OSMANLI

OTTOMANS

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L’année suivante, à Césarée, le plus grand massacre eut lieu dans la Grande Mosquée, où la population, hommes, femmes et enfants ont été massacrés sans pitié jusqu’à ce que « le sol fut un lac de sang.[1] »

Les atrocités croisées firent ravage dans la région. Bohémond, un des leaders des croisés, tua des musulmans et rôti leurs têtes à broche.[2]

 

En dehors d’Antioche, avant que la ville ai été prise en 1097, quelque 500 têtes de musulmans ont été ramenée au camp, et environ 200 d’entre eux ont été abattus dans la ville et le reste empalés en vue des défenseurs pour ajouter à leur détresse.[3]

A cette occasion, un croisé contemporain, Etienne de Blois, un participant, écrit à sa femme indiquant que les têtes avaient été amenés dans le camp afin que chacun puisse se les partager dans la joie ; pour un évêque croisé, les têtes empalées fournissaient un spectacle joyeux pour le peuple de Dieu.[4]

 

Les musulmans ont également été utilisés comme projectiles direct. Au siège de Jérusalem (1099) Pierre Tudebode, qui accompagna les croisés, décrit comment un musulman a été attaché et mit sur une des machines de siège :

« Ils pensaient qu’avec toutes leurs forces qu’ils pourraient le propulser à l’intérieur de Jérusalem. Ils ont constaté que c’était impossible car il a été éjecté avec une telle force que ses os ont éclaté avant de parvenir aux murs et il a été démembré.[5] »

La mémoire de ces atrocités, conservées et transmises par les poètes locaux et la tradition orale, ont formé une image des Francs qui ne disparaîtra pas facilement.[6]

 

Ces atrocités font parfaitement échos aux atrocités similaires perpétrées des siècles plus tard par la chrétienté occidentale dans les autres régions et continents, qui aboutirent à l’extermination de populations entières, des dizaines de millions d’entre eux.[7] Le sort des musulmans aurait facilement pu être similaire. Les conditions, au moins dans les premiers stades des croisades, penchèrent sérieusement vers ce scénario. Face à la férocité et le fanatisme des croisés, les musulmans offrirent peu de résistance. Les rangs musulmans étaient minés par les divisions et les trahisons entre leurs chefs et dirigeants. Littéralement toutes les cours musulmanes dans l’Orient, y compris le calife abbasside de Bagdad et les ‘oubaydi (les exterminateurs des Sounnis appelés pompeusement à tort les Fatimides) du Caire, restèrent passif devant les assauts des croisés.[8] Jamais les états musulmans ne s’unirent pour une action concertée contre les croisés.[9]

Lorsque les Francs, « que Dieu les maudisse » comme Ibn al-Athir écrivit, « étendirent leur contrôle sur ce qu’ils avaient conquis des terres de l’Islam, heureux que les troupes et les rois de l’Islam étaient occupés à se combattre les uns les autres, alors qu’à cette époque, les avis étaient partagés entre les musulmans, les désirs différaient, et les richesses furent dilapidées.[10]

Les croisés furent ainsi aidés non seulement par leur propre zèle religieux et leur cupidité, mais surtout par les divisions musulmanes entre eux.[11] Seul le commandement des Seljouk, dans son ensemble, se leva pour la défense des terres de l’Islam. Pour le reste, même au milieu des massacres de musulmans, quelques-uns des dirigeants « musulmans » étaient prêts à s’allier avec les croisés contre ses rivaux musulmans.[12]

 

De même les croisés se virent fournir des produits alimentaires, des marchandises, des armes et bien autres par des dirigeants musulmans locaux qui souhaitaient seulement garder leurs royaumes en sécurité, alors qu’il est expressément interdit en Islam d’aider son ennemi par un quelconque moyen. Le prince de Shayzar fournit des guides aux croisés et leur vendit des marchandises à des prix considérablement bas.[13]

 

Le prince de Hama leur envoya des cadeaux et Ibn Ammar, le souverain de Tripoli, fit la même chose quand Raymond de Toulouse assiégea la forteresse de Karak quand il passa par Tripoli[14] pour s’y rendre. Non pas que les Francs apprécièrent de tels actes, il chercha à gagner leur amitié et bonne volonté.

Daniel note que l’ingratitude des Francs de même que l’hostilité face aux dons reçut des Arabes était une attitude naturelle pour eux.[15]

 

Ceux parmi les dirigeants musulmans qui choisirent de se battre furent dans leur majorité assassinés par les ismaéliens. Une figure principale, Mawdoud, fut assassinée dans la prière du vendredi en octobre 1113.[16] Avec sa mort, les Francs furent libérés d’un adversaire redoutable.[17] Au moment où ils tuèrent Mawdoud, les ismaéliens avaient déjà éliminé une grande partie des leaders islamique qui  luttait contre les croisés, y compris l’émir de Homs, Janah ad-Dawla en 1103 et l’émir d’Apamée, Khalaf Ibn Moula’b en 1106 ; la mort de ce dernier profita plus particulièrement aux Francs d’Antioche.[18] Il-Boursouqi, le successeur de Mawdoud, devait également tomber sous les poignards des ismaéliens dans la prière du vendredi à 1126.[19], Ibn al-Khashab, le Qadi d’Alep, qui en 1111, conduisit une émeutes de gens contre le calife inepte de Bagdad pour exiger une intervention contre les Francs[20] fut aussi parmi ceux qui tombèrent sous les coup des ismaéliens L’impact des meurtres ismaéliens de dirigeants musulmans (comme les guerres internes entre musulmans) a été un facteur décisif dans les premières victoires des Francs.[21]

 

Pris entre un ennemi féroce et un inconstant leadership corrompu dans sa majorité, les musulmans firent face à l’extinction. Cependant, comme dans situations similaires, attisés par leur foi et le principe du Jihad, les musulmans se rallièrent. L’Imam as-Soulami, prêcha dans la mosquée des Omeyyades de Damas, rappela aux musulmans que les attaques des croisés étaient une punition et un avertissement divin afin que les musulmans reviennent vers la voie droite.[22] Le Qadi Ibn al-Khashab d’Alep, ne contenta pas de s’asseoir dans la mosquée ou la madrasa, mais il appela aussi pour le Jihad et fut étroitement impliqué dans la gestion des affaires à Alep à une époque où la ville était extrêmement vulnérable aux agressions extérieures.[23]

Durant les temps difficiles et anarchiques, il convient de noter que des personnalités religieuses éminentes étaient prêtes à assumer des fonctions administratives et assumer un leadership civique, note Hillenbrand.[24] Dans la première moitié du 12e siècle, la résistance armée de la population était plus forte et plus efficace.[25] Les milices armées étaient très efficaces sur les routes de Palestine[26] comme le rapporta le voyageur européen Saewuff (1102-1103).[27]

 

Il y eut des leaders musulmans pour répondre à l’appel au Jihad et de grand succès furent accomplis. En l’an 1119, motivé par les appels au Jihad, Il-Ghazi, un émir Turc Ortoqid, écrasa les forces combinées de Roger d’Antioche, de Baudouin de Jérusalem et de Galéran dans une des grandes batailles des croisades, à Balat (aussi connu sous le Carré Sanglant).[28] Même Nour ad-Din Zanki (décédé en (d.) 1174) mena et remporta des succès et inspira à son tour des troupes enflammées par l’appel au Jihad.

En l’honneur de l’esprit du Jihad de Nour ad-Din, ‘Imad ad-Din al-Isfahani écrivit :

« Nour ad-Din m’a demandé d’écrire un poème de deux lignes pour sa langue sur la signification du Jihad, alors j’ai dit :

« Mon zèle est pour la campagne et mon plaisir est en elle.

Je n’ai aucun autre désir dans vie excepté celui-ci.

Le succès de la recherche est en servant et par le Jihad.

La liberté dépend des soins de l’effort (dans le chemin de Dieu.) »[29]

 

Ainsi inspiré, les musulmans combattirent un ennemi déterminé, qui continua d’approvisionner ses combattants pendant deux siècles, de 1095-1291. La chrétienté occidentale submergea littéralement l’Orient avec des millions de combattants, année après année. Et comme si l’ennemi des croisés n’était pas assez difficile et dangereux, les musulmans combattirent aussi ses alliés locaux, les Arméniens et les Maronites mais surtout, les hordes mongoles.[30] Ces derniers, parmi lesquels christianisme jouèrent un rôle primordial, avaient formé une alliance avec l’Occident chrétien pour effacer la présence musulmane et à différentes étapes du treizième siècle, ils réussirent presque à le faire.[31] Puis, encore fois, une force puissante, les Mamelouks d’Egypte prirent la bannière de la défense de l’entité islamique et réussirent à écraser les croisés et les Mongols, ainsi que leurs alliés, et en fin de compte, à libérer la terre de l’Islam.[32]

 

 

 

 

[1] S. Runciman: A History of the Crusades, dans 3 vols; Cambridge University Press, 1962; vol ii; p. 73.

[2] William of Tyre: AHistori/e Liber Secundus; dans Receuil des Historiens Occidentaux; I; p. 190.

[3] William of Tyre: A History of the Deeds Done Beyond the Sea; tr. E. Babcock et AC Krey; 2 vols; Columbia; 1941; I; pp. 227-8.

[4] Ibid; Fulcher of Chartres: A History of the Expedition to Jerusalem; 1095-1127, tr. F. Ryan; ed H.Fink; University of Tenessee Press; 1969; p.94.

[5] Peter Tudebode: Historia de Hierosolymitano itinere, ed. JH & LL Hill; Paris; 1977; p. 117.

[6] A. Maalouf: The Crusades Through Arab Eyes tr. J. Rothschild; Saqi; London 1984; p. 39; Voir F. Gabrieli: Arab Historians of the Crusades; London; Routledge; 1957.

[7] Voir, par exemple,

-W. Howitt: Colonisation and Christianity: Longman; London; 1838.

-D E. Stannard: “Genocide dans The Americas” dans The Nation, (October 19, 1992 pp. 430-434); article available on the internet.

-W. Churchill: A Little Matter of Genocide; City Lights Books; San Francisco; 1997.

[8] Z. Oldenbourg: The Crusades; op cit; pp. 155-6.

[9] GE Von Grunebaum: Islam, Greenwood Press, Publishers, 1961; p.61.

[10] Ibn al-Athir: Kitab al-Kamil; ed KJ Tornberg; 12 vols; Leiden; 1851-72; vol x; p. 256.

[11] R. Finucane: Soldiers of the Faith; op cit; p.8.

[12] WM Watt: Muslim Christian Encounters; Routledge; London; 1991; p.81

[13] S. Runciman: A History of the Crusades, op cit; vol i, p. 399.

[14] Ibid; p. 403.

[15] N. Daniel: The Arabs; op cit; p.127.

[16] Ibn Khalikan: Wafayat (Biographical Dictionary), tr., M. De Slane Duprat, Paris and Allen & Co., London, 1843; ip 227.

[17] S. Runciman: A History; vol ii; op cit; p. 127.

[18] Ibid; p. 120.

[19] AS Tritton tr. with notes by HAR Gibb: The first and second Crusades from an Anonymous Syriac Chronicle; Journal of The Royal Asiatic Society (JRAS) 1933; pp 69-101; p.86.

[20] C. Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives, Edinburgh University Press; 1999; p.110.

[21] JJ Saunders: Aspects of the Crusades; University of Canterbury Publishing; Canterbury; 1962; p.22.

[22] Dans E.Siwan: La Genese de la contre croisade; Journal Asiatique; 254 (1966) pp 199-204.

[23] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p. 109.

[24] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p. 109.

[25] AM Nanai: L’image du croisé dans les sources historiques Musulmanes; dans De Toulouse a Tripoli, AMAM, Colloque tenu entre le 6 et 8 décembre, 1995, Université de Toulouse; 1997; pp: 11-39; at p. 19.

[26] ‘Awad (Munis): al-Rahhala al-awrubiyyun fi al-bayt al-maqdis, Cairo, 1992, p. 44.

[27] AM Nanai: L’image du croisé; op cit; p. 19.

[28] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p.21.

[29] Imad Eddin al-Isfahani: Kharidat al-Qasr, Cairo 1951; p. 43.

[30] P. Pelliot: Mongols and Popes; 13th & 14th Centuries; Paris; 1922.

[31] Baron G. d’Ohsson: Histoire des Mongols: La Haye et Amsterdam; 1834.

[32] P. Thorau: The Lion of Egypt; tr by PM Holt; Longman; London; 1992.

 

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