OSMANLI

OTTOMANS

Upload Image...

Hillenbrand insiste sur le fait que le « moment de l’attaque des croisades n’aurait pas pu être plus propice pour les Européens. »[1] La première croisade serait-elle arrivée même dix ans plus tôt, elle aurait rencontré une forte résistance unifiée de l’état alors dirigé par Malik Shah, le dernier des trois soi-disant grands Sultans Seldjouks.[2] Au lieu de cela, lorsque les croisés arrivèrent, en 1096, l’Orient était divisé en d’innombrables principautés, et pire encore, les deux groupes dirigeants, les Seldjouks et les ‘oubaydi  étaient extrêmement hostiles les uns aux autres.

 

C’est donc le chaos dans l’Orient musulman qui invita l’attaque des croisés et facilita leurs progrès, que nous allons considérer en premier. Ce chapitre montre également que la situation en Occident chrétien, qu’elle soit politique, religieuse ou économique joua un rôle crucial dans le lancement des croisades.

Pour justifier l’attaque, cependant, l’église dû trouver un prétexte et inventer une histoire. Elle éleva donc le spectre des musulmans barbares qui massacraient les chrétiens, une condition préalable à l’assaut sur l’Islam depuis, toujours valide jusqu’à nos jours.

Chaque jour, il est question de minorité chrétienne massacrée récemment en Indonésie et au Soudan qui justifièrent l’envoi de troupe et virent la création de deux nouveaux états. Puis depuis quotidiennement au Pakistan, en Syrie et en Iraq, en Egypte et toujours lorsque des armées sont envoyées contre les pays musulmans.

Le cas de l’Afghanistan en différent puisqu’il n’y a pas de chrétiens afghans, c’est pour cela qu’ils ont plutôt choisit Oussama Ibn Laden, la culture de l’opium et la destruction d’une statue de Bouddha, comme un crime majeur contre la culture pour pouvoir lancer leur guerre.

Lisez les informations, il n’y a pas un seul jour, ou les chrétiens ne sont pas mentionné dans l’actualité, persécutés quelque part par leurs bourreaux musulmans. Et si la Terre Sainte n’avait pas été louée aux assassins du Christ pour mieux la leur reprendre par la suite, les croisades seraient encore d’actualités quotidiennes.

 

 

  1. Les divisions parmi les Musulmans en Orient au 10 et 11eme siècle.

 

La situation dans l’Orient musulman tourna pour le pire au dixième siècle. Cela débuta en l’an 900 lorsque la rébellion qarmate éclata en Arabie. Dans le voisinage de Koufa, dit Gibbon, un prédicateur du nom de Qarmat assouplit les obligations des ablutions, du jeûne et du pèlerinage, permis l’utilisation sans distinction du vin et interdit la nourriture et alimenta la ferveur de ses disciples par la répétition quotidienne de cinquante prières.[3]

Opérant depuis leur base dans la région de Koufa, les qarmates proclamèrent la suspension de la Shari’ah (la loi sacrée de l’Islam), et rassemblèrent autour d’eux les paysans du sud de l’Irak et les tribus du désert à proximité.[4]

Le mouvement qarmate, insiste Hitti, se transforma en une croissance très malicieuse dans la politique du corps de l’Islam, pour répandre le sang de leurs adversaires, même musulmans, si les qarmates le considérait comme légitime.[5] Entre le dixième et onzième siècle, les qarmates gardèrent la Syrie et l’Irak ensanglantées.[6] L’état qarmate tomba ensuite, mais comme le remarque Hitti, sa doctrine fut transmise aux ‘Oubaydi d’Egypte et l’une d’entre elle fut l’éruption du mouvement ismaélien ou des Assassins,[7] qui jouera un rôle crucial pendant les croisades.

 

Au milieu du chaos des qarmates en 913, la Perse occidentale fut envahie par les Daylam, une horde guerrière originaire des montagnes à l’extrémité sud de la Mer Caspienne.[8] Ils étaient extrêmement hostiles au calife abbasside. Sous leurs chefs de tribus, les Bouwayhi, occupèrent toute la Perse occidentale et établir leur capitale à Shiraz.[9] En 945, Ahmad Ibn Bouwayh, dont le père avait revendiqué descendre des anciens rois sassanides afin de renforcer le prestige dynastique,[10] sortit de Shiraz occupa Bagdad sans opposition. Le calife Moustakfi fut obligé de reconnaître son autorité et de lui donner sans réserve le titre « honorifique » de Mou’iz al-Dawla (celui qui rend l’état puissant.)[11] Malgré cela, les Bouwayhi infligèrent le califat de leur propre politique despotique et indisciplinée, soutenant et éliminant les califes selon leurs caprices.[12]

 

Le règne chaotique des Bouwayhi dura jusqu’à la troisième décennie du onzième siècle jusqu’à ce l’apparition de nouveaux arrivants. A l’est de l’Irak, en 1029, en provenance des steppes, apparu une tribu turkmène, les Ghouzz, qui s’installa dans la région de Boukhara, où ils embrassèrent l’Islam sounnite.[13]

Les chefs des Ghouzz étaient des membres de la famille seldjouk.

 

En 1044, le calife Qa’im a écrivit à Toughroul Beg, le chef seldjouk, qui était à Ray.[14] Le 18 décembre, 1055, Toughroul Beg à la tête de ses armées se trouvait à la porte de Bagdad.[15] Toughroul fut reçu par le calife avec des cérémonies élaborées et fut salué comme « le roi de l’Orient et de l’Occident. »[16] Profitant de l’absence temporaire de Toughroul Beg de Bagdad partit en expédition dans le nord, al-Basari, le commandant général de Toughroul sous les Bouwayhi, qui avait épousé la cause fatimide au Caire, à la tête de ses troupes Daylamite, força le calife al-Qa’im à signer un document renonçant à son droit et les droits de tous les autres Abbassides en faveur des ‘oubaydi du Caire, à qui il envoya les emblèmes du califat.[17] A son retour, cependant, Toughroul rétablit al-Qa’im et paya al-Basari de sa vie (1060). Les troupes Daylamite furent dissoutes et le pouvoir Bouwayhi détruit pour toujours.[18]

 

L’arrivée des Turcs Seldjouks marqua le début d’une nouvelle et remarquable ère dans l’histoire de l’Islam, note Hitti.[19]  Lors de leur apparition de l’Est dans la première partie du onzième siècle, le calife ne tenait qu’une ombre de son ancienne puissance et la terre islamique avait été presque entièrement démembrée. Telles étaient les divisions et les guerres que chaque prince local « attendait l’occasion de voler à la gorge de l’autre, » l’anarchie politique et militaire prévalait partout, le conflit Sounni-shiite l’ordre du jour, « l’Islam semblait écrasé. »[20]

C’est dans ce royaume chaotique que les Seldjouks entrèrent. Non seulement, ils rétabliront l’unité et la force islamique, un fait que les « historiens » non-musulmans ne leur pardonneront jamais,[21] mais ce fut aussi les Seldjouks qui se levèrent et combattirent les croisés comme le montre le chapitre suivant. 

 

Les ‘oubaydi furent contemporains avec les Seldjouks et furent aussi un autre élément central dans l’histoire des croisades. La montée au pouvoir des ‘oubaydi, note Breckenbridge, causa non pas seulement un changement majeur dans la répartition du pouvoir au onzième siècle, mais provoqua un changement majeur dans le monde islamique lui-même.[22] Près de deux siècles auparavant, lorsque les Aghlabides de Tunisie prirent la Sicile (827), le monde musulman était remarquablement unifié « une chaîne de tours de guet le long de la côte nord-africaine pouvait dépêcher les nouvelles d’Alexandrie à Gibraltar en une seule journée ; » cette situation changea avec la montée des ‘oubaydi.[23] Sous leur général Jawhar, un chrétien d’origine sicilienne, les ‘oubaydi conquirent l’Egypte et en 969, déplacèrent leur capitale au Caire.[24] Un an plus tard, ils établirent le contrôle à Damas, divisant ainsi complètement le monde musulman.

 

Le calife ‘oubaydi al-Hakim (996-1021) tellement fou de richesse et de pouvoir pour se proclamer Dieu, envoya des missionnaires pour établir son culte parmi les gens.[25] Cette condition de décadence généralisée signifiait, comme Hillenbrand le note justement, qu’alors que les croisés approchaient de la Terre Sainte en 1096, les musulmans avaient profondément enterré l’idée du Jihad. Maintenant, c’est les croisés qui possédaient la marge idéologique sur les musulmans.[26]

 

Pour aggraver les choses pour les musulmans et faciliter la tâche des croisés, éclata le mouvement des Assassin, un groupe ismaélien formé en Iran.[27] En 1090, un leader ismaélien, Hassan Ibn al-Sabbah (d. 1124), saisit la forteresse d’Alamout dans les montagnes d’Elbourz du nord de la Perse.[28] Stratégiquement située sur une extension des monts Elbourz, à 3100 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce nid d’aigle donna à Ibn al-Sabbah et ses successeurs un bastion central d’importance primordiale.[29] Les ismaéliens prirent par ruse ou par corruption, un certain nombre d’autres citadelles de montagne en Syrie.[30] De ces forteresses et au cours des deux siècles des croisades (1095-1291), les assassins ismaéliens lancèrent une campagne d’assassinat systématique de leader islamique,  sans précédent dans l’histoire.[31]

 

La politique ismaélienne, note Hillenbrand, était d’assassiner des personnalités politiques et religieuses islamiques,[32] ce qui réduisit considérablement le travail des croisés. En fait, juste avant les croisades, en l’espace de moins de deux ans, à partir de 1092, il y eut une table rase de tous les principaux dirigeants politiques du monde islamique de l’Egypte à l’Est.[33]

En 1092, la plus grande figure de l’histoire seldjouk, Nizam al-Moulk,[34] le prince de l’empire seldjouk depuis plus de trente ans, fut assassiné par les ismaéliens.[35] Un mois après Nizam al-Moulk, Malik Shah, le troisième Sultan seldjouk, mourut dans des circonstances suspectes après un règne de vingt ans couronné de succès. Sa mort fut suivie par celle de sa femme, de ses petits-fils et d’autres puissantes personnalités politiques.[36]

 

Sans hiérarchie, le monde islamique fut entrainé dans des conflits internes. Au onzième siècle rapporte Lamonte, la Syrie était « une courtepointe d’états semi-indépendants, » résultant des précédentes divisions orchestrées par l’empire byzantin et le califat ‘oubaydi du Caire.[37] Le monde musulman n’était donc pas en mesure de repousser les attaques de l’Europe occidentale, qui étaient sur le point de se produire.[38]

Le chronométrage des croisades, notes Hillenbrand, ne pouvait tout simplement pas avoir été « plus propice. » « Est-ce que les  Européens furent informé d’une façon quelconque que c’était le moment idéal pour se précipiter ? Malheureusement, il y a peu de preuves à ce sujet dans les sources islamiques, mais rarement le bras de la coïncidence a été si long.[39] »

 

 

 

 

[1] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p.31.

[2] Hillenbrand; p.33.

[3] E. Gibbon: The Decline and Fall of the Roman Empire; Methuen et Co; 1925 ed; vol 6; p. 49. 

[4] K. Salibi: A History of Arabia; Caravan; New York; 1980; p. 103.

[5] PK Hitti: History; op cit; p. 445. 

[6] The History of al-Tabari (Tarikh al-rusul wa’l muluk;)  State University of New York Press; 1997; vol XXXVIII; (tr F. Rosenthal) esp. pp. 81 ff.

[7] PK Hitti: History; op cit; p. 446. 

[8] PK Hitti: History; op cit; p. 470. 

[9] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; p. 54. 

[10] Ibn Khallikan: Wafayat al-Ayan wa-Anba Abna al-Zaman, Biographical Dictionary, tr., M. De Slane Duprat, Paris et Allen & Co., London, 1843; vol 1; p. 98.

[11] J. Glubb: A Short History; op cit; p. 120.

[12] E. Gibbon: The Decline and Fall; op cit; p. 56; J. Glub: A Short History; op cit; p. 120.

[13] Hitti; p. 474. 

[14] J. Glubb: A Short History; op cit; p. 129.

[15] PK Hitti: History; op cit; p. 474. 

[16] Ibn al-Athir: Kamil; op cit; vol ix; p. 436.

[17] PK Hitti: History; op cit; p. 474. 

[18] Hiti; p. 475. 

[19] Hitti; p. 473.

[20] Hitti.

[21] Voir, par exemple:

-E. Ashtor: A Social et Economic History of the Near East dans the Middle Ages; Collins; London; 1976; pp. 214 ff.

  1. Wiet et al: History of Mankind; Vol 3: The Great Medieval Civilisations; Tr. from the French; George Allen &Unwin Ltd; UNESCO; 1975; pp.243; 458; 663; etc.

[22] JD Breckenridge: The Two Sicilies; op cit; p.45.

[23] Breckbenbridge 45.

[24] JD Breckenridge: The Two Sicilies; op cit.

[25] W. Durant: The Age of Faith, op cit; chap 13; p.285.

[26] C. Hillenbrand: The Crusades; op cit; p.103.

[27] Voir Ibn al-Athir: Kamil; op cit; vols ix et x.

[28] JJ Saunders: Aspects of the Crusades; op cit. p.25.

[29] PK Hitti: History; op cit; p. 446.

[30] Ibn Battuta: Voyages d’Ibn Battuta, Arabic text accompanied by French translation by C. Defremery et BR Sanguinetti, preface et notes by V Monteil, I-IV, Paris, 1968, reprint of the 1854 ed. vol I; p. 166.

[31] JJ Saunders: Aspects of the Crusades; p.25.

[32] C. Hillenbrand: The Crusades; op cit; p.76.

[33] Hillenbrand p.18.

[34] Ibn Khallikan: Wafayat al-Ayan, (De Slane); op cit; vol I; p. 255.

[35] Ibn Khallikan; p. 256.

[36] C. Hillenbrand: The Crusades; op cit; p.33.

[37] JH Lamonte: Crusade et Jihad: dans The Arab Heritage, NA Faris editor; Princeton University Press, 1944; pp. 159-98; at p.163.

[38] C. Hillenbrand: The Crusades; op cit; p.18.

[39] Hillenbrand; p.33.

 

Upload Image...
Views: 0