OSMANLI

OTTOMANS

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Ce qui est formidable pour celui qui a étudié l’histoire, c’est qu’en lisant tous ces comptes rendus, on se rend compte des efforts grotesques déployé par les désistoriens pour enjoliver leurs prétentions fictives quand ils ne se mettent tout simplement pas en contact avec les morts pour lire leur état d’esprit au moment de la bataille ou de la défaite !

 

Comme toujours, cette explication de la défaite chrétienne écarte une fois de plus les véritables raisons et les prouesses qui conduisirent les musulmans à la victoire, non seulement à Hattin, mais dans d’autres batailles des croisades qui seront examinées par la suite.

 

 

Dans une autre bataille, celle de ‘Ayn Jalout, encore une fois, les conditions naturelles jouèrent un rôle décisif dans la victoire musulmane. Ainsi Irwin, écrit :

« Les Mamelouks avaient comme point en leur faveur un terrain élevé et le sol élevé derrière eux, tous deux des avantages considérables dans une bataille entre archers montés. En dépit de cela et malgré le nombre supérieur de l’armée égyptienne, la bataille fut âprement disputée et les Mongols réussirent d’abord initialement à rompre l’aile gauche mamelouke. Qouttouz, cependant, réussi à rallier ses troupes et conduire les Mongols sur un terrain marécageux. Après que Kitbougha fut tué dans le combat, les Mongols qui le purent, s’enfuirent de la vallée (vallée ou terrain marécageux, faut savoir !) et tentèrent de prendre position à Bayssan où ils furent une fois de plus battu par Baybars. La victoire de ‘Ayn Jalout sauva l’Egypte et la Syrie pour un certain temps, mais à long terme, la bataille ne décida rien et les Mongols devaient retourner en Syrie en 1261, 1280, 1299, 1301 et 1303. Néanmoins, l’effet moral de ‘Ayn Jalout fut énorme, car il montra d’abord, qu’il était possible de vaincre les Mongols sur le champ de bataille. »[1]

 

Mettant de côté, le soleil, les marais, les mouches tsé-tsé, le nombre supérieur des Musulmans, le fait que le brave petit nombre de Mongols faillit gagner, Irwin se contredit : d’une part il déprécie la victoire puis déclare qu’elle sauva l’Egypte et la Syrie, et qu’elle eut un grand effet moral. En outre, il ne nous dit pas que ce fut la première et la plus écrasante défaite mongole dans une bataille depuis qu’ils quittèrent la Mongolie (les musulmans vainquirent d’autre fois les Mongols, au début de leur déferlement sur l’empire islamique, dont une fois en Afghanistan sous le commandement de Jalal ad-Din Minkobarti Ibn Muhammad Khwarizm Shah comme nous l’avons rapporté dans le second volume de l’Abrégé de l’Histoire des Abbassides, ndt) et que les Mamelouks combattirent et écrasèrent pratiquement toutes les autres armées mongoles alignées contre eux après ‘Ayn Jalout, y compris des armées puissantes qui comprenait des Mongols, des croisés et des Arméniens, comme à Hims, en Syrie, en 1281.[2]

 

 

Sur les croisades plus tardives du Moyen Age, Atiya, l’historien d’origine arabe, qui écrivit sur ces croisades, tout en faisant de nombreux points pertinents ne manque pas d’adopter les sources biaisées dans l’interprétation des événements, et il utilise la même terminologie occidentale, en référant les musulmans comme l’ennemi.

Dans son prélude à la fin des croisades médiévales, il écrit, par exemple :

« La capture d’Alexandrie (1365), l’expédition de Barbarie (1390) et la croisade de Nicopolis (1396) sont des exemples notables. Elles échouèrent toutes lamentablement à régler les siècles de différents avec le Muhammadisme par la force des armes. »[3]

 

Sur le siège de Mahdiya en Tunisie en 1390, il explique l’échec du siège par les armées chrétiennes comme en raison de :

« L’armure chrétienne se compare mal avec les tenues en cuir des Sarrasins[4] qui, bien qu’offrant moins de protection que les couches d’acier portés par les chevaliers et les hommes d’armes, leur donna l’avantage d’un mouvement plus libre, et leurs destriers arabes légers assurèrent une action rapide. Le stock génois de provisions était faible et le manque d’eau douce était une grave inquiétude. Après chaque bataille, ceux qui survécurent furent étouffés par la chaleur et baignés de sueur et, la bouche béante et les narines ouvertes, ils haletaient et cherchait quelque chose pour étancher leur soif.[5] Le vin importé par les Génois de Pouilles et de Calabre pour l’expédition était beaucoup trop fort et sec pour les Français,[6] et sans doute, eut un effet négatif sur leur esprit combattif en raison de l’état général de fatigue et de lassitude qui ce cette boisson inaccoutumée produit dans les rangs. Les malades parmi eux étaient nombreux et le nombre augmentait avec le passage du temps. Les chevaliers et les hommes d’armes commencèrent à se plaindre et les Génois se plaignirent que leurs navires étaient couchés et leurs moteurs brûlés. »[7]

Absolument ridicule !

 

Expliquant la victoire turque à Nicopolis en 1396, il écrit :

« Ceux qui connaissaient les détails de ce jour-là, selon le moine de Saint-Denis, ont affirmé que Bayazid était tellement découragé par la défaite des première et deuxième batailles qu’il n’aurait pas attendu les chrétiens si leur audace imprudente n’avait pas soulevé son espoir. Il était de coutume de revenir à la poursuite. Mais maintenant les chevaux étaient partis et les vainqueurs étaient beaucoup trop excités pour penser à eux. Ils n’ont pas non plus écouté les conseils avisés de ces leaders qui leur criaient de s’arrêter pour récupérer. Malgré leur épuisement, le poids de leur armure et la chaleur excessive d’une journée d’été, ils suivirent péniblement les fugitifs afin de compléter la victoire. Mais ce fut le début de leur chute. Ils ont fait confiance à leur force et pensé qu’ils avaient maîtrisé une fortune inconstante et qu’ils n’avaient aucune raison de craindre ses vicissitudes. Mais tout d’un coup, elle les conduisit vers l’abîme et leur fit cruellement payer pour leur témérité. »[8]

 

La description de ces batailles dans les prochains chapitres montrera que la victoire tunisienne à al-Mahdiya n’était pas due à la lourde armure chrétienne et le vin calabrais sec, etc., mais au grand mérite tunisien tout comme le grand mérite turc conduit à leur victoire à Nicopolis. Je pense qu’en cette circonstance, c’est plutôt l’auteur qui a dû forcer un peu trop sur le vin génois et on sait combien de dernier fait ressurgir les animosités.

 

 

La victoire turque, de 1444 à Varna est expliquée par de nombreux facteurs, les divisions habituelles parmi les chrétiens, leur irrésolution, la trahison génoise, etc., tout comme Pears écrit aussi :

« A Varna, l’armée a proposé de se reposer. Une avance supplémentaire si souhaitable était difficile, à cause de la maladie du (roi) Ladislas. [9] »

 

La victoire turque à Varna, comme on le verra par la suite fut une remarquable victoire contre vents et marées car elle fut l’une des campagnes les plus diaboliques imaginés par la chrétienté occidentale, y compris la signature d’un traité de paix, qui trompa les Turcs dans un faux sentiment de paix.

 

Comme on le verra aussi plus tard, la victoire remportée par les Algériens contre l’empereur catholique Charles V en 1541, et celle des Marocains contre les Portugais en 1578 sont également des points de vues occidentaux en raison des facteurs climatiques : une tempête dans le cas de l’Algérie, la chaleur et la marée de la rivière dans le cas marocain.

 

 

En avançant de plusieurs siècles, l’écrasement de l’armée française dans le premier siège de Constantine (dans l’est de Algérie), en 1836, est aussi une des plus grandes victoires musulmanes (que nous avons traité dans le volume deux de l’Abrégé de l’Histoire du Maghreb et de l’Andalousie, comme toutes les batailles déjà référencé, excepté celle des Ottomans qui suivront), hélas, non décisive car si elle l’avait été elle aurait peut-être éviter le massacre de quelques millions supplémentaire d’Algériens.

Cette victoire, nous dit-on, fut due à des conditions météorologiques défavorables et les maladies qui entravèrent la petite, mais courageuse armée française, bien sûr !

 

Blunt, écrit donc :

« Le gouvernement français était moins certain de la sagesse de l’entreprise, et, après des mois d’hésitation, recouru à ses habituels demi-mesures ordinaires en refusant d’envoyer des renforts demandé par Clauzel tout en lui donnant en même temps à contre cœur, la permission d’agir avec les forces qu’il pourrait soulever localement. « Je ferai ce que je peux, aussi bien que je le peux, » annonça le gouverneur général. « J’agirais avec les matériaux que j’ai et fera confiance à ma bonne étoile » ; et il retira la démission qu’il avait remis, dans le premier moment de déception…

 

À Dréan, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bône (Annaba), Clauzel avait fait un camp fortifié qui était surtout mémorable pour son manque d’eau, son malaise général et son surnom bien mérité du « camp de puces. »

Les premières troupes quittèrent Bône le 8 Novembre, et ils partirent heureusement car l’endroit était devenu « une terrible place de nuisance, couverte de ruines et de détritus, » comme le décrivit le duc d’Orléans. Trois semaines de pluie ininterrompue suivie de quelques jours de chaleur étouffante, avaient transformé le pays détrempé autour d’eux en un foyer de maladie. Les soldats avaient vécu dans des tentes percées ou des baraques délabrées, furent la proie facile des germes de fièvre. Bientôt deux mille hommes furent malades et attendirent leur tour pour admis à l’hôpital tout à fait insuffisant quand des seaux pleins de sulfate de quinine, le seul remède disponible, tua plus d’hommes qu’il en sauva.

 

Youssouf (un traître algérien au service de la France) avait réussi à obtenir seulement quatre ou cinq cents des quinze cents mules qu’il avait promis de fournir puisque les quelques chevaux disponibles étaient vieux et décrépits, l’armée était insuffisamment pourvue tant de chargeurs que d’artillerie. Quatorze jours de rations furent prises, la moitié d’entre-elles étant stocké dans le paquetage des soldats déjà alourdis avec des munitions. Chaque deuxième homme portait également une couverture qu’il était obligé de partager. La plupart des soldats étaient trop faibles pour transporter ces charges et saisirent l’occasion de les alléger en mangeant, le premier jour, la plupart de leurs rations de réserve, faisant confiance à l’abondance de l’avenir qui les attendait à Constantine, leur avait-il été dit. En ce qui concerne l’artillerie, il n’y avait rien de plus lourd qu’une pièce de batterie de huit canons qui était tout à fait inutile dans les sièges mais assez lourd pour retarder la marche. Il était, comme d’Orléans le fait remarquer, « trop large pour une porte ouverte ; trop petite pour une fermée. » La partie la plus volumineuse du convoi se composait d’une immense quantité d’eau de vie (calvados) suffisant pour 128.000 rations qui était également destiné à jouer sa petite mais sinistre partie dans cette campagne désastreuse.

 

 

 

[1] R. Irwin: The Middle East dans the Middle Ages; Croom helm; London; 1986; p. 39.

[2] S. Runciman: A History of the Crusades; Cambridge University press; 1962; pp. 390-2.

[3] AS Atiya: The Crusade in the Later Middle Ages; Methuen et Co; London; 1938; p. 281.

[4] Froissart; XIV; p. 230.

[5] Religieux de St Denis; I; 668-70.

[6] Froissart; XIV; p. 236.

[7] Cabaret d’Orville; 246; dans Atiya: Crusade dans Later Middle Ages; p. 425.

[8] Religieux; 508; dans Atiya; Nicopolis; p. 92.

[9] E. Pears: The Destruction of the Greek Empire; p. 165.

 

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