OSMANLI

OTTOMANS

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1- L’incompétence musulmane navale

 

En commençant par l’incompétence musulmane en mer nous lisons de Welch :

« ‘Okba (Ibn Nafi’, un des plus illustres généraux musulmans du septième siècle) et ses compagnons arabes virent pour la première fois ce jour-là, les vastes étendues de l’Atlantique. Ils n’aimèrent pas son apparence. L’Arabe était un homme du désert. Il avait à cette époque, l’aversion d’un chat pour l’eau. Le deuxième Calife ayant entendu les rapports de la mer demanda ce qu’il en était vraiment. ‘Amr (un autre distingué général musulman), qui avait envahi Egypte et avait donc vu ce nouvel élément géographique la Méditerranée, pas le sauvage Atlantique, répondit que la mer était une bête sauvage. Pour traverser, dit-il, les hommes doivent « monter comme vers sur des rondins. »

Actuellement les Arabes d’Afrique du Nord grandirent habile dans la manipulation des navires dans les voyages méditerranéen relativement courts. Cependant, l’Atlantique les effraya toujours et les dégoûta. De tels exploits comme ceux de Christophe Colomb et Vasco de Gama ne sont pas pour eux. Ils n’imitèrent pas le Périple de Hannon, le Carthaginois. Pendant des siècles, seul un peu de pêche était pratiquement la limite de leurs entreprises océaniques.

Une remarque sur les grandes étendues eaux mondiale faite quelques siècles après l’époque de ‘Okba reflète la crainte arabe de l’océan. Ibn Khaldoun dit : « Il est à noter que les montagnes en général, sont plus nombreux près de la mer que partout ailleurs : la puissance divine qui créa le monde adopta cette disposition de manière à mettre un puissant obstacle contre l’invasion des vagues. » De l’avis d’Ibn Khaldoun, le large océan des côtes ouest de l’Afrique était « le réceptacle de toutes les eaux du monde, » drainant probablement l’excès de la Méditerranée et était donc particulièrement dangereuse.

Le nom donné à l’Atlantique en arabe est significatif. Il est traduisible comme « La mer verte de Gloom. » Quelque temps après la visite mythique d’Alexandre le Grand aux rivages occidentaux de l’Afrique « des ombres vinrent et couvrirent la surface des eaux » et l’océan devint un lieu d’horreur. Les Arabes médiévaux croyaient qu’il était impossible de naviguer au-delà du « Détroit des Idoles de Cuivre » (Gibraltar), dont les idoles portaient une inscription d’avertissement « Qu’aucun navire ne navigue sur cette mer. Elle est sans culture ou habitant, et son extrémité comme sa profondeur est inconnue. »

Dans toute la période médiévale, au cours de laquelle les musulmans contrôlèrent les côtes Atlantique à la fois de Afrique et d’une partie de l’Europe, il semble y avoir un archivage de seulement trois tentatives d’explorer l’océan, dont deux au moins sont douteuses. Ils sont les suivants :

« Autrefois quand Lisbonne était entre les mains musulmanes, huit hommes partirent et naviguèrent vers l’ouest, rencontrant des aventures désagréables variées, y compris la découverte d’une étendue où « les vagues avaient une odeur désagréable et où il y avait à peine de la lumière. » Après avoir débarqué sur une île Atlantique, ils furent déportés yeux bandés et mains liées et abandonnés sur la côte africaine dans un endroit alors inhabité et maintenant connu comme étant Safi, au Maroc, dont le nom vient du mot arabe pour « Hélas! » qu’ils poussèrent à ce stade de leur voyage malchanceux. Finalement, ils rentrèrent à Lisbonne et furent ensuite connus par un nom qui peut être rendu comme « Les huit Lions, » indiquant ce que leurs contemporains pensaient de la sagesse de l’exploration Atlantique. Idrisi, le géographe musulman du XIIe siècle, nous parle d’eux et ajoute qu’à son époque, il y avait à Lisbonne la rue des Aventuriers qui portait leur nom. Peut-être, atteignirent-ils Madère et peut-être d’autre part, ils n’existèrent jamais.

Une autre légende de l’aventure Atlantique parle du  « jeune homme de Cordoue » qui fit voile et disparu pendant longtemps avant de revenir avec une riche cargaison pour être célèbre dans toute l’Espagne.

Un troisième musulman dont les voyages en Atlantique sont enregistrés est Ibn Fatima, qui dit avoir aperçu « un promontoire étincelant » sur la côte africaine. Ceci est supposé avoir été Cap Blanco, qui est environ 1100 kms au-delà de la frontière du sud du Maroc. Son voyage fut peut-être au cours du XIIIe siècle ….

A partir de la rareté des archives arabes sur les aventures en Atlantique et par le caractère fabuleux de ce qu’ils ne disent pas, il est tout à fait évident que pendant plusieurs siècles après le jour où ‘Okba conduisit son cheval dans les vagues de l’Atlantique, que ses coreligionnaires pénétrèrent aussi loin dans l’océan qu’il ne le fit. »[1]

Fin de citations.

C’est incroyable que l’on puisse écrire de telles absurdités et que ces gens sont appelés des « historiens. »

 

Avant de faire la critique de Welch, il est abord utile de citer quelques citations d’auteurs qui nous disent combien les musulmans redoutaient la mer et étaient incapables de voyager en mer.

 

Hillenbrand consacre une bonne quantité d’espace pour souligner ce point d’aversion musulmane et de la peur de la mer.[2] L’exemple qu’elle donne pour soutenir ce point de vue date du milieu du 13e siècle (pendant les croisades) et est la « prétendue conversation, » rapportée par l’historien contemporain, Ibn Wasil, entre le roi français prisonnier, Louis IX (St Louis), et l’Émir musulman Houssam ad-Din, qui avait été chargé de le garder. Houssam ad-Din dit à son prisonnier :[3]

« Comment aurait-il pu venir dans l’esprit d’un homme clairvoyant et judicieux que le roi de se confier ainsi à la mer sur juste un morceau de bois fragile, de se lancer (lui-même) dans un pays musulman défendu par de nombreuses armées et de s’exposer et ses troupes à une mort presque certaine ? » A ces mots, le roi sourit et ne dit rien. L’Émir poursuivi comme suit :

« Un de nos érudits religieux pense que toute personne qui s’expose lui-même et ses affaires deux fois à la mer doit être considéré comme fou et que son témoignage ne peut plus être accepté dans la loi. »

Là-dessus le roi sourit de nouveau et dit : « Celui qui l’a dit avait raison. [4] »

 

Creasy, même, nous confirme l’incompétence turque en mer :

« Muhammad (al-Fatih), dans sa colère à la perte, et encore plus à l’humiliation qu’il avait soutenu, ordonna à son amiral vaincu, Baltaoğlu, d’être empalé sur place. Les murmures et supplications des Janissaires le rappelèrent à l’ordre atroce ; mais il assouvit en partie sa colère en infligeant un châtiment personnel à son brave mais infructueux officier. Quatre esclaves étendirent l’amiral prostré sur le sol et Muhammad lui asséna cent coups avec sa lourde masse d’arme de combat. Ce revers du premier amiral turc aurait donné lieu à une opinion nationale parmi les Ottomans, que Dieu leur avait donné l’empire de la terre mais avait réservé celui de la mer pour les non-croyants.[5] »

 

Alors Creasy réalise ce qui suit :

« Si une telle opinion exista vraiment parmi les Turcs avant leur dernier siècle de défaite et désastre, elle doit avoir été en largement changée par les exploits de Barberousse, Dragut, Piale, Piri Reis, Sidi-Ali, Kilij ‘Ali et leurs autres commandants marin, qui répandirent une splendeur sur l’histoire de la marine turque.[6] »

 

 

Bien sûr, cette notion que les musulmans redoutaient la mer et étaient incompétents dans la construction navale ou la guerre maritime, qui se trouve dans les œuvres de la plupart des écrivains occidentaux, est à la fois ridicule et sans fondement. Les faits prouvent la vérité, et les faits montrent que les musulmans n’avaient non seulement pas peur de la mer mais qu’ils entreprirent quelques-uns des plus grands voyages et des accomplissements militaires sur mer.

 

Les musulmans naviguèrent en Chine dès le septième siècle et nous avons une masse de narrations de voyages marins résultant de ces voyages en Orient.[7] Le conte de Sinbad le marin est seulement une version vulgarisée des aventures des musulmans sur des mers et des océans peu connus de l’époque, soit six siècles avant que les occidentaux chrétiens entreprennent toute forme d’exploration dans des eaux inconnues ou peu connues.[8]  

 

Sur le plan militaire, afin de conquérir l’Espagne dès 71, les musulmans durent traverser la mer, et ils conquirent toutes les îles de la Méditerranée (Corse, Crète, Sicile, Majorque …), et d’innombrables autres exemples du genre.

Michel le Syrien, un chroniqueur syriaque, parle de 5000 navires musulmans, y compris les navires d’approvisionnement, attaquant Constantinople en 717.[9]

La flotte Aghlabide, qui quitta Sousse, en Tunisie du sud, pour la conquête de Sicile en 827, comptait 200 grands navires soutenus par 300 autres navires en provenance de l’Espagne musulmane, pour participer à la prise de Palerme en 830.[10]

La flotte Omeyyade, qui était basée à Almeria et al-Qasr (Alcácer do Sal), comptait 200 grands navires, prêt à naviguer pour des expéditions en Méditerranée.[11]

Et en plus de toutes ces flottes, toujours prêtes pour la guerre navale, pourraient être ajoutés les navires engagés dans les activités civiles et surtout le commerce, qui traversèrent la Méditerranée de long en large, de la Syrie à l’Ebre, et les autres vaisseaux naviguant également dans le Golfe, la Mer Rouge mer et ailleurs.[12]

Ainsi, il y a un nombre incalculable de preuves pour contredire ces idées ridicules de la peur musulmane ou de leur incompétence en mer. Dans nos Abrégés nous avons rapporté, depuis le Califat de ‘Uthman Ibn ‘Affan, un grand nombre de sujets relatifs à la marine musulmane, de la construction de ports et d’armadas pour porter assistance et défendre le territoire islamique des raids byzantins, romains et normands courants.

 

Ce qui est encore plus déconcertant, c’est que l’on trouve d’un côté, l’érudition occidentale attaquant les musulmans pour leur crainte de la mer et que de l’autre, cette fois au contraire, les accuse de dominer la mer et de ruiner le commerce maritime !

Pirenne et ses disciples, par exemple, attribuent la responsabilité du déclin de l’Europe sur le fait que la Méditerranée est devenue un lac musulman.[13]

 

 

 

[1] G. Welch: North African Prelude; Greenwood Press Publishers; 1st Ed 1949; (1972 ed) ; pp. 186-9.

[2] C. Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives (Edinburgh University Press; 1999), pp. 556 ff.

[3] Michaud, Histoire des Croisades, IV, 449; dans C. Hillenbrand: Crusades; p. 559.

[4] C. Cahen: “St. Louis et l’Islam”, dans Journal Asiatique; 1970, pp. 3-12; citant Ibn Wasil, at pp. 6-7, dans C. Hillenbrand; p. 559.

[5] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 81.

[6] ES Creasy: History of the Ottoman Turks; p. 81.

[7] G. Ferrand: Relations de Voyages et texts geographiques Arabes, Persans et Turcs relatifs à l’extreme Orient du VIIem au XVIII em siecles; E. Leroux; Paris; 1913-4.

[8] G. Ferrand: Relations.

[9] Edité et Traduit by JB Chabot; II; p. 484; dans M. Lombard: Les Textiles dans le Monde Musulman; Mouton; Editeur; Paris; 1978; p. 202.

[10] M. Lombard: Les Textiles; op cit; p. 202.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] H. Pirenne: Mohammed et Charlemagne; op cit.

 

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