OSMANLI

OTTOMANS

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Stratos, après avoir énuméré les différentes sources et leurs figures, adopte naturellement le plus bas nombre :

« Même l’estimation de Caetani semble exagérée. Il aurait été difficile pour Héraclius d’assembler une si grande force en Syrie. Par conséquent, je suis plutôt accord avec Lammens qui croit que l’armée byzantine ne dénombrait pas plus de 30 000. Il fut ensuite soutenu, et c’est pour cette raison que dans l’engagement de Yarmouk, Théophane (p. 338) élève le total de l’armée, y compris les Arméniens sous Vanes et les Arabes chrétiens sous Jabalah, à 40.000 hommes.[1]

Ainsi, alors que toutes les sources contemporaines, qu’elles soient musulmanes ou non, s’accordent sur l’énorme taille de l’armée byzantine, un empire qui s’étendait sur trois continents, sa grande supériorité, dépassait de loin celle de l’armée musulmane naissante, à ses débuts, en dépit de cela, les « spécialistes modernes » de l’Islam, tels que Lammens, l’un des écrivains de loin le plus hostiles à l’Islam et au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), et aussi un faussaire en chef, coupe ces chiffres au strict minimum. Il n’est pas surprenant que Stratos, comme beaucoup d’historiens modernes, choisissent d’ignorer toutes les preuves contemporaines et s’alignent à Lammens, en plus du choix de vouloir ignorer le fait ultime que la victoire musulmane à al-Yarmouk mit littéralement fin à la puissance militaire byzantine et leur présence au Moyen-Orient actuel.

 

Stratos, évidemment, constate que le nombre de victimes parmi les Byzantins est incroyable, même si toutes les sources contemporaines, Musulmans et non Musulmans, qu’il cite, insistent sur le nombre élevé des pertes byzantines. Il écrit :

« Les chiffres pour les victimes des deux forces byzantines et arabes sont incroyables. Baladhuri (p. 207) déclare que 70 000 Grecs ont été tué ; Mirkhond (p 79) et Maqdisi (p 193.) donne la même figure ; Tabari (vol III) écrit que 220.000 Grecs et 3.000 Arabes ont été tués ; Michel le Syrien (II, p. 422) revendique 40 000.[2] La Chronique Anonyme de Guidi (ed. Guidi[3] et ed.[4] Nöldeke) dit que les Arabes tuèrent 100 000 Grecs ainsi que leur généralissime. La chronique éditée par Nöldeke[5] donne le chiffre de 50.000 Romains,[6] Aboul Faradj cite 40 000, tandis qu’Elie Bar Sinaya dit 50 000.[7] La Chronique de 1234 enregistre 40 000 morts. Selon le Pseudo-Wakidi,[8] 100.000 soldats romains et 5.000 Arabes[9] ont été tués. Selon Nicéphore (p. 24) un grand nombre de troupes impériales et officiers périrent. Sébéos rapporte que 2.000 officiers ont été tués. Toutes les sources décrivent la défaite et le massacre de l’armée byzantine.[10]

Comme la représentation de la bataille montre, des pertes byzantines élevées sont tout à fait acceptable et la grande importance de la victoire musulmane et rien ne prouve mieux que le fait que l’empire byzantin s’effondra complètement après Yarmouk. Les Byzantins n’eurent guère d’armée pour s’opposer aux musulmans victorieux qui, en l’espace de quelques années, leur prirent la Syrie, la Palestine, l’Egypte et l’Afrique du Nord, tandis que la capitale byzantine, Constantinople, elle-même, fut attaquée.

 

Bondissant quelques siècles plus tard vers un autre conflit entre les musulmans et les chrétiens, à savoir les croisades (1095-1291), on retrouve la même technique de réduire les chiffres des armées chrétiennes. Phillips, dans ses travaux sur l’expansion médiévale de l’Europe, insiste constamment sur cela.[11] Par exemple, à la page 44, il parle de « la petite échelle de la population des Etats latins. » (P.47), il insiste sur « la pénurie chronique de main d’œuvre militaire » (P.51), il note les « nombre relativement faible d’Européens qui bâtirent leurs maisons dans les terres conquises de Syrie et de Palestine. » La page suivante, il nous rappelle le « manque de colons en Orient. » La page suivante (53), il insiste sur le « nombre relativement faible de colons européens » pourtant, tout cela ne l’empêche (Phillips) guère de dire (et contredisant son argument principal) :

« Un grand nombre d’Européens ont visité la Terre Sainte au cours des deux siècles entre 1099 et 1291, comme des pèlerins, des marchands ou des soldats. Le mouvement des personnes en Orient se poursuivit constamment et, ne se limita pas aux expéditions grandioses menées par les membres de la plus haute noblesse européenne ou par les rois et les empereurs qui sont décrits trompeusement comme s’ils, seuls, étaient les croisades.[12] »

 

Hillenbrand, un des nouveaux grands historiens des croisades, dit :

« Le nombre de troupes présentes dans une certaine bataille sont quelquefois donnés dans les chroniques musulmanes, mais ces « faits » sont vagues et douteux. Même les escarmouches réussies contre les Francs peuvent se transformer en grandes victoires par la simple manière d’augmenter grossièrement la taille de l’armée ennemie et en mettant l’accent sur une brillante performance sur le champ de bataille par l’infériorité numérique mais très vaillantes des soldats musulmans aidés par Dieu.[13]

Et encore :

« L’ironie est qu’après la première croisade, quand l’effectif croisés et aussi bien le moral étaient à leur apogée, les Francs entreprirent rarement le siège des grandes villes intérieures (une remarquable exception étant le siège de Damas durant la deuxième croisade 😉 ils manquaient simplement d’effectifs pour le faire.[14]

 

L’historien français, Balard, prend fait et cause pour cet aspect ridicule de réduire le nombre des croisés face aux musulmans. Dans un court article sur construction de château, il nous rappelle, dans chaque page (souvent à plusieurs reprises dans la même page), que le nombre de croisés étaient minime, comtés entiers, comme ceux de Tripoli et Édesse, n’étaient jamais pas plus défendus que quelques centaines de chevaliers et quelques milliers de fantassins. Il dit, par exemple :

« Sur les quelques dizaines de milliers de chevaliers et fantassins qui ont répondu à l’appel du pape Urbain II (pour la première croisade), seul 1200 chevaliers et peut-être 10 000 fantassins assiégèrent Jérusalem, et à peine la ville fut prise en 1099, dans un effort de foi et d’héroïsme, le nombre tomba encore plus bas. Pour beaucoup, le vœu des croisades fut accompli, et rien ne les retenait plus en Syrie. La plupart des combattants rentrèrent chez eux, et quand Baldwin fut élu roi en 1100, il n’avait à sa disposition qu’entre seulement 200 et 300 chevaliers et 2000 fantassins.[15]

Finalement, Balard suit la tendance du cavalier ordinaire habituellement adoptée par de nombreux « désistoriens » modernes de permettre à leur esprit de parler avant leur tête, dispenser des références et des preuves de leurs allégations. Comment peut Balard, en 1988, sans avoir recours à aucune référence, connaitre en toute confiance les chiffres des croisés ?

 

Tandis que les historiens occidentaux modernes affirment que les musulmans ont lutté contre un petit nombre de croisés, les sources contemporaines, d’autre part, que ce soit de l’Occident chrétien,[16] byzantin[17] ou musulman,[18] parlent de multitudes, voire de centaines de milliers de croisés. Les sources secondaires plus âgées parlent aussi de millions de croisés.[19]

Les faits historiques prouvent aussi que l’ensemble de la chrétienté occidentale s’engagea dans le mouvement des croisades avec une multitude hommes. Quand Saint Bernard prêcha pour la « deuxième » croisade en 1147, les villes européennes furent vidées des hommes capable de combattre ; littéralement des millions partant pour la croisade.[20] Il ne put avoir guère une seule famille qui n’y prit pas part, surtout quand on considère que durant les périodes entre les principales croisades, de nombreuses expéditions plus petites ont été organisées.[21] Les chiffres montrent aussi clairement que le corps entier des chevaliers d’Europe occidentale fut impliqué dans le mouvement des croisades durant des générations.[22]

L’armée seule de Richard Cœur de Lion, transportée par la flotte anglaise, eut besoin d’une centaine de navires marchands et de vingt navires de guerre.[23] On peut également citer, au hasard, quelques-uns des nombreux exemples indiquant d’énormes armées croisées arrivent en Orient Les armées qui arrivèrent en 1100 et 1101, et qui ont été balayées par les Turcs, étaient près d’un demi-million fortes.[24] La puissante armée qui, dans la troisième croisade, suivi Frédéric de Souabe par la route côtière à Acre comptait 200.000 hommes.[25] L’armée à Acre en 1191 est dite avoir compté trois cent mille hommes.[26] Et il y avait des renforts constants, sans interruption, d’hommes et de matériel pendant toute la période des croisés (1095-1291), y compris des renforts de pèlerins venu combattre chaque printemps et été.[27] Des forces arrivèrent également de toutes les régions d’Europe.

 

 

 

 

[1] AN Stratos: Byzantium dans the Seventh Century; p.65.

[2] Michael the Syrian: Chronicle; ed. Et tr. JB Chabot; 3 vols; Paris; 1899-1904.

[3] Chronicon Anonymum; ed Guidi; CSCO; Louvain; 1955.

[4] Die von Guidi…. Ed et tr. Th. Noldeke; Viena; 1893.

[5]  T. Noldeke: Geschichte der Perser und Araber; Leiden; 1879.

[6] T. Noldeke: Zur geschichte; dans Zeitschrift der Deutschen Morgenlandischen gesellschaft; Vol XXIX; 1875;

[7] Elie Bar Sinaya: La Chronographie; ed et tr. L. Delaporte; Paris; 1910.

[8] Lebeau: Histoire du bas Empire; ed. Saint Martin & Brosset; 21 vv; Paris; 1824-1836; XI, 242.

[9] All dans AN Stratos: Byzantium dans the Seventh Century; p. 71; note 258.

[10] AN Stratos: Byzantium dans the Seventh Century; p. 72.

[11] JRS Phillips: The Medieval Expansion of Europe; Oxford University Press; 1988.

[12] Ibid; p. 50.

[13] C. Hillenbrand: The Crusades, op cit; p.433.

[14] Ibid; p.476.

[15] M. Balard: Des chateaux forts en Palestine; dans Les Croisades (introduced Delort); op cit; pp. 167-83; at p. 167. 

[16] Voir par exemple, Fulchert of Chartres: A History of the Expedition to Jerusalem 1095-1127; tr by F.Rita Ryan; Knoxville: University of Tennessee Press; 1969;

 Les extraits d’autres sources primaires sont décrits dans JA Brundage: The Crusades; The Marquette University Press; 1962.

[17] A. Comnena: The Alexiad; tr by EAS Dawes; London; Kegan Paul; 1928.

[18] Ibn al-Athir: Kamil; op cit.

[19] Such as JW Draper: A History of the Intellectual Development of Europe; op cit; vol 2; pp. 20 ff.

[20] Décrit dans JABrundage: The Crusades; The Marquette University Press; 1962; pp. 90-2.

[21] M. Erbstosser: The Crusades; David et Charles; Newton Abbot; First pub: Leipzig; 1978; p. 161.

[22] Ibid.

[23] Ibid; pp. 160-1.

[24] Z. Oldenbourg: The Crusades; tr. From Fr by A.carter; Weinfeld et Nicholson; London; 1965; p. 174.

[25] Jeoff. De Vinsauf, I, Chs. 14-7; Jacques de Vitry, p. 103. Tr. Anglaise dans CR Conder: The Latin Kingdom of Jerusalem; op cit; p. 255.

[26] CR Conder; p. 274.

[27] Ibid; p. 114.

 

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