OSMANLI

OTTOMANS

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Néanmoins, compte tenu de toutes les circonstances, nous ne pouvons seulement considérer avec étonnement la mesure avec laquelle Sébastian encombra son armée avec des non-combattants et l’impedimenta de superflus. Il ne s’attendait même pas non plus à être séparé longtemps de ses navires. En quelques jours, peut-être seulement cinq et certainement pas plus d’une semaine, pensait-il, camper sous les murs de Larache avec sa flotte mouillant à proximité. Pourquoi, (p. 104) n’a-t-il donc pas laissé à bord des navires au moins les femmes et les enfants et quelques-uns des milliers de serviteurs, de même que beaucoup de bagages et des transports, ne sont pas faciles à expliquer. C’était sans doute cette forme de vanité extrême qui conduit les hommes à bafouer l’avis unanime mais contraire de leurs conseillers et défier l’opinion publique, combinée à une conception exagérée des besoins de la dignité royale.[1]

 

Cette image que Bovill cherche à donner d’une armée sans préparation, affaiblie par de jeunes recrues, entravés par le très nombre énormes de non-combattants dénature complètement la véritable image. Quand on retourne aux sources contemporaines qui participèrent ou vécurent au moment de cette bataille, comme les Fray Nietto, Conestaggio, Centellas, et d’autres,[2] on fait une lecture complètement différente, et on constate que l’armée portugaise comprenait certains des meilleurs soldats et officiers de toute la chrétienté, et était loin d’être, la canaille inutile que Bovill nous représente. Même quand il, Bovill, admet la présence de ces grands officiers de l’armée portugaise, il réinterprète sa signification :

« Le commandant des Allemands, Martin de Bourgogne, était un soldat distingué qui avait été récemment commandé des troupes allemandes dans le Pays Bas ; le commandant des Castillans, Alfonso d’Aguilar, venait de la plus excellente armée en Europe ; il y avait aussi Thomas Stukeley, commandant les troupes papale, un scélérat mais qui était peut-être plus expérimenté dans la guerre que tous les autres soldats dans l’armée ; Enfin, il avait le commandant de l’artillerie, Pedro de Mesquita, un chevalier de Malte et donc à respecter en tant que soldat. Nous savons peu des capacités de ces hommes en tant que leaders mais chacun d’entre eux était bien mieux qualifié pour commander que Sébastian ou son maréchal-de-camp, Duarte de Meneses. De plus, chacun d’entre eux aurait pu donner de précieux conseils à ceux à qui, ces milliers étaient engagés. Mais parce qu’ils étaient étrangers, ils n’avaient pas de statut dans l’armée portugaise et étaient donc impuissants à influencer le roi. …

Les craintes de ces capitaines étrangers étaient si profondes et mal dissimulées que certains des plus sensibles des nobles portugais ont été envoyés pour avertir le roi des risques de sa marche à l’intérieur des terres. Mais il n’écoutait pas. [3] »

 

Ensuite, Bovill, sans interruption, se préoccupent des conditions défavorables qui entravèrent l’armée chrétienne, et bien sûr, le thème habituel redondant du très grand nombre de musulmans luttant contre l’affreusement misérable petit nombre de chrétiens. Il écrit, par exemple :

« Encore plus inquiétant était l’état de démoralisation des combattants. En raison de l’incompétence et de l’insuffisance de l’intendance, il y avait déjà une pénurie de nourriture. Trois jours s’étaient à peine écoulés depuis que la marche avait commencé que la plupart des hommes n’avaient aucune ration, après les avoir vendues, jouées ou jetés ce qui leur avait été donné, comme c’est la cas avec les nouvelles recrues. A la faim fut ajouté l’épuisement de l’obligation de porter une armure sous les rayons d’un soleil si féroce qu’il rendait l’acier insupportable pour le au porteur …

L’impuissance était plus grande parmi les soldats portugais. Sous-alimentés et affaiblis par les maladies qui affligeaient surtout les pauvres, ils étaient inaptes à supporter les difficultés du jour de leur réquisition. A leurs maux corporels avait été ajoutée l’angoisse du service forcé à l’étranger contre un ennemi redoutable. Après près un mois de privations et d’inconfort en mer à bord de navires surpeuplés, ils avaient été débarqués sur une côte hostile dans un état de misère totale qui avait été considérablement aggravée par la marche de deux jours et la proximité croissante d’un ennemi contre lequel ils ne savaient comment se défendre.[4] »

Et encore :

« A l’aube du lundi 4 Août 1578, Sébastian tenait son dernier conseil de guerre. Les décisions vitales devaient être prises face à des circonstances devant lesquelles les cœurs des plus robustes auraient pu trembler.

La force écrasante de l’ennemi n’était plus de doute. Des dizaines de milliers de cavaliers maures apparurent à l’horizon, se détachant sur le ciel du jour levant. Le bruit de l’hôte ennemi qui se préparaient au combat, le tumulte de leurs voix, le hennissement de leurs étalons, le battement de leurs tambours et les notes discordantes de leurs cornes et trompettes remplirent l’air. Tout ce que Sébastian pourrait leur opposer était une armée démoralisée, d’un quart leur taille, « mourir de faim, de soif et de chaleur, qui, en grande partie, avaient laissé leurs armes derrière pour leur permettre de porter des victuailles pour la marche, »[5] brisée moralement, mal approvisionnée, sans formation et alourdie par plusieurs milliers de non-combattants. La question principale devant le Conseil était de savoir s’il devait risquer une bataille ou non …

Au  grave inconvénient tactique de la position portugaise s’ajouta le handicap non négligeable de se battre face au soleil. Comme nous l’avons vu, le port d’armure dans la féroce chaleur africaine était presque insupportable et donc un obstacle sérieux pour les combattants. Le soleil aurait-il été dans le dos de l’avant-garde, le tourment aurait été moins insupportable et ils auraient été épargnés par l’embarras supplémentaire d’être éblouis par des rayons aveuglant. Aucune circonstance nécessaire pour que les chrétiens soient désavantagés ne semblait manquer.[6] »

 

Puis, encore une fois, Bovill insiste sur le mauvais chronométrage de la bataille, et encore une fois, comment la « nature » travailla contre les chrétiens :

« Un proche observateur aurait pu soupçonner que derrière les visières fermés étaient des visages tirés et anxieux. Il était évident qu’un grand nombre de cavaliers pouvaient difficilement se tenir debout sur leurs selles à cause de la fatigue et de la douleur des armures insupportablement chaudes du soleil qui était maintenant au-dessus de l’horizon. Le roi eut de l’eau versé entre son armure et son corps pour refroidir l’acier brûlant.

La disposition de l’armée et les cérémonies finales avait pris beaucoup de temps. Ce ne fut qu’une heure après midi qu’elles prirent fin. Au moment le plus chaud de la journée dans la période la plus chaude de l’année, Sébastian ordonna à son armée d’avancer.[7] »

 

Puis, décrivant la bataille, il insiste encore une fois sur le nombre élevé de musulmans, et, bien sûr, la bravoure des chrétiens, luttant et mourant bravement dans des scènes très évocatrices dans le style des film Zoulous du « grand bwana blanc » du siècle dernier :

« L’artillerie maure ouvrit ensuite le feu. Ce qui stoppa l’avance des Portugais. Les dégâts physiques n’étaient bien sûr pas graves mais l’effet moral sur une armée dont seulement une petite partie avait déjà vu un coup feu était très considérable. Selon un observateur partial, les chrétiens terrifiés se cachèrent en se jetant sur leurs visages. Une histoire plus probable est que lorsque les canons maures ont ouvert le feu un prêtre jésuite souleva un grand crucifix au-dessus des têtes de l’infanterie qui tomba immédiatement à genoux dans la prière.

Malgré leurs deux flancs écrasés, l’avant-garde chrétienne continua à se battre avec une grande bravoure. Mais leur situation était désespérée. Le reste de l’armée s’effondrait et il n’y avait aucune réserve pour combler les lacunes dans leurs rangs ou pour leur donner un répit des combats persistants. Depuis l’ouverture de la bataille, il n’avait pas eu l’occasion de se désengager. Par conséquent, sous la forte contrainte du combat corps à corps continu dans la chaleur intense, leur force commença à baisser et leur résistance se relâcha. Les Castillans et Italiens seuls, dont beaucoup avaient perdu leurs piques, ont affirmé avoir tué deux mille Maures avec leurs poignards, mais peu importe le nombre d’ennemi qu’ils ont tué, leur nombre supérieurs n’a jamais diminué.

L’ennemi avait apparemment des réserves inépuisables pour reformer les rangs brisés et donner du repos à ceux de leurs troupes qui en avaient besoin, de sorte que ni les pertes et ni l’épuisement n’affectèrent le poids de la charge sur les chrétiens. »[8]

 

 

D’innombrables lamentables excuses de ce genre sont données par Bovill, qui ne se trouve dans l’œuvre d’aucun contemporain. Bovill, comme les historiens occidentaux modernes, choisit les faits, puis les colories comme un livre d’image avec ses propres interprétations, qui sont totalement contredites par des sources contemporaines, qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes.[9]

 

L’armée que Sébastian apporta avec lui, comme nous le verrons, incluaient les meilleurs soldats de la chrétienté occidentale, venus en mission de croisade. Les Portugais eux-mêmes étaient loin d’être l’armée impuissante que Bovill décrit, ils étaient les maîtres d’un grand empire, et ils montrèrent leurs capacités martiales partout dans le monde.[10] Et si leur armée était si petite et insignifiante, quel idiot enverrait sa misérable armée au combat et pourquoi la puissance portugaise s’effondra-t-elle directement après la bataille, un fait qui tous les autres historiens admettent sans exception ? Parce que justement Sébastien engagea l’intégralité de ses troupes sans en laisser la moindre derrière lui, convaincu qu’il était de remporter la bataille avec ses forces écrasantes et  finalement s’assoir sur le pays avec ses nobles.

 

 

 

 

[1] Bovill: 100-4.

[2] A Dolorous Discourse of a most terrible et bloudy Battel, fought dans Barbarie, the fourth day of August, last past, 1578, London, 1579, sig A55; et sub.

Fray Luis Nieto: Histoire véritable des dernieres guerres advenues en Barbarie; tr. De l’espagnol en Francais; Paris; 1579; Bibliotheque Nationale. Imprimes Or. 48; pp. 3-88.

Tous ces rapports se trouvent dans l’excellent travail de Castries dans H. De Castries: Les Sources Inédites de l’Histoire du Maroc de 1530 à 1845 (SIHM); Paris, Ernest Leroux; 1905; France I.

[3] EW Bovill: The Battle of Alcazar; pp. 104-5.

[4] Bovill 106-7.

[5] Calendar of State Papers, Rome 1572—78, p. 491.

[6] Bovill 114-21.

[7] Bovill 126.

[8] Bovill 127; 132.

[9] Toutes les rapports par les sources chrétiennes se trouvent dans l’excellent travail by de Castries dans H. De Castries: Les Sources Inédites de l’Histoire du Maroc de 1530 à 1845 (SIHM); Paris, Ernest Leroux; 1905; France I.

Voir aussi; Al-Oufrani: Nuzhat al-Hadi (Histoire de la Dynastie Saadienne au Maroc (1511-1670), tr by O. Houdas; Paris; Ernest Leroux ed; 1889.

[10] CR Boxer: The Portuguese Seaborne Empire; 1415-1825; Hutchinson; London; 1969.

 

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