OSMANLI

OTTOMANS

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Conséquences

 

La victoire marocaine à Wadi al-Makhzen, qui mit fin à la puissance portugaise, signifiait qu’après la victoire algérienne de 1541, l’Afrique du Nord était désormais en sécurité. La croisade chrétienne ne pouvait pas espérer soumettre la région ou la ramener au christianisme comme cela avait été projeté.


Cette grande victoire coûta au Maroc non seulement son roi mais aussi certains de ses plus braves capitaines et amis de ‘Abd al-Malik, qui furent enterrés tout de suite après la bataille.[1] Pour le Portugal, ce fut une catastrophe jamais connue dans l’histoire du pays. Fray Nieto estime le nombre de chrétiens tués à au moins 12.000. Luis de Oxeda parle de plus de 10.000 Chrétiens tués. Fray Nieto dit que le nombre de captifs était de 14.000 ; Christobal de Mora les estime à 20.000.[2]

Les morts portugais étaient pour la plupart des nobles et des fidalgos qui avaient été moins disposés à céder que les conscrits sans formation qui avaient facilement jeté leurs armes.[3] Parmi les morts figuraient le duc d’Aveiro, Christovao de Tavora, son frère Alvero Pires de Tavora, le comte de Vimioso et Alfonso de Norogna ainsi que les fils aînés de nombreuses familles nobles. Les évêques d’Oporto et de Coimbra, le nonce papal, Pedro de Mesquita et Sir Thomas Stukeley furent également été tués, Stukeley se battit très gravement (!) jusqu’à la fin.[4] Il n’y eut guère de noble maison au Portugal qui n’a eu de mort à pleurer et plus d’un grand titre fut éteint par la mort au combat de son porteur et de tous ses héritiers.[5] En fait, le désastre fut tel pour les Portugais, toute la fleur de leur jeunesse fut décimée par les Marocains ce qui prouve que le nombre des morts portugais dépassa de loin « les chiffres officiels. »

Comme le note al-Oufrani : « L’étrange chose que l’on peut tourner à la dérision, c’est qu’un écrivain rapporte qu’après la catastrophe portugaise, leurs principales figures religieuses, voyant le dépeuplement du pays, permirent aux gens de s’adonner à la fornication et à l’adultère pour augmenter la population. Ils virent cette mesure comme un moyen d’aider au triomphe de leur religion et d’augmenter le nombre de jeunes énergiques.[6] »     

 

Parmi les milliers de prisonniers se trouvaient Juan de Silva, l’ambassadeur d’Espagne, et le duc de Barcellos, que les Marocains prenaient pour le roi. Don Antonio, le prieur de Crato, était également prisonnier. L’incertitude concernant le sort des milliers de prisonniers devait ajouter beaucoup à l’angoisse qui se répandit à travers le Portugal aussitôt que la nouvelle fut connue.[7]

Les Marocains envoyèrent deux des fonctionnaires royaux portugais qui étaient avec les prisonniers pour rechercher le roi parmi les morts. Ils le trouvèrent bientôt, dépouillé de son armure et de ses parures et couvert de sang et de blessures. Ils le portèrent et le jetèrent à moitié nu sur le dos d’un cheval, dans le camp.[8]

 

Le corps de Moulay Mohammed fut recherché dans le champ de bataille. Il fut trouvé dans le Wadi al Makhzen où il mourut dans la boue au moment de la déroute générale. Son corps fut récupéré, sa peau fut décollée et remplie de paille, pour être plus tard défilé dans les rues de Marrakech et d’autres localités.[9]

 

Le corps de ‘Abd al-Malik fut transporté dans sa litière à Fès pour être enterré à l’extérieur d’une mosquée de la ville et sa mort attrista l’ensemble de la population.[10]

« Trois rois sont morts dans la même bataille. L’un semblait battu alors qu’il était vivant, mais il vaincu les deux autres dans sa mort. »[11]

 

Les lettres des agents anglais à l’étranger mentionnent la catastrophe d’al-Qasr, qui eut un impact considérable en Europe. Il sembla au début que personne ne crut le résultat.[12] De nombreuses dépêches au cours du mois de septembre présentèrent l’événement comme une rumeur qui nécessita une confirmation.[13] Ainsi, le 1er septembre, Davidson écrivit d’Anvers à Burghley des nouvelles d’Espagne sur la défaite des Portugais par les Marocains, rumeur qui devait être vérifiée. De Paris, la nouvelle cependant pour Elizabeth était que les Portugais avaient été vaincus et sa noblesse fut massivement abattue y compris le roi.[14]

 

La mort du roi Sebastian eut de graves implications pour le reste de l’Europe. La succession portugaise tomba au grand-oncle de Sebastian, le cardinal sénile Henry.[15] Un agent de la famille commerciale allemande, les Fugger, dans son bulletin ne pleura pas seulement sur la mort de la noblesse portugaise, il dit : « Ce qui est encore plus terrible, c’est que ce royaume doit maintenant tomber sous la domination espagnole, ce qu’ils peuvent le moins bien tolérer. Puisse Dieu le Tout-Puissant accomplir un miracle par notre vieux cardinal pieux, qui est un homme de soixante-quatre ans et lui accorder un héritier mâle. On dit aussi que son Altesse est prête à se marier pour l’amour de ce royaume. Bien qu’il y ait eu d’autres membres du sang royal, tels que l’enfant Antonio, ils sont tous tombés dans cette bataille. Il n’en reste pas un mais notre cardinal, qui arriva tout de suite après avoir reçu la pitoyable nouvelle. »[16]

Avec seulement un vieil homme frêle pour succéder au trône et aucune armée pour défendre le royaume, échapper à ce que le pays redoutait le plus, le trône passé au Philip exécré et le pays devenant un simple apanage de la couronne espagnole, n’était plus possible.[17]

 

Combien dévastateur le résultat de cette bataille fut pour le Portugal serait impossible à surestimer. Selon Conestaggio : « Certaines familles nobles furent complètement éteintes, » et les pertes s’étendaient bien au-delà de la noblesse : « Il n’y avait personne à Lisbonne, qui n’avait eut quelque intérêt à cette guerre, qui n’avait pas son fils là-bas, avait son père ; l’un son mari, l’autre son frère ; les commerçants et les artisans qui n’avaient pas leurs parents là-bas (et pourtant beaucoup d’entre eux avaient) investirent leur richesse, certains pour le désir du jeu (pari) et d’autres pour cela : ils ne pouvaient plus donc faire appel à ce qu’ils avaient prêté à des gentilshommes et à des soldats : du fait que tous était dans les cieux. Chacun semblait prédire la perte de tels amis et biens qu’il avait en Afrique ; et bien qu’ils fussent encore douteux, vous pouviez cependant comprendre leurs soupirs secrets. »[18]

« Je ne peux pas bien décrire le chagrin général, » ajoute Conestaggio, « combien tout était rempli de soupirs, comment tout le monde était chargé de deuil : c’était une chose pitoyable d’entendre les femmes (dont les plus nobles dans leurs maisons) d’où vous pouviez entendre le bruit et le reste dans les rues, déversant leurs cris et leurs larmes au ciel, ce qu’ils redoublaient si souvent, comme la nouvelle était confirmée par une nouvelle annonce. Et comme cela arrive souvent que les esprits réprimés se tournent souvent vers la superstition, ainsi elles et beaucoup d’hommes ne crurent pas ce qui avait été dit ; mais espéraient au-delà de tout espoir et confiant plus qu’elles ne devraient (bien qu’il leur ait été confirmé que leurs maris et leurs parents étaient morts, ils les auraient voulu encore vivants) et trompées par les sorciers et les sorcières, mais surtout par leurs propres désirs, restèrent longtemps sans leur habit de veuve, attendant en vain des nouvelles de lui, qui était passé dans une autre vie. Beaucoup d’hommes se plaignirent et certains maudirent le roi et ceux qui l’avait laissé entrer dans l’Afrique, l’un blâmait le roi lui-même, l’autre ses favoris, certains le cardinal et d’autre la Chambre de Lisbonne, qui n’avaient pas empêché une résolution aussi stupide ; certains virent que le Portugal était proche de sa dernière période et avec leur propre misère lamentait leur pays. »

 

Bien sûr, l’Europe catholique blâma rapidement Elizabeth et son pays pour le désastre d’al-Qasr. Le 26 août, aussitôt après que les nouvelles atteignirent Madrid, le nonce apostolique en Espagne écrivit à Rome en déclarant : « Il n’y a pas de mal qui ne soit imaginé par cette femme, qui, il est parfaitement clair, secourut Mulocco (‘Abd al-Malik) avec des armes et surtout avec de l’artillerie. »

 

La mort de Stukeley fut particulièrement mouvementée comme en témoigne, la grande quantité de littérature sur cet événement. George Peele en fit un sujet de ses drames : la Bataille d’Alacazar… Des ballades circulèrent, parmi lesquelles celle qui présenta Stukeley tué au milieu de la bataille par ses propres soldats italiens quand ils virent le désastre dans lequel il les avait conduits.[19] Les comptes rendus de la bataille furent imprimés et largement distribués et devinrent, et restèrent longtemps, un thème populaire auprès des écrivains contemporains de prose et de vers.[20]

 

Lorsque la nouvelle de la victoire marocaine parvint à Istanbul, un témoin nous dit dans une lettre datée du 2 novembre 1578 que la victoire fut célébrée dans une grande euphorie.[21]

 

Ahmad succéda à son frère ‘Abd al-Malik et fut surnommé depuis la bataille al-Mansour. Ahmad al-Mansur était l’héritier légitime de ‘Abd al-Malik. Dans les mots de Bodenham en 1579 :
« Depuis la victoire de ses armes sur celles de Sébastien du Portugal, si glorieuse investiture, toutes sortes d’ambassades vinrent d’Orient et d’Occident pour chercher la faveur de la Barbarie contre leurs adversaires.[22] »

La plupart des érudits acceptent la brillante réputation que cultivait al-Mansour à son époque et jouit, pendant des siècles, d’un charisme né à Wadi-al-Makhzen.[23] Il unifia le Maroc et mit fin à sa calamiteuse guerre de Cent Ans[24] Le canon historique moderne représente le Sultan Ahmad al-Mansour comme l’un des grands monarques du seizième siècle, un homme du même génie autocratique que Philippe II, Henri VIII ou Souleyman le Grand.[25] Selon al-Oufrani :
« Il était l’un des plus grands Sultans et les plus glorieux de Fès. Imam vaillant et infatigable, il étendit sa domination sur les terres de Tuwat, Tigurarin et loin dans le Soudan. Son empire s’étendit de la côte méditerranéenne et de la rivière Mulawiya à travers le Sus et le Niger sur les terres soudanaises de Takrur. Les Sultans de l’état turc ottoman correspondaient avec lui [c’est-à-dire le traitaient comme un égal] tout comme les rois des nations chrétiennes comme la France et l’Angleterre.[26] »  

 

 

 

 

[1] Relation de Fray Luis Nieto; op cit; p. 498.

[2] H. De Castries: SIHM; op cit; notes 2 and 3; p. 318.

[3] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 142.

[4] R. Hakluyt: Principal Navigations of the English Nation; 12 vols; Glasgow; 1903-5; VI, p. 294.

[5] Pour une liste des victimes portugaises, des morts et des prisonniers de guerre, voir Barbosa Machado: Bibliotheca Lusiana Historica; 4 vols; Lisbon; 1741-59; IV, pp. 422-4.

[6] Nuzhat al-hadi; op cit; note 3; pp. 141-2.

[7] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 142-3.

[8] EW Bovill: The Battle of Alcazar; the Bachworth Press; London; 1952; p. 141.

[9] Nuzhat al-hadi; op cit; p. 140.

[10] Relation de Fray Luis Nieto; op cit; p. 499.

[11] Fray Luis Nieto; p. 499.

[12] H. De Castries: SIHM; op. Cit; (Angleterre I) note 1; p. 325.

[13] H. De castrie: Histoire Inédite; op cit; note 1; p. 325.

[14] H. De castrie: Histoire Inedite; op cit; note 1; p. 325.

[15] See Stukeley, n. 19 OSD in C. Edelman: The Stukeley Plays; op citp. 15.

[16] Victor von Klarwill, Ed: The Fugger News-Letters, 1568-1605; 2. v., London, 1924, I: 27. In L. Valensi: Fables; op cit; p. 24.

[17] EW Bovill: The Battle of Alcazar; op cit; p. 144.

[18] The Uniting (Conestaggio), p. 55; in C. Edelman: The Stukeley Plays; op cit; p. 15. Relation de Franchi Conestaggio; op cit; p. 567.

[19] H. De Castries: SIHM; (Angleterre I) note 1; p. 325.

[20] For example: Menezes, A dolorous Discourse of a most bloody Battle in Barbarie 1578. Ro C: A True Discourse of Mulay Hamet’s Death 1609. Harrison: The Tragical Death of Mulay Hamet. Ed. White: A Brief Rehearsal of the Bloody Battle in Barbary 1579. George Peele: The Battle of Alcazar 1597. Mulay Molloco 1580—1590. Life and Death of Thomas Stukeley 1605.

[21] Letrre de De Juye to Simon Fizes; in H. De Castries: SIHM; op. cit; France; I; p. 677.

[22] IN WF Cook: The Hundred Years War for Morocco; op cit; p. 241.

[23] WF Cook: The Hundred years War for Morocco; Westview Press; 1994; p. 255.

[24] WF Cook: The Hundred years War for Morocco; Westview Press; 1994; p. 255.

[25] Some examples: E. Lévi-Provencal: “Ahmad al-Mansur,” Encyclopedia of Islam, 2nd ed. (Leiden: 1960), 1:287-288; Laroui, Maghrib, 250-61.

[26] Al-Ifrani: Nuzhat al-Hädi; op cit; 140-308; al-Jannabi: Bahr az-Zakhkhar, op cit; 352-4.

 

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