OSMANLI

OTTOMANS

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1291-1390 : Anciens et nouveaux moyens contre l’ennemi musulman

 

Selon les mots de Housley :

« Les nouvelles de la conquête mamelouke d’Acre furent plutôt reçue en Occident avec consternation qu’horreur. Caractéristiquement, la récrimination était à l’ordre du jour de sorte que Thaddeo de Naples, qui était présent au siège et qui écrivit une description précieuse de la chute de la ville à Messine à la fin de 1291, critiqua le comportement d’Henri II, des marchands italiens, et d’autres. Mais il serait faux de conclure que les contemporains ne furent pas affectés par la catastrophe, ou qu’ils considéraient l’occupation musulmane de la Terre Sainte comme irréversible. »[1]

 

De même, Atiya note :

« La captivité babylonienne (en termes plus simple, le conflit entre papes opposés élus en même temps, l’un à Rome et l’autre dans la ville française d’Avignon), et la répression des Templiers choqua l’esprit médiéval, alors que le Conseil de Vienne garda la chrétienté occidentale occupée avec des conjectures sur les grands enjeux. Pourtant le passage du malheureux royaume de Jérusalem laissa une marque indélébile sur l’imagination des générations plus âgées qui avaient été témoins ou entendirent parler de la succession des désastres en Terre Sainte avec une alarme intense. Malgré toute l’influence distrayante résultant des fluctuations de la fortune de l’église et des organisations religieuses, les hommes continuèrent à réclamer l’action pour racheter l’héritage du Christ en Orient et beaucoup d’efforts furent consacrés à la promotion de la croisade. »[2]

 

En effet, la défaite des croisés de 1291 et leur élimination de l’Orient musulman ne constituait qu’une phase dans l’histoire de la confrontation entre l’Occident chrétien et l’Islam et n’était nullement terminée (on pourrait affirmer qu’elle venait juste de commencer). Le fait que l’Occident chrétien déchaina des millions d’hommes dans une croisade continue de deux siècles, infligeant une guerre totale à l’Islam, qui finalement échoua dans son but ultime, présenta (à l’Occident chrétien) un défi gigantesque. De nouvelles solutions devaient être trouvées pour résoudre ce problème musulman. L’Occident ne pouvait tout simplement plus se permettre d’envoyer des millions d’hommes dans un conflit qui l’avait saignée financièrement et en termes de vies consommées sur les nombreux champs de bataille d’Asie Mineure, de Syrie, de Palestine et d’Egypte.

 

Comme le remarque Housley :

« Il y avait un consensus général selon lequel la reconquête de la Terre Sainte était la responsabilité solennelle de tous les chrétiens et en particulier de leurs dirigeants … Mais cette responsabilité était généralement formulée dans le contexte des développements que nous avons déjà noté : une prise de conscience croissante des graves problèmes rencontrés, rendues encore plus graves par la perte des derniers ports ; une impasse stratégique résultante qui pris la forme d’un débat complexe sur tous les aspects de la planification des croisade ; et, d’une manière plus frappante, un ton de prudence dominant dicté par un sentiment de ce qui était en jeu. »[3]

La situation postérieure à 1291 était donc, d’une part l’adhésion continue à l’esprit de croisade, et d’autre part, à la réussite. C’est la situation après 1291, à laquelle devait répondre les penseurs chrétiens, les élites, les monarques, et surtout les papes et les autres personnalités religieuses, ou plus simplement : comment écraser l’ennemi musulman avec des moyens nouveaux et plus efficaces.

 

Un grand nombre de penseurs émergèrent à la fin du treizième et tout au long du quatorzième dans la chrétienté pour présenter leurs idées, leurs projets et théories pour réaliser de tels objectifs et trouver la solution finale au problème musulman. Pour la première fois, les universités occidentales prospérèrent et furent à l’avant-garde en venant avec des façons et des manières de vaincre l’ennemi musulman avec des idées et les fondements de la foi. Un ancien penseur, Jean de Segovia, par exemple, conclu que l’Islam devait être abordé au niveau fondamental du Coran, avec de meilleures traductions qu’auparavant afin de « saisir les contradictions, les erreurs, les confusions, les traces d’auteur composite et de convaincre tout le monde qu’il n’était pas ce qu’il prétend être. »[4]

Et comme lui, Bacon, Wycliffe, Humbert de Romans etc., conclurent que les musulmans ne pouvaient pas être convertis par la persuasion ou par l’épée depuis que « leurs cœurs étaient endurcis, qu’ils méprisaient les Saintes Ecritures, qu’ils rejetaient les arguments, qu’ils s’accrochaient aux mensonges du Coran, »[5] et qu’une attaque académique devrait être lancée sur eux, que des professorats arabes devrait être établi à Paris, Oxford, Bologne et Salamanque.[6]

Plus efficace, Bacon a soutenu dans son Opus Maius, serait l’apprentissage des langues et de la philosophie afin de convertir les infidèles.[7] Ramon Lull, pour sa part, suggéra d’écrire des livres pour la conversion des juifs et des musulmans au christianisme et d’établir des écoles et des monastères où les futurs missionnaires pourraient apprendre l’hébreu et l’arabe.[8]

En 1311, au Conseil de Vienne, il présenta une pétition contenant huit articles.[9] Dans le premier, il pressa le Conseil de créer trois collèges à Rome, Paris et une autre ville où la philosophie, la théologie et les langues orientales pourraient être enseignées à des fins missionnaires. Dans le second, il exhorta l’unification des divers ordres militaires dans un corps efficace capable d’attaquer les Berbères et les Sarrasins par mer et terre.[10] Dans la troisième et dernière séance du Conseil, il fut décidé que, pour la propagation de la foi chez les incroyants, des chaires devaient être créés pour l’étude des langues orientales (hébreu, arabe et « chaldéen ») à Rome et dans les universités de Paris, Oxford, Bologne et Salamanque. Les professeurs devraient être nommés par le pape à Rome, le roi de France à Paris et dans les universités restantes par leurs prélats et branches respectives.[11]

 

Alors que le monde universitaire occidental, depuis cette période de la fin du Moyen Age commença son long, ardu et pourtant très efficace travail destructeur, qui se poursuit encore aujourd’hui, un autre groupe parmi les chrétiens élabora des théories et des projets dans des formes et manière plus concrètes qui visaient à briser le pouvoir islamique, derrière l‘objectif officiel commun de la récupération de la Terre Sainte.

Avec des motifs mitigés, dit Atiya, « les laïques tels que Pierre Dubois, Guillaume de Nogaret et autres formulèrent leurs plans pour la guerre sainte et exhortèrent les papes et les rois à prendre l’initiative dans cette matière. Le clergé de haut niveau, aussi, ne pouvait pas rester passif envers l’une des questions brûlantes du moment, et un certain nombre d’entre eux présentèrent des conseils et des plans précis pour la récupération de la terre promise, alors aux mains des incroyants. Les principaux parmi eux, le prince Hayton, Guillaume Adam et Guillaume Durant « le Jeune » qui figurait parmi les propagandistes de l’époque, laissèrent des dossiers notables de leur point de vue sur la réalisation de la croisade ».[12]

 

Les projets élaborés par ces derniers et leurs auteurs, feront l’objet d’une attention particulière un peu plus loin dans ce chapitre, ainsi que dans les prochains. En bref ici, certaines de leurs méthodes pour vaincre l’Islam peuvent être décrites. L’un de ces principaux moyens pour vaincre l’Islam impliquait l’utilisation d’un blocus économique et militaire, à savoir l’asphyxie du commerce et des économies musulmanes, combinés ou suivis, par une croisade militaire qui fut appliqué à la lettre.

 

Fidenzio de Padoue qui publia un traité intitulé le Liber de Recuperatione Terre Sancte, qu’il consacra au pape Nicolas IV (1282-1292),[13] offre une histoire savante de la Terre Sainte, ainsi qu’une discussion sur le type d’armée nécessaire à sa récupération.[14] Certaines de ses propositions impliquaient le blocus maritime de la côte musulmane, particulièrement celle de l’Egypte et la mise en place de bases militaires en Arménie et en Syrie.[15]

 

Lull, en 1306, pour sa part, indiqua que, si les chrétiens s’abstenaient d’acheter des épices des Egyptiens pendant seulement six ans, puis débarquaient à Alexandrie ou en Syrie, il ruinerait le Sultan, rendant ainsi inutile les croisades.[16]

 

La papauté eu également connaissance de l’histoire de l’Orient écrit par le prince arménien, Hayton (Hethoun),[17] qui recommanda également, à titre de mesure préparatoire, avant le lancement d’une quelconque croisade, l’arrêt des exportations de l’Egypte, qui entrainera un état de privation totale.[18]

 

En même temps, en 1307, un mémoire du Grand Maître des Templiers arriva à la même conclusion et conseilla la cessation du commerce avec les musulmans.[19]

 

 

 

 

[1] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 22.

[2] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; Methuen & Co Ltd; London; 1938; p. 62.

[3] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 22.

[4] Dans Z. Sardar; MW. Davies: Distorted Imagination; Grey Seal Books; London; 1986; p. 40.

[5] Dans Z. Sardar; MW. Davies: Distorted Imagination; op cit; p. 40.

[6] Z. Sardar; MW. Davies: Distorted Imagination; op cit; p. 40.

[7] Jo Ann Hoeppner Moran Cruz: Popular Attitudes Toward Islam; dans DR Blanks et M. Frassetto ed: Western Views of Islam dans Medieval et Early Modern Europe; St.Martin’s Press; New York; 1999; p. 69.

[8] JA Hoppner; p. 69.

[9] Petitio Raymundi dans Consilio generali ad acquirendam Terram Sanctam, Munich MS. ff. 86 ro—88 vo.

[10] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 86.

[11] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 86.

[12] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; p. 62.

[13] Fidenzio di Padua: Liber Recuperatione… ed par G. Golubovitch: Bibliotheca Bio-Bibliografica della Terra Sancta e dell’ Oriente francescano; 5 vols; Florence; 1906-27; ii; pp. 9 ff.

[14] S. Runciman: A History; op cit; vol 3; p. 430.

[15] AS Atiya: Crusade, Commerce and Culture (Oxford University Press; London; 1962), p. 95.

[16] Dans W. Heyd: Histoire du commerce du Levant au Moyen Age; Leipzig; 1885-6; re-ed; Amsterdam 1967; p. 27.

[17] Historia orient, cap. 56; dans M. Heyd: Op cit. 27.

[18] Dans. W. Heyd: Histoire; pp. 27-8.

[19] Baluze: Vitae papar. Avenion., II; p. 180 dans W. Heyd: Histoire; op cit; p. 27.

 

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