OSMANLI

OTTOMANS

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Encore beaucoup plus déconcertant, est quand on lit que musulmans craignaient la mer, mais provoquaient la terreur sur la mer, par la piraterie. La littérature occidentale est bourrée de cette piraterie musulmane terrorisant la navigation et dévastant les côtes chrétiennes jusqu’en Angleterre et même au-delà, à partir de la fin du septième siècle.[1] Nous lisons les musulmans « infestant » la Méditerranée à la fin du Moyen Age.[2] Nous lisons provoquant des ravages du seizième, à travers le dix-septième, le dix-huitième jusqu’au dix-neuvième siècle.[3]

 

La simple mention d’Alger avant la conquête par la France en 1830, note Earle, avait tendance à créer une image de pirates sanguinaires attaquant les expéditions des chrétiens.[4] Une opinion qui est toujours valide, dans la perception historique et généralisée, à ce jour.[5]

Et qui nous pousse aussi à s’interroger : comment un peuple si effrayé par la mer, si incapable de tout ce qui est en rapport avec la mer, put causer une telle terreur sur les mers pendant douze siècles ? Un de ces points de vue, au moins, n’adhère pas à la vérité ; tout comme la plupart d’ailleurs.

 

 

2 -La « présence de chrétiens » dans les armées musulmanes

 

Une des formes les plus courantes utilisées pour renforcer l’image de l’inaptitude musulmane est de dire que les victoires musulmanes furent en raison de la présence de chrétiens parmi eux ou de chrétiens qui venaient de se convertir à l’Islam ou qui furent contraints de servir dans les armées musulmanes.

 

Les grandes victoires turques sont entachées par le fait constant de ressasser l’idée que leurs sujets chrétiens furent la source de leurs exploits.

Sur la prise de Constantinople en 1453, on nous dit qu’une de ses principales causes fut l’arme monstrueuse moulée à Andrinople par Urbain, un Hongrois ou un Valaque.[6]

Pears nous dit que dans la dernière semaine de mai la situation dans la ville était désespérée … Le grondement régulier du grand canon était entendu.[7] Et encore : « Il ne restait qu’une chose à faire si la ville devait être capturé le 29 mai … Le grand canon avait été traîné plus près la palissade.[8] Pourtant, chaque historien sans exception, nous dit que ce canon explosa après sa quatrième décharge dès le début du siège en avril.[9]

 

Pears, cette fois sur la composition de l’armée turque à Constantinople, note :

« Dans cette armée, le corps plus distingué se composait d’au moins 12 000 Janissaires qui formaient la garde rapprochée du Sultan. Cette force avait montré sa discipline et sa valeur à Varna et à Kossovo. Ce groupe le plus terrible de la force de Muhammad, était tiré, à ce moment-là, exclusivement de familles chrétiennes. Il fut la fierté de ses membres après bien des années, qu’ils n’ont jamais fui devant un ennemi et que leur bravoure n’était pas feinte.[10]

 

La victoire turque à Nicopolis (1396), nous dit-on, fut due aux Serbes qui se battirent dans les rangs ottomans. Dans le récit de la bataille, nous lisons que si la première étape de la destruction des Turcs par les Français et ceux des chrétiens qui étaient parmi eux à l’avant-garde fut due à l’impétuosité française, la deuxième étape, à savoir la destruction des autres armées chrétiennes conduite par Sigismond, le roi de Hongrie, fut dû aux alliés serbes ottomans.

Atiya, comme les savants occidentaux modernes, nous dit :

« La bataille de Nicopolis fut précédée d’une rencontre dans laquelle deux sections des puissances hostiles s’engagèrent le jour du conflit. La bataille elle-même fut conduite en trois étapes principales. Dans la première étape, les Français gagnèrent un certain nombre de succès sur l’avant-garde turque et la « bataille principale » ; dans le second, ils rencontrèrent l’arrière-garde turque, qui se composait de la fleur des Spahis ottomans, sous le commandement de Bayazid en personne, et le résultat fut la débandade des chrétiens.[11] La dernière phase de la bataille fut une mêlée où Sigismond et un certain nombre de fidèles hongrois furent impliqués dans une « lutte désespérée » avec les Turcs. Malheureusement, les derniers efforts du roi furent déjoués par l’apparition sur la scène d’Étienne Lazarevitch (Stephen Lazarevic), un vassal chrétien de Bayazid, et son contingent serbe (qui se battit du côté turc).[12]

 

Il insiste encore plus loin :

« Sigismond ordonna au reste de son armée de procéder au sauvetage de l’avant-garde croisée en détresse et lui et ses hommes se battirent si vaillamment qu’ils exterminèrent un corps turc de 12.000 hommes fantassins qui « furent tous piétinés et détruit. »[13] Ceux-ci étaient probablement les Azebs et les Janissaires qui avaient survécu à l’épée française et étrangère dans les premiers stades de la bataille. Après avoir exterminé l’infanterie turque, Sigismond se tourna vers leur cavalerie et combattit ses adversaires avec une telle valeur que la victoire resta pendant longtemps indécise … (jusqu’à ce qu’) Étienne Lazarevitch,[14] le despote de Serbie et un tributaire de la Porte,[15] vint au secours de son suzerain avec une armée de 5000 cavaliers. L’ironie du sort avait destiné un prince chrétien d’être l’instrument par lequel la victoire tourna en faveur du Sultan[16]. »

 

Bien sûr cette obsession occidentale avec les Turcs devant leurs victoires au sang chrétien n’a aucun fondement. Les Turcs sont une redoutable nation de combattants. Ils ont fait leurs preuves où et à chaque fois qu’ils ont combattu.

Dans le domaine des croisades (1095-1291), ils résistèrent vaillamment, combattirent et vainquirent les croisés, et cela a été reconnu par les sources contemporaines chrétiennes et musulmanes.[17] Les musulmans avec une grande fierté, saluèrent la grandeur turque et,[18] al-Ghazali, un des grands savants de l’Islam, témoigna de la puissance militaire turque.[19]

 

Sous l’égide ottoman, les Turcs livrèrent des dizaines de batailles et les gagnèrent presque toutes. Sur les mers, ils furent à l’avant-garde avec leurs navires luttant contre toutes les forces navales occidentales ligués contre eux. En Afrique du Nord, ils furent les premiers à aider les musulmans débordés contre l’assaut espagnol.[20]

 

La question qui se pose inévitablement est : Si ce fut donc le sang chrétien supérieur qui aida les Turcs à gagner les batailles, alors pourquoi ce même sang chrétien ne remporta aucune de toutes ces mêmes guerres qu’il livra contre la « demi-race » ou les musulmans inférieurs, d’autant plus que leur sang chrétien devait être plus saint et beaucoup plus pur et que celui des « traitres » chrétiens qui combattaient dans les rangs musulmans ?

 

Les Serbes furent eux-mêmes écrasées par les Turcs dans plus d’un combat particulièrement au Kossovo en 1389. Les combats qui seront rapportés plus tard, montrent comment les Turcs firent face et écrasèrent des alliances d’armées considérables liguées contre eux, même si le destin tourna contre eux comme à Varna (en 1444).[21]

Et si l’on pousse les événements plus près de nous, la victoire turque à Gallipoli, lors de Première Guerre mondiale, fut remportée par des hommes et des Turcs qui conservèrent la tradition d’une nation combattant et gagnant seule contre de nombreuses armées liguées contre elle.

 

Et si une preuve était nécessaire pour faire valoir le fait que plutôt d’être inférieur, il y a une qualité qui élève les Turcs par-dessus tout : en état de paix sa tolérance et son humanité sont illimitées et en temps de guerre, le Turc n’échoue jamais, ne trahit pas ou se sauve du champ de bataille. Les comptes rendus écrits sur les Turcs même dans les moments les plus sombres de leur histoire témoignent de cela.[22] Les centaines de batailles qu’ils livrèrent le long des siècles et les grandes victoires qu’ils enregistrèrent, en témoignent aussi. Ce que l’on ne peut pas dire des chrétiens, comme nous l’avons vu, tout au long de l’histoire, qui, à de rares exceptions près, ont toujours trahis, à en vomir par le nombre de fois, leur pacte et leur promesse. 

 

 

Non seulement, nous dit-on, les Turcs doivent leurs victoires au sang chrétien dans leurs rangs, mais aussi que les Marocains durent aussi leur grande victoire à Wadi al-Makhzen à l’élément chrétien.

 

Voici Bovill contrastant la grandeur de l’élément chrétien dans l’armée marocaine avec le musulman arabo-berbère désordonné, inférieur, volage et indigne de confiance :

« La force de l’armée chérifienne était si diversement estimé que sa taille est très difficile à évaluer. Elle est probablement dénombrée entre soixante et soixante-dix mille hommes. Elle était composée de l’armée permanente de près de 30 000 cavaliers et fantassins, un grand nombre d’appelés aux couleurs de toutes les parties du royaume, de plusieurs milliers de Moujahidine et de tribus arabes sauvages qui avaient volontairement rejoint l’armée dans l’espoir de pillage.

Les hordes d’arabes Moujahidine étaient une honte pour le reste de l’armée. Le Chérif, sachant que le pillage était le seul but de leur venue et qu’ils étaient des poltrons indignes de confiance, les aurait préférés ailleurs …

La dépendance des armées maures sur le sang européen, tant dans les rangs que parmi les leaders, était considérable. Leurs meilleures troupes étaient les Andalous qui, bien que de la même souche arabo-berbère que les Maures, avaient été revigorés, moralement et physiquement, par des siècles de résidence dans le climat vivifiant de l’Espagne et par l’intermariage avec les Européens. Après les Andalous, les combattants les plus dévoués étaient les farouches renégats qui étaient principalement de sang européen. Ces deux éléments importants de l’armée, les Andalous et les renégats, étaient tous les deux commandés par des renégats. Osian, le commandant andalou, était un Italien et un grand nombre des arquebusiers montés du Chérif étaient des chrétiens renégats. Souleyman, un renégat de Cordoue, était le grand écuyer du Chérif. L’artillerie mauresque, comme la turque à cette époque, était presque certainement servie par des renégats artilleurs.[23]

 

 

 

[1] Voir, par exemple, BM Kreutz: Before the Normans; op cit; Pour des cas répétés d’attaques musulmanes initiales sur le royaume méditerranéen.

[2] A. Cortesao: Nautical Science and the Renaissance; dans ARCHEION; vol 2; pp. 1075-92; p. 1080.

[3] C. Brockelmann: History of the Islamic Peoples (Routledge et Kegan Paul; London; 1950), p. 292; p. 397.

[4] P. Earle: Corsairs of Malta and Barbary (London; 1970), p. 10.

[5] BBC 2: Time Watch; 10 janvier 2003, vu par cet auteur.

[6] E. Pears: The Ottomans; op cit; p. 696.

[7] Pears: The Ottomans; op cit; p. 701.

[8] Pears: The Ottomans; op cit; p. 702.

[9] G. Young: Constantinople; Methuen & Co Ltd; London; 1926; p. 119.

[10] E. Pears: The Ottomans; op cit; p. 696.

[11] AS Atiya: The Crusade of Nicopolis; p. 82.

[12] Atiya: Nicopolis; p. 82.

[13] J. Schiltberger: Reisen des Johannes Schiltberger; ed. KF Neumann; Munich 1859; p. 3; Atiya; p. 93.

[14] Schiltberger; p. 3.

[15] Schiltberger; p. 3.

[16] Atiya; Nicopolis; p. 93-4.

[17] Voir:

DC Munro: The Western attitude toward Islam during the period of the Crusades; Speculum Vol 6 No 4, pp. 329-43; p. 339.

Ibn al-Athir: Ta’rikh al-Dawlah al-Atabakiya; ed. Ab Al-Qadir Ahmad Tulaymat; Cairo; 1963.

[18] Al-Jahiz: Tria opuscula, ed. G. Van Vloten; Leiden, 1903, p. 46.

[19]Al-Ghazali:  Manaqib al-Turk; Tr Harley-Walker; p. 667.

[20] Voir: S. Lane Poole: Turkey; op cit.

[21] Voir les prochains chapitres de ce travail.

[22] Dans E. Driault: La Question d’Orient; Librairie Felix Alcan; Paris; 1921; pp 395 ff.

[23] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; pp. 110-23.

 

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