques n’étaient pas des actes aléatoires fomentés par des pirates de guerre mais au contraire, formait le noyau d’un plan bien conçu et articulé visant la ruine des pays musulmans avant leurs conquêtes exactement comme on le voit maintenant et que nous a annoncé le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à travers les embargos sur l’Irak, la Syrie et l’Egypte.

 

 

 

[1] Ashmole MS; p. 342 ff; 1-6; dans S. Atiya: The Crusade of Nicopolis; Methuen & co. Ltd; London; 1934; pp . 23-4.

[2] Ashmole MS; FI

[3] Ashmole MS; F. 2.

[4] AS Atiya: the Crusade of Nicopolis; op cit; p. 24.

[5] Dans W. Heyd: Histoire; part ii; op cit; p. 25.

[6] Raynald.a.a1308, no 34; Paoli, II, p. 19, 31, dans W. Heyd: Histoire; op cit; p. 29.

[7] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 25.

[8] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 25.

[9] W. Heyd: Histoire; op cit; p.27.

[10] Raynald.a.a1308, no 34; Paoli, II, p. 19, 31, dans W. Heyd: Histoire; op cit; p. 29.

[11] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 28.

[12] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 28.

[13] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 28.

[14] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 28.

[15] Taf and Thom., ined., commemoriali; I; p. 40; No 176 dans W. Heyd: Histoire; op cit; p. 30.

[16] ML de Mas Latrie: Traites de paix et de commerce… Burt Franklin, New York, Originally Published dans Paris, 1866; p.8.

[17] W. Heyd: Histoire; op cit; p.27.

[18] Ibid. p.28.

[19] IM Lapidus: Muslim Cities in the Later Middle Ages: Harvard University Press; Cambridge Mass; 1967; p. 27.

[20] ML de Mas Latrie: Traités de paix, op cit; .237.

[21] S. Subrahmanyam: The Portuguese Empire in Asia 1500-1700 (Longman; London; 1993), p. 38.

[22] Subrahmanyam. p. 49.

[23] ASP (Archive di Stato Palermo); ND. A. Aprea 813, 3.06. 1457 dans H. Bresc: La Course Méditerranéene au Mirroir Sicilien (XII-XVeme Siècle); dans Politique et Société en Sicile; XII-XV eme siècle (Variorum; Aldershot; 1990), pp. 91-110; p. 97.

[24] S. Subrahmanyam: The Portuguese Empire; op cit; p. 38.

[25] JA Robson: The Catalan fleet and Moorish sea power; The English Historical Review; Vol LXXIV: (1959): pp 386-408; p.407.

[26] ACA Cancilleria 2824, f. 64 v dans H. Bresc: La Course Méditerranéene at p. 97.

[27] H. Bresc: La Course Méditerranéene; op cit; p. 94.

[28] H. Bresc: La Course Méditerranéene; op cit; p. 102.

[29] CR Conder: The Latin Kingdom; op cit; p. 417.

 

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