OSMANLI

OTTOMANS

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En 1217, par exemple, les Hongrois quittèrent Spalatro à bord de navires vénitiens, tandis que des autres vinrent de Brindisi, Marseille et Gênes. Ce fut la plus grande armée qui fut rassemblée à Acre depuis celle qui battit Salah ad-Din à Arsouf.[1] Lorsque le printemps revint une force supplémentaire de Frisons arriva de Cologne et du Rhin en 1218.[2]

Et tel a été l’ampleur de l’assaut des croisés que c’est plus de six millions de croisés qui ont péri en Orient.[3] Regardant certains événements militaires spécifiques révèlent les énormes pertes de croisés. En 1101, à la suite des croisades de cette année, à Kastamouni en Paphlagonie, près de cinquante mille Français, Lombards et Provençaux ont été tués, pendant qu’environ quinze mille Nivernais périrent près d’Héraclée.[4] Dans ce même voisinage, cinquante mille autres d’Aquitaine et Bavière ont été perdus.[5] Et le même désastre frappa les autres armées marchant vers l’Orient et dans la même année, un total de près d’un demi-million d’hommes. Les mêmes pertes considérables ont été subies au cours de la deuxième soi-disant croisade, dans l’année 1148, lorsque des centaines de milliers ont été anéanties en Asie Mineure par les Turcs (voir chapitre quatre). Pourtant, comme le souligne Oldenbourg, les échecs retentissants des croisades ont été passés sous silence ou imputés à des causes accidentelles.[6]

 

 

Se déplaçant vers une autre scène de bataille, entre les musulmans et les Mongols, et précisément la bataille de ‘Ayn Jalout (1260 Septembre), la même manipulation des chiffres est remarqué. ‘Ayn Jalout a été l’une des plus grandes et plus décisives victoires de l’histoire, qui détruisit la puissance mongole et sauva le monde musulman, mais Hillenbrand nous dit :

« Le 19 février 1258 : les Mongols ravagèrent Bagdad et tuèrent le calife abbasside, et le 3 septembre 1260, à la bataille de ‘Ayn Jalout, les Mamelouks vainquirent une armée mongole réduite.[7] »

 

Cahen sur le même événement va plus loin :

« En 1260, la petite armée mongole perdue en Palestine a été écrasé par les Mamelouks. »[8]

Certains historiens parlent aujourd’hui d’une poignée de Mongols ; d’autres nous disent que c’était juste une patrouille. Par conséquent Amitai nous explique que les Mongols, sous leur général Kitbougha (Kitbougha et autres orthographes), faisaient tout simplement paître leurs troupeaux et de temps en temps, lançaient un raid local, en attendant Hulagu.[9]

 

Ensuite, Amitai nous dit :

« Les Mamelouks, sous le commandement du Sultan Qoutouz et l’Amir Baybars, exploitèrent avec sagesse le retrait de la majorité des forces mongoles de Syrie et partit pour attaquer la petite armée de Kitbougha. Cette campagne pris fin par la victoire totale mamelouke le 25 Ramadan 658/3 Septembre 1260. »[10]

Selon le même Amitai Preiss:

« Les autres raisons de la victoire Mamelouks ont été la désertion en temps voulu d’al-Ashraf et ses troupes et la taille relativement plus importante de l’armée mamelouk, composée en grande partie d’archers montés hautement qualifiés, qui ont été enflammé par un sens de mission et par « pas d’autre choix que de gagner, » attitude qui avait été inculqué avec succès par Qoutouz.[11]

 

Bernard Lewis nous dit que l’armée mamelouk comptait 120 000 hommes et les Mongols seulement 10.000.[12]

Même les autres historiens exagèrent la taille de l’armée musulmane et réduisent celle des Mongols comme Thorau note :

« Presque tous les compte-rendu sont établis à partir des mêmes sources et l’opinion généralement acceptée qui a émergé est que l’armée mamelouk était plus grande et les Mongols ont été attirés dans une embuscade. »[13]

La preuve de la source contemporaine Estoire d’Eracles, les Annales S. Justinae Patavini et Maius Chronicon Lemovicense, selon laquelle les Mamelouks avait 300.000 soldats et 100.000 Mongols tombèrent dans l’engagement.[14]

Peter Herde a appelé cette source comme la pièce la plus importante de la preuve de la bataille de ‘Ayn Jalout, mais à mon avis il n’a pas fait pleinement usage de celle-ci, et il vient aussi à la conclusion que la défaite mongole fut le résultat d’une simple embuscade et la supériorité numérique de l’armée Mamelouk.[15]

    

Cette histoire que les musulmans ont vaincu une armée mongole réduite à ‘Ayn Jalout en 1260, que l’on retrouve dans presque tous les travaux moderne racontant l’événement, est pour le moins ridicule. Où l’armée mongole est-elle partie ?

Ces historiens non-musulmans nous disent qu’après la conquête de Bagdad, Hulagu rentra chez lui avec son armée pour la réélection d’un autre chef mongol, ainsi, faisant apparaître qu’Hulagu avait tout à fait quitté le monde musulman. En vérité, Hulagu resta à Tabriz (l’Iran moderne), à quelques jours de marche de ‘Ayn Jalout.[16] Suite à la bataille de ‘Ayn Jalout, son armée resta active contre le monde musulman de ce même endroit.[17] Ainsi, si ce fut le cas que seule une petite armée fut battu à ‘Ayn Jalout, Hulagu aurait pu revenir avec sa « grande » armée en l’espace de quelques jours pour se venger des Mamelouks. Au lieu de cela, il exprima sa colère face à la défaite de ‘Ayn Jalout et la mort de Kitbouka son général favori par l’exécution du souverain ayyoubide, an-Nassir, et ses compagnons.[18] Seul Amitai Preiss semble avoir réalisé ce point et écrit :

« La victoire mamelouk à ‘Ayn Jalout a été acclamée par les auteurs mamelouks parce que l’Islam avait été sauvé, les Mongols avaient été arrêtés et le mythe de leur invincibilité avaient été détruits.[19] De plus, la présence mongole en Syrie avait été éliminée, et comme un effet secondaire, les  Mamelouks ont pu occuper la plupart de la Syrie non-croisés. Rétrospectivement, cependant, nous pouvons voir que c’était simplement une victoire provisoire. L’armée mongole à ‘Ayn Jalout était seulement une petite partie de la totalité des forces mongoles et, ce ne fut qu’une question de temps avant que l’offensive mongole ne devait être renouvelée.[20] Pourtant, pour diverses raisons, aucune tentative sérieuse mongole pour reconquérir la Syrie et la juste vengeance sur les Mamelouk n’a été faite pendant vingt et un ans. Cette période a été utilisée par les Mamelouks et le rôle important de Baybars peut-être déjà mentionné en se préparant pour le test réel. »[21]

Alors qu’Amitai Preiss note ces points, il dit aussi que la contre-offensive mongole a été retardée pendant vingt ans « pour diverses raisons. » Amitai Preiss ne nous dit pas, cependant, qu’elles étaient ces raisons pour le simple fait que la principale armée mongole avait été détruite à ‘Ayn Jalout, et qu’il leur fallut vingt ans, jusqu’à 1281, et de s’allier avec les croisés et les Arméniens avant qu’ils ne soient en mesure de monter une autre offensive contre les musulmans.[22]

 

Nous avons détaillé dans nos volumes II et III des Abrégés de l’Histoire des Abbassides les raids mongols sur l’état islamique jusqu’à la troisième vague de la seconde génération d’entre eux.

 

Curtin, qui a écrit l’un des meilleurs livres sur l’histoire des Mongols, fait en effet les observations suivantes :

« Hulagu reçu alors les nouvelles de la mort de Mango, le Grand Khan, et décida à la fois de revenir en Mongolie, il fit Kitbouka commandant des armées en Syrie, et au moment du départ, lui ordonna de niveler les murs d’Alep et sa citadelle. Une députation de croisés vint à ce moment trouver Kitbouka. Il est rapporté par les historiens, qu’Hulagu s’était résolu à prendre la Palestine des Musulmans et la donner aux chrétiens et, qu’il était sur le point de le faire quand la nouvelles arriva du décès de Mango en Mongolie. Il retourna vers son pays immédiatement, avec l’intention de lutter pour sa propre élévation, mais il apprit à Tabriz que son frère, Koubilaï, avait été élu et arrêta son voyage.[23] »

Curtin dit aussi:

« Hulagu reçut bien an-Nassir et lui promis de le réintégrer en Syrie quand il soumettrait l’Egypte. »[24]

Cela démontre beaucoup de choses, qu’Hulagu avait l’intention de conquérir l’Egypte, que ‘Ayn Jalout n’était pas un hasard, ou une petite armée qui patrouillait, ou quelque chose de ce genre, mais vint à la suite d’une sérieuse tentative de conquérir la Palestine puis l’Egypte. Nous notons également comment Hulagu traita d’abord courtoisement an-Nassir mais sa colère face à la défaite de Ain Jalout était si grande, qu’il l’exécuta.

 

 

 

 

[1] Ibid; p. 308.

[2] Ibid; p. 309.

[3] SP Scott: History of the Moorish Empire; op cit; vol 3; p. 680.

[4] Z. Oldenbourg: The Crusades; op cit; p. 560.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p. xlviii

[8] C. Cahen: Orient et Occident au temps des Croisades, Aubier Montaigne, 1983.p.199.

[9] R. Amitai: Mongol raids into Palestine; Ad 1260-1300; dans Journal of Royal Asiatic Society; 1987; pp. 236-55.

[10] Ibid; p. 243.

[11] R. Amitai-Preiss: Mongols et Mamluks; Cambridge University Press; 1995; p. 44.

[12] B. Lewis: Encyclopaedia of Islam; 2nd ed; I; p. 786.

[13] P. Thorau: The Battle of Ayn Jalut: a Re-Examination; dans PW Edbury: Crusade et Settlement; Cardiff; 1985; pp. 236-41; p. 236.

[14] ‘L’Estoire d’Eracles empereur et la conqueste de la Terre d’Outremer’, RHC Or., ii, 444,638; ‘Annales S. Justinae Patavini’, MGHS, xix 191; ‘Maius Chronicon Lemovicense’, RHGF, xxi, 59.

[15] P. Herde: Taktiken muslimischer; Wurzburg; 1981; pp. 86-7; dans P. Thorau: The Battle; p. 236.

[16] RS Humphreys:  From Saladin to the Mongols; State University of New York Press Albany; 1977; p.357; Voir la carte de la région dans le même travail, à l’intérieur de la couverture, pour apprécier à quel point Tabriz est proche d’un quelconque centre de pouvoir musulman.

[17] J. Glubb: A Short History of the Arab Peoples; Hodder et Stoughton, 1969; p. 207 ff.

[18] RS Humphrey: From Saladin; op cit; 359-60.

[19] Nuwayri (MS. 2m, fol. 1 35a) et Yunini (1:380; 2:28) Mentionnent que c’était la première victoire de quiconque sur les Mongols depuis celle du Khwarazm-Shah (c’est-à-dire Jalal al-Din Minkobarti) à Parwan en 619/1221. Sur la dernière bataille, voir Boyle, “Il-Khans,” 318—19; Barthold, Turkestan, 441-2.

[20] Voir D. Ayalon, “Studies on the Transfer of the Abbasid Caliphate from Baghdad to Cairo,” Arabica 7 (l960):59; idem, “Hims, Battle of,” EI2, 3:402; Spuler, Iran, 52—3; Irwin, Middle East, 34.

[21] R. Amitai-Preiss: Mongols et Mamluks; Cambridge University Press; 1995; p. 47.

[22] S. Runciman: A History; op cit; pp. 390-1; Al-Makrizi: Al-Suluk fi Ma’rifat Duwal al-Muluk; tr. M. Quatremere as Histoire des sultans Mamluks de l’Egypte; Paris; 1845; vol 2; p. 33; p. 35.

[23] J. Curtin: The Mongols; A History; Greenwood Press Publishers; Westport; 1907; p. 267.

[24] J. Curtin: The Mongols; A History; p. 268.

 

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