OSMANLI

OTTOMANS

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L’invasion mongole, qui coïncida avec les croisades fut tout aussi dévastatrice. Durant résume les effets de la catastrophe mongole :

« Le 13 février, 1258, Hulagu et ses troupes entrèrent dans Bagdad et commencèrent quarante jours de pillage et de massacre ; 800 000 des habitants, dit-on, furent tués. Des milliers de chercheurs, scientifiques et poètes tombèrent dans le massacre aveugle ; les bibliothèques et les trésors accumulés au fils des siècles furent pillés ou détruits en une semaine ; des centaines de milliers de volumes furent consommés. Enfin, le calife et sa famille, après avoir été forcé de révéler la cachette de leur richesse secrète, furent exécutés. Ainsi pris fin le califat abbasside en Asie. Hulagu retourna en Mongolie. Son armée resta derrière, et sous d’autres généraux, avança pour la conquête de Syrie. A ‘Ayn Jalout, elle rencontra une armée égyptienne sous les chefs mamelouks Qoutouz et Baybars, et fut détruite (1260). Partout en Islam et en Europe, les hommes de toutes les religions se réjouirent ; le charme de peur fut brisé. En 1303, une bataille décisive près de Damas mit fin à la menace mongole, et sauva la Syrie pour les Mamelouks, peut-être l’Europe pour le christianisme.

Jamais dans l’histoire, une civilisation n’avait souffert si soudainement un coup aussi dévastateur. La conquête barbare de Rome se répartie sur deux siècles, entre chaque coup et le suivant, la récupération fut possible ; et les conquérants allemands respectèrent, essayèrent de préserver certains, l’Empire mourant qu’ils aidèrent à détruire. Mais les Mongols, vinrent et s’en allèrent durant quarante ans ; ils ne sont pas venus pour conquérir et rester, mais pour tuer, piller, et emmener leur butin en Mongolie. Quand leur marée sanglante reflua, elle laissa derrière elle une économie fatalement désorganisée, les canaux brisés ou engorgés, les écoles et les bibliothèques en cendres, les gouvernements si divisés, pauvres et faibles pour gouverner, une population coupée en deux et brisée dans l’âme. L’indulgence épicurienne, l’épuisement physique et mentale, l’incompétence militaire et la lâcheté, le sectarisme et l’obscurantisme religieux, la corruption politique et l’anarchie, tous, aboutirent à un effondrement fragmentaire avant une attaque externe, ceci et non pas un changement du climat, transformèrent, l’Asie occidentale du leadership mondial à la misère, d’une centaine de villes grouillantes et cultivées en Syrie, en Mésopotamie, en Perse, au Caucase et en Transoxiane dans la pauvreté, la maladie et la stagnation des temps modernes. [1] »

 

Sur le plan économique, le massacre massif des populations et les rigueurs de guerre décimèrent à la fois la main d’œuvre et le marché. Les travaux d’irrigation, les vergers et les économies locales furent également détruites. La perte des terres aux profits des croisés fut particulièrement néfaste. Les terres agricoles furent transformées, en vertu d’un droit de conquête du système féodal européen ; par conséquent les musulmans, y compris les anciens propriétaires, se trouvèrent contraints à la servitude.[2] Même la plupart des musulmans convertis au christianisme furent transformé en serfs ou en esclaves, et les esclaves musulmans furent ajoutés de temps en temps à la population active.[3] Cela contredit le ragot de Richard nous dit : « que les colons chrétiens étaient essentiellement des paysans libres, dont beaucoup se déplacèrent dans les terres nouvellement récupérées des musulmans afin de profiter des magnifiques récoltes qui pourraient y être récoltées après que le sol était si longtemps en jachère.[4]

Nous notons ici sa parole : la récupération (et non pas l’usurpation). De plus, l’existence musulmane sous la domination franque (autre que le servage) était en captivité et l’esclavage, la ligne de démarcation entre les deux étant plutôt floue.[5] Quant à son « après que le sol était si longtemps en jachère, » il oublie de mentionner qu’après que les croisés aient massacrés toutes les populations locales !

 

La perte musulmane des villes comme Antioche, Beyrouth, Jérusalem, Tyr, Tripoli, Acre, etc., furent tout aussi désastreux. Dans ces villes conquises, tous les propriétés musulmanes et les biens de ceux qui étaient partis furent confisqués et le sort de ceux qui restèrent ne fut pas mieux.[6] La perte de ces villes eut également un grave impact sur le commerce musulman. Ces lieux, à de rares exceptions, devaient rester aux mains des croisés entre un et deux siècles (Acre fut reprise par les Musulmans en 1291). L’ensemble du réseau commercial reliant les deux moitiés du monde islamique, de l’est à l’ouest ainsi que la Méditerranée fut ainsi rompu. Le commerce maintenant passa dès lors sous le contrôle des croisés, et surtout sous le contrôle de Venise, Pise et Gênes, qui avait aidé les croisés avec leurs flottes. En échange de cette aide, ils obtinrent des concessions importantes de la papauté et des dirigeants locaux franques.[7] Les Vénitiens au 13e siècle, acquirent quatre-vingt villages près de Tyr, revendiquèrent un aussi un tiers de cette ville et des quartiers de Haïfa, Acre, Tripoli, et Ascalon.[8] Cette mainmise sur l’ensemble du commerce de la Terre Sainte, ruina les commerces locaux et les rivaux étrangers appauvrirent dans le processus les commerçants musulmans et juifs.[9]

D’autres bastions commerciaux islamiques furent ruinés par la guerre, les sièges et les occupations occasionnelles y compris celle des Mongols. Ainsi, Damas, Alexandrie, Damiette, et d’autres villes furent  finalement amené au bord de la ruine, perdirent des professions, des compétences, des artisanats et des métiers considérables et irremplaçables.[10]

L’insécurité sévit également partout. Alep, par exemple, fut menacé par la présence des croisés pendant des décennies jusqu’à l’essor de ‘Imad Zanki (r. 1128-1146) et Nour ad-Din Zanki (r. 1146-1174) ou elle réussit à retrouver une sorte d’activité urbaine.[11] Cependant, comme d’autres villes rasées au sol en 1260, et très certainement, comme le reste de la Syrie n’a jamais retrouvé la splendeur qu’elle connaissait avant les croisades et les assauts mongols.

Le coup final infligé au commerce et à l’économie musulmane fut bien sûr la destruction de son commerce caravanier autrefois puissant. Tout au long des deux siècles (1095-1291), et même après, il n’y avait pratiquement aucune sécurité pour les commerçants islamiques ou les marchandises dans et autour de la Syrie, la Palestine et les régions côtières de l’Egypte; les risques des attaques des croisés et par la suite des Mongol sur les caravanes était également trop élevé.[12] Dans nos ouvrages sur les Abbassides, nous avons rapporté les attaques constantes des caravanes musulmanes par les croisés et même les pèlerins vers la Mecque ne furent pas à l’abri de leurs méfaits.

 

Après deux siècles de destruction, ce fut, finalement les Mamelouks qui, plus que toute autre force musulmane, en 1291, jouèrent le rôle ultime dans la défaite finale des croisés. Au lieu des compromis et des trahisons adoptées par un grand nombre de leurs prédécesseurs ayyoubide, ce fut le Jihad qui joua un rôle important dans la base et l’inspiration de l’accomplissement militaire mamelouk.[13] Il leur permis de vaincre tous les ennemis des musulmans : les croisés, les ismaéliens, les Arméniens, les maronites, les Mongols et ramener la stabilité dans les terres de l’Islam.[14]

 

C’est aussi les Mamelouks qui continuèrent à faire face au danger persistant des Mongols et les espoirs que les chrétiens tenaient dans un tel allié. Les nouvelles de la victoire d’Ilkhan Ghazan sur les Mamelouks à la fin de 1299, de la grave perturbation qui mena  à la prise égyptienne de la Syrie et de la Palestine, et de l’offre généreuse de Ghazan pour permettre aux chrétiens de détenir la Terre Sainte, fit sensation en Occident.[15] Les catholiques virent les succès de Ghazan et l’offre comme un don de Dieu : « Ceci est l’œuvre du Seigneur et c’est merveilleux à nos yeux » (Ps 117: 23).[16]

Certains chroniqueurs écrivirent que l’Ilkhan avait conquis Egypte, ainsi que la Syrie, d’autres qu’il avait libéré les chrétiens capturés à Tripoli et Acre, ou qu’il avait pris revanche pour les massacres exécutés là-bas.[17] Ces événements apparemment miraculeux excitèrent les commentaires des contemporains plus que la chute d’Acre : car seule une lettre survécu qui décrit cette dernière, beaucoup traitèrent du triomphe de Ghazan. Boniface VIII exhorta ceux qui avaient précédemment pris la croix de partir pour la Terre Sainte récemment récupérée. Jacques II d’Aragon écrivit à Ghazan pour lui offrir des navires, des provisions, des troupes et il y existe des indications que les membres des ordres militaires occidentaux devrait revenir dans la Terre Sainte au printemps 1300.[18] Certains prirent la croix pour combattre en Terre Sainte et à Gênes, un « passagium quasi particulare » fut mis en mouvement.[19] Ainsi, comme Housley le rappelle parfaitement, quelques années seulement après la chute d’Acre, des événements eurent lieu qui démontrèrent avec une clarté sans équivoque à quel point était encore le fort désir de reprendre possession de Jérusalem et de la Terre Sainte, et combien les chrétiens occidentaux étaient prêts à contribuer à leur rétablissement.[20]

Cette entière nouvelle ferveur démontre une chose plus que le reste : les croisades de 1095-1291 n’étaient seulement qu’une phase d’un long assaut sur l’Islam et ce n’était pas la fin de l’histoire.

 

 

 

[1] W. Durant: The Age of Faith; op cit; pp. 340-1.

[2] Voir par exemple: J. Prawer: Histoire du Royaume Latin de Jérusalem; 2 Vols (Paris; 1969-70); I; p. 506 ff; C. Cahen: Notes pour une histoire de l’Agriculture dans les pays Musulmans médiévaux; Journal of the Economic et Social History of the Orient; xiv; 1971; pp. 63-8. Notes Croisades; 298 fwd; Et F. Chalondon: Histoire de la Domination Normande en Sicilie; 2 vols (Paris; 1907); vol ii: p.500.

[3] AM Watson: Agricultural innovation dans the early Islamic World; Cambridge University Press; 1983; Note 20; p. 211.

[4] J. Richard: The Latin Kingdom; op cit; p. 133-4.

[5] Dans BZ Kedar: The Subjected Muslims; op cit; p.153.

[6] AM Nanai: L’Image du croisé dans les sources historiques Musulmanes: dans De Toulouse a Tripoli, AMAM; Colloque held between 6 et 8 December, 1995 (University of Toulouse; 1997), pp: 11-39 p. 20.

[7] Z. Oldenbourg: The Crusades; op cit; pp. 295-300.

[8] Regesta: 31, 84, 102-5; 139; 197-8; 282; 434; 632; 639; dans CR Conder: The Latin Kingdom, p. 208.

[9] Z. Oldenbourg: The Crusades; op cit; pp. 297-8.

[10] Voir par exemple:

 -Sir Steven Runciman: A History of the Crusades; op cit.

 -JJ Saunders: Aspects of the Crusades (University of Canterbury Publishing; Canterbury; 1962.)

[11]AM Edde: Alep; dans Grandes Villes Méditerranéenes du Monde Musulman Médiéval; JC Garcin Ed; Ecole Francaise de Rome; 2000; pp 157-75; at p. 157.

[12] La bataille de Hattin de 1187 fut déclenchée par une telle attaque.

[13] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p.225.

[14] N. Daniel: The Arabs; op cit; p.218.

[15] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 23.

[16] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 23.

[17] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 23.

[18] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 23.

[19] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 23.

[20] N. Housley: The Later Crusades; Oxford University Press; 1992; p. 23.

 

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